Rencontre avec Jean-Louis Colinet

La saison 2016-2017 du Théâtre National et du KVS sera unique. Les deux institutions proposent une programmation mixte, une manière d’affirmer que l’art et la culture n’ont pas de frontières.

Jean-Louis Colinet a dirigé le National pendant douze ans et lui a donné une identité et un rayonnement exemplaire. Il part à la conquête de nouveaux défis. Portrait d’un artiste audacieux et cosmopolite.

Vous quittez le National pour organiser le festival de Naples. Qu’est-ce qui vous attire à Naples ?

Naples est une ville passionnante, bourrée d’énergie et qui a un rapport inouï avec le théâtre, la musique, que j’ai rarement vu dans le monde, avec énormément de jeunes compagnies et en même temps avec des moyens extrêmement réduits, quasi nuls. Il y a donc une attente vis-à-vis du festival. Avec Franco Dragone, qui m’a appelé à Naples, nous essayons de créer un festival qui soit à la fois un reflet international de ce qui se fait dans le monde mais aussi de rendre compte de la réalité napolitaine et italienne au-delà de la Campania. Nous voulons initier une inscription dans le durable. Ce qui est regrettable dans un festival, c’est qu’entre la dernière représentation d’une édition et la première de la suivante, il n’y a rien… Notre souhait est de travailler avec les compagnies en saison pour les aider à avancer, à grandir, à se professionnaliser. C’est la dimension que nous allons donner au festival. Et une série de spectacles internationaux ou italiens qui viendront au festival de Naples seront également programmés en région, dans les villes et dans les villages. L’idée est que ce ne soit pas un feu d’artifice concentré au cœur d’une ville mais que le festival rayonne sur toute la région, qu’il ait un visage spécifique par rapport aux autres festivals.

On dit souvent qu’il n’y a pas une réelle tradition de théâtre en Italie si on exclut l’opéra et le théâtre classique…

Cela dépend. Il y a en Italie une grande tradition de théâtre qui date de la fin de la Renaissance, du début de l’époque baroque, notamment à Venise et à Naples. Ce sont les deux pôles. L’opéra et la musique, c’est la même chose… À Naples, ce qu’il y a de très particulier et de formidable, c’est le lien puissant avec la culture populaire qui se manifeste dans l’art « savant » et dans l’opéra napolitain du XVII et du XVIIIème siècle. Par exemple, aujourd’hui à Naples, il y a un nombre inouï de théâtres, pour la plupart des petits théâtres privés, mais bourrés de public. La tradition de la comédie populaire est très vivace, réanimée dans les années 50-60 par Eduardo de Filippo et sa dynastie. Et la population, les Napolitains, garde aussi avec la musique et l’opéra - Le San Carlo notamment – un lien très fort.

Il y a aussi la spécificité de la langue napolitaine…

Les gens ici l’ignorent souvent. L’Italie est un conglomérat d’ex-nations. Naples était un royaume qui avait sa propre langue, comme la Sicile. Ce ne sont pas des dialectes, ce sont des langues. À Naples, comme dans tout le Mezzogiorno, l’attachement à la langue est très fort. Je trouve cela passionnant, riche. Ce n’est pas simple… Naples est une ville agglomération traversée par des courants divers et parfois tendus. Cela ne ressemble en rien à ce que nous connaissons ici ou dans d’autres villes du nord de l’Europe. C’est ce qui en fait la richesse. Cette première programmation s’est faite très rapidement… nous avions très peu de temps. L’idée est de ramener un public nombreux, large en termes de différence d’âge et de condition sociale. Je pense qu’il faudra au moins deux éditions pour rassembler les Napolitains au sein de ce festival. Il y aura donc dans cette édition une série d’invitations internationales et en même temps des invitations italiennes et napolitaines y compris dans le fait que nous allons réaliser des spectacles avec des citoyens en associant des metteurs en scène qui travaillent dans les villages et les villes de la Campania.

L’implication des non professionnels est une initiative qui vous tient à cœur. Quelle en est la valeur ajoutée ?

Ce qui me tient à cœur surtout au-delà des non professionnels, c’est la dimension d’un théâtre qui parle du monde, qui parle d’aujourd’hui, à des gens d’aujourd’hui. Je n’ai jamais pratiqué un théâtre muséal, je n’ai aucune dévotion vis-à-vis du répertoire, des classiques… Je trouve qu’il y a des classiques extraordinaires, magnifiques, mais il y a des choses qui se font aujourd’hui qui sont tout autant formidables, enthousiasmantes. Je suis attaché à proposer à un large public des œuvres qui se situent précisément dans une sensibilité qui est la nôtre. Le théâtre n’est pas un art du passé. Il ne l’a jamais été. Du reste, quand on regarde les grands génies du théâtre - Shakespeare, Molière, et même Marivaux - tous ces gens parlaient de leur temps, des enjeux de leur temps.

Mon histoire fait que j’ai grandi dans la communauté sicilienne ici en Belgique et j’ai commencé à pratiquer le théâtre dans une dimension quasi anthropologique en travaillant sur la sensibilité, le langage et le vécu de cette communauté-là. Et les spectacles étaient très emprunts de leur richesse culturelle.

C’était dans la veine du théâtre action ?

À l’époque cela ne s’appelait pas comme cela. On travaillait non pas dans une optique d’imitation de l’art théâtral mais dans l’expression d’une communauté. Ascanio Celestini le fait aussi.

En Italie, il n’y a pas ce clivage entre les artistes dits « savants » et les artistes « populaires ». C’est plus mélangé que cela. Il existe une tradition du « racconto » unique en Europe et même dans le monde. En Sicile, la « Cantastoria » relève aussi du récit.

Pour en revenir à la musique, le National a souvent coproduit avec La Monnaie…

On a fait des collaborations plutôt. Au Théâtre de la Place à Liège, j’ai beaucoup travaillé avec Bernard Foccroulle, qui était le directeur de la Monnaie. Le fait est qu’au niveau personnel, je suis mélomane… On a donc collaboré essentiellement dans le cadre de l’époque baroque et de la première moitié du XXème siècle car ce sont deux périodes qui nous passionnent tous les deux. Ce sont deux moments d’invention des formes, où une multitude de grands compositeurs ont effectué des recherches aux confins du théâtre musical et de l’opéra. En arrivant ici, nous avons continué à travailler ensemble. Lorsqu’il est parti à Aix, nous avons continué à travailler mais de façon différente. Encore ici, la saison prochaine, plusieurs spectacles de la Monnaie seront présentés, pas seulement pour des soucis de locaux mais aussi parce qu’on a envie de co-présenter des choses.

Dans vos programmations, on trouve un mélange de disciplines (arts plastiques, danse…), est-ce délibéré ?

Je suis sensible aux artistes qui ont la volonté, le besoin, de dire quelque chose. D’autres artistes éprouvent le besoin de montrer qu’ils savent faire du beau théâtre. Ils m’intéressent moins... Tous les artistes avec lesquels j’ai collaboré étaient des personnes qui n’étaient pas dans une dimension démonstrative mais plutôt dans une démarche de conviction. Cela appartient à mon histoire et à ma sensibilité. Je n’ai jamais établi une saison en me disant : « Je vais faire peu de tout pour contenter tout le monde ». Au contraire, je pense que ma préoccupation de tous les instants durant mes douze années au National, a été de donner à cette maison une identité forte, en sorte de créer avec le public un lien de fidélité. Je travaille beaucoup avec des jeunes artistes que le public ne connait pas mais ce qui fait que le public vient nombreux voir ces jeunes artistes, c’est que les gens aiment globalement le genre de théâtre que nous fabriquons. C’est cela l’identité. Et je pense que le genre « Théâtre National », aujourd’hui, est très identifiable. Bien sûr, il y a des gens qui n’aiment pas cela et donc ils ne viendront pas… Mais à l’inverse, cela crée un rapport de fidélité, je dirais même de ferveur, d’attachement, avec un très large public parce que c’est vrai que le théâtre National, aujourd’hui, brasse beaucoup… beaucoup de monde.

Quand on promeut un théâtre international, de quelle identité parle-t-on ?

Pour moi l’identité du Théâtre National se définit comme celle d’un théâtre engagé dans les questions de notre temps, qui interroge notre époque, ce sont des artistes qui sont plus dans une démarche de propos et de sens que dans une démarche esthétisante. C’est un théâtre de découvertes, d’artistes nouveaux et aussi de langages nouveaux mais qui restent toujours accessible à la sensibilité d’un large public. Une chose que je ne me suis jamais résolu à faire, c’est de proposer un théâtre référentiel, qui nécessite des clefs à priori pour pouvoir être appréhendé par un public. L’identité de la Comédie-Française est très différente, l’identité d’autres théâtres à Bruxelles peut être différente…

Le National est un théâtre généreux et authentique qui prend en compte la sensibilité des gens. Un théâtre sans spectateurs n’existe pas. Cela ne veut pas dire « théâtre racoleur » mais un théâtre qui donne quelque chose. Ce n’est pas un théâtre de la rétention où on fait ses trucs entre artistes, viennent qui pourra, qui voudra… non, non ! Le théâtre, c’est un dialogue avec notre temps, avec la société, avec les citoyens, c’est une sorte d’agora, de place publique où il y a des débats qui se lancent, des contradictions qui apparaissent… C’est cela qui crée le mouvement, l’intensité. On ne le fait pas au travers de la politique, on le fait au travers de la créativité, de l’imaginaire. Parce que moi, je n’aime pas du tout le théâtre « militant » ! Mais à l’évidence, s’il y a un public nombreux au National, c’est parce que, quand les gens viennent, ils se sentent concernés, ils rencontrent un propos. Moi, il y a des spectacles que je vais voir qui sont très jolis mais je les ai oubliés le lendemain parce que je n’ai rien rencontré en réalité, je n’ai pas été secoué, je n’ai pas été interpellé, je n’ai pas été interrogé, voilà ! C’est comme dans la vie… il y a des gens que l’on rencontre et que l’on trouve passionnants même si on n’est pas tout à fait d’accord et puis, d’autres dont on se dit que ce sont des gens respectables… mais rien ne s’est passé. C’est là-dessus que j’ai essentiellement travaillé au National, sur la question des choix.

L’ouverture aux jeunes artistes, était-ce dans un esprit de découverte au-delà de l’ancrage dans contemporanéité ?

C’est les deux. Il y a eu un phénomène en Belgique francophone : la génération qu’on a appelée « des vieux jeunes ». Des gens qui étaient plein de talent mais qui n’ont jamais eu en réalité les possibilités de développer leur talent, de grandir, de progresser. On peut dire, sans exagération, que cela a été une génération sacrifiée. Je me suis dit : « Plus jamais ça ! ». Et j’ai donc décidé que le National serait aussi un lieu d’éclosion de jeunes artistes, un lieu d’émergence et il y a une série d’autres théâtres à Bruxelles qui le font très bien. Je ne dis pas que c’est une démarche exclusive. Les gens qui commencent leur carrière aujourd’hui, ils ont 25 ans… Dans dix ans - ce n’est pas beaucoup dix ans - ils auront 35 ans ; ils seront dans le début de la maturité de leur âge. Si on ne prépare pas cela aujourd’hui, dans dix ans le théâtre sera mort, il sera en veilleuse, léthargique. Bien sûr, il ne faut pas faire du jeunisme… Il y a des gens avec lesquels je travaille qui ne sont pas jeunes et avec lesquels je compte continuer à travailler - je pense à Françoise Bloch, à Jacques Delcuvellerie, à Isabelle Pousseur, à Joël Pommerat…

Vous n’avez jamais eu envie de vous remettre à la mise à scène ?

Non. C’est un autre métier. Il y a eu un moment dans ma vie où j’ai eu envie de changer et je n’ai aucun regret. Je pense qu’être journaliste, acteur, être directeur de théâtre… ce sont des dimensions qui vous requièrent totalement. Moi, je n’ai aucune dévotion par rapport à l’art. Pour moi, l’artiste c’est un métier, métier particulier sans doute, mais dentiste, c’est aussi un métier particulier – ok, on ne compare pas, ce sont des choses totalement différentes – mais c’est comme directeur de théâtre, c’est totalement différent que d’être metteur en scène ou acteur. Quand je dis que je n’ai aucune dévotion, je dis que pour moi, un artiste ce n’est pas un être supérieur à la société, qui ferait partie d’un aréopage. Je n’ai jamais regardé l’art de cette façon-là et si je peux avoir de l’admiration pour un artiste… eh bien, pas pour tous… J’ai décidé de changer de métier parce qu’on me l’a proposé. Artistiquement cela marchait plutôt bien. Ce n’est donc pas par insatisfaction que j’ai quitté la fonction mais parce que j’avais envie de me lancer un nouveau challenge et le hasard a fait qu’on me l’a proposé. C’était au Théâtre de la Place à Liège en 1988, donc cela date… Quand je regarde en arrière, je suis ravi d’avoir fait ce choix, je n‘ai aucun ressentiment et cela m’a même donné une proximité avec la pratique théâtrale. Je pense que les artistes peuvent être de très bons directeurs de théâtre mais qu’il n’est pas indispensable d’être artiste pour être directeur de théâtre. Cela dépend de la personnalité des gens et de leur envie de rencontrer le public et les artistes.

Quand il y a une création au National, quel est votre rôle en tant que directeur ? Avez-vous un droit de regard ?

Je ne fais jamais d’ingérence sur le plan artistique. Je ne fais jamais des commandes. Si je lis une pièce, même si je la trouve formidable, je ne demanderai jamais à quelqu’un de la monter… Non ! Je pense qu’une œuvre d’art doit correspondre à un désir, à une volonté, à un besoin intime chez un artiste. Bien sûr que, si on propose à un metteur en scène de monter une pièce, il est rare que les gens disent non, ne serait-ce que par opportunité de travail. Au mieux, quand on fait des commandes… au mieux ! … ce sera bien… Mais il n’y a pas cette vibration, ce feu, cette ferveur… donc : 1) Je ne fais jamais de commandes. 2) Je reçois des projets, j’en choisis… puisqu’on ne peut pas tout faire…. Il faut bien choisir et à partir de ce moment, j’ai un dialogue avec l’artiste. Mais je ne fais pas d’ingérence. Je lui parle quand il me propose de parler… Et, oui, je vais voir des répétitions et après je discute avec le metteur en scène pour lui communiquer ce que j’ai ressenti et à ce propos, je pense que j’ai gardé une capacité qui est extrêmement importante quand on est directeur de théâtre, c’est une capacité à rester un « spectateur moyen » c’est-à-dire à garder une candeur vis-à-vis de ce qu’on voit. Car le danger c’est de faire du théâtre pour des spécialistes, pour des amateurs de théâtre - parce que c’est un tout petit cercle, socialement parlant, les gens de théâtre. J’ai toujours beaucoup de connivences avec les artistes avec lesquels je travaille car je choisis aussi les projets en raison du rapport personnel que j’ai avec l’artiste. Bien sûr qu’on ne fait pas du favoritisme vis-à-vis de ses amis, mais quand on travaille avec quelqu’un, la dimension humaine dans la relation est essentielle… Travailler avec des gens insupportables, dans aucun domaine, ce n’est une chose agréable et ce n’est pas productif. Je dirais que ce qui m’intéresse davantage, c’est de soutenir, d’accompagner, d’aider des démarches plutôt que de travailler comme une fabrique de chefs d’œuvres en disant à chaque coup : « Ah ! J’espère que ce spectacle sera magnifique. » Cela ne marche pas comme ça ! Un artiste n’est jamais fantastique tout le temps, ce n’est pas non plus quelqu’un qui fait un produit à un moment déterminé… Un artiste, c’est toute une démarche, c’est un chemin… C’est ce chemin-là que j’ai fait et c’est pour cela que j’ai beaucoup de fidélité artistique pour certaines personnes parce que je me sens proche de leur recherche, de leur sensibilité, de leurs propos.

Le partenariat avec le KVS pour la prochaine saison donne une direction nouvelle au National, est-ce un cadeau d’adieu, n’avez-vous pas un pincement au cœur de quitter juste maintenant ?

Quand on quitte une démarche, une personne, une fonction, une activité dans laquelle on a beaucoup donné, c’est sûr qu’il y a un peu de regret. Mais je me suis toujours projeté - dans les saisons futures notamment, le temps que je suis resté ici… Je ne vis qu’au travers des projets. Maintenant, je pense que c’est bien, au bout de douze ans, d’arrêter. Place aux jeunes ! Pour le KVS, on a mené cela avec Jan Goossens, qui est un ami et que je vois encore régulièrement puisqu’il est à Marseille et moi à Naples, deux villes avec des similitudes pas toujours enviables… Et donc avec Jan, on a décidé pour notre dernière saison d’en faire une commune, de mixer les deux programmations et d’en faire une seule proposition pour le public. Peut-être dans le futur, nos successeurs respectifs auront-ils envie de continuer… Si on devait le refaire, on affinerait la formule mais c’était un geste symbolique et la classe politique l’a salué.

Vous continuerez néanmoins à organiser le Festival de Liège tous les deux ans avec des partenariats internationaux ?

Je n’ai jamais quitté Liège. J’y suis depuis 1999 et je suis directeur bénévole. Je n’ai pas de salaire. Je l’ai décidé…

La fonction de départ du festival, c’est la dimension internationale. Moi, ce que j’ai développé au cours des dernières éditions, c’est l’ajout d’une forte dimension liée aux jeunes artistes et compagnies belges et francophones. Il y a une présence importante d’artistes belges, pas moins de six spectacles - environ un tiers de la programmation. La troisième dimension, c’est qu’on a voulu - et on continuera dans le futur - que ce festival ne soit pas seulement liégeois mais qu’il soit vraiment lié à la Belgique francophone et au-delà, à la Flandre. À présent, le Festival de Liège existe aussi à Tournai, à Mons, à Charleroi, à Namur et la saison prochaine, à Herve, à Bruxelles bien sûr… L’objectif est donc un festival qui rayonne dans l’ensemble de la communauté Wallonie Bruxelles et en Flandre avec des maisons comme Toneelhuis, avec Jos Verbist à Courtrai qui a aussi beaucoup collaboré avec le National, et d’organiser des échanges entre les deux communautés.

Je pense que dans les théâtres, il y a un phénomène regrettable quand on regarde le paysage européen… Il existe une caste supérieure de grands artistes internationalement connus qui sont programmés partout, ce que j’appelle la « playlist ».

Comptez-vous appliquer la même dynamique à Naples ?

À côté d’une série d’invitations internationales et d’invitations italiennes et napolitaines, il y aura dans l’édition 2016 du Napoli Teatro Festival un focus belge avec 6 ou 7 compagnies francophones qui seront présentes là-bas. C’est une particularité qu’on a envie de donner, Franco Dragone et moi. Les liens entre le festival de Naples et le festival de Liège vont devenir des liens forts.

Les artistes belges attirent-ils la curiosité du public italien ?

En Italie, le théâtre et les arts de la scène sont très peu aidés. La dynamique est simple. L’argent a longtemps été destiné à ce qu’on appelle les théâtres « stabile » qui étaient fermés sur eux-mêmes, imperméables à l’innovation. Cela change aujourd’hui mais cela reste assez vrai. Les compagnies indépendantes ici en Belgique sont aidées… en Flandre aussi… en France aussi, différemment et peut-être un peu moins. En Italie pas du tout. Les compagnies indépendantes qui sont porteuses de renouveau ne sont pas aidées et donc elles rament. Une artiste comme Emma Dante reçoit une aide infime, dérisoire. Elle réalise au travers de coproductions internationales. Je serais curieux de savoir combien Romeo Castellucci reçoit de l’état italien, - très peu à mon avis. Toutes les réalisations de Castellucci sont coproduites par des grandes maisons européennes ou dans le monde. Donc en Italie, la structure du paysage théâtral n’a pas généré une dynamique de compagnies indépendantes. Actuellement, une nouvelle configuration a été mise en place. Sept théâtres nationaux ont été désignés. Il y en a six à Rome et au nord de Rome, et il y en a un dans le Mezzogiorno : c’est Naples. Alors bien sûr que les problèmes de l’emploi, de la circulation culturelle et artistique sont bien plus dur que dans le Nord. Il y a plus de connivences entre Milan, Paris ou Bruxelles qu’entre Milan et Naples. C’est une ligne que vous pouvez faire circuler tout autour de l’Europe. Les rapports Nord/Sud existent toujours. Les sept nouveaux théâtres nationaux qui ont reçu cette appellation ne peuvent pas faire de coproductions avec les compagnies indépendantes sous peine de devoir être producteurs délégués. Il n’y a pas de relation d’égal à égal, c’est le théâtre national qui est porteur du projet et ce n’est pas bon.

Mais les théâtres « stabile » peuvent coproduire ?

Oui, le « Teatro Stabile » le peut mais le fait est qu’ils ont beaucoup travaillé sur les vieilles générations d’acteurs pour un public « middle class » plutôt vieux et en Italie, le public dans les théâtres établis est un public très bourgeois, plus qu’ici. Franco Dragone et moi, nous allons essayer de lutter contre cela, de faire de ce festival un agent du développement du tissu théâtral de Naples et de la Campania, puisque le festival est subventionné par la région, pas par la ville. Meno Male !

Si vous deviez faire le bilan de vos douze années au National, pour laquelle de vos batailles avez-vous le plus de fierté ?

C’est l’ouverture aux jeunes. Quand je suis arrivé ici, je me suis dit : « Le National n’est pas le lieu des premiers projets, c’est plutôt le lieu des deuxièmes et des troisièmes projets, des artistes plus confirmés ». Au travers des rencontres que j’ai faites, comme celle avec Fabrice Murgia, le premier, puis le Raoul collectif, Vincent Hennebicq et plein d‘autres, je me suis rendu compte que c’était devenu une nécessité et une conviction chez moi. C’est le virage que le National a pris au fil des ans et qui est devenu une sorte de marque de fabrique et je pense que c’est de cela que je suis le plus content.

Propos recueillis par Palmina Di Meo
Interview réalisée le 15 avril 2016 au Théâtre National.

 

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