Xavier Percy

Xavier PercyXavier, tu fais tellement de choses, comment en es-tu arrivé à tout ça ? Étais-tu baigné dans le milieu artistique depuis ta plus tendre enfance ?

Non, en fait c’est venu quand j’étais gamin, je devais avoir 11 ans quand je me suis dit : « Je veux faire comédien » ; les gens me disaient : « Ah tu veux être acteur, faire du cinéma, devenir une star… ? » et je disais : « Non, je veux être comédien, je veux faire du théâtre ! ».

Tu allais souvent au théâtre étant petit ?

Mes parents m’y ont amené quelques fois, mais je ne peux pas dire que j’ai eu le coup de foudre ou un déclic qui m’a fait choisir cette voie-là. Alors j’ai fait le parcours un peu habituel pour un garçon de 11 ans : j’ai pris des cours de diction et de déclamation, parce que pour prendre des cours de théâtre à l’Académie, tu dois attendre tes 16 ans. Et puis j’ai abouti chez Michel de Warzée à l’Académie de Woluwé-St.-Pierre, j’avais 15 et demi. Je me suis bien éclaté. Et c’est marrant car j’étais dans la même année qu’Alexandra Vandernoot, qui a fait un bon bout de chemin depuis. On a préparé notre examen d’entrée au Conservatoire de Bruxelles et fait toutes nos classes ensemble chez André Debaar. J’ai fait 3 ans de Conservatoire, comme tout le monde, car - à l’époque - peu y entraient mais tous en sortaient. Je suis donc sorti en 1984 …

Avec un 1er prix !

Oui mais tout le monde sortait avec un premier prix ! Il fallait vraiment être un manche pour ne pas l’avoir. Maintenant, ça a peut-être changé mais à l’époque, c’était 3 ou 4 ans, et voilà…

Et puis à ta sortie du Conservatoire, comment as-tu vécu la réalité des choses ? Voulais-tu toujours ne faire que du théâtre, ou voulais-tu déjà alors toucher à d’autres sphères ?

Évidemment, quand on a 17-18 ans, on est plongé dans le cinéma, on veut faire acteur, être connu et puis…on voit tous ces jeunes acteurs à la télé et on se dit : « Je suis sûr que je peux mieux jouer que lui. ». Et tout le monde rêve de partir et de jouer à Paris. Mais pour moi c’était vraiment le théâtre qui m’intéressait… Mais si on m’avait proposé un rôle au cinéma, je n’aurais évidemment pas craché dans la soupe ! Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis Et bien sûr que j’aurais sauté dessus.

Et pour tes premiers pas que s’est-il passé ?

Alors, la chance que j’ai eue (je pense que c’est moins le cas maintenant) c’est qu’à l’époque et surtout chez les garçons, il était très fréquent de pouvoir jouer de petits rôles dans les théâtres, tout en étant aux études. Maintenant je ne suis pas sûr qu’ils l’autorisent encore. Donc, dès la fin de ma première année de Conservatoire, j’ai décroché mon premier rôle professionnel ; j’ai interprété Danceny dans « Les liaisons dangereuses » chez Claude Volter et puis ça s’est enchaîné. J’ai passé une audition aux Galeries et Jean-Pierre Rey - qui était directeur à l’époque - m’a engagé sur un spectacle, sur un deuxième, un troisième et puis ça a été très vite : j’ai travaillé aussi au National sous la direction d’Adrian Brine... Et ainsi, j’ai eu plusieurs petits rôles dès ma seconde année de Conservatoire. Je passais presque autant de temps au Conservatoire que dans les théâtres. C’étaient des années super exaltantes. Je me suis éclaté comme un malade, je ne dormais pas beaucoup, j’allais aux cours, j’étudiais mes textes chez moi ou dans le tram, puis j’allais aux répétitions et je jouais le soir. Quand on était en tournée en Belgique et qu’on rentrait vers 2 heures du matin, à 9 heures j’étais au cours ! J’étais crevé, mais c’était super excitant. Le plus drôle était de jouer avec nos profs. Moi j’ai joué avec André Debaar qui était moi professeur ; les rapports étaient étranges, mais quand on se quittait au soir, il me disait : « demain, 9 heures ! » C’était une chouette école car j’ai autant appris aux cours que sur le tas. Donc, je n’ai pas été confronté aux difficultés qu’ont les jeunes comédiens qui sortent des écoles ; moi j’étais déjà dans le milieu sans me dire en sortant : « qu’est-ce que je fais maintenant ? »

Et pour la Ligue d’Impro, comment furent tes débuts ?

Pour la Ligue d’Impro, j’y suis venu par hasard parce que j’en ai entendu parler par une copine qui en faisait partie. Le premier match d’impro que j’ai vu, c’était en 1986 et j’ai adoré ça. Et ce qui est marrant c’est que dans la mémoire de la Ligue c’était l’un des plus mauvais matchs qui ait été joué. Mais moi, en tant que spectateur, je trouvais ça incroyable. C’était au Cirque Royal, un endroit beaucoup trop grand pour un match d’impro : il y avait 1200 personnes. Je pense que c’est le match qui a réuni le plus de monde dans l’histoire de la Ligue d’Impro Belge. J’en ai gardé un souvenir fort et je me suis dit « il faut que je fasse ça ! » J’ai donc été incorporé dans l’équipe de Bruno Bulté et j’ai commencé à jouer avec eux. Je trouvais ça formidable, j’ai adoré… et puis j’étais jeune comédien donc j’apprenais plein de choses, tout ce qui était nouveau je prenais. L’année d’après a été super, je me suis éclaté comme un fou, mais fin d’année, j’ai commencé à avoir peur…

Peur ? De quoi ?

Oui, je commençais avoir peur, en fait, je commençais à me rendre compte… comment dirais-je ? Au début tu fonces, tu ne crains rien, tu as plein de gens autour de toi, mais tu t’en fous - j’étais un jeune chien fou - et tu t’éclates et ça ce passe bien, il y a les rires du public qui te portent…Et puis j’ai pris un petit peu de recul… c’est comme au ski : les 2 premiers jours tu fais attention et le 3ème jour tu deviens plus fou et tu te casses la jambe. C’est exactement ce qui m’est arrivé, lors d’un match je me suis cassé le coude au propre comme au figuré et j’ai commencé à flipper, à faire des impros où je n’étais pas à l’aise, j’ai pris des pluies de pantoufles et j’ai commencé à tout remettre en question. Je me faisais mal, je ne dormais plus. Les matchs qui se passaient bien j’étais sur un petit nuage, mais pour ceux qui se passaient mal ça devenait l’enfer.

Ce n’était plus un plaisir ?

Non, ce ne l’était plus. Donc j’ai arrêté pendant un an. Mais j’avais toujours dit que l’arbitrage me plairait beaucoup, jouer les méchants je trouvais ça exceptionnel. Quand il faut citer un personnage dans la série Dallas, tout le monde dit : JR ! On ne retient pas Bobby ou Pamela. Donc le méchant, c’est un rôle en or. Je ne voulais pas mettre trop d’espoir dans cette fonction car l’arbitre de l’époque était bien ancré dans la place, mais après quelques soubresauts relationnels entre lui et la direction, on m’a contacté pour être arbitre. J’ai commencé en 1989 et depuis j’y suis toujours.

Entre temps, théâtralement, ça a continué et puis…un truc fantastique est arrivé dans ma carrière : c’est qu’il y a eu cette pièce « Les Videurs » produite par le Théâtre de Poche… Une pièce écrite par « John Godber », un homme totalement méconnu de ce côté de la Manche mais qui là-bas est l’auteur anglais le plus joué après W. Shakespeare sur ces 30 dernières années… Et cette pièce nous est arrivée avec son metteur en scène d’origine : Richard Lewis, qui avait une méthode de travail complètement différente, très physique, avec un jeu british décalé. C’est vraiment par hasard que j’ai été à l’audition, car au début les dates de représentation ne correspondaient pas avec mon planning. Mais heureusement, Roger Domani - directeur à l’époque - m’a poussé à quand même y participer et j’ai été pris. Les Videurs ont fait un tabac. C’était le genre de pièce phénomène, dont on parle encore maintenant et qu’on a joué pendant 10 ans. J’ai joué cette pièce plus de 400 fois et, grâce à elle, on a eu la chance de partir à Paris. En fait, Jorge Lavelli - Directeur du Théâtre National de La Colline à Paris - était un grand ami de Domani. Il était venu voir la pièce à Bruxelles et l’avait adorée : il avait voulu acheter les droits, et Domani avait été très fair-play pour les comédiens : il lui a dit que c’était la pièce & les comédiens ou rien ! Nous avons donc été propulsés à Paris sur les planches du Théâtre de La Colline, la 5ème plus grande scène de France ! Pour se faire une idée, ils ont 3 fois le budget du Théâtre National de Belgique !

Ce furent tes débuts à Paris ?

Je me suis dit que c’était l’occasion, la chance de ma vie, j’ai fait mes valises et j’ai tout liquidé. Je me suis dit que si je gardais mon appart’, j’allais revenir. On est parti pour 6 semaines et pour moi je voulais que ça réussisse… C’est le rêve de n’importe comédien de jouer à Paris et je me suis dit : « c’est maintenant ou jamais ».

La pièce a bien marché et j’ai passé tout mon temps libre à me faire connaître des directeurs de casting. Aucune retombée jusqu’à 3 jours avant la fin de la série quand Lavelli m’a demandé de venir dans son bureau après la représentation. Il m’a alors proposé de jouer dans Macbett de Ionesco : devant lui j’ai essayé de rester calme, mais une fois sorti du bureau, j’ai explosé de joie. Et puis une fois encore tout s’est enchaîné. Du coup, j’ai vécu 7 ans à Paris où j’ai principalement travaillé pour ce théâtre-là.

Et pendant ces années-là, tu as arrêté la Ligue d’Impro ?

Non, c’est ça qui était marrant, parce que je jouais au théâtre puis je prenais le train, je venais arbitrer le match d’impro et je repartais. Je le faisais parce que j’avais aussi envie de garder des contacts et de ne pas tout à fait lâcher la Belgique. Après 7 ans, la roue a tourné et je n’ai plus eu de rôle au théâtre. Et je me suis demandé quoi faire ? Puisque quand je revenais à Bruxelles, je travaillais pour Made in Europe (société de doublage) ou d’autres boîtes de doublage et puisqu’il y avait de plus en plus de travail dans ce domaine pour les comédiens et de moins en moins de choses pour moi au théâtre à Paris, la vie à fait que, petit à petit je suis revenu dans notre capitale.

Théâtre et arbitrage mis à part,… une des choses qui m’a peut-être le plus touché, c’est de lire tes récits de voyage. Tu es un véritable Globe-trotter, et la manière dont tu décris ces voyages est émouvante de vérité, de force et d’amour pour ces paysages, ces gens, ces découvertes. Parle-moi de ces aventures.

Je suis un voyageur fou, j’adore voyager. J’aime partir longtemps et seul, parce que c’est le meilleur moyen de rencontrer du monde. Je le fais par curiosité et je me sens terriblement bien. J’aime être dans un univers que je ne connais pas. Et ça me rappelle le slogan du Guatemala qui dit : « Quelle est la dernière fois que vous avez fait quelque chose pour la première fois ? »

Je ne le prends pas comme un voyage intérieur. Je préfère voyager que bosser. Mon premier voyage était au Népal pendant 5 semaines, et puis j’en voulais plus, 2 mois, 3 mois, et 4 mois et demi qui était le plus long, en Amérique du Sud.

D’où mon goût de l’écriture par le voyage, parce que je tiens un journal de bord et j’adore partager mes sensations, mes émotions. Je recherche d’ailleurs un éditeur pour mes récits de voyage !

Parce que le voyage parfois ne réserve pas que de bonnes surprises. Parce qu’au milieu de nos rêves peut surgir soudain la réalité qui nous ramène brutalement sur terre. Qu’elle se manifeste par un accident, un décès d’un proche…

Alors quand le monde s’écroule autour de vous, quand vos yeux font mal à pleurer, quand vos nuits ne sont plus que des fantômes, il faut trouver encore la force du désespoir pour vouloir continuer à rêver. Les rêves aussi ont un prix. J’ignorais qu’il pouvait être si lourd… Mais « rien de rien, non, je ne regrette rien… » Allez au bout de vos rêves surtout, quel que soit le prix. Rien ni personne ne pourra jamais les remplacer. Soyez Heureux.

Je vous embrasse. X. [1] Tu as aussi écrit et mis en scène plusieurs pièces de théâtre dont la dernière était : « Au bout du désert » [2] qui a été montée à la Soupape et au Botanique. Tu as donc une palette artistique immense, et ton parcours est plus qu’intéressant, que pourrais-tu dire ou conseiller aux comédien(ne)s qui liront ton interview ?

Je dirais que, quel que soit le domaine dans lequel ils s’engagent, et a fortiori dans le domaine du jeu, il faut y aller à fond, il faut aller au bout de ses rêves, pas juste en rêvant mais en se donnant les moyens concrets pour y arriver. Il faut travailler car ce n’est pas un coup de chance.

Il faut bosser ! Je vois ça ici, chez Made in Europe : le nombre de jeunes comédiens qui postulent… et puis quand on leur annonce le parcours du combattant par lequel ils vont devoir passer avant d’être un jour au micro et d’être payés pour ça, ils se découragent et ne sont pas prêts à en baver.

Justement, qu’attends-tu des comédiens qui seraient intéressés par le doublage, quelles qualités doivent-ils avoir ?

La ténacité et le volontarisme sont des qualités indispensables aux jeunes comédiens désirant se faire une place dans le monde du doublage. Les stages d’admission étant rares et limités à un nombre restreint de candidats, la filière la plus fréquentée est la suivante : hanter Made in Europe le plus possible, surfer d’un studio à l’autre, rencontrer les différents directeurs de plateau (futurs "employeurs" potentiels), assimiler les techniques en observateur, jusqu’au jour où on se sent prêt à s’essayer en conditions réelles. Pas toujours évident de trouver le créneau dans les programmes chargés... mais c’est le moyen le plus efficace de se faire connaître. Il y a parfois le "oh, il me manque quelqu’un pour ce rôle, tu veux essayer ?" qui en a lancé plus d’un. Il est évident que l’accès aux studios est conditionné à la formation suivie par le postulant - seuls les comédiens professionnels y sont admis - et après qu’ils se soient présentés auprès d’un responsable artistique.

Et qu’est- ce que Comedien.be pourrait t’apporter, comment pourrait-on t’aider ?

Je ne peux pas dire exactement ce que je voudrais dans le futur, mais je sais ce que je ne veux plus. J’ai envie de bosser sur des choses intéressantes et avec mon boulot, j’ai la chance de pouvoir aménager mes horaires. C’est pour cette raison que ça m’intéresse de figurer dans le fichier de Comedien.be. Être lancé dans un nouveau défi, en tant que comédien, ça me plairait beaucoup. Je suis un curieux de nature et que ce soit en cinéma, en télé, sur scène, je suis partant. Et puis, parallèlement à ça, l’écriture est une autre partie de ma vie et ce serait génial s’il y avait un éditeur qui se dise : « C’est qui ce fou, dont je lis l’interview, ça me dirait bien de découvrir les trucs qu’il a écrits » et qu’il me contacte.

Pensée Shakespearienne : “ Love all, trust a few, do wrong to none”.

Interview et photos de Christy Evenepoel

[1] Extrait du récit de voyage de Xavier Percy : Natal, Brésil 30 oct.02

[2] “Au bout du désert” a été publié chez Lansman N° 54 dans la collection “Théâtre à vif”

 

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