Voyage initiatique entre rires et larmes

Au bord de la crise de nerfs, un jeune homme tente d’expliquer à un juge son désarroi. A trois heures du matin, alors qu’il baisait comme jamais, un coup de fil lui annonce la mort de son père. Un père qu’il ne connaît pas... Errant dans la nuit froide, Wilfrid croit jouer dans un mauvais film, essaie de se raccrocher à des paumés de rencontre et prend conscience de sa solitude. C’est en vain qu’il cherche du secours auprès du fonctionnaire tatillon de la morgue ou de son ange gardien, le preux chevalier Guiromélan. La famille de sa mère veut bien payer les frais funéraires, mais il n’est pas question que son géniteur, "ce salaud", repose auprès de leur soeur. Wilfrid est désemparé. Heureusement, son papa lui parle, directement ou par le biais de lettres, qu’il n’avait jamais osé lui envoyer. Et le passé s’éclaire. Mêlant avec aisance personnages imaginaires et réels, acteurs sortant de leur rôle, chants et musiques insolites, l’auteur nous régale d’un récit déjanté, jubilatoire, pimenté d’un humour féroce.

En recherchant l’identité de celui qui l’a quitté à sa naissance, Wilfrid est sorti de l’enfance et se sent prêt à assumer son destin : enterrer son père là où il est né. Mais sur cette terre dévastée par la guerre, il n’est pas facile de trouver un lieu de repos éternel . Les cimetières débordent ! C’est le prétexte invoqué par les habitants de son village natal pour refuser une sépulture à celui qu’ils considèrent comme un étranger. La haine ronge les coeurs.

Pourtant Simone, une villageoise qui se bat contre le désespoir, devient l’alliée fidèle de Wilfrid. Celui-ci sera soutenu par d’autres rescapés des combats. Comme cet homme affamé de crimes, parce qu’il a tué son père par erreur ou cet autre qui veut venger le sien, décapité sous ses yeux ou encore Joséphine, qui sauvegarde les noms, en coltinant des annuaires téléphoniques. La mission symbolique devient collective. En ensevelissant ce cadavre, ces jeunes déboussolés font leur propre deuil et retrouvent le goût de vivre. Les différentes rencontres, qui ponctuent ce voyage mortuaire, offrent des témoignages implacables sur la folie des hommes. Elles sont nécessaires, mais étirent l’odyssée. Aussi quand la petite troupe atteint le littoral, on attend l’issue avec impatience. Et les hymnes à la vie, dans lesquels se lance le père, sont d’une vibrante beauté, mais paraissent trop longs. Cependant, plus émouvante que la première, cette seconde partie nous saisit par son intensité dramatique.

Jasmina Douieb a réussi à rendre claire et fluide la narration de cette histoire complexe. En misant sur la simplicité de la mise en scène et...l’imagination du spectateur. Un voile bleu nous suggère le brouillard, la cabine d’un peep show, un linceul ou des vagues. Les huit comédiens sont excellents, tant dans les scènes de groupe, jouées avec fougue que dans l’incarnation de personnages bien dessinés. Mention spéciale à Itsik Elbaz qui exprime avec justesse la transformation du vieil adolescent vulnérable en homme responsable. Comme "Incendies", "Littoral" reflète les préoccupations de Wajdi Mouawad. Ce Libanais, installé au Québec, nous parle de déracinement, de pays gangrenés par la guerre, des liens entre les générations. mais il le fait en humaniste, donnant à son théâtre une portée universelle.

Jean Campion
 

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