Sophie Linsmaux

À l’occasion de Porc-épic, mis en scène par Marine Haulot à l’Atelier 210, la jeune comédienne Sophie Linsmaux vient nous parler de la pièce, de son parcours et de ses projets.

Quels ont été tes premiers pas vers et sur la scène ?

J’ai commencé vers 10 ans dans une petite troupe amateur d’un petit village en pays de Herve ! On y faisait des spectacles chaque année et comme ça me plaisait, j’ai cherché à faire un stage de théâtre pendant les vacances. C’est là que j’ai découvert le Centre Antoine Vitez à Liège et j’y ai continué des cours de théâtre pendant toute mon adolescence. Ces premiers vrais pas, je l’ai ai fait auprès de Marie-Laure Vrancken et d’Alain Beaufort. Mon premier projet avec Marie-Laure m’a particulièrement marquée. C’était une création collective. On avait écrit une part du texte nous-même en collaboration avec un auteur, Vincent Marganne. Ce n’était pas une façon classique d’aborder un texte et une mise en scène. C’est cette façon particulière de créer et d’envisager la représentation qui m’a donné le goût du théâtre, mais que je n’ai plus eu l’occasion de retrouver par la suite, mais j’y travaille… Ensuite, j’ai suivi la formation à l’IAD et d’où je suis sortie en 2004. Depuis, j’essaie de maintenir un équilibre entre mon travail en jeune public et en théâtre pour adultes.

Quel est le propos de Porc-épic ?

C’est une pièce de David Paquet, un auteur québécois – qu’on aura d’ailleurs la chance de rencontrer à l’Atelier 210, le 5 décembre. Il s’agit d’une fantaisie surréaliste à la poésie absurde et drôle. On y voit cinq personnages dans leur petite tragédie humaine, qui vont se rencontrer et s’entrechoquer afin de sortir de leur solitude.

Et quel rôle joues-tu au sein de ces personnages ?

Je joue une jeune femme, Cassandre. C’est le jour de son anniversaire et elle décide de ne pas fêter ça toute seule. Elle va donc sortir de chez elle et tenter d’inviter les gens qu’elle croise, ce qui ne va pas se faire facilement. Au milieu de ces rencontres, de ces chocs, elle doit donc trouver comment gérer tout ça... Autour de Cassandre, il y a un couple, le gars de la supérette du coin et son amie... Il ne s’agit pas d’une analyse des relations familiales, mais pas non plus des personnages-figures. Ce sont des gens, des individus singuliers, rencontrés au hasard.

Cassandre, cela semble renvoyer à la mythologie grecque...

Il s’agit plutôt d’un clin d’œil, car la pièce se veut vraiment ancrée dans l’aujourd’hui et maintenant, dans notre société contemporaine.

Notre société dont l’un des maux serait, selon la metteure en scène, la solitude ?

Oui, c’est quelque chose qui transparaît, qui transpire du texte. C’est la base même de la pièce. Mais cela se ressent aussi dans la mise en scène et dans la scénographie. Chaque personnage a vraiment un espace défini et comme on est tous, tout le temps, sur scène, on a de longs moments où on est là, muet, confiné dans notre espace, présent mais seul, sans pouvoir participer à ce qui se passe vraiment. De là transparaît la solitude, une solitude dans le côtoiement.

L’autre thème qu’elle met en avant dans sa note d’intention est celui de la violence psychologique...

Je dirais que la violence ne transparaît pas directement dans les mots mais plutôt dans les situations, dans la façon dont les gens se frottent et se piquent... Et ça peut être très violent, la façon dont deux personnes se rencontrent, ou ne se rencontrent pas... ou se rencontrent mal. Le titre, Porc-épic, fait allusion à l’allégorie de Schopenhauer, qui explique que, pendant l’hiver, les porc-épics ont tellement froid qu’ils doivent se rapprocher pour se réchauffer mais comme ils sont trop proches ils se piquent et sont obligés de se séparer un peu plus... Il s’agit de chercher la bonne distance entre avoir trop froid ou être trop proches et du coup se faire mal. C’est ce que Cassandre et les autres personnages feront tout au long de la pièce.

Comment s’est monté le projet ?

Quant elle était au Québec, Marine a assisté à des lectures de l’auteur, dont ce texte sur lequel elle a flashé assez rapidement. Elle est revenue avec ça avec la volonté de le présenter en Belgique où il n’a pas encore été monté. Georges Lini, le directeur du Z.U.T., a lu la pièce et a été conquis lui aussi. Marine a ensuite rapidement constitué l’équipe. Nous sommes cinq sur le plateau : Claire Tefnin, Catherine Grosjean, Didier Colfs, Nicolas Buysse. Marine est assistée par Camille Toussaint. Il y a aussi Benoît Lavalard, aux lumières, Thibault De Coster, pour les costumes, et Xavier Rijs, pour la scénographie. C’est vraiment une super équipe, on s’amuse beaucoup !

Comment s’est passé le travail avec la metteure en scène ?

Elle fait vraiment un très très beau travail, non seulement au niveau d’une certaine intelligence du texte et d’une direction très précise, mais tout en considérant aussi le travail du corps, du personnage...

Pour Porc-épic, nous ne sommes pas partis du texte dès le départ. Nous avons d’abord beaucoup improvisé ensemble pour arriver au texte et pour arriver aux situations à jouer. Mais il y a eu en premier ce travail-là, pour se permettre de trouver toutes les couleurs du texte de façon libre. On a aussi improvisé sur le texte même, ce qui a ouvert plusieurs portes vers des choses qu’on n’aurait peut-être pas explorées en partant tout de suite d’une mise en place définie. Et maintenant à petites doses, Marine va rechercher certains de ces éléments.

En tant que comédienne, es-tu plus attirée par le répertoire ou par la création contemporaine ?

J’aime beaucoup le théâtre contemporain, que ce soit dans la création ou dans le travail du texte et j’ai très envie de continuer ça. Je n’ai pas eu l’occasion de me frotter au répertoire mais je n’attends que ça... Par contre du côté de la mise en scène, c’est vraiment la création qui m’intéresse. En ce moment je travaille sur un projet où je ne me base pas sur un texte mais sur une thématique, sur des questions... On fait une recherche collective, c’est un théâtre d’images, où les choses parlent via l’image, dans un autre type de narration. Le projet s’appelle Où les hommes mourraient encore et aborde les questions de la mort et de la façon dont nous, jeunes, aujourd’hui, pouvons envisager cette chose inébranlable et de plus en plus invisible dans notre quotidien.

La mise en scène t’attire donc, est-ce pour ça que tu as repris des études au Centre d’étude théâtrale ?

C’est vrai que mon envie de faire le C.E.T., c’était pour acquérir un bagage un peu plus important, utile quand on doit défendre un projet et écrire des dossiers... Mais mon envie de mise en scène c’est peut-être plus pour aller vers ce théâtre-là que j’ai moins eu l’occasion de rencontrer en tant que comédienne.

Tu as joué dans le film Coquelicots, dans des courts-métrages, es-tu attirée par le cinéma ?

Pour Coquelicots, c’était un petit rôle, une demi-journée de tournage à peine. Pour les courts aussi, c’étaient également des petits rôles. Mais c’est sûr que le cinéma m’attire et si on me propose quelque chose, c’est une porte que je veux bien pousser ! Je vais avoir la chance de tourner ce mois-ci pour « La Vraie Télévision », dans un épisode pilote d’une série « 39, passage des anges », écrit par Thierry Janssen et Sébastien Fernandez et réalisé par Sébastien également. Allez sur le site voir le teaser, ça en vaut vraiment la peine et puis surtout ça donne envie.

En tant que jeune comédienne, quel regard portes-tu sur le milieu théâtral belge ? C’est sûr que ce n’est pas évident de trouver et de prendre sa place comme comédienne. Mais je trouve que le milieu théâtral en Belgique francophone est assez petit et c’est gai car les relations peuvent se faire assez vite. Les gens sont accessibles et pas via trois agents et cinq rendez-vous ; c’est agréable de pouvoir directement rencontrer les gens.

Pour moi, ça a été très enrichissant de rencontrer l’équipe du Z.U.T. et de voir tous ces artistes très intéressants, qui sont motivés, qui se sont bougés énormément et que ça continue ! Et puis de rentrer un peu dans la généalogie de ce milieu théâtral, me demander en tant que jeune quelle place j’ai, évoluer en ayant conscience de mes prédécesseurs et ceux qui arrivent juste derrière...

Sinon, je pose un regard très gourmand sur tout ce qui se fait et j’ai très envie de rencontrer un très grand nombre de personnes, de continuer à travailler un peu partout. Et en même temps, je trouve important les relations qui durent, comme avec Marine avec qui je travaille pour la deuxième fois, après Jouliks. C’est très constructif de se dire que dans le théâtre qui est très éphémère, il y a aussi des relations qui se construisent et qui perdurent. J’ai aussi très envie de continuer à travailler avec le Z.U.T., parce que c’est une équipe que j’admire... et puis de poursuivre dans le jeune public.

Tu parlais d’ailleurs d’un équilibre entre jeune public et théâtre pour adultes auquel tu tenais...

Oui ça se complète bien je pense. Il y a un côté plus rude dans le théâtre jeune public. Pour le spectacle avec lequel je tourne pour l’instant, Zazie et Max, histoire de genres, avec Coralie Vanderlinden et mis en scène par Baptiste Isaïa, on va directement dans les écoles. C’est des conditions techniques moins faciles mais aussi un accueil très différent.C’est partir tôt le matin, tout gérer techniquement parce que pour ce spectacle, on n’a pas de régisseur, c’est également apprendre à jouer tôt et plusieurs fois dans la même journée. Alors le soir, quand tu vas jouer dans un théâtre pour adultes, c’est plus confortable. C’est bien d’avoir les deux parce que ce sont des publics complètement différents. Avec les enfants, le rapport est immédiat, les réactions sont directes et eux sont dans l’ici et maintenant de l’histoire qui se raconte. Il y a cette urgence du présent que je retrouve plus qu’en théâtre pour adultes où ces derniers vont plus digérer l’histoire et en discuter après, la distance est plus grande...

En préparant l’interview, j’ai vu que tu faisais de l’audio-description ; qu’est-ce exactement ?

L’audio-description, c’est la description de spectacle pour des malvoyants. Ces derniers sont dans la salle pendant une représentation habituelle et un audio-descripteur est en régie pour commenter la pièce entre les répliques des comédiens via un système d’oreillettes. Il explique les éléments de décor et les gestes importants pour la bonne compréhension du spectacle. L’audio-descripteur fait tout un travail avant : il va voir le spectacle à la générale et ensuite travaille sur la base d’une vidéo pour voir ce qu’il y a à dire sans casser la surprise, sans trop analyser ou juger. Il y a un juste milieu qui n’est pas évident à trouver. Souvent on est deux, parce que c’est plus agréable d’avoir plusieurs voix et puis on peut se compléter, soumettre à l’autre son analyse.

C’est un projet qui a été lancé officiellement il y a un an. Il y a pas mal de théâtres qui accueillent l’audio-description, autant dans le professionnel que dans l’amateur. Ça a été mis sur pied par l’ABCD, l’Association Bruxelloise et Brabançonne des Compagnies Dramatiques et plus particulièrement par Christine Welche. Il y a un réel public, souvent une dizaine de personnes par soir, et on fait 2 ou 3 soirs sur une série de représentations.

As-tu d’autres projets en cours ?

Il y a Où les hommes mourraient encore dont j’ai déjà parlé. C’est un projet qui cherche encore un lieu de création et des producteurs, donc tout ça est encore indéfini... Il y a aussi Zazie et Max, histoire de genres, le spectacle jeune public dont j’ai déjà parlé et avec lequel je tourne depuis presque un an – on approche de la 100e – et qu’on joue début décembre à l’Arrière-Scène avec Coralie Vanderlinden, sous la direction du metteur en scène Baptiste Isaïa.

Interview réalisée le 12 novembre 2009 par Emmanuelle Lê Thanh.

- Porc-épic du 1er au 23 décembre 2009 à l’Atelier 210. Rencontre avec l’auteur le 5 décembre à 18h15.
- Zazie et Max, histoire de genres les 2, 5, 6, 9 et 12 décembre à 15h00 et le 13 décembre à 14h00 à l’Arrière-Scène.

Crédits Photos :

1. Aurélie Deloche (Zazie et Max) 2 et 3. Pierre Bodson (Porc-épic) 4. Pierre Bodson (Jouliks)

 

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