Thomas Prédour

En cette fin de saison, je suis allée à la rencontre de Thomas Prédour, directeur de La Vénerie, centre culturel de Watermael-Boitsfort. En fonction depuis début 2010, il nous explique son parcours et les projets de la Vénerie. L’occasion de découvrir également la saison 2010-2011 !

Quel a été ton parcours avant d’arriver à La Vénerie ?

Je suis originaire de Leuze-en-Hainaut, entre Tournai et Ath. En secondaire, je faisais partie de la troupe de théâtre de l’école. C’est ce qui m’a donné le goût du théâtre. Ensuite, j’ai commencé des études en romanes, d’abord à Saint-Louis où j’ai de nouveau participé à la troupe de théâtre. Je suis venu à Louvain-la-neuve pour mes licences mais je me posais beaucoup de questions sur les romanes. J’ai donc commencé la licence en arts du spectacle du Centre d’études théâtrales. J’ai terminé les deux en parallèle et j’ai même fait l’agrégation en romanes. Mais j’avais une certaine frustration, car je trouvais tout cela fort théorique.

Qu’est-ce qui t’a permis d’éprouver le côté « pratique » ?

Ce qui a vraiment été déterminant pendant mes études, c’est tout ce que j’ai fait à côté ! D’une part, j’étais dans un kot-à-projet, Le Lever du Rideau, qui met sur pied l’organisation de spectacles de théâtre professionnel. J’ai vraiment appris la mise en place d’un spectacle de A à Z, de son choix jusqu’à sa promotion, en passant par la technique ou le bar. J’ai pu rencontrer beaucoup d’artistes mais également me rendre compte que ce n’est pas toujours facile d’organiser et d’amener des gens. On a eu quelques succès, dont « Est-ce qu’on ne peut pas s’aimer un peu ? » d’Éric De Staercke où la salle était comble... mais aussi quelques spectacles où on se retrouvait à 15 !

D’autre part, je me suis investi dans l’AGL, l’assemblée générale des étudiants de Louvain-la-neuve. J’y ai été responsable Culture pendant 3-4 ans et j’ai beaucoup appris sur le fonctionnement institutionnel. J’ai pu faire partie d’une commission « Aula Magna », gigantesque bâtiment jusqu’alors principalement utilisé pour des activités commerciales mais que l’université voulait investir avec des évènements culturels. Grâce à cela, j’ai pu organiser des concerts, dont celui d’An Pierlé qui était encore à ses débuts, ou encore un réunissant Sharko, Girls in Hawaii et Mudflow.

Et après tes études ?

J’ai postulé à l’UCL car je sentais qu’ils avaient besoin d’un lien plus proche avec les étudiants. J’ai été engagé par petits contrats précaires pendant deux ans mais j’ai eu l’occasion d’organiser de nombreux concerts (Vénus, Saule, Daniel Hélin, Stéphanie Blanchoud...). C’était également le lancement de la mineure « Culture et création », des artistes en résidence, etc. Donc c’était très enrichissant pour moi, mais ce n’était que par petits contrats... À Leuze, le directeur du centre culturel partait et j’ai postulé... et me voilà parti dans une chouette aventure. Un travail de terrain, en lien avec les associations ou les bénévoles et pour lequel les relations artistiques sont assez différentes que dans les grandes structures. Et puis, c’était la ville de mon enfance, c’est toujours intéressant d’y revenir avec un regard neuf ! Par contre je m’étais déjà installé à Bruxelles et les allers-retours ont commencé à me peser. Quand la Vénerie a libéré ce poste de directeur, j’ai postulé, même si ça n’a pas été facile de choisir car je me plaisais vraiment à Leuze. Mais il s’agissait d’une si belle opportunité que je ne pouvais la refuser.

Connaissais-tu déjà La Vénerie ?

Un peu. J’avais rencontré des employés de La Vénerie lors d’une formation BAGIC (brevet d’aptitude en gestion d’institution culturelle) et j’étais venu à quelques évènements comme la Fête des Fleurs. Bref, sans connaître plus que ça, j’en avais en tout cas une image assez dynamique. Le fait de ne pas être du sérail a dû faire pencher la balance en ma faveur...

En parlant de cela, comment s’est déroulé le processus de sélection, fallait-il amener un projet ?

Après les étapes classiques – cv et lettre de motivation – ils sélectionnaient une vingtaine de personnes pour un examen écrit. Il fallait arriver avec un projet – cinq pages avec notre vision pour l’avenir de La Vénerie – et puis sur place, il fallait répondre à une mise en situation (un problème de subside pour la Fête des Fleurs) et raconter comment on réagissait et résolvait le problème. Ensuite, on est resté à 6 ou 7 et on a rencontré un jury composé de membres de La Vénerie, de la Communauté française et d’un expert extérieur. Pour finir, j’ai été choisi et le choix a été confirmé par le Conseil d’administration.

Peux-tu présenter La Vénerie à ceux qui ne connaîtraient pas du tout ton centre culturel ?

La Vénerie fonctionne sur deux lieux, l’Espace Delvaux et Les Écuries.

Le premier se trouve place Keym et dispose d’une salle de spectacles de 300 places. C’est là qu’on organise toutes les activités Cinéma qui sont assez nombreuses. Il y a les Cinés Apéros, avec un film d’art et d’essai, projeté à deux séances, entre lesquelles l’apéro est offert ; les Cinés Familles ; le P’tit Ciné qui présente plutôt du cinéma documentaire, engagé et social ; les Enfants du Ciné qui retrace une histoire du cinéma belge avec chaque fois un film présenté par un spécialiste ; sans oublier les Cinés Débat axés sur les rapports Nord-Sud.

Les spectacles s’articulent autour de deux axes : les Scènes d’humour et les Scènes du monde. Les premières existent depuis 20 ans et ont vu défiler nombre d’humoristes belges : Bruno Coppens, Eric De Staercke ou encore Zidani. En arrivant ici, j’avais un a priori sur l’humour, une vision assez étriquée mais je me suis très rapidement ravisé : j’ai découvert des spectacles qui sont drôles mais qui ont un vrai fond. Ce n’est pas seulement rire pour rire. Il y a une vraie réflexion sous le couvert de l’humour et on a besoin de se marrer de temps en temps ! Quant aux Scènes du monde, avant c’était les Scènes d’Afrique qu’on a élargies au rapport Nord-Sud.

Ponctuellement, il y a également des concerts mais surtout un lien assez fort avec la Biennale de la Chanson française qui fait son concours et dont on présente la finale en juin.

Dernier volet, on a une galerie photos qui est gérée par un indépendant et des expositions de temps en temps dans l’espace du bar.

Tu parlais d’un deuxième lieu, Les Écuries ?

Historiquement, le centre culturel a commencé aux Écuries, place Wiener. Comme son nom l’indique, il s’agit d’anciennes écuries. C’est un lieu plus intimiste avec une salle de 70 places. C’est là qu’ont lieu les ateliers. On a un grand secteur CEC (centre d’expression et de créativité) : il y a une bonne dizaine d’ateliers pour les amateurs axés sur les arts plastiques et les arts de la scène. Ils s’adressent aux amateurs, enfants comme adultes, mais avec une exigence artistique. Il y a également des stages pendant les vacances ainsi que des projets transversaux. Le projet actuel c’est le projet Shakespeare, pour lequel l’animateur est parti de deux pièces et a demandé à une série d’artistes de mener un travail avec les quartiers et un public plus défavorisé (CPAS, Maison de quartier, etc.). Pour l’instant, ils sont une cinquantaine et c’est un projet qui court jusqu’à 2011. Il y a donc aussi cette volonté de sortir, pas seulement que les jeunes viennent aux Écuries et aux ateliers mais aussi qu’on aille vers eux.

Il y a également des spectacles qui se rôdent, ou simplement des jeunes compagnies. On a également tout un secteur arts plastiques. Avec un animateur qui gère entre 3 et 5 expos par an. À l’étage, il y a une salle d’exposition et autour de ces expositions, une personne est chargée de « l’art à petits pas ». Il s’agit de médiation entre les écoles et les expositions que l’on propose. Les enfants – du maternel au secondaire – viennent visiter l’exposition et participent à un atelier mis en place par des artistes en lien avec ladite exposition.

Un programme assez varié qui occupe les deux lieux...

Il ne faut pas oublier la Fête des Fleurs, gros évènement des arts de la rue, qui prend place tous les deux ans, ni le soutien à diverses associations, des collaborations avec Pierre de Lune en théâtre jeune public et qui prend tout de même 5-6 semaines complètes.

Voilà le portrait de la Vénerie. Pour le moment, on fait un peu de tout dans tous les domaines et on essaie d’être bon dans tous ces domaines. Quand je suis arrivé, je me suis demandé s’il n’était pas temps de se poser un instant et de s’interroger sur la pertinence de vouloir tout couvrir de front et peut-être penser à privilégier certains domaines.

C’est cela dont tu parlais dans un article paru au début de ton mandat, d’un « nouveau regard » pour la Vénerie ?

À la base, La Vénerie fonctionne bien, elle tient la route financièrement et au niveau des spectateurs, on en a 60 000 qui sont passé par ici en 2009. Donc quand je dis « nouveau regard », ce n’est pas du tout un virage radical que je veux opérer. C’est plus réinterroger certains aspects et réorienter des petits projets. J’aimerais qu’on puisse jouer sur ces deux lieux, en privilégiant par exemple la diffusion à l’Espace Delvaux et la création aux Écuries. Accentuer leur identité propre. Et puis j’avais une certaine envie de développer le travail avec les associations, pour rendre vraiment les personnes acteurs de leur projet culturel et/ou citoyen.

Comment s’est passée la « direction » de cette demi-saison qui s’achève, avec une programmation que tu n’as pas décidée ?

Il y a une grosse équipe très compétente, donc la transition a été facile : la gestion au quotidien a suivi sans problème. Quant à la programmation de Didier Arcq, elle était très bonne donc les spectacles ont suivi également. Et ce temps m’a permis de rencontrer les compagnies dont certaines sont des habituées des lieux. C’était l’opportunité de voir ces artistes à l’occasion d’un projet qu’ils venaient présenter ici et cela m’a permis de préparer déjà la saison prochaine. Grande différence avec le Centre culturel de Leuze, d’ailleurs ! Là-bas, j’étais plus dans une programmation au coup par coup alors qu’ici la saison est déjà entièrement bouclée.

Peux-tu d’ailleurs nous en parler ?

À l’Espace Delvaux, la saison commencera par une création danse avec À la croisée de nos vies de Zam, danseur d’origine camerounaise et habitué des lieux qui propose un carrefour entre danse, chant et théâtre. On aura également la dernière date de tournée de Saule et les Pleureurs.

En octobre, on a un thème « regard sur le monde ». L’idée est d’avoir un panorama de plusieurs pays et nous accueillons entre autres Ayiti de la Charge du Rhinocéros, La parade des culs-blancs, spectacle français qui offre une réflexion sur les indigènes et la façon dont ils sont traités, ou encore Vérité de soldat, un spectacle malien soutenu par Wajdi Mouawad qui l’accueillera d’ailleurs à Ottawa dans son centre culturel.

En décembre, on accueille Noces de vent du Théâtre Loyal du Trac, qui tourne depuis des années mais qui a été créé ici.

En janvier, il y aura Sources de Nono Battesti, avec Didier Laloy, un spectacle de danse et musique très intéressant.

Ensuite en février, on aura Alex Vizorek est une oeuvre d’art. C’est son premier spectacle à 28 ans. Il tourne en dérision l’art contemporain. Une nouvelle génération d’humour qui change le cliché du ras des pâquerettes... On l’avait déjà programmé cette saison dans la petite salle mais on croit tellement en lui qu’on le reprogramme dans la grande !

La Charge du Rhinocéros étant un partenaire privilégié de La Vénerie, on accueille beaucoup de leurs spectacles et on reprend Sans ailes et sans racines qui a cartonné cette saison.

En mars, un spectacle de Sam Touzani offrira une réflexion forte autour d’un arabe israélien, abordant donc le sujet assez brûlant qu’est le conflit israélo-palestinien.

Et aux Écuries ?

Il y aura chaque mois de l’impro. Également un spectacle sous chapiteau, L’enfant qui.... C’est du cirque actuel, basé sur l’histoire d’un sculpteur qui habite Boitsfort, Jephan de Villiers. Pendant 15 jours, sous le chapiteau, se mêleront donc marionnettes, théâtre et cirque.

Fin octobre, Belge et méchant d’un artiste issu du Kings of Comedy et fin novembre la reprise de Divas.

Au mois de décembre, 30 000 ombres sans corps qui est un spectacle sur les droits humains et rappellent le nombre de disparus en Argentine pendant la dictature. La pièce mêle texte et musique.

Eric De Staercke, fidèle de La Vénerie, y présentera début 2011 sa création Hidalgo qui tourne autour de Don Quichotte.

Fin février, Le Grand Soir de Jean-Louis Leclercq – qui a aussi créé tous ses spectacles ici - est un duo sur la situation politique du pays.

En mai, il y aura Cincali, mené par Hervé Guerrisi. Il a lui-même traduit le texte de l’italien et c’est un projet qui lui tient fort à cœur. Il va l’entourer avec une exposition, un atelier, ...

Tout ceci n’est pas exhaustif mais cela donne déjà une bonne idée de ce qui se passera la saison prochaine à La Vénerie...

Plus d’infos sur le site de La Vénerie

Interview réalisée par Emmanuelle Lê Thanh.

 

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