Rencontre avec Jessica Fanhan

ELLE(s), les femmes, la femme, plurielle, unique, la femme psyché, les femmes-clichés, mises en abymes, halos du mythe de Don Juan.

Après Don Juan addiction, Sylvie Landuyt signe un spectacle sur le mythe féminin. Salué par critique, ovationné à Avignon, multi-primé (Meilleure auteure pour Sylvie Landuyt, nomination Meilleure création artistique et technique), le Rideau de Bruxelles vous le propose jusqu’au 24 janvier. Attention places limitées !



Pour l’occasion, Jessica Fanhan (Meilleur espoir féminin), interprète principale de la pièce, a répondu à nos questions.

Ce spectacle est construit comme un dyptique. La première partie était une réflexion sur le point de vue féminin dans le mythe de Don Juan qui a ensuite évolué…

Jessica Fanhan : Quand Sylvie a décidé de faire cette première partie, c’était une commande qu’elle avait reçue pour un classique. C’était la période de DSK et elle est tombée sur Don Juan. Elle a fait un mix avec Don Juan de Molière, de Tirso de Molina. On était sept comédiennes et on travaillait plus sur le corps, la danse. Il y avait beaucoup moins de texte. Elle s’est rendu compte aussi que Don Juan ne parle que de femmes mais qu’elles n’ont pas beaucoup la parole. Alors, dans le second volet, il y avait une volonté de mettre une comédienne et beaucoup de paroles, par contre. Les deux parties s’enchaînaient naturellement.

Elle(s) est un spectacle qui est centré sur la femme et ses désirs… Tu y joues le rôle d’une petite fille qui se projette dans une palette de rôles féminins.

Jessica Fanhan : Oui… en tous cas les plus grandes figures qui vont dans les clichés. C’est une petite fille qui invente des histoires. Elle a une mère qui a beaucoup de mal à s’exprimer. Au lieu de parler, cette mère chante. La petite fait une traversée avec elle car elle est en plein questionnement. La seule figure qu’elle ait vraiment, c’est celle de sa mère… Et de quelques autres femmes. Mais ces autres femmes, ne sont autres que des clichés. Cela va de la femme de ménage, à l’actrice porno, à la femme d’affaires. C’est une recherche sur l’identité et cela explore les préjugés.

Le spectacle est aussi corporel…

Jessica Fanhan : La volonté de Sylvie était que ce soit assez statique. Mais comme son texte est aussi très organique et musical, axé sur la rythmique, il était important qu’il soit dessiné, que l’on s’éloigne du quotidien. Et en cela, c’est très corporel.

Cette petite fille a donc un référent qui est sa mère, qui ne lui apporte pas toujours les bonnes réponses et qui chante…

Jessica Fanhan : Oui, la petite fille est pleine de trous qu’elle essaye de combler aves des histoires. C’est un « presque monologue ». Quand la mère intervient, le dialogue n’est pas vraiment adressé à la petite. Il y a comme une entité à l’arrière. Mais la mère est présente, cela peut être le rêve ou pas. C’est très concret… ce qui se passe, c’est que la mère représente plutôt le désespoir. Elle a déjà roulé sa bosse, elle est plus en souffrance et moins dans l’espoir que la petite.

Jessica, tu viens de la Guadeloupe et tu as fait des études de comédienne en Belgique. Comment as-tu rencontré Sylvie ?

Jessica Fanhan : Cela s’est fait via le CAS, le Centre des Arts scéniques. On en bénéficie quand on sort d’une des écoles belges, l’INSAS, les trois conservatoires et l’IAD. À la fin des quatre ans, on a accès pendant trois ans à des castings, des auditions, qui sont réservés aux étudiants qui viennent de se diplômer. Sylvie organisait une audition pour Don Juan. On était trois à avoir été retenues. On a travaillé sur le premier volet et un an après, le deuxième est arrivé. Sylvie devait partir en résidence d’écriture à la Chartreuse et elle m’a appelée pour que je la rejoigne pendant une semaine. Cette semaine a été idyllique. Il y a eu un vrai échange. On discutait, elle écrivait. Je l’avais rejointe pour des lectures. Sylvie est une très bonne directrice d’acteurs. Il y a eu un an d’échanges entre la décision de travailler ensemble et la création. Sylvie m’envoyait régulièrement le texte revu. Quand on a commencé la création proprement dite, tout était déjà en place et on a évolué comme avec une partition, sur le rythme, sur la rapidité du débit, par couche. Il y a d’abord eu la contrainte et puis Sylvie m’a dit : « C’est toi maintenant ! ». Et à partir de là, j’ai pu faire ce que je voulais.

Vous êtes trois sur scène durant tout le spectacle. Il y a aussi le guitariste, Ruggero Catania, qui est en scène avec vous…

Jessica Fanhan : Il est sur scène du début à la fin et il soutient le texte avec sa musique. Il ne parle pas. Sylvie voulait un homme. À Avignon, on nous faisait la réflexion : « Pourquoi ne pas avoir pris une guitariste femme ? ». Sylvie ne voulait pas exclure les hommes. Elle(s) a été perçu comme un spectacle féministe mais je ne pense pas qu’elle l’ait écrit vraiment comme ça mais plutôt comme un questionnement sur le féminin et le masculin. Après oui, la notion de féminisme a surgi…


Comment le spectacle est-il reçu ? Quelles sont les réactions ?

Jessica Fanhan : Cela plait beaucoup. Les dames plus âgées sont souvent très émues, même si elles ne parlent pas beaucoup. Il y a toutes les générations. Certaines viennent ensemble, la mère, la grand-mère, la fille… Il y aussi des hommes qui viennent avec leur femme, leur copine. Je crois que cela fait du bien, il y a quelque chose de l’ordre de la catharsis.

Julie Fauchet (responsable presse au Rideau) : J’ai l’image de cette grand-mère qui après la répétition a sauté sur Sylvie et a dit : « Franchement, merci ! Et cela vient d’une grand-mère ! Maintenant il va falloir que je dorme dessus et que je réfléchisse à tout cela ». Je ne pense pas que ce soit un spectacle féministe mais c’est juste l’envie de se poser des questions : comment en tant que femme on arrive à tout gérer. On voudrait des boulots de mecs et on voudrait aussi être là pour nos enfants. On est toujours tiraillées entre les deux. Comment s’épanouir en toutes circonstances…

Le fait de chanter, cela apporte des références qui viennent alimenter une identité ou c’est simplement pour donner une légèreté au spectacle ?

Jessica Fanhan : Je pense que cela vient de l’envie de chanter. La mère de Sylvie chantait beaucoup. Simplement l’histoire même, c’est le fait que la mère a du mal à parler, et à la place de parler, elle chante. Et pour la petite fille, c’est ce qui lui permet d’inventer des histoires puisqu’on ne lui donne pas les mots pour tenter de se construire.

Julie Fauchet : Et aussi, cela fait passer l’émotion autrement. Les chansons parlent aussi de la question de la séparation et de la manière d’être une femme, une mère. Et il y aussi les parties slamées quand Sylvie parle accompagnée à la guitare par Ruggero.


On dit que c’est un spectacle rock and roll !

Jessica Fanhan : Oui. On a dit jazz aussi… C’est jouissif. Et personnellement, j’ai beaucoup de libertés.

« One Word » est la chanson qui clôt le spectacle. Pourquoi cette chanson ?

Jessica Fanhan : C’est la chanson de Killy Osbourne. Dans cette chanson, elle demande un mot, « dis-moi quelque chose », des mots, des mots… Le besoin de mettre des mots sur le sens des choses… c’est le fond du spectacle.

Propos recueillis par Palmina Di Meo.

 

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