Rencontre avec Mohamed Allouchi & Denis Longrée

Rencontre avec Mohamed Allouchi, metteur en scène et Denis Longrée, administrateur de l’a.s.b.l « Roue de secours », qui a permis la création de « L’être ou ne pas l’être », d’après l’œuvre de Shakespeare. Spectacle hilarant mêlant textes classiques et références à la culture pop, il a déjà conquis le public bruxellois.

Mohamed, après « La vie c’est comme un arbre », et « Pères en scène », pourquoi « L’être ou ne pas l’être », dans un registre si différent ? Il n’est plus ici question d’immigration, de radicalisme mais d’adaptation littéraire.

Mohamed Allouchi : Oui mais ceux qui nous connaissent savent qu’ils vont passer une bonne soirée avec une comédie. Le projet vient de loin. Il a été imaginé en 2002 dans le cadre du festival itinérant organisé par la troupe des « Nouveaux disparus », très connue à Saint Josse et Schaerbeek. On avait remporté un premier prix avec une première version d’une durée de 20 minutes. Mon frère Oussamah était à l’initiative du projet. Puis, Denis Longrée et l’a.s.b.l « Roue de secours », ont voulu le remettre au goût du jour. Ils en avaient marre de traiter de l’immigration, du radicalisme, des djihadistes... Ils avaient surtout envie de faire du théâtre et comme Oussamah a beaucoup travaillé dans des écoles, il voulait faire découvrir aux jeunes l’univers de Shakespeare.

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Denis Longrée, quel est l’historique de cette pièce ?

Denis Longrée : Quand Oussamah a décidé de relancer le projet en mars 2015, il a été voir l’Espace Magh. Najib Ghallale, le directeur, a de suite adoré le projet. On a travaillé pendant les vacances d’abord avec Ilyas Mettioui, parti depuis en Espagne avec le collectif Arbatache, puis avec Rachid Hirchi et puis avec Mohamed, on a commencé les répétions un mois avant le spectacle en janvier 2017.

Richard III est le rôle-titre et autour de lui gravitent une série de personnages qui ne se côtoient pas dans l’œuvre de Shakespeare alors qu’ici ils forment une sorte de grande famille à problèmes...

Mohamed Allouchi : Quand on a choisi de monter un spectacle autour de Shakespeare en milieu scolaire en 2002, on a surtout regardé des adaptations cinématographiques. Demander à des jeunes de 13-17 ans de lire les pièces de Shakespeare s’est avéré compliqué. Mais on a visionné un documentaire d’Al Pacino sur Richard III, Roméo et Juliette - tout le monde connaissait un peu - mais on leur a présenté une adaptation et puis on organisait des débats. Le résultat a été de dire que finalement Shakespeare dépeint l’homme, l’humain avec ses qualités et ses défauts, la jalousie, la soif de pouvoir, l’amour, la trahison. On a opté pour un mélange de tout cela en prenant quelques personnages dans différentes pièces pour les faire bouger au gré de leurs passions.

Le titre, « L’être ou ne pas l’être », renvoie-t-il à un message ?

Mohamed Allouchi : Le titre a été choisi par Oussamah Allouchi, mon petit frère qui a écrit la pièce. Je n’ai pas voulu y toucher. Mais moi, en tant que metteur en scène, j’en ai donné mon interprétation qui est celle d’une remise en question de soi par les questions : Quelle est notre place dans ce monde ? Et ce monde est-il figé ? Sommes-nous dans une fatalité ou a-t-on le pouvoir de changer les choses ? Et donc en est-on ou pas ?...

Denis Longée, tu assures l’éclairage d’un spectacle qui est entre le théâtre, la comédie musicale, spectacle réalisé avec des moyens minimalistes et beaucoup d’actions. Ton rôle est donc important pour l’esthétique...

Denis Longée : Minimaliste... On a quand même une dague et une bague... C’est vrai que nous avons essayé de créer le spectacle avec des lumières pour transporter le moins d’objets possibles. Mais j’ai appris tout cela sur le tas et puis, Mohamed Allouchi est à côté de moi pour me rappeler quand je dois changer d’ambiance. Ce n’est donc pas très difficile.

Mohamed Allouchi : On a fait appel à un créateur lumières qui nous a fait une proposition et Denis a appris le métier. Cela tient à la magie de ce groupe constitué à la fois d’amateurs et de professionnels sortis du conservatoire, de l’IAD. Certains sont autodidactes et jouent depuis des années. Cet amalgame peut présenter quelques petites faiblesses ou des différences d’interprétation mais la magie opère et l’ensemble est étonnant. Yassin El Achouchi par exemple qui joue Mercutio vient de la maison de jeunes mais sa présence sur scène est intéressante et il a eu une très bonne démarche vis-à-vis du projet.

On sent l’équipe très soudée...

Mohamed Allouchi : Et c’est pourquoi ils prennent le public avec eux. Mais quand tu dis que le spectacle est minimaliste, cela ne signifie pas sans moyens car il faut souligner que l’Espace Magh a mis les moyens pour payer les comédiens, pour assurer la communication, etc. Mais c’est vrai que par l’habitude prises lors de nos précédentes créations où nous n’avions pas de moyens, on est rodés à faire des mises en scène sans décors.

Cela fait votre force et votre inventivité...

Mohamed Allouchi : Ce sont les comédiens qui portent le spectacle et habillent la scène. Je tiens aussi à saluer le travail de notre costumière, Anaïs Tossings qui a fait un travail fantastique puisque le spectacle est joué en costumes.

« Thriller » le tube de Michaël Jackson sert de bannière au personnage de Richard III et de support à une des chorégraphies du spectacle. Le choix des morceaux de musique pop même pour les ballets classiques, était-il une évidence ?

Mohamed Allouchi : Le but étant de toucher les jeunes ou les moins habitués au théâtre classique, nous avons pensé que cela ne pouvait se faire que par un décalage complet et on n’a pas trouvé mieux pour réanimer les états d’âme qui hantent souvent les personnages de Shakespeare que de les faire revenir sur Thriller. Il fallait oser... Le danger étant de basculer dans la farce mais je pense qu’on a trouvé le juste milieu...

Écrire un spectacle à plusieurs, c’est stimulant ?

Mohamed Allouchi : C’est surtout très compliqué. Il faut sans cesse faire des compromis. On a procédé en retravaillant les propositions des autres, avec des allers retours. Mais la gestion d’une écriture collective demande un savoir-faire.

Et puis quand on donne un texte comme celui-là aux acteurs qu’on a, il faut encore faire avec les changements qu’ils apportent ! Ils sont intenables. D’ailleurs depuis la première, le spectacle a encore évolué, pas mal de gags ont été ajoutés...

Par exemple, ce qui est magique quand on travaille avec Mohamed Ouachen, c’est qu’il ne faut pas lui donner de texte. Il réinvente le personnage et se le réapproprie. Catesby, le valet de Richard III qu’il joue est un rôle secondaire mais si on donne un rôle secondaire à Mohamed Ouachen, il devient vite un rôle principal. Ce qu’il apporte ici et qui est très drôle, c’est qu’il prend les émotions de tous les personnages et qu’il pleure quand il y en a un qui pleure ou qu’il rit quand il y en a un qui rit.

Il est lien de la trame et traverse toute la pièce...

Mohamed Allouchi : C’est pourquoi on dit que c’est une création collective !

Propos recueillis par Palmina Di Meo

 

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