Un Misanthrope qui brûle les planches

D’emblée, l’irruption brutale d’Alceste furibond, ridiculement entortillé dans des serpentins, donne le ton explosif de la représentation. Quand Philinte l’incite à plus de tolérance, il refuse toute compromission. Et durant cet affrontement musclé, il se débarrasse de ses oripeaux, les enferme dans une housse et enfile un vêtement moderne. Il renonce aux fêtes mondaines et rejoint notre époque.

Dès cette première scène, le misanthrope évoque son envie de "fuir dans un désert l’approche des humains". Mais son amour profond pour Célimène le retient. Celle-ci l’aime sans doute, mais pas suffisamment pour renoncer à la société factice, dans laquelle elle se plaît à briller. Relancée par les marquis, elle brosse différents portraits de cette faune, avec une ironie cinglante. Cette méchanceté hypocrite révolte Alceste, mais grisée par son succès, Célimène reste sourde à ses critiques. Tout au long de la pièce, le fossé qui les sépare se creusera, inexorablement. Frêle en apparence, Marie Lecomte donne beaucoup de consistance à son personnage, laissant percer, à certains moments, les sentiments contradictoires qui l’habitent. De plus en plus sombre, Philippe Jeusette fait émerger le drame intérieur d’Alceste. Obsédé de vérite, il s’écarte rageusement de ce monde tourné vers le paraître. Mais ses crises de jalousie, sa violence incontrôlée et ses ultimatums impuissants soulignent la persistance de sa passion.

Membres de la jet set, Acaste et Clitandre mous amusent par leur extravagance et leur fatuité. Mais ces snobs ne sont pas de simples faire-valoir. On les voit entamer une épreuve de force avec Alceste. Tous deux amoureux de Célimène se lancent un défi, en rivaux loyaux. C’est Acaste qui, dénonçant la fausseté de Célimène, la disqualifie. En donnant du relief au rôle de ces petits marquis, Philippe Sireuil montre que ce sont bien eux qui mènent la danse et dictent les règles du jeu.

Un des atouts majeurs de ce spectacle qui accroche constamment le public (il dure pourtant deux heures et demie) est l’imagination maîtrisée du scénographe et du metteur en scène. Pas de gadgets gratuits mais des choix efficaces ! Se faisant face, les spectateurs plongent sur un espace scénique bleu, à peu près vide. Au fil des actes, on le meublera d’éléments fonctionnels ou symboliques. Ainsi la longue table-podium permet à Célimène de faire défiler ses caricatures comme des mannequins. Dans son salon, le téléviseur diffuse des extraits de "Jules et Jim", nous invitant à établir un parallèle entre Catherine, l’héroïne de Truffaut et Célimène. Toutes deux lumineuses et libérées, refusent un amour exclusif. Le piano est une espèce de trait d’union entre Eliante et Philinte, les amants modérés et raisonnables. Même invention dans les entrées et les sorties. Le découpage conventionnel vole en éclats. Nous sommes emportés par ces confrontations souvent âpres, qui mettent en valeur la force virulente des vers de Molière. Chapeau les artistes !

Jean Campion
 

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