Violette Pallaro

Tu as grandi dans une famille où le métier comédien n’était pas vraiment considéré comme un " vrai travail". Comment appréhendes-tu, alors, ton métier de comédienne ?

Quand tu rentres dans le métier, il y a la passion, mais aussi autre chose, c’est s’inscrire dans le milieu du travail, dans la société en tant qu’acteur. Et c’est là que le terme « métier » apparaît. Comme tout métier, ça demande un engagement, parfois des sacrifices, parfois faire des choses que tu n’as pas envie de faire… Et je crois bien sûr au talent, mais je crois aussi au travail ; un talent qui ne travaille pas ne sera pas vraiment développé. C’est pour ça qu’être comédienne est un travail qui me plaît aussi beaucoup, parce que tu peux toujours aller plus loin, tu peux te développer, apprendre des autres. Si tu travailles un personnage, tu peux en apprendre sur l’époque dans laquelle il vit, faire des études dramaturgiques, apprendre sur ton corps, […] sur son ouverture, sur celle de ta voix. Et puis comme tu travailles sur des choses intimes, tu apprends aussi des choses sur toi en tant qu’être humain, et sur les autres, parce que selon moi le plus important, c’est tout de même le rapport à l’autre. Si tu restes centré sur toi, il y a des choses qui ne se passent pas, comme la richesse des échanges que tu vis dans une création. C’est ce que j’adore dans ce métier… Bien sûr, j’aime jouer, mais j’aime aussi beaucoup travailler ensemble pour créer quelque chose. Chaque comédien a sa raison de faire du théâtre ; pour ma part, je suppose que c’est là où je me sens à ma place […].

Et quel sens donnes-tu à ce métier ?

Je crois que le sens est venu en fonction du chemin. Je suis en recherche de sens, on va dire.

Et toi, justement, tu as choisi de l’explorer sur le chemin du comédien, du jeu.

En tant qu’être humain, il y a des moments où tu peux être en action, tu fais des choses et du peux te poser ces questions-là : « Mais, au fait, quel est le sens de tout ça ? ». Ce qui ne veut pas dire que je sois comédienne pour trouver un sens à ma vie.

Y a-t-il, alors, des thèmes que tu aimes jouer à travers tes personnages ?

Je ne sais pas s’il y des personnages que j’aime jouer plus que d’autres, mais en tout cas j’ai remarqué qu’on pouvait souvent me donner des rôles de personnages […] qui chutent, des personnages déchus, qui peuvent donner une apparence de solidité, mais qui, en même temps, possèdent une grosse faille. […] J’aime ce type de personnage, parce qu’ils sont riches, entre ce qu’ils donnent à montrer et ce qui est intérieur, ce que tu caches. Et je crois que c’est valable dans une grande partie du répertoire, qu’il soit contemporain ou moderne, comique ou tragique… Ce sont de beaux personnages.

Cela m’amène justement au personnage que tu joues en ce moment dans Les Misérables, au Théâtre du Parc. Éponine vit aussi une sorte de chute.

Oui. En tout cas, elle a ce côté un peu dur, où elle ne veut pas montrer qu’il y a quelque chose en elle qui se produit. Elle tombe amoureuse d’un gars qui n’est pas du tout de sa classe sociale, et qui en plus est amoureux d’une autre. […] Elle a envie de le rendre heureux et, en même temps, elle ne veut pas le voir avec une autre. Elle préfère mener Marius à la mort plutôt que le sauver. C’est vraiment l’extrême jalousie et l’extrême désespoir de dire « Je préfère t’avoir mort avec moi que vivant sans moi », et pour finalement prendre la décision, quand elle meurt, de tout de même lui donner la lettre [de Cosette].

Et c’est ça qui te touche dans le personnage en lui-même ?

Je trouve que ce mélange de passions est très touchant, […] ce qui me plaît aussi beaucoup, c’est l’animalité du personnage. C’est quelque chose que j’aime, en général, travailler sur scène. Elle a ce côté un peu farouche, sauvage, terrien ; elle dit « je n’ai besoin de personne », et en même temps, elle est peut-être plus fragile qu’elle n’en a l’air. Je trouve ça touchant, et d’autant plus qu’elle a conscience qu’elle est pauvre et qu’elle se perçoit comme laide. Dans le roman Les Misérables, elle aide le Père Mabeuf qui a tout perdu, et qui n’a même plus la force de s’occuper de son jardin qu’il adore. [Éponine] surgit dans le jardin, parce qu’elle est à la recherche de Marius, et dans la foulée puise 3 seaux d’eau dans le puits et arrose le jardin. Le vieux lui dit « Dieu vous bénira, vous êtes un ange puisque vous avez soin des fleurs », et elle lui répond « Non, je suis le diable, mais ça m’est égal ». Je fais ici référence au roman, car c’est aussi le boulot du comédien d’aller chercher des sources ; l’adaptation de Thierry ( Debroux) dure deux heures,et va donc à l’essentiel de la narration ( le roman fait 1800 pages). Je sais que lorsque mon personnage prend la parole, et dit une phrase, derrière, il y a trois chapitres.

Et avec ton parcours, qui est riche, est-ce que faire de la mise en scène t’intéresserait, à un moment ?

Oui, bien sûr. J’y ai déjà réfléchi, mais je pense que c’est trop tôt pour en parler, parce que c’est en train de mûrir... Je suis sortie de l’Esact /Conservatoire de Liège il y a deux ans, et jusqu’à présent […] ma priorité a été de jouer […]. Mais la mise en scène, c’est quelque chose qui m’a toujours travaillé...

On se rapproche du partage dont tu parlais en jouant.

Oui. S’il n’y a pas de partage à ce niveau-là, c’est beaucoup moins intéressant.

Tu as fait un petit peu de cinéma, aussi. Est-ce qu’il y aurait des œuvres en travail auxquelles tu participeras ?

En juillet dernier, j’ai tourné dans un premier long métrage, réalisé par Camille Meynard, un jeune réalisateur sorti il y a trois ans de l’INSAS. Il y a d’ailleurs AntojO qui joue aussi dedans. […] Il y a un titre,"Énergumènes", mais ça reste provisoire.

Dans ce cas, tes réflexions sur l’acteur jouant avec le public m’intriguent un petit peu. Comment fais-tu pour trouver ton désir de partage au cinéma, s’il n’y a plus de public ?

Le cinéma fait appel à des choses similaires au travail d’acteur au théâtre, qui sont le rapport à l’émotion,au corps, au texte, et tu es aussi en lien avec un partenaire quand tu joues. Après, il y a ce rapport à la caméra, que l’acteur est censé "oublier", et en même temps [en] avoir une petite conscience. Je trouve qu’il y a un total lâcher prise au cinéma, parce que c’est la caméra qui choisit ce qu’elle va montrer, ce qu’elle va donner à voir. Alors qu’au théâtre, le public voit plusieurs choses, les comédiens jouent, et il y a des choses qui t’échappent, et des choses que tu peux choisir de montrer ou non. Quand tu es au cinéma, […] il faut accepter que tu te fasses voler, en un sens.

Interview écrite et réalisée par Jean-François Roland

 

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