Vincent Lécuyer

Nous avons rencontré Vincent Lécuyer, auteur et metteur en scène de "Nuit Blanche". Vincent se définit modestement comme "un vieux comédien, un très jeune metteur en scène et un écrivain débutant". Avec "Nuit Blanche", il signe sa deuxième pièce reprise aux Théâtre des Riches Claires du 3 au 21 février.

Bonjour Vincent, comment a débuté cette saison 2008/09 ?

J’ai commencé à Namur avec une pièce adaptée du roman « Hygiène de l’Assassin » d’Amélie Nothomb, où je jouais notamment le premier journaliste face M. Tach (Daniel Hanssens ) , qui est un condensé des 4 journalistes du roman.

Comment as-tu abordé ce rôle ?

Ce sont 4 personnages de journalistes différents mais qui ne sont pas très typés dans l’écriture, cependant chacun est de plus en plus préparé à affronter cette interview, il y a une certaine gradation. Donc les réduire en un seul personnage avait une certaine cohérence. De plus, sur scène, il faut qu’il y ait quelqu’un vraiment : il faut une vraie confrontation. Avec l’équipe, on a donc travaillé sur la peur et la faiblesse de ce personnage qui n’a pas les épaules pour une telle interview, qui ne pose pas les bonnes questions.

Qu’est ce qui était intéressant pour toi dans ce travail de comédien ?

C’etait justement de trouver la cohérence dans un personnage qui n’a pas tellement de couleur et donc de bien comprendre qui est ce personnage de journaliste.

Cette réécriture du condensé des 4 journalistes en un seul a-t-elle été faite avec toi ?

Non pas du tout, ce sont deux comédiens, Philippe Jeusette et Alexandre Trocki qui ont fait l’adaptation.

Est-ce-qu’Amélie Nothomb est venue voir la pièce ?

Oui, apparemment elle était très contente. Elle a reconnu ses personnages et elle a trouvé cela assez cohérent.

Parlons de la pièce que tu as écrite et qui va être reprise prochainement : « Nuit Blanche », d’où t’est venue l’idée du scénario ?

Après « La Trilogie de Belgrade » , notre compagnie (La compagnie « Petite Âme ») était dans une phase de recherche pour son prochain spectacle.

L’idée a eu comme point de départ deux comédiennes, Cloé Xhauflaire et Gwen Berrou, à qui le texte était destiné. Ce sont des amies dans le travail et dans la vie, donc mon idée était de faire appel à des énergies que je connais chez elles : j’avais envie de leur proposer un projet à leur hauteur. Elles m’ont donné comme contrainte d’écriture les trois mots suivants : « Après le drame ». J’ai laissé l’écriture naître, sans faire de plans. Le début de la pièce est donc le départ d’une femme dans un parking d’immeuble, jusque dans les rues d’une grande ville. J’ai laissé l’écriture voyager à partir de cela ce qui a donné une sorte de parcours, une nuit dans une ville qui peu à peu devient de moins en moins réelle et de plus en plus fantasmée. On assiste ensuite à un plongeon, une échappée du personnage qui n’arrive plus à s’arrêter et qui va un peu déraper.

Quels sont les avantages et les inconvénients d’être à la fois l’écrivain et le metteur en scène de la pièce ?

L’avantage, c’est qu’on a les clés d’entrée pour la lecture. L’inconvénient c’est la difficulté de se rendre compte de ce qui n’est pas clair pour le public. Sarah Antoine, assistante à la mise en scène, était donc là pour avoir un point de vue extérieur au niveau de la compréhension, des zones à éclairer. À un moment donné aussi, il faut se détacher et avoir un point de vue de metteur en scène, qui doit être très marqué, très différent de celui de l’écrivain, sinon, il n’y pas de jeu possible. Quand tu écris, la mise en scène est-elle déjà présente ?

Oui, mais au moment de la mise en scène proprement dite, il ne faut absolument pas s’en tenir à celle-ci, et il faut en trouver une autre, tout à fait différente, en 3 dimensions. Ce passage n’est pas évident, il faut que je sois vraiment extérieur à mon écriture, sinon, c’est impossible pour la suite.

Qu’est ce que l’écriture t’apporte dans ta vie de tous les jours ?

Pour moi, l’écriture n’est pas quelque chose de quotidien, ni quelque chose que je fais souvent… même si les mots sont là depuis longtemps. En effet, j’ai fait des études de lettres : le rapport aux mots et à la littérature existe dans mon parcours. L’écriture vient d’un manque que j’ai en tant que comédien lorsque je regarde des films, lit ou voit une pièce. J’aurais envie d’entendre des mots venant des personnages qui ne sont pas là. Donc l’écriture, pour moi, vient d’un manque, d’une envie de faire parler mes propres personnages, avec leurs voix.

On te voit donc comédien au théâtre, au cinéma, à la télévision, tu écris, tu fais des lectures, de la mise en scène : pourquoi cet appétit de diversité ?

Je pense que ce sont divers moyens de faire la même chose, en fait : c’est-à-dire de remplir cet endroit ou il faut parler, créer, communiquer. À des moments, il y a des choses qui s’imposent plus que d’autres et j’ai envie de voyager dans d’autres univers.

Cela te pose-t-il problème de changer de point de vue ?

Des problèmes non, c’est juste le cerveau qui doit travailler différemment. Se mettre au service de quelqu’un ou bien donner son point de vue de mise en scène, c’est en effet différents étages mais cela reste du partage et de la création. Cela ne veut pas dire que je suis à l’aise avec toutes les casquettes.

Quelle est celle avec laquelle tu te sens le plus à l’aise ?

Je suis plutôt un « vieux » comédien, un très jeune metteur en scène et un écrivain débutant. Comédien, c’est le travail que j’ai le plus fait, pour lequel j’ai la plus longue formation.

Au théâtre justement, on t’a vu interpréter de nombreux auteurs : Tchekhov, Oscar Wilde, Koltès,… Quel rôle t’a le plus inspiré ? Y en a-t-il un qui te laisse un souvenir « transcendant » ?

C’est toujours une question difficile pour moi, parce que, pour mes personnages, ce n’est pas « dans le plus ceci ou le moins cela » que j’envisage les choses. Ce que je trouve intéressant c’est la cohabition des différents personnages que j’ai joués. Et ce serait plus dans les rencontres avec les metteurs en scène, avec des équipes et puis, là où les messages des spectacles me bouleversent le plus, me questionnent le plus.

Quels sont ces spectacles porteurs de messages ou bien de riches rencontres ?

Par exemple, « La Trilogie de Belgrade », projet que notre compagnie a porté, « Genèse numéro 2 » d’Ivan Viripaev, spectacle mis en scène par Galin Stoev qui est un spectacle qui continue à tourner. Mais aussi « « La cuisine d’Elvis » et la rencontre avec le metteur en scène Georges Lini. Tous ces projets sont des moments importants, des aventures.

Tu fais également des lectures publiques de temps en temps…

Oui de temps en temps, on me le propose, par exemple dans le cadre de festivals, pour lire des auteurs contemporains. C’est un travail de comédien aussi, plus « à plat », sans mise en scène, avec 2 à 3 jours de recherche : c’est un travail de l’immédiat. C’est plus nu. Et en lecture, plus on est sobre, mieux c’est.

Est-ce que tu as un type de rôle qui te colle à la peau ?

Je pense que mon physique mince, mon attitude, font qu’on m’oriente vers quelque chose en particulier : dans des personnages plus fragiles ou dans l’humour. Mais au fur et à mesure, les propositions qu’on me fait se diversifient.

Dans le cinéma, as-tu eu aussi des rencontres marquantes ?

Oui, et j’ai eu de la chance, car, surtout au début de mon expérience, j’ai travaillé avec des personnes qui débutaient aussi. Donc j’ai participé à des projets très personnels : avec Bouli, c’était son premier long métrage, par exemple. J’ai assisté à l’ouverture au public de personnalités du cinéma. C’est l’occasion de rencontres… Mon dernier travail en cinéma était avec la réalisatrice flamande Fien Troch. Lors de ce tournage-là, on peut dire qu’il y avait vraiment « quelqu’un » sur le plateau, quelqu’un de très présent. C’était très intéressant. Donc, oui, la rencontre se fait à partir du moment où le projet est intéressant et où il y a quelque chose qu’on recherche ensemble. Il n’y a que comme cela que ça marche.

Dans « Hep taxi ! », comment ton personnage est-il né ?

Ce projet n’était pas mon initiative : on m’avait appelé pour le casting. À la sortie de l’école, j’avais fait « Les premières rencontres » qui était un spectacle organisé par le théâtre de Poche, où tous les sortants des écoles de théâtre étaient mis en scène par un metteur en scène, Charlie Degotte, cette année-là en l’occurrence. Une journaliste de la RTBF était venue nous voir et m’a appelé par la suite, pour le casting de « Hep taxi ! ».

Je crois qu’ils ont demandé à des comédiens de faire le casting, car le comédien apporte son univers et une atmosphère très différente de celle d’un journaliste : il fallait qu’on croie à ce taxi, cette course en voiture pour un « client » emmené par le taximan… Donc, j’ai été pris et je me suis un peu posé des questions, à savoir, si j’étais au bon endroit car c’est moi qui me retrouvais à poser des questions à des comédiens connus ! Je me retrouvais de l’autre côté, mais c’était intéressant aussi.

Comment as-tu composé ton personnage alors ?

Il y avait un rapport à la célébrité. Normalement, ce rapport est institué dans une interview classique, or ici, j’ai pris le contre-pied en jouant sur la simplicité et le naturel, comme si je lui demandais l’heure dans la rue. Alors après, ça fonctionne ou pas. C’est parfois bizarre, parfois agréable mais ce ne l’est pas toujours, autant pour l’interviewé, que pour l’intervieweur. Expérience étrange mais intéressante !

Vincent, tu es Français, pourquoi la Belgique ?

J’avais fait le Conservatoire à Nantes, et j’avais envie d’une formation plus longue, alors j’ai passé divers concours en France et en Belgique dont celui du Conservatoire de Bruxelles, où j’ai été pris. Cela m’intéressait de découvrir un autre pays, de sortir des frontières !

Quels sont tes projets futurs ?

En mars, je jouerai dans « La Fête Sauvage » de Mathieu Gosselin mis en scène par Georges Lini à L’Atelier 210 et, en juillet, dans « Terrils Apaches » de Thierry Debroux mis en scène par Jasmina Douieb à Mons J’ai aussi des propositions extérieures mais dont je ne peux pas vraiment parler. Et puis, j’ai écrit un texte qui est en train d’être lu par d’autres personnes, mais je ne sais pas ce que cela va donner. Et j’ai la tournée de « Genèse 2 » qui va débuter.

Dans les différentes casquettes que tu as, tu n’as pas encore expérimenté celle du réalisateur, aurais-tu envie de le faire ?

Pourquoi pas… Mais je ne suis pas toujours à l’aise avec la casquette du décideur, donc je ne sais pas.

Un dernier mot de « Nuit Blanche » ?

Je crois que le mieux c’est d’aller voir le spectacle, plus que d’en parler. Depuis les représentations de l’année dernière, on l’a retravaillé, les lumières, le décor ont évolué. On a fait en sorte que le spectacle soit plus ouvert au public.

Merci à toi, Vincent On te retrouve donc prochainement dans :

- "Nuit Blanche" aux Théâtre des Riches Claires du 3 au 21 février 2009

- "La Fête Sauvage" à l’Atelier 210 du 19 mars au 4 avril 2009

- "Terrils Apaches" à Mons en juillet 2009

- "Genèse no 2" Tournée en France en 2009, et à Liège en octobre 2009
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Interview recueillie le 14 janvier 2009 par Nathalie Lecocq Mise en ligne Nathalie Lecocq et Claire Drach

Autres crédits photos dans l’ordre d’apparition
- "Trilogie de Belgrade" prise par Milena Strange
- "Genèse no 2" prise par Anoek Luyten
- "La Cuisine d’Elvis" prise par Sophie Penelle
- "Hep Taxi !"

 

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