Sarah Siré

A l’occasion de la création de "La pièce à deux personnages" (du 19 au 30 novembre) au Théâtre Océan Nord, nous avons rencontré la metteuse en scène Sarah Siré. Tête-à-tête avec cette jeune artiste passionnée.


On te connait assez peu en Belgique... Pourrais-tu nous parler un peu de toi ?

J’ai commencé par faire plusieurs mises en scène en France et je suis arrivée en Belgique il y a quatre ans. En France, j’ai mis en scène des spectacles en collaboration ou en co-mise en scène et un spectacle, seule, qui s’appelait « Les Trois Sœurs ou adaptation de la perte ». Ensuite, j’ai travaillé avec Michel Vinaver, dont j’ai été la collaboratrice artistique sur une mise en scène à la Comédie Française. J’ai été professeur au Cours Florent pendant plusieurs années à Paris et j’ai la chance d’ouvrir le Cours Florent à Bruxelles. Donc, je suis à la fois intéressée par la pédagogie, par la transmission, par l’art de l’acteur et par sa plénitude dans la mise en scène. Je trouve en effet que la mise en scène constitue vraiment l’espace de la réalisation des acteurs.

La « Pièce à deux personnages » que tu vas mettre en scène très prochainement n’a jamais été traduite. Tu as, pour ce faire, collaboré avec Isabelle Famchon. Comment s’est passée cette collaboration ?

En fait, ça a été concordant. C’est-à-dire qu’au moment où j’ai découvert la pièce et où j’ai voulu la traduire, j’ai demandé les droits et on m’a appris qu’ il y avait une traduction qui existait déjà et qui venait juste de se faire. C’est comme ça qu’on s’est rencontrées et que j’ai pu lire la pièce en français. Ça remonte maintenant à 2010, je crois. Cette pièce, je l’ai découverte en lisant les Mémoires de Tennessee Williams. Elle était un peu un fil rouge dans son œuvre des Mémoires, il en parlait régulièrement et c’était très intriguant parce que je n’avais jamais entendu parler de cette pièce en français. J’ai donc découvert comme ça tout un pan d’écriture qui n’avait jamais été traduit et cette pièce, je l’ai trouvée très étonnante, assez fascinante. J’ai eu envie de la partager.

As-tu voulu présenter la pièce sous un angle particulier ? Mettre certains éléments en évidence ?

Nous cherchons à plonger dans les mots de l’auteur. J’ai la sensation qu’avec les acteurs, avec l’équipe artistique, notre travail est vraiment de faire émerger le sens de cette pièce, de dévoiler ce qu’elle raconte. L’idée n’est pas de tordre le sens et d’apporter un point de vue supérieur du metteur en scène sur l’œuvre, c’est au contraire d’arriver à le faire survenir, devenir. Nous sommes vraiment dans un travail d’écoute du texte et de son sens. Il s’agit de se laisser porter et évidement, comme c’est une pièce géniale d’un auteur génial, cela nous bouleverse, nous amène dans des endroits auxquels on ne s’attendait pas : c’est assez vertigineux.

De plus, c’est une pièce qui parle de nos peurs. D’ailleurs la pièce commence comme ceci : « jouer avec la peur, c’est jouer avec le feu ». Cette première phrase définit déjà tout un programme, pour les acteurs, pour la scénographe, pour l’éclairagiste, pour le créateur sonore, pour moi, etc. Il faut donc jouer avec nos peurs, et aller au delà. A un autre moment de la pièce, les personnages disent aussi que « la peur est notre secrète médaille de courage », c’est-à-dire qu’au sein de la peur réside le courage, et qu’il faut donc faire preuve de courage pour se dépasser. C’est un peu le programme de la pièce et ce que l’on essaye de faire : aller au delà de nos peurs.

Tu parles avec beaucoup de passion de Tennessee Williams. A-t-il eu une influence ou une importance particulière dans ta carrière ?

Et bien justement, quand j’ai eu envie de travailler sur Tennessee Williams, j’ai proposé cette idée à une comédienne qui m’a dit textuellement : « On m’a toujours empêchée d’aimer Tennessee Williams ! Oui, allons-y ! » En effet, il existe un ensemble de clichés au sujet de cet auteur : un théâtre psychologique, des films en noir et blanc, les années 50, Marlon Brando en débardeur... Dès lors, il faut aller au delà de ces idées reçues, pour pleinement saisir toute la puissance émotionnelle, sensible, et artistique de ses œuvres.

J’ai vraiment l’impression qu’il mérite qu’on le redécouvre, qu’on le triture, qu’on le réinvente parce qu’il avait quelque chose d’innovant pour son époque. D’ailleurs, aucune des pièces tardives des années 70 n’a été traduite, car quelque part, elles ne satisfaisaient plus l’idée que les gens avaient de lui. Il avait continué à avancer et je me dis qu’il y a donc tout un territoire que les artistes peuvent investir. En effet, il y a de nombreuses pièces qui peuvent faire écho à notre propre vie : c’est un auteur qui traverse le temps. Et malgré les nombreuses adaptations de ses pièces au cinéma, il reste un auteur de théâtre avant tout, et doit bien être considéré comme tel.

Pourquoi avoir choisi de travailler au Théâtre Océan Nord ?

Parce que ce théâtre est vraiment trop bien ! Quand je suis arrivée ici, Isabelle Pousseur organisait des rencontres professionnelles. J’étais déjà venue voir des spectacles dans ce théâtre et j’ai postulé. J’ai été frappée par le fait que je me suis sentie tout de suite bien dans cet endroit. Les rencontres professionnelles ont duré un mois, j’ai rencontré plein d’acteurs et d’actrices fantastiques, et le travail avec Isabelle Pousseur était vraiment intéressant.

En outre, je trouve que c’est un théâtre précieux parce qu’ il offre des conditions pour créer qui sont très intimes. Enfin, je trouve que quand on arrive dans cet endroit, c’est un peu comme si on était à la maison et ça, c’est important.

La première a lieu la semaine prochaine… Impatiente ?

Impatiente pour tout ! Ce qu’on peut dire, c’est que c’est un projet qui a été soutenu par plein de particuliers parce qu’on n’a pas eu tous les financements qu’on voulait. Et donc pour pouvoir le réaliser, on a fait appel aux contributions. On a donc organisé des campagnes de soutien, des après-midis lectures pour faire découvrir la pièce, on a fait un « kiss kiss bank bank », etc. Ce projet a été soutenu par de nombreuses personnes, je suis donc naturellement impatiente de leur montrer la pièce, résultat de leur soutien !

Le Théâtre Océan Nord organise également une journée-rencontre le 23 novembre autour de « La Pièce à deux personnages » ?

Oui ! A partir de 16h, nous mènerons avec le public présent une discussion approfondie sur la dramaturgie et sur l’œuvre de Tennessee Williams. Plusieurs intervenants animeront cette discussion : moi-même, Bruno Tackels, qui est philosophe et critique de théâtre, Catherine Fruchon-Toussaint, la biographe de Tennessee, et José Alfarroba du Théâtre de Vanves. C’est certainement l’occasion de découvrir un auteur, et de voir comment se déroule le passage du texte au plateau…

Qu’est-ce qui t’ « emballe » particulièrement dans ce projet ?

Ce qui m’emballe particulièrement, c’est que je trouve que j’ai une équipe de rêve dont ces deux acteurs, Mathilde Lefèvre et Simon Duprez. Ils sont vraiment merveilleux. Et puis il y a la scénographie avec Frédérique de Montblanc, les lumières avec Anne Vaglio, la création sonore de Loup Mormont, la musique originale de Jérémie Bossone, etc.En outre, ma passion pour l’acteur fait que je veux qu’ils soient bien entrainés. Il y a donc un « training » dont Maria José Parga s’occupe. Disons que, comme c’est l’histoire d’un frère et d’une sœur, ça nous semblait important qu’il y ait une histoire qui se crée entre eux. C’est une chose en soi à faire avant le spectacle.

Pas trop envie de ré-endosser le rôle d’actrice ?

Bien entendu, j’adorerais jouer à nouveau ! Mais c’est vrai que j’ai l’impression que je suis plus habitée par la mise en scène, que c’est plus ma nécessité.

Merci beaucoup !

Propos recueillis par Jasmine Lesuisse

 

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