Sarah Brahy

C’est dans l’ambiance électro jazz matinale d’un café de la place Flagey que j’ai rendez-vous avec Sarah Brahy. Rencontre avec cette comédienne déjà par deux fois mise en scène par Carlo Boso dans 2 créations au Théâtre Le Public : L’Oiseau Vert de Carlo Gozzi (2007-2008) et aujourd’hui Faut pas Payer de Dario Fo

Bonjour, Sarah,

Bonjour

Alors, j’ai un petit souci c’est que je n’ai pas eu le temps de préparer l’interview et de lire ton cv, donc tu vas simplement nous parler de toi. Alors qui es-tu et quel est ton parcours ?

Tu veux que je te parle de mes débuts, avant même l’école ?

Pourquoi pas.

Alors, vers 13-14 ans, j’ai commencé – un peu comme tout le monde – avec un ami qui aimait bien ça aussi. Nous avons participé à des petits concours comme Scènes à deux. Par la suite, je me suis renseignée pour participer à un atelier. Comme j’étais dans la région de Tournai, j’ai rencontré l’Atelier du Créa Théâtre qui travaille normalement sur des marionnettes, et qui donne un cours le vendredi soir pour les ados. À partir de là, on a monté quelques pièces avec un animateur qui nous laissait assez libres ; il était juste là comme garde fou, comme œil extérieur plus que comme metteur en scène à proprement parler.

Par la suite, un parcours classique, Conservatoire,…

Oui, j’ai vraiment tergiversé avant de faire le Conservatoire car mes parents n’étaient pas forcément…

Comédien ?

Oui, mon père était assez ouvert d’esprit, mais ma mère l’était un peu moins. Et puis moi même, je n’étais pas certaine d’être capable. Je le voulais bien, mais j’hésitais encore... alors je suis partie un an à l’étranger, et lorsque je suis revenue, c’était clair pour moi.

Pourquoi le Conservatoire de Liège ?

On avait la possibilité de faire un stage en juillet qui s’appelait “profession acteur” aux Ateliers d’Art Contemporains de Liège... Ce stage m’a permis de rencontrer les professeurs et d’apprécier leur pédagogie, ce qui fait que j’ai été séduite et que je n’ai même pas réfléchi si c’était Liège, Bruxelles,… je savais que ce que j’avais vécu au stage me plairait et me conviendrait, ... si j’arrivais à y rentrer bien sûr :-)

Et qu’as-tu trouvé au Conservatoire ?

Ce qui m’a plu était qu’il y avait une formation assez large et ouverte où tu abordes aussi bien les auteurs contemporains que les auteurs classiques, tout en laissant une grande place à la création et à la singularité personnelle de l’acteur. Après cela, il y a les rencontres avec des personnes, certaines avec lesquelles tu accroches plus qu’avec d’autres. Il faut savoir que c’est une pédagogie par projet qui fonctionne par trimestre car tous les 3 mois tu changes de prof. Personnellement, cette approche m’a beaucoup plu car tu touches vraiment un panel de choses très large et très vaste. Après cela j’ai continué à faire des stages et des formations de toutes sortes.

As-tu trouvé un style artistique qui te parle plus que les autres ?

Pour le moment pas encore, parce que la difficulté réside toujours dans ces questions : qu’est-ce qu’on aime bien jouer ? Dans quoi se sent-on engagé ? Et jusqu’à présent, je ne m’étais pas sentie encore apte à réaliser quelque chose de personnel. Je pense qui si tu dois faire un projet, c’est parce que ça s’impose à toi, et pas parce que tu n’as pas de travail. Il est clair que, même quand je n’avais pas de travail, je ne me sentais pas à même de porter une création, peut être parce que je n’avais pas les armes nécessaires, ou parce que je ne savais pas encore de quoi parler exactement. Et puis, peut-être que je n’avais pas encore rencontré les bonnes personnes, car un projet c’est aussi une rencontre, il faut un groupe avec des énergies qui circulent ... Il faut qu’on ait le sentiment de pouvoir travailler ensemble. Mener quelque chose toute seule, ça c’est sûr que je ne le ferais pas encore.

Après le Conservatoire et quelques années te voilà au Théâtre Le Public.

Oui, je joue au Théâtre Le Public, mais je connais plutôt l’équipe du Théâtre de l’Éveil (Guy Pion, Béatrix Ferauge). Je les ai rencontrés par le C.A.S. pour la pièce de L’Oiseau Vert de Carlo Gozzi. C’était un tout petit rôle, (une statue !) mais c’était chouette et ça m’a permis de rencontrer une super équipe qui travaille encore dans un esprit de troupe. Ça permet que le travail se passe dans le plaisir et l’échange. Pour le Faut pas payer ! de Dario Fo qu’on monte cette saison, c’est à nouveau Carlo Boso qui le met en scène, comme il l’avait fait pour L’Oiseau Vert. Il a fait une plus petite audition car il s’est adressé à des comédiennes avec lesquelles il avait déjà travaillé. Et voilà comment je me trouve embarquée dans ce nouveau projet mais cette cette fois, j’ai un rôle plus important. C’est une pièce très amusante : une comédie satirico-politico-grotesque !

Le pitch ?

Je trouve que la pièce Faut pas payer tombe à point, car c’est une pièce qui parle de la crise économique en Italie dans les années 70. C’est l’histoire d’ouvrières qui en ont marre de l’inflation et de la hausse des prix, elles vont décider de faire l’auto-réduction des prix et de sortir des supermarchés avec des courses sans les avoir payées. Et à partir de là, les maris et la police s’en mêlent …

Et l’on garde la suite pour ceux qui iront voir la pièce ... !

Dario Fo a réécrit sa pièce en 2007 et c’est cette version qui a été adaptée pour nous par Guy Pion et Carlo Boso. On savait déjà que Dario Fo est un auteur engagé, mais le plus extraordinaire de cette histoire , c’est que la réalité a ratrappé la fiction puisque quelques mois après la "première", 2 supermarchés milanais furent pris d’assaut par des hommes et des femmes qui ne payèrent leurs achats quà hauteur de 50% du prix affiché. Plus formidable encore ces personnes furent tout simplement acquitées par le tribunal qui établit qu’elles avaient payé la juste valeur des produits ! Depuis, un peu partout et notamment en France, on trouve des grèves générales de consommation et des "journées sans achat". Une action similaire a eu lieu l’an dernier à Bruxelles, où diverses associations dénonçant le culte du profit capitaliste se sont regroupées Place de la Monnaie ; par exemple elles offraient gratuitement de la soupe faite avec des légumes destinés à être détruits par des supermarchés...

J’aimerais aussi savoir quelle est la dernière pièce que tu as vue et qui t’a marquée ?

Ce n’est pas vraiment une pièce. C’était l’étape de travail de Joël Pommerat au National. Il a présenté un travail de trois semaines qu’il avait fait avec des comédiens belges. Je connaissais un peu son travail car on m’en avait parlé. Ce rapport au son, à la langue, au jeu des comédiens qui est quasiment cinématographique. Un jeu très spontané, très naturel et en même temps on est bien dans le théâtre. Ça m’a beaucoup plu et ça m’a fait réfléchir par rapport à la place du théâtre et aussi à ce que j’ai envie de faire.

Actuellement tu as des projets personnels ?

J’avais quelque chose qui me trottait dans la tête depuis longtemps. J’aime beaucoup écrire, pas forcément pour le théâtre. Et j’avais envie depuis un moment de travailer avec une fille qui était dans ma classe. Une autre envie était de parler du rapport qui peut unir deux sœurs. C’est avec toutes ces envies qu’on a commencé à travailler ensemble, à se voir régulièrement pour écrire une histoire qui parle de résilience, de deux filles qui ont vécu un traumatisme et qui vont l’une comme l’autre s’en sortir différemment. Disons qu’on est clairement dans une situation tragique, de là à ce que la forme et le jeu le soient…

Est ce qu’on peut avoir le nom de cette collègue d’écriture ?

Aline Mahaux, et notre Asbl s’appelle « Les deux Frida » comme le tableau éponyme de Frida Kahlo

Une petite question pour sortir un peu du théâtre, si tu n’étais pas comédienne, tu aurais aimé faire quoi ? et par pitié, ne me réponds pas sculpteur, peintre, ou n’importe quoi qui touche a l’artistique.

Peut être monitrice de voile, si je n’avais pas été comédienne, j’aurais aimé continur à faire de la voile, puis j’aurais essayé de passer mes brevets pour être prof. Je me serais acheté un petit bateau et j’aurais donné des cours.

Merci pour tout et peut-être à bientôt.

Au revoir

Interview : Pascal Lazarus

Faut pas payer ! au Théâtre Le Public du 22 janvier eu 3 mars / réservation : 0800 944 44

Photos des spectacles au Public : Cassandre Sturbois ©cazou

 

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