Un Cadavre nous interroge

Au fond de la scène, dans la brume matinale, six personnages statufiés, en vrac. Sans s’adresser à personne, l’un d’eux prend la parole pour relater les chaudes péripéties de sa nuit. La dernière est une embardée au bord d’un fossé, où gît un corps ensanglanté. "C’et la poisse. Jeune fille blanche, nue, morte assassinée, ça fait scoop et avec les scoops, on bosse mal." Cette réflexion désabusée est proférée par l’inspecteur Cop, qui a pris le relais du témoin. Comme chaque personnage, il parle sans interlocuteur et donc... sans masque.

Par une succession de monologues, l’auteur nous permet de suivre une enquête policière et de plonger au coeur des âmes. En nous livrant progressivement des indices, ces personnages confessent leurs doutes et leurs angoisses. La mère de la victime se révolte quand on lui demande si sa fille était "un sujet à risque", mais est bouleversée en découvrant ses fréquentations. L’inspecteur Cop voudrait que ce crime soit lié à la drogue pour "confirmer qu’ils ne se tuent qu’entre eux". Il doit cependant reconnaître que "peut-être, la violence est moins prévisible". On sent que cette banlieue de Milan est gangrenée par l’appât du gain et la loi du plus fort. Le dealer s’efforce d’échapper aux représailles par des coups tordus. Sans papier, la fille venue de l’Est est condamnée à la prostitution. C’est une société glauque, déboussolée qui émerge de ces récits âpres.

L’absence de confrontations risquait de déboucher sur une addition de numéros d’acteurs. La mise en scène sobre, rigoureuse et fluide de Jules-Henri Marchant déjoue ce piège. Le tempo soutenu, imposé à chaque intervenant, donne à la représentation un rythme tendu, haletant. On entend en permanence "LA musique" de Fausto Paravidino, qui affirme : "J’écris comme j’entends les gens parler". Mais cette unité n’empêche pas les comédiens de révéler des personnalités très contrastées. Angelo Bison incarne un inspecteur attachant. Tiraillé entre un préfet qui exige des résultats "pour le journal de vingt heures" et des subordonnés prétentieux et maladroits, il se montre souvent cynique, mais il reste déterminé, habité par sa mission. On est émus par la sobriété pathétique de cette mère dépassée par les événements, qu’interprète Janine Godinas. Benoît Verhaert joue le rôle d’un dealer sournois et paumé avec subtilité. Ce frimeur, magouilleur invétéré, masque mal sa lâcheté et sa vulnérabilité.

"Narure morte dans un fossé" est un polar qui nous tient en haleine. C’est aussi une invitation à nous interroger sur une société qui prend l’eau et sur nos comportements à l’égard de la mort. Fausto Paravidino voit ses pièces (à trente ans, il en a déjà écrit neuf !) triompher un peu partout dans le monde. Ce n’est que justice !

Jean Campion
 

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