Thibaut Nève

Avant de parler de ton actualité personnelle, tu viens de monter avec d’autres comédiens un collectif, Kollectif Kolère, peux-tu nous le présenter en quelques mots ?

Le Kollectif Kolère est né d’un double constat : la sous représentation de la jeune création théâtrale belge et le sentiment de colère issu de la peur que le théâtre belge ne fasse abstraction des nouveaux jeunes. C’est aussi une façon de participer aux états généraux de la culture mi-avril et de se faire entendre des décideurs politiques. L’idée est surtout de mieux répartir les subsides car l’argent est mal distribué et ne va pas aux jeunes théâtres. La ministre de la culture Fadila Laanan se dit prête à nous écouter, on a bien l’intention de se faire entendre.

Quelles sont les démarches que vous effectuez pour la construction et la mise en place du projet ?

Avec notre jeune expérience professionnelle de compagnies, nous avions une volonté de nous fédérer parce que ce n’est pas évident d’engager une action qui est presque politique quand c’est pas notre boulot. C’est pourquoi notre prochaine assemblée générale a pour but de préparer la rencontre avec la ministre de la culture, réfléchir à un manifeste rédigé en une dizaine de points qui nous paraissant les plus urgents à traiter.

Quels sont les effets du Kollectif dans le monde du théâtre ? Avez-vous déjà eu des retours ?

Peu pour l’instant, on est encore dans la préparation du collectif mais nous sommes proches par exemple des propos de Richard Kalisz lors des états généraux du Théâtre, lui-même président de la CAPT, ancienne commission du jeune théâtre, qui déplorait le manque de budget des institutions qui subventionnent la jeune création. Tout le monde est d’accord sur cet état de fait, ce n’est pas facile de trouver les « bons » interlocuteurs, ceux qui ont le pouvoir de changer les choses.

Tu es diplômé du Conservatoire de Bruxelles depuis 2003. Est-ce que le Kollectif Kolère est aussi une façon de prendre en main ta carrière de jeune comédien ?

Non ! Dans ma tête c’est scindé en deux parce qu’une carrière c’est surtout des expériences de jeu et de la prise de risque. Plus j’avance dans ce métier, plus j’ai envie d’être un « artiste », être au service d’un texte, prendre et donner du plaisir. Je ne vois pas dans ce collectif un lien évident pour avancer dans ma carrière, il s’agit plus de faire entendre la voix de l’ensemble. Ce sont deux activités différentes.

Est-ce une manière d’être perçu comme un comédien engagé ?

Pas vraiment mais quelque part c’est inéluctable. Jouer un texte, c’est déjà prendre part à une forme d’engagement par rapport aux idées que l’on défend et que l’on fait passer. Pour moi, c’est le but de tout comédien, de trouver une forme d’engagement et petit à petit trouver sa voix.

Mais même si j’ai parfois des envies d’engagement quasi politique, je ne veux pas non plus être syndicaliste.

Le dernier projet auquel tu as participé, , « La Trilogie de Belgrade » aux Riches-Claires, est-ce une référence ou un tournant, suite à l’accueil très favorable du public et de la critique ?

Oui, c’est un tournant, en tout cas une prise de conscience importante : un texte qui aborde des sujets difficiles comme l’immigration et la guerre avec un certain cynisme a reçu un réel enthousiasme du public, réceptif à notre prise de risque et à notre travail sans complaisance. On était investis de tout autre chose que du « divertissement », plutôt du « plaisir avec un propos », mais n’est ce pas là le sens du « divertissement » ?...

Tu viens de tourner une publicité pour une célèbre marque de bière, comment abordes-tu ce travail, est-ce une volonté de ta part de diversifier tes horizons ?

C’est par comedien.be que je suis entré en contact avec eux ! (rires) Paradoxalement, je trouve la publicité « honnête » parce que tu sais dès le départ que ton image sera assimilée à la marque pendant la durée du contrat ; ce n’est pas dérangeant : les donnes sont claires pour tout le monde. Et puis, j’ai tellement rencontré de projets complexes où on te parle vaguement d’une « belle aventure humaine » alors qu’à la fin tu ne sais plus vraiment pourquoi tu te retrouves à construire un décor toi-même… Dans la pub au moins tu sais dans quoi tu mets tes billes. En plus, financièrement, ça te permet d’être confortable pour d’autres projets théâtraux, projets à la participation par exemple où tu sais pourquoi tu construis ton décor…

Quand pourra-t-on te revoir sur scène ?

Je vais jouer un texte de Sacha Guitry, « Le Nouveau Testament » du 27 avril au 22 mai 2005, au Théâtre des Galeries. Je suis content de jouer là-bas parce que je respecte le lieu et son directeur qui, en vrai connaisseur, n’hésite pas à prendre des risques en adéquation avec son public, celui d’une institution de plus de 50 ans, assez peu subventionnée au regard de leur production annuelle, et qu’il faut bien remplir pour faire perdurer. Et puis, je serai aussi au ZUT en juin où nous reprendrons « Bal-Trap » de Xavier Durringer avec la compagnie. Le ZUT n’a qu’un an d’existence. C’était important pour moi de participer à leur première saison et aussi de passer d’une « institution » à un « nouveau » théâtre. En plus je suis sensible aux risques qu’ils ont pris : ouvrir un théâtre sans subvention, je ne sais pas encore si c’est la meilleure solution dans le paysage théâtral belge actuel, c’est peut-être un peu kamikaze, mais ça me touche énormément et ça rejoint un peu l’état de fait et la philosophie du Kollektif Kolère.

Et tu n’es pas attiré par la mise en scène ?

Si, je compte justement monter « Le Dindon » de Feydeau la saison prochaine. On voudrait le « passer au karcher », en retrouvant la dimension sexuelle et jouissive novatrice qui soutient ce texte. On a envie de voir ce qu’il reste de l’esprit libertin dans la société actuelle. Par ailleurs, la compagnie Chéri-Chéri à laquelle j’appartiens a comme projets de donner une raison sociale au théâtre notamment en y apportant une dimension participative. On n’a encore rien de concret mais l’idée serait de mettre en place un spectacle de Théâtre au cœur d’une de cité.

Ah, oui, les personnes intéressées par le collectif peuvent nous joindre sur kollectifkolere@hotmail.com

Propos recueillis par Anne Antoni, Elfie Dirand, Manuel Harauchamps et Alexandre Lévy.

Photos de Stéphanie jassogne

 

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