Valérie Bauchau

Valérie Bauchau interprète Lucrèce dans « Lucrèce Borgia » de Victor Hugo. Avec passion, elle nous raconte ses immersions dans les beaux textes de la langue française et aussi l’alchimie magique qui réunit comédiens et metteurs en scène pour notre plus grand bonheur…

Bonjour Valérie, tu interprètes Lucrèce Borgia au Festival de Spa, comment la pièce a-t-elle été accueillie à Mons au début juillet ?

Je n’ai entendu que des bonnes choses. Ceux qui auraient détesté ne sont pas venus me voir pour me le dire. J’ai pu remarquer, quand même, que cela ne semblait pas être une vieillerie pour les gens. Cela les a d’ailleurs surpris. Bien sûr, c’est un choix de mise en scène qui révèle combien Hugo est proche de nous et combien il est, à la fois, un auteur romantique mais qui a une espèce de foi de vivre. Cette foi de changer le monde donne une énergie à la langue qui fait que ce n’est pas du tout un théâtre statique : c’est un théâtre très engagé physiquement et, du coup, les gens adorent. Hugo a écrit cette pièce pour le boulevard. Il avait d’abord écrit une tragédie pour laquelle il s’était fait ramasser et donc il s’est dit qu’il allait faire un drame qui soit plus accessible. Il a fait un triomphe avec ça. C’est une pièce qui dure 1h et demi, ce qui est rare pour Hugo quand on voit les tomes qu’il a pu écrire pour un roman. Lucrèce Borgia, c’est comme un cri.

Et cette femme, Lucrèce Borgia, qu’a-t-elle d’actuel ?

La position de la femme… c’est une position qui se combat toujours, qui n’est jamais acquise. Evidemment, on n’en est plus au temps de Lucrèce Borgia. Quand Hugo écrit cette pièce au 19ième siècle, il parle d’un fait divers qui a eu lieu au 15ième et, nous, nous le vivons au 21ième, mais c’est le même combat. Comment une femme – ici, à fortiori, il s’agit d’une femme mais la question est valable pour tout être humain- comment donc, un être humain qui naît dans un milieu déterminé peut-il réussir à changer ? Dans l’histoire des Borgias : comment en venant d’un milieu de vengeance, du crime, du mal, peut-on s’en sortir et aller vers le bon ? C’est déjà une évolution difficile pour tout être humain. Quand en plus il s’agit d’une femme, dans un monde d’hommes, c’est encore plus difficile, voire impossible. D’ailleurs, elle ne réussit pas ce changement, mais la pièce raconte cela : la volonté d’aller vers un mieux. On finit toujours par être rattrapé par son milieu, son passé ; ici, elle est rattrapée par son nom : les « Borgias ». Hugo est parti de l’histoire d’une personne mais, évidemment, c’est tout le contexte du pouvoir qu’il met en jeu. Cela se déroule au moment où le pouvoir de cette famille influente est mis en danger par les jeunes des villes italiennes qui en ont marre de ce potentat et qui commencent à faire des graffiti partout : à Venise d’abord, à Ferrare ensuite. La pièce démarre sur un fait divers : c’est un jeune qui fait un graffiti et il se fait que ce jeune est son fils, or elle a demandé la mort de cet homme. La pièce raconte donc l’histoire d’un pouvoir qui est ébranlé. Le message d’Hugo est toutefois optimiste : il faudra plusieurs personnes qui tombent sur la route pour finalement arriver à un mieux. C’est comme ça qu’après la Révolution française, il y a eu enfin la démocratie. Mais au prix de combien de morts ? La pièce finit très mal, mais c’est tout le temps animé d’espoir. Le ton n’est pas fataliste.

De quoi t’es-tu nourrie pour t’approprier ce rôle ?

J’ai lu toutes les biographies d’Hugo, je pars toujours des auteurs… Mais cela sert-il à quelque chose ? On ne le saura jamais… A part pour moi qui aime me nourrir de tout ce qu’il y a autour de l’œuvre. Est-ce cela qu’on voit sur le plateau ? Je ne crois pas. Ce dont je suis le plus nourrie, c’est de la parole du metteur en scène et Frédéric Dussenne est très directif pour cela. Il le fait d’une façon très belle car il ne te donnera jamais des indications d’intentions ou de caractère de personnage. Il dit que cela doit rester un peu vague : à l’interprétation de chacun. Le spectateur peut commencer à imaginer qui est cette femme parce qu’il entend des mots. Et donc, le travail principal de l’acteur est de faire entendre les mots. Faire entendre les mots, ce n’est pas juste les dire, c’est aussi les respirer. Il nous disait : « tout est dans le rythme d’Hugo ». Ce sont des phrases qui n’en finissent pas et quand l’acteur ou l’actrice arrive au bout, c’est dans ce silence que l’on sent le souffle romantique. C’était ça le défi. Il y a évidemment des moments où cette femme bascule dans des grandes émotions : l’amour de son fils, la colère, … mais ça ce sont des mots qui ferment un sens. Dans l’écriture, c’est déjà marqué. Si on respecte vraiment le souffle hugolien, alors le spectateur s’approprie les choses. Ce qui est intéressant, c’est qu’à la fin le spectateur puisse se dire : cette femme est passionnante mais qui est-ce ? Pas parce que le spectateur n’aurait pas compris mais parce qu’il a eu tellement d’infos (tout ce que Hugo fait passer) qu’il reste en travail. On offre un personnage complexe et pas une idée d’une criminelle du 15ième siècle, très méchante…

Est-ce la première fois que tu travaillais avec certains des comédiens ? La collaboration a-t-elle été enrichissante entre vous ?

En fait, et le projet venait de ça aussi, Frédéric Dussenne cherchait un endroit où nous retrouver Philippe Jeusette et moi. Ensemble, on avait fait une pièce qui a été, en plus d’un énorme succès, un énorme plaisir de travail. La pièce s’intitulait « Combat de nègres et de chiens » de Koltès. Il y a eu une rencontre exceptionnelle entre les quatre acteurs et le metteur en scène, mais le couple de la pièce était Philippe Jeusette et moi. On a toujours dit qu’on voulait se retrouver alors voilà… Et des projets ensemble, on en a encore… Nous avons déjà joué plein de fois ensemble avec d’autres metteurs en scène. On peut dire qu’il y a une véritable complicité entre cet acteur et moi qui nous permet d’aller très loin ensemble. Ici c’était important car, pendant tout le 2ième acte, la scène entre Lucrèce et son mari est une scène de lynchage. Je pense que cette scène n’aurait pas été aussi impressionnante avec un autre acteur. Personnellement, je suis tellement en confiance avec lui qu’il peut me foutre par terre, je sais que c’est parfaitement géré, je ne me fais jamais mal. J’avais également déjà joué avec Pierre Verplancken, l’année dernière, dans « Elseneur », pièce mise en scène par Dussenne. Les autres comédiens (Rachid Benbouchta,...) je les connaissais de vue parce que souvent, j’avais été jury à Mons.

Or, ils sortent quasi tous du conservatoire de Mons. Ce sont donc tous des jeunes acteurs. C’est ça que Dussenne voulait : une femme face à tous les hommes (il y avait un deuxième rôle de femme qu’il a coupé). Et puis, face au couple des vieux (Lucrèce et son mari) : la ville. Il a pris donc des jeunes très typés, d’origines différentes, pour créer vraiment le danger mais aussi la force et la fougue de la jeunesse.

Que penses-tu de tous ces choix de mise en scène concernant l’œuvre de Hugo ?

Le travail avec Frédéric Dussenne n’a été que du bonheur. Ce n’est pas toujours facile car Frédéric Dussenne est très exigeant et, à la fois, c’est fabuleux d’être face à quelqu’un d’exigeant qui te pousse loin. C’est une masse de travail énorme. Au niveau de l’investissement, je dis souvent que le travail avec Fred, c’est comme entrer en religion. Il y a vraiment une notion de labeur. Par rapport à ses choix de mise en scène, ce qui est formidable avec Frédéric c’est que jamais il ne te parle d’un rôle. Il te parle d’un projet. Il te parle d’une œuvre à défendre tous ensemble. C’est-à-dire que Lucrèce n’était pas plus importante qu’un des jeunes, elle avait simplement plus de mots. Cela te libère quand même d’une espèce de poids qui est toujours faux, car tu défends un rôle dans une pièce, dans une œuvre … Et c’est beaucoup plus important. Tu es donc libérée d’un mauvais stress, d’une espèce d’ego mal placé. Tu défends une idée avec un groupe de jeunes avec lequel tu as décidé de faire un coup… Bien sûr ce stress, tu ne peux pas ne pas l’avoir parfois avec un rôle comme ça, mais ce n’est jamais l’enjeu. L’enjeu c’est qu’on fasse ensemble le mauvais coup qu’on avait dit qu’on ferait.

On l’aura compris, travailler avec Frédéric Dussenne a été important pour toi…

Il m’a mise en scène dans deux pièces de Koltès : « Quai Ouest » et « Elseneur ». C’est la quatrième fois qu’il me met en scène. Il a été aussi mon prof. au conservatoire. Et si un jour, il montait un groupe d’acteurs et qu’il me proposait d’être dedans, je signe de mains jointes tout de suite. Oui, parce que travailler avec Frédéric, c’est passionnant : c’est entamer une vrai recherche artistique, travailler sur la matière qu’est le théâtre et pas sur ta petite personne. Le théâtre aussi comme matériau pour changer le monde ; pour tous ces mots prononcés, comment les transmettre le mieux possible ? C’est donc aussi un acte social, un acte citoyen, plutôt que la volonté d’être célèbre et d’avoir sa photo dans le journal. Bien sûr, ce souhait on l’a tous eu à un moment ou un autre, mais ça ne remplit rien et ça ne sert à rien.

Tu as également souvent travaillé avec Pietro Pizzuti, parle-nous un peu de cette collaboration ?

Cette année, à ce même Au Festival de Spa, je joue une pièce qu’il a écrite : le « Silence des mères », mise en scène par Christine Delmotte. Pietro Pizutti, je le connais depuis longtemps puisque lui aussi a été mon prof. au conservatoire. Lui, c’est l’enthousiasme, mais je ne voudrais pas que ce terme soit pris péjorativement… Je veux dire que la confiance et l’amour que te donne cet homme libère tout, permet tout. C’est une personne d’une énorme curiosité et qui ne fait pas que jouer au théâtre. Il est aussi professeur, il écrit, il s’occupe des autres, des malades… C’est incroyable tout ce qu’il fait… Il a compris que la vie était trop courte et il la remplit de la manière la plus passionnante qui soit. Cela se retrouve dans ses textes. « Le Silence des mères » est une pièce où il parle de l’accompagnement des gens qui sont en train de mourir. Il en parle très bien parce qu’il est lui-même accompagnant. En même temps, cette pièce est pleine d’humour, c’est une très très belle pièce. Ici, metteuse en scène y compris, nous ne sommes que des femmes. En sortant du conservatoire, j’ai eu directement un petit contrat pour jouer des contes mis en scène par Pietro. Cela m’a permis de mettre le pied à l’étrier. Et, par ailleurs, il a demandé à Philippe Blasband d’écrire une pièce pour sa classe. Cette pièce a été sélectionnée au Festival « Première rencontre ». On a donc été très vite vu. C’est vraiment quelqu’un qui nous a pris en charge au conservatoire mais qui nous a aussi aidé à sortir.

Ton plus beau souvenir sur les planches ?

Il n’y en a pas un… Je dirais, quand même, cette première collaboration avec Dussenne « Quai ouest » de Koltès. Et où surtout, à nouveau, cela a été une mise en scène formidable. Le spectacle a très bien marché. Toute jeune actrice, j’ai été confrontée à des pointures énormes que je n’ai jamais perdues de vue après et qui sont des gens très importants dans ma vie. Il y avait Patrick Descamps, Jacqueline Bir et Anne Chapuis, avec qui j’ai rejoué après et que je vois toujours. C’est beau de rencontrer des femmes comme ça, avoir des repères importants. Surtout dans ce métier-là, ce n’est pas toujours évident. On rencontre beaucoup de gens, mais des rencontres intenses cela se fait plutôt dans des spectacles qui se passent bien. Il y a une espèce d’électricité dans l’air qui fait qu’on a envie de fêter ça tous les soirs : cela devient une amitié. Mais je ne peux pas ne pas parler de « Partage de midi » de Claudel. C’était la pièce que j’ai faite avec Philippe Sireuil qui était mon mari. C’est une oeuvre fondatrice : le plus beau texte de la langue française. J’ai eu la chance de le jouer. Mes filles s’appellent du nom des personnages. Elle n’a pas rencontré un succès énorme car je pense que Claudel est un auteur controversé. Ceux qui l’ont vu, ont beaucoup aimé. Mais il n’y a pas eu énormément de monde. Tu n’es plus la même après avoir joué Ysé dans le « Partage de midi ».

La rencontre qui t’a le plus appris sur ton métier ?

Ces deux-là : Frédéric Dussenne et Philippe Sireuil. Mais il y aussi toute une série de personnes que je n’ai pas encore rencontrées… Quand les rencontres sont fortes, il y a des fidélités qui se créent. Du coup, il y a des personnes avec qui je n’ai jamais travaillé. Soit qu’ils pensaient que j’appartenais à une autre « famille » ? Soit que j’ai dû dire non plusieurs fois parce que j’étais déjà prise et qu’ils ont pensé que je n’étais pas intéressée ?

Dirais-tu que tu es satisfaite de la tournure qu’a prise ta carrière ? Qu’est-ce que tu te souhaites encore comme projet ?

Je suis très satisfaite, vraiment j’ai été gâtée. Par contre, ce que je voudrais vraiment, c’est de pouvoir travailler avec la nouvelle génération. Parce que je sens que je suis en train de rater cette génération. Justement, c’est lié à ces fidélités- auxquelles je tiens beaucoup, par ailleurs. Je voudrais travailler avec la génération de comédiens et de metteurs en scène qui sortent de l’école et qui n’oseraient peut-être rien me demander ou qui penseraient que je ne l’accepterais pas. Je pense par exemple à Armel Roussel, quoiqu’il soit déjà plus proche de ma génération. Je pense aussi à Jean-Michel Vanden Eyden, Peggy Thomas. Je voudrais aussi être dirigée par des gens plus jeunes que moi. Je me dis souvent que je ne travaille qu’avec les gens plus âgées. Est-ce que les jeunes m’oublient, ou bien est-ce que je ne leur parle plus ? J’aimerais rester en contact avec le réel, ne pas devenir une actrice installée qui n’irait plus travailler pour trois francs cinquante au Zut.

Tu as tourné dans « Demain on déménage », est-ce un projet cinéma unique ? En as-tu eu d’autres ? T’en souhaites-tu d’autres ?

Je ne cours pas du tout les castings, je n’aime pas ça. D’ailleurs, je ne suis pas douée, je les rate souvent… Je ne crache jamais dessus, les quelques trucs que j’ai fait, je m’y suis beaucoup amusée. Je trouve ça intéressant à découvrir, mais cela n’a pas été ma priorité. Ma priorité a toujours été le théâtre. Quand il y a des projets cinéma ou TV qui arrivent, ce sont des petites « pralines ». Généralement, c’est tellement petit que ce n’est pas spécialement intéressant au niveau de la formation ou pour l’enrichissement intérieur. C’est intéressant pour la découverte de ce milieu auquel on a peu accès. Maintenant si les Dardenne me demandent demain de faire un projet avec eux, la situation est différente…

Te lances-tu parfois à l’aveuglette dans les projets, juste pour le plaisir de jouer, ou bien choisis-tu minutieusement tes projets ? Et si oui, en fonction de quoi ?

Ah oui, je fais des choix ! En fonction du texte d’abord, pour ne pas jouer un truc qui me tombe des mains. Il y a des metteurs en scènes avec qui je peux travailler parce que c’est eux, même si je ne comprends rien au texte. Cela m’est arrivé avec Dussenne. Il y a deux ans, il m’a proposé un texte où, à la lecture, je ne comprenais pas. Mais ce n’était pas grave. Comme c’était lui qui mettait en scène, j’ai fait totalement confiance. Et cela a été un projet formidable. Non, il faut opérer des choix : on passe trop de temps après, en répétitions, pour être malheureux. Et puis si c’est pour tenter de défendre quelque chose qui est tellement mal écrit que c’est indéfendable… J’ai tourné dans un télé film pour TF1, c’était très drôle, j’ai été logée dans des hôtels sublimes, j’ai eu des cachets faramineux. Mais quand, pour toute la journée, tu as deux phrases mal écrites à dire, tu ne fais rien avec ça. C’est possible pour un petit temps, question de raconter les anecdotes de tournage, mais que fais-tu avec ça dans ta vie ? Je ne sais pas.

L’amour des textes a-t-il toujours existé chez toi ?

Il a augmenté grâce au théâtre, grâce aux gens que j’ai rencontrés. On ne devient pas amateur ou lecteur de textes comme ça. Certes, il y en a qui peuvent le faire seul, moi pas. Bien sûr, il y a une part de la littérature à laquelle j’avais déjà eu accès et que j’aimais. Mais, par exemple, je n’aurais jamais pu lire Claudel toute seule. Je ne l’aurais pas entendu et vécu de l’intérieur comme on m’a appris à le lire.

En général, comment abordes-tu un rôle dans ton travail ?

De manière concrète, c’est lire, lire et lire et relire la pièce en essayant de ne pas projeter, de ne pas trouver un sens, de ne pas fermer. Ce qui est passionnant, c’est de laisser la chose ouverte. Plus tu peux t’y prendre à l’avance et plus tu as le temps de te nourrir : voir un tableau, etc. J’essaie, dans la mesure du possible, de ne pas me dire : « oh, je vais la faire comme ça ou comme ça ». J’essaie d’avoir une foule de matériau dans mon sac mais ne pas savoir comment je vais assembler les trucs. Avoir ma boîte de couleur, mes pinceaux, oui… Mais ne pas savoir comment je vais les mélanger et ce que cela va donner… Ce sera l’objet du travail en répétition et on cherchera ensemble : dans les yeux de mon partenaire, avec l’aide du metteur en scène,… Frédéric Dussenne nous demande de faire des propositions dans un cadre donné. En répétition, on arrive texte su. Dans le canevas du texte, auquel il aura donné le rythme (c’est-à-dire qu’il aura indiqué où on pouvait s’arrêter pour respirer comme dans une partition musicale), on va chercher comment interpréter le rôle. De la même manière que l’on peut jouer une sonate de Bach de 300000 façons différentes...

J’ai vu aussi que tu as été costumière dans « Qui a peur de Virginia Woolf ? » : est-ce un hasard de parcours ? Un désir qui s’est réveillé ?

Non, c’est parce que j’ai été assistante à la mise en scène. Au départ, je devais faire un rôle. Puis, je suis tombée enceinte. Alors Michel Kacenelenbogen m’a proposé de faire de l’assistanat. Comme c’était des costumes contemporains, qu’il n’y avait que quatre personnages, j’ai pu le faire. Mais je respecte trop le métier de costumière pour m’appeler costumière.

Ce désir d’être comédienne, était-il là depuis ta tendre enfance ?

Absolument pas, car je ne venais pas d’un monde culturel et artistique. Bien sûr, j’ai été éduquée mais on n’allait pas au théâtre ou visiter des musées. A la limite, je ne savais même pas que ça existait. Mais du plus loin que je me souvienne, je sais que je voulais faire quelque chose d’exceptionnel. Au départ, enfant, je voulais être religieuse. En fait, je voulais être mystique. Je pense que déjà là, il y avait une recherche de théâtralisation de quelque chose. Finalement, j’ai fait des études d’histoire. Comme j’ai un défaut de prononciation et que j’étais très timide, et comme je me suis dit que j’allais sans doute être prof, j’ai décidé de suivre des cours de diction. J’ai une copine qui m’a amenée à un cours de théâtre. On a réalisé des petits trucs ensemble et, le Directeur, qui passait par-là, m’a engagée. Donc, avant même d’avoir fait une école de théâtre, je jouais. J’ai commencé dans les revues des Galeries. Là, j’ai rencontré des filles. Comme moi, elles faisaient les pom pom girls, mais toutes elles sortaient du conservatoire ou y étudiaient encore. Alors je suis allée voir les examens et je me suis dit « Ah bon, ça s’apprend ce métier… ». J’ai donc terminé mes études d’Histoire pendant la Revue et, ensuite, j’ai commencé le conservatoire. C’est une histoire formidable, et en plus j’ai commencé par des Revues…. J’ai donc vraiment commencé par de la variété. A mon époque, à l’exception de la femme de Stéphane Steeman qui avait des petits rôles, nous autres étions des faire-valoir. On était vêtues de robes incroyables, tout en paillettes avec des plumes sur la tête. J’avais été engagée parce que j’avais des belles jambes. Mais, à la fois, ça a été le déclencheur. Tout de suite, cela m’a appris une discipline de fer parce que la Revue se jouait pendant des mois, tous les jours, parfois deux fois par jour… Quand tu as fais ça, tu peux faire beaucoup de choses.

Après Lucrèce Borgia, as-tu déjà des projets à venir ?

Je pars en France à la Comédie de Saint-Etienne , en septembre. Je joue un très beau texte. Donc, là, c’est vraiment le texte qui m’a décidée parce que je n’avais pas envie de repartir. J’aime beaucoup Saint-Etienne et Jean-Claude Berutti : ce n’est pas ça le problème. C’était de nouveau le fait de partir quatre mois, en dehors de chez moi. Je n’avais pas envie de laisser seule ma seconde fille, etc. Mais quand j’ai lu le texte, je me suis dit que, ça je devais le faire. Le titre de la pièce est « L’envolée ». C’est un auteur contemporain qui s’appelle Gilles Granouillet, il est vraiment très doué : il a une langue… C’est passionnant de travailler sur un auteur contemporain qui, par ailleurs, assistera aux répètes. Un auteur contemporain de cette qualité-là, ça ne se rencontre pas souvent. Pour le reste, je m’organiserai pour les allers-retours. Après, il y aura la reprise de Lucrèce Borgia, puis la quatrième reprise du « Silence des mères », et puis je retravaillerai avec Philippe Sireuil dans une pièce d’Hugo Claus qui s’appelle « Mort de chiens » qu’on jouera au Rideau.

Merci, Valérie Bauchau. On te retrouve donc sur les planches du festival de Spa dans :
- « Lucrèce Borgia » ces 15 et 16 août
- « Le silence des mères » ces 21 et 22 août

En France, à la Comédie Saint-Etienne pour le spectacle « l’Envolée », du 21 au 25 octobre 2008 et du 12 au 21 novembre 2008.

Dans « Lucrèce Borgia » au Théâtre Jean Vilar à Louvain-La-Neuve, du 27 janvier 2009 au 1er février 2009.

Dans « Mort de chien » d’Hugo Claus au Rideau, du 25 avril 2009 au 27 mai 2009

Interview réalisée par Nathalie Lecocq le 14 juillet 2008

Photos Daniel Cordova et Alice Piemme

 

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