Stéphane Georis

Stéphane Georis nous emmène avec son prochain spectacle « Richard, le polichineur d’écritoire », dans l’univers de Shakespeare, revisité par des objets, des vêtements et un rôti de porc transformés en personnages. Par la mise en scène d’ images fortes et son regard bienveillant sur l’humanité, ce comédien de la rue a déjà conquis bien des publics de tous les horizons du monde..

Bonjour Stéphane ! Ton jeu théâtral plein d’humour et « so british » donne envie de mieux connaître ton univers singulier, peux-tu nous parler de ton prochain spectacle « Richard, le Polichineur d’Écritoire », qui sera joué du 13 au 16 janvier au Théâtre de la Montagne Magique à Bruxelles ?

Ce spectacle fait partie d’un tryptique : le premier spectacle « Le Polichineur de Tiroirs », créé en 2000 est un solo, mettant en scène un professeur de philosophie qui se ballade avec une petite armoire d’une cinquantaine de tiroirs d’où je tire des objets qui deviennent marionettes. Il raconte des histoires de 30 sec à 5 min qui donnent une petite philosophie : la vie, l’amour, la mort…Des petits clins d’œil amusants avec un humour en effet, très british, très absurde et dit dans un langage universel : en faux-suédois. C’est ce qui, d’ailleurs, a permis au spectacle de voyager énormément. Je l’ai joué à Singapour, en Australie et dans bien d’autres pays. Les gens aiment bien ce côté visuel très compréhensible. Après avoir tourné avec celui-là pendant 6 ans dans le monde entier, j’ai décidé d’inventer un autre professeur, lui, de littérature : c’est un autre professeur, une autre armoire mais c’est le même univers d’objets, d’humour… « Richard, le Polichineur d’Écritoire » aborde 3 des pièces de Shakespeare : « Hamlet » est raconté avec des croquettes de poissons, « Roméo et Juliette » est raconté avec les vêtements que je porte sur moi et qui deviennent des personnages : Capulet est ma chemise, Montaigu mon veston, ma chaussure c’est frère Laurent… Enfin, « Richard 3 » est raconté avec un rôti de porc, coupé en petits morceaux, formant les personnages. Et tout cela en respectant l’histoire de chaque pièce ! Le troisième spectacle est en cours de création, et sera prêt en 2009/10 : il mettra en scène un professeur de mathématiques et d’astrophysique. J’ai envie de trouver la folie de ces scientifiques, qui à travers leurs calculs impressionants, arrivent à démontrer que Dieu existe ou n’existe pas, je trouve ça génial. Après les professeurs de philosophie et de littérature, un professeur de science, qui peut, lui aussi, donner du goût à la vie. Parce qu’il n’y a pas d’autre solution, pas d’autre clé que de s’aimer, dans le sens universel, « aimez-vous les uns les autres ».

C’est cela que tu sens que tu fais passer comme message ?

J’espère, je ne sais pas ! De toute façon, je sens que j’ai une responsabilité en tant qu’artiste créateur. Je ne vais quand même pas faire passer un message de haine. Si on a une tâche sur terre - ouh là là attention, je pars dans la philosophie - c’est au moins celle-là : dire aux gens « Nous sommes tous frères. Ça vaut la peine. » Il y a ça à faire passer quand même dans ce monde.

J’ai lu dans certains articles sur « Richard, le Polichineur d’Écritoire », que tu « dépeçais » Shakespeare, qu’est ce que cela veut dire ? Pourquoi as-tu choisis cet auteur ?

Le mot « dépecer » s’explique par rapport au rôti de porc, donc la viande que je découpe sur scène. Mais il y a quelque chose aussi parce que je démonte Shakespeare. Ce qui m’intéresse chez lui, c’est qu’il est très riche et fait un formidable portrait de l’humanité. L’écriture que nous avons faite avec la metteur en scène Francy Begasse s’articule autour de Hamlet qui, en gros, nous dit « à quoi ça sert de vivre ? », Roméo et Juliette de répondre : « la seule chose qui vaille la peine, c’est l’amour » et Richard 3, lui, est dans la recherche du pouvoir et cela ne mène à rien. Cela mène à la mort, c’est tout, et à une mort terrible.Donc la conclusion que je peux donner c’est : « oui, c’est l’amour qui en vaut la peine », c’est ça le message que j’ai à faire passer. Et au-delà de ce que je dis, j’éspère qu’il ya une manière de la faire passer aussi. Le théâtre est, en tout cas, l’occasion de rassembler, même si c’est 20 personnes -et si c’est 100 ou 300 tant mieux-, on est tous ensemble à un moment et cette communion, ce moment là, ouaah, ça c’est beau !

Pour toi, pas de 4ème mur, tu veux vraiment faire partager ton monde au public…

Oui ! Je viens de la rue ! J’ai commencé quand j’avais 17 ans, je sortais de ma rétho, j’allais à l’école de cirque de Bruxelles-c’était des ateliers tous les mardis soirs- et j’avais envie de jouer. J’ai commencé à jouer dans les couloirs de la Gare Centrale et puis les marchés aux puces, les brocantes etc..

Et tu y faisais quoi comme spectacle ?

Un peu de clown, de jonglerie… Et puis j’ai fait 1 an à l’IAD, où j’ai pas mal appris sur la voix, le maintien. Malheureusement, j’y ai trouvé des gens de théâtre disant « On est là pour interpréter un texte, point » et je n’ai pas pu sortir toute la créativité que j’avais à l’intérieur et eux non plus ne trouvaient pas que j’étais dans la bonne voie : « artiste, oui, comédien, non ». Alors, cet été là, je suis retourné jouer dans la rue, sur la côte belge.

Tu n’avais pas peur !

Non, non, il fallait que je joue ! Et je n’ai pas envie d’attendre qu’il y ait un rideau, des invitations, une salle et tout ça. Donc, tu sors de chez toi et tu joues.Et puis je suis entré à l’institut Saint-Luc à Liège, où j’ai appris à fabriquer des masques et des marionnettes et où jai rencontré celle qui est devenue ma femme, Geneviève Cabodi. On a créé La Compagnie des Chemins de Terre à nous 2, en 1986, en sortant de Saint-Luc et on a continué sur cette voie-là : la rue, les foires artisanales, les marchés… qui est une super école en même temps, car on apprend le contact avec le public. La démarche est différente dans la rue : quand tu joues dans une salle, le public est acquis, il a fait la démarche de venir, de s’organiser pour cela. Ils attendent quelque chose de plus.. Alors que dans la rue, tu dois les surprendre ! Bon tu triches un petit peu en faisant ça les jours de fêtes, quand ils ont le temps. Tu apprends à accrocher les gens, mais aussi à les garder ½ heure, 1 heure..et ta vie en dépend parce que tu passes le chapeau à la fin. Donc il y a tout un défi quoi ! Pendant des années on a fait des spectacles de rues comme cela, forcément il y a côté performance : il faut beaucoup de technique et des images fortes : à un moment j’étais cracheur de feu ! Des images fortes : ça j’ai gardé pour « Richard ». Et ce rapport avec le public c’est cette proximité, comme : « Bonjour madame, vous avez un joli pull ! » et tu l’appelles par son prénom, tu reviens à elle tout le long du spectacle, pour qu’elle se sente concernée. Sans jamais se moquer. Je n’aime pas ce côté la. C’est plutôt sous la forme d’un respect, d’un « on est bien ensemble, non ? » : ce côté-là, j’adore !

La Compagnie des chemins de Terre a un très chouette site internet et édite même sa propre gazette trimestrielle, comment est venue l’idée ?

Depuis le début, pour nous faire connaître, on envoie une documentation, des cartes postales, et on fait imprimer des affiches. C’est parti d’un gag : on avait trouvé un sponsor qui nous avait fait imprimer 3000 affiches pour un spectacle, fin 1995. Mais 3000 affiches c’est un sacré paquet à coller tout de même ! On a réussit à en coller 500. Avec le reste, on a coupé la ligne d’en bas avec les dates, on les a pliées en 2 et on s’est dit « Tiens, c’est le même format qu’un journal ! » et donc on a fait quelques articles, quelques photos, avec le « poster inclus » dedans et on a envoyé ça à nos programmateurs habituels. Et ils nous ont rappelés pour nous demander c’était quand la prochaine parution !! On s’est alors pris au jeu, et depuis tous les 3 mois, cette gazette sort... Elle a évolué depuis : ce sont des nouvelles de nos tournées, du théâtre de rue en Belgique, nos carnets de voyages… Et nous ne sommes plus évidemment à nos 200 adresses de départs mais bien à 2300 adresses dans 36 pays.

Sur scène tu travailles seul ou bien en compagnie de ta femme, Geneviève Cabodi. Travailles-tu aussi avec d’autres comédiens ?

On a commencé à nous deux, ma femme et moi, en « compagnie familiale » : théâtre de rue, théâtre forain ; puis on a eu un enfant puis deux, puis trois et on voyageait en camion-caravane tout l’été. On installait notre camion, des gradins en bois et on jouait : c’était une très belle période de notre vie. Et comme ça, en voyageant, on a rencontré d’autres compagnies comme nous, en famille, et pendant dans les années 94 à 97, on se retrouvait en été : chaque compagnie jouait son spectacle, puis on jouait un spectacle ensemble, allant jusqu’à 10 comédiens. Et puis vers 2000, notre fils ainé en a eu marre de voyager avec nous, alors on s’est posé : j’ai monté un spectacle tout seul, en le jouant dans les foires, les marchés aux puces mais cette fois en rentrant le soir à la maison. Le seul « souci » qu’il y a eu, c’est que le spectacle a vraiment bien marché et est parti en tournée internationale ! Je me suis mis à jouer en salle dans des tas de pays. Ensuite, on a monté « Molière et les 7 nains » ma femme et moi, et l’année dernière, elle a monté un spectacle toute seule : « Cache-cœur ». Et il nous arrive donc de voyager à nouveau à deux dans notre camion caravane, pour les festivals etc… . Tout cela s’est fait comme ça, naturellement, c’est devenu un choix de jouer seul aussi parce que c’est un plaisir. Par contre voyager seul, ça l’est moins..

Mais tu n’es pas tout seul, finalement il y a tes marionnettes, qui font ton univers si particulier ! Est-ce que tu les fabriques toi même ces « marionnettes-objets » ?

C’est la magie de la marionnette : tu inventes des personnages. Tu dois lui trouver une dynamique, un regard vraiment vivant, une voix, et puis elle commence à exister : alors on est deux sur scène, parfois trois... Ce sont bien souvent des objets que j’achète et que je souhaite les plus reconnaissables possible par le public pour être universels : une cafetière, tout le monde sait ce que c’est. Je les transforme le moins possible : il faut juste leur trouver des yeux (avec les moyens du bord possibles) et parfois une bouche. C’est super important la manière de donner une vie à l’objet.

C’est tellement surréaliste !

C’est vrai !On a une folie en Belgique dont on peut être fier !

J’ai vu que tu avais travaillé avec Gordon Wilson ?

Oui, il nous a mis en scène pour la pièce « Hollywood sofa » : ça mélangeait les claquettes, le jeu clownesque, les slapsticks…

Est-ce que tu aurais envie de faire de la mise en scène ?

Je crois qu’être metteur en scène c’est vraiment autre chose, il faut savoir donner des retours avec un œil spécifique : ce n’est pas vraiment mon truc. Par contre, je donne des stages, pour la technique des marionnettes-objets.

Est-ce-que tu adaptes ton spectacle pour les enfants ?

D’abord, je joue très peu pour un public scolaire, mais plutôt pour du « tout public » donc pour des enfants et leurs parents, ce qui est très différent. Je m’adapte pour raconter telle ou telle histoire mais pas au niveau du langage : on peut parler aux enfants comme à des adultes. Et cette origine que j’ai du théâtre de la rue, fait que mes spectacles sont vraiment pour tout le monde, tous les âges et toutes les catégories de gens, pour qu’il y ait un échange entre eux, aussi. Et c’est une idée qui circule que le clown, les marionnettes ne s’adressent qu’aux enfants, mais, c’est faux, pas du tout. Je veux d’abord m’adresser au tout public, qui est si riche !

Comment se passe la démarche de création ? C’est long, c’est très long. Je me suis donc inspiré de certaines œuvres de Shakespeare, à partir desquelles j’ai extrait ce qui me semblait intéressant, pour le spectacle. Puis on essaye énormément de possibilités avec Francy la metteuse en scène : c’est de la pratique, beaucoup de pratique. Elle cherche les images fortes, celles qui fonctionnent pour tel ou tel personnage. Mais toujours avec un souci de grande simplicité. On a envie que quand le public regarde « Richard, le polichineur… », il se dise : « oh, moi aussi je pourrais le faire ! » Ce qui ne veut pas dire que c’est facile, en réalité ! Mais on est fier de cela, car être simple c’est important, pour toucher au maximum les gens et leur dire, allez-y amusez vous, c’est tellement chouette ! Si ça peut un peu libérer les gens…

Merci Stéphane pour ton univers, et à bientôt alors au théâtre de la Montagne magique !

On retrouve Stéphane dans :

"Richard , le Polichineur d’Écritoire"

- Bruxelles (B) : Les 13, 14, 15 et 16 janvier 09 à 20h00 à La Montagne magique Rens : 02/210 15 90
- Montreuil (F) : Le 17 janvier 09 à 21h30 au Théâtre Berthelot
- Kingersheim (F) : Du 4 au 7 février 09 au Festival Momix Rens : 03 89 50 68 54
- Tournée en Espagne (Valladolid, Madrid, Segovie) : Du 1er au 14 mai 09
- Parc de Rentilly (F) : Les 16 et 17 mai 09

et aussi dans :

"Le Polichineur de Tiroirs" :

- Genève (Suisse) : Les 20, 21, 22, 23, 24, 27, 28, 29, 30 et 31 janvier 09 à 22h et à 24h Rens : 00 41 22 741 33 33 Les Amis du Palais Mascotte, 43 rue de Berne à 1201 Geneve
- Singapour : Du 7 au 17 mars 09
- Lagny-sur-Marne (F) : Le 4 avril 09
- Santa Cruz de la Sierra (Bolivie) : Du 16 au 26 avril 09
- Ceyzerieu - 01 (F) : Les 1er et 2 août 09 Rens : 04 79 87 94 42

Interview receuillie par Claire Drach le 4 décembre 2008

 

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