Rencontre avec Julie Duroisin - J’me sens pas belle

L’horloge tourne et le temps passe. Et l’amour dans tout ça ? Dans « J’me sens pas belle », Fanny et Paul sont collègues et décident de dire merde à l’amour. Ils ont peur de la corde au cou, du boulet au pied. Et quand ils pensent avoir tout prévu, rien ne se passe comme ils l’avaient imaginé. Il y a des frissons dans l’air, parce qu’on a la trouille des nouvelles histoires à vivre debout, parce qu’on parle de cul pour essayer d’éviter de parler d’amour, parce qu’on veut vivre quelque chose de très beau et de très fort. On se lance dans des phrases avec le monde entier dedans, tout ça pour exprimer des choses simples. Julie Duroisin nous fait rire dès qu’on la voit, et nous rend fou quand elle nous montre ce qui ne se voit pas. Au fond, c’est simple de remplacer les sentiments par le sexe, non ?

On se souvient tous du rôle de Marina Foïs dans le film de Bernard Jeanjean. Comment t’es tu approprié ce personnage ?

J’ai vu le film une seule fois. Les gens ont peut-etre l’image de Marina Foïs, avec son style de jeu très particulier, mais j’ai fais exprès de ne pas le regarder plus pour m’en détacher. Je n’ai pas essayé de créer un truc sur la personnalité de cette bonne femme. Tout est dans les situations avec l’autre. C’est la direction de Miriam Youssef qui fait qu’on se l’approprie d’une certaine manière. Elle aime les choses codées et esthétiques, mais pas que. On travaille sur des axes et des tensions de jeu, sur le fait que cette fille a la trouille de se lancer dans une nouvelle histoire et de lâcher prise. La scénographie de Thibaut De Coster et de Charly Kleinermann participe très fort à cette sensation. Ils ont eu l’idée de créer un appartement minuscule, où quand on s’assied on se touche, même si on ne se connaît pas. Et à un moment donné, on se touche et on aime ça. On veut montrer toutes les émotions par lesquelles on passe et comment les cacher. Je crois que j’ai donné quelque chose de personnel à ce rôle, sans que ça soit un point de départ. On avance, on crée, moi je fais confiance à Miriam qui est le regard extérieur. Le fait d’être deux sur scène transforme l’autre en appui de jeu. On commence à s’appuyer sur les regards de l’autre, sur des suspensions, en y mettant sa propre personnalité, avec mes idées et mes blagues à la con. Je m’amuse tellement dans cette pièce !

Est-ce possible de remplacer les sentiments par le sexe ?

Dans ce spectacle, je dirais plutôt non. On peut essayer, mais ça ne fonctionne pas. Dans la vraie vie, on peut avoir du cul pour du cul, de l’amour avec du cul, tout est possible. Ca dépend de chacun et des moments de la vie, des besoins.

« On essaye de montrer les failles, de le faire au théâtre, comme une occasion de montrer ces moment où on aimerait bien et où on y arrive pas. »

C’est toujours la même chose en amour : on essaye de tout prévoir et rien ne se passe comme prévu.

Ou alors ça se passe exactement comme on l’a prévu !

Est-ce que c’est une pièce qui parle d’amour ?

Je crois qu’on parle d’amour. Elle essaye de parler de cul pour se protéger et pour éviter de parler d’amour, mais le spectacle parle d’amour et d’une vraie rencontre. Même si dans les mots ils donnent l’impression de s’en foutre, nous on travaille sur le lien qu’il y a entre ces deux personnages, quelque chose de très beau et de très fort.

Comment être juste là où il faut paraître crédible ?

Je crois que même quand on triche un peu, quand on joue un peu la séduction, on reste nous. Si ça plaît à la personne qui est en face, c’est le principal. Ils se cernent directement, il pige directement comment elle fonctionne, et c’est ça qui lui plait. C’est justement sa façon de se mettre en scène qui la rend touchante, et c’est ça qui le rend touchant lui, avec tout l’emballage qu’ils mettent autour. Si l’autre le perçoit, ça devient mignon, craquant.

Cette pièce est profondément moderne. Est-ce que ce n’est pas une belle fresque de notre génération qui est tourmentée par cette crainte de souffrir d’amour ?

C’est un truc qui me parle beaucoup. Je trouve ça chouette de le défendre, parce que ce sont des questions qu’on se pose au quotidien, tout au long de notre vie. Le fait d’être plongé dans la peau de quelqu’un qui est loin là-dedans, ça te permet de décortiquer ce mécanisme de défense et de protection et de le trouver absurde car il est ici poussé à l’extrême. Et en même temps, c’est tellement beau quand ils lâchent prise. Ce qui est gai, c’est de pouvoir jouer ça, parce que ce n’est qu’un jeu, c’est plus facile. On essaye de montrer les failles, de le faire au théâtre, comme une occasion de montrer ces moments où on aimerait bien et où on y arrive pas. C’est tellement compliqué parfois ces histoires ! On part d’un sentiment vrai, et on essaye d’être le plus sincère possible.

Comment est-ce qu’on passe le cap de la trentaine ?

Ça dépend vraiment des personnes. Certains trouvent ça fantastique, d’autres qu’on est vraiment con et naïf à 20 ans et que ça change enfin à 30 ans. Moi ma trentaine, c’est pas la plus belle période de ma vie. Pour moi, c’est la désillusion ! Ça dépend de ce qui nous arrive. Ce n’était pas spécialement joyeux pour moi et maintenant je commence à me faire à l’idée, mais c’est quand même un peu un cap. On commence à m’appeler Madame ! A 20 ans tu sens que tu deviens un peu adulte, et à 30 ans ça y est. Moi ça m’a un peu fait mal.

Est-ce qu’on se lasse de l’amour à 30 ans ?

J’en connais plein qui font des gosses à 30 ans, parce que c’est le moment et qu’on s’est amusé avant. D’autres trouvent que c’est la période la plus carriériste, ça dépend des gens. Moi je vois ça comme le moment où il faut vivre. A 20 ans tu n’as pas toutes les possibilités devant toi, à 40 ans j’aurai d’autres priorités, maintenant je suis encore libre et j’ai plein de possibilités devant moi.

Être encore célibataire à 30 ans, c’est plutôt une honte, une force ou une chance ?

Il y a des moments où je me dis que ce n’est pas une honte, c’est juste que ça fou un peu les jetons ! La vie est tellement surprenante que ça serait dommage de caller sur un truc, parce que l’heure tourne et tu as passé ton temps à t’angoisser. On est dans une société où on se lasse plus vite, une sorte de crise, tout effacer pour prendre le temps de tester de nouvelles choses. Il n’y a pas de règles.

Qu’est ce que tu trouves de plus beau chez toi ?

Moi qui adore me faire des compliments… C’est compliqué tu sais ! Je dirais mon envie, ma gourmandise, mon envie de m’amuser et de rencontrer. Je prends plein de plaisir dans mon travail parce qu’on me laisse plein de place pour le faire et que c’est cadré. J’adore ça, j’ai envie de le partager, j’ai envie que ça soit généreux.

Qu’est ce que tu trouves de plus beau dans ton personnage ?

Elle est vraiment chiante ! C’est peut-être ça qui est beau. J’adore son incapacité à lâcher prise, c’est peut-être ça que j’ai en commun avec elle. C’est difficile de tout lâcher et de voir ce qu’il va se passer, d’accepter de ne pas maîtriser les choses. C’est un défaut en soi, mais pour travailler le personnage c’est une véritable force. Elle voudrait bien mais elle n’y arrive pas, et ça c’est touchant.

« J’me sens pas belle » de Martine Fontaine Jeanjean et Bernard Jeanjean.
Mise en scène de Miriam Youssef. Avec Julie Duroisin et Pierre Poucet.

Jusqu’au 14 février au Théâtre de la Toison d’Or.
Plus d’infos : www.ttotheatre.com

 

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