Sylvie De Braekeleer

Sylvie De Braekeleer a mis en scène « Chatroom », joué au Théâtre de Poche. L’occasion pour nous de lui poser quelques questions ! Metteur en scène et professeur à l’IAD, elle porte une attention particulière au théâtre jeune public et au théâtre contemporain mais chhht… écoutons.

Bonsoir Sylvie !

Comment es-tu passée du jeu à la mise en scène ?

Très simplement. Pour moi, au départ, faire du théâtre c’était avant tout être comédienne. Mais dès la première année à l’IAD j’adorais diriger les autres, diriger les scènes, donner des indications. Les autres aimaient beaucoup quand je travaillais avec eux. J’ai travaillé trois ans comme comédienne en sortant de l’IAD mais très vite j’étais pas très contente de ce qu’on me proposait en tant que femme comme rôle. Je trouvais que c’était toujours ou la vierge ou la pute, et ça ne me convenait pas vraiment. J’écrivais un texte avec une amie à moi (Marie-Paule Kumps), qu’on était sensées jouer à deux. Puis on s’est dit que ce texte, qui parlait de la schizophrénie, était beaucoup plus intéressant s’il n’était joué que par une seule personne. J’ai finalement mis en scène ce spectacle (Mado) et j’étais très contente de la place que j’avais prise. Très vite d’autres compagnies m’ont demandé de les mettre en scène et de fil en aiguille je n’ai plus fait que de la mise en scène, mais je n’ai jamais décidé de ne plus jouer. Ça c’est passé comme ça et j’en suis très contente.

Comment as-tu découvert le texte de Chatroom ?

C’est Roland Mahauden qui me l’a fait découvrir, il avait vu la pièce à Londres. J’ai tout de suite flashé sur la thématique. Dans l’écriture, j’ai aimé la brièveté des scènes, très rythmées. J’aimais bien aussi le langage, qui n’est justement pas le langage msn, mais un langage assez élaboré. L’auteur défend le fait que ce sont des adolescents très intelligents, donc ils ont un langage structuré, pas abrutissant. Ce qui me plaisait aussi dans le projet c’était la gageure de mettre en scène des personnages qui chattent entre eux : j’ai voulu qu’ils ne se regardent jamais, sans pour autant tomber dans le mime réaliste. Il y a donc une forme qui est intéressante aussi.

Chatroom nous parle, entre autres choses, du danger que représente Internet pour les jeunes… Tu fais partie des gens qui ont une pleine confiance en la jeunesse et en son esprit critique, ou de ceux qui s’en méfient ?

Je ne penche ni d’un côté ni de l’autre. Je pense que chaque être humain, qu’il soit enfant, adolescent, adulte, porte en lui le meilleur et le pire, et tout dépend du contexte. Si je travaille beaucoup pour les enfants, si j’adore travailler à l’IAD, c’est parce que j’ai une foi énorme dans la jeunesse. L’éducation a beaucoup d’importance : plus on ouvre des portes aux gens, plus ils vont être inventifs, créatifs. Après, comme le dit l’auteur de Chatroom (Enda Walsh), c’est sûr qu’on porte chacun un bourreau en nous et qu’à certains moments nos pulsions sadiques vont prendre le dessus. Si je devais choisir, je me situerais quand même davantage du côté de la confiance…

Tu as pensé un public idéal pour cette pièce ?

Non, justement. Pour moi c’était très clair : je ne voulais pas que ce soit un spectacle « ado ». C’est évident que ça va parler aux adolescents, mais moi j’ai été interpellée en tant qu’adulte. Il y a plusieurs degrés de lecture possible. C’est ce qui m’intéresse aussi quand je travaille dans le théâtre jeune public : j’essaie toujours qu’il y aie plusieurs lectures et que chacun puisse s’y retrouver... En parlant du théâtre jeune public*, qu’est-ce qui t’a poussée dans cette voie ?

C’est avant tout des rencontres. Les premières compagnies qui sont venues me demander de les mettre en scène étaient des compagnies jeune public. C’était un monde que j’estimais mais que je ne connaissais pas bien. Par la suite, j’ai vraiment eu un engouement pour ce théâtre qui en Belgique est très dynamique, extrêmement créatif, et dans lequel on peut parfois prendre des risques beaucoup plus grands.

Qu’est-ce que tu répondrais aujourd’hui à un jeune qui te dirait qu’il a envie d’être comédien ?

Je trouve ça formidable qu’il y ait tellement de jeunes qui veulent être comédiens aujourd’hui. En tant que professeur à l’IAD, je suis toujours émue de voir le nombre de jeunes qui ont envie de faire ça. C’est par ailleurs un métier dur, où il faut être extrêmement exigeant par rapport à soi-même. Il faut mettre la barre très haut et en même temps ne pas être trop narcissique, accepter de se remettre en question. Il y a plein d’écoles, plein de manières de commencer à faire ce métier… tout dépend du désir très profond de faire ça.

Qu’es-tu en train de lire Sylvie, qu’est-ce que tu nous conseilles ?

J’ai lu récemment "Le soldat et le gramophone", d’un jeune auteur bosniaque (Sasa Stanisic) et j’ai adoré. Sinon, je suis en train de lire "Biographie d’un épouvantail", de Boris Cyrulnik. C’est plutôt un essai, mais c’est très beau.

Tu as envie de parler de quelque chose en particulier ?

(Elle hésite) Je trouve que le théâtre est un média fabuleux. Pour moi c’est celui qui est le plus humain. Même si le théâtre est dans la marge actuellement, ça reste un art fondamental. Je pense que si tout disparaissait, il y aura toujours quelqu’un pour monter sur une caisse et raconter des histoires aux autres.

Et pour terminer… Quel est le plus beau compliment qu’on peut te faire en tant que metteur en scène ?

(Dans un sourire) Que je suis une excellente directrice d’acteurs.

"Chatroom" au Théâtre de Poche jusqu’au 14 février. Réservations : 02.649.17.27

* Sylvie écrit et met en scène de nombreux spectacles jeune public avec la compagnie du "Théâtre Isocèle". La compagnie développe des créations théâtrales pour le jeune public depuis 1975 ; en 1988, Sylvie rejoint la compagnie pour mettre en scène « Le grand chapeau ». Depuis 1997, elle assume la direction artistique du Théâtre Isocèle.

Interview : Lauranne Winant

 

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