Rencontre avec Daniel Hanssens et David Michels

Reprise par les Galeries de l’un des fleurons du théâtre bruxellois

Vingt ans après la création du rôle, Daniel Hanssens réendosse la veste de Bossemans. Rencontre avec le comédien et son metteur en scène, David Michels, à l’occasion de la reprise de Bossemans et Coppenolle au Théâtre Royal des Galeries !

Bossemans et Coppenolle n’a plus été monté depuis 1995. La décision de rependre la pièce suit-elle le succès de Mademoiselle Beulemans l’année dernière ?

David Michels : J’avoue que l’engouement suscité par Le Mariage de Mademoiselle Beulemans plus d’un an avant qu’on ne le joue – dès qu’on a annoncé qu’on le jouait, il y a eu un raz-de-marée –, plus l’intérêt pour le football, plus l’envie de divertissement... tout convergeait pour qu’on reprenne Bossemans et Coppenolle. On venait de vivre des moments très agréables, une salle pleine qui hurlait son bonheur de retrouver ce ton belgo-belge, la nostalgie bon enfant, le côté chaleureux, sympathique, sincère. Beaucoup de gens me disait : « Mais vous allez remonter Bossemans et Coppenolle aussi un jour ? ». Il y avait donc cette demande du public. Plus le fait que Bossemans et Coppenolle, il y a vingt ans qu’on ne l’a plus joué, alors que Le Mariage de Mademoiselle Beulemans, on le programme de manière plus régulière.

Bossemans et Coppenolle, c’est aussi une version de Roméo et Juliette ?

Daniel Hanssens : Je ne sais pas si c’est la première chose dont les gens se souviennent dans Bossemans et Coppenolle mais je pense qu’ils adorent avant tout cette histoire de football qui a tellement marqué les Belges d’une certaine époque. ... Après, il y a l’histoire d’amour. Roméo et Juliette oui… Mais il n’y a pas de balcon…

David Michels : Pas encore… On peut y penser…

Daniel Hanssens : Ce sont des histoires dans l’histoire. Je pense que la grande différence entre Beulemans et Bossemans, c’est que Beulemans est d’abord une comédie familiale alors qu’ici, on est plus dans le domaine de la farce, je dirais... plus drôle encore que Beulemans.

David Michels : Plus que farce, moi je dirais vaudeville.

Daniel Hanssens : Oui... vaudeville... mais farce n’est pas péjoratif. Je pense à quelque chose de très fort, de très puisant dont on sent la destination. Ce qui est magnifique dans les deux pièces, c’est qu’il y a des répliques mythiques dont les gens se souviennent et qu’ils disent avant nous. En plus, elles touchent plusieurs générations.

Des exemples de répliques ?

Daniel Hanssens : « Martini, Mussolini… »

David Michels : « Si tu brûles, je brûle »

Daniel Hanssens : Madame Chapeau : « Tu veux des boules, ce sont des bonnes »

David Michels : « Les crapuleux de ma strotje » ...

Comment expliquez-vous que ces pièces écrites en parler bruxellois aient toujours autant de succès ?

David Michels : D’abord, tout francophone comprend. Il y a nos mots à nous, nos tournures à nous, des tournures flamandes aussi, mais c’est quand même écrit en français il ne faut pas l’oublier. Sans l’accent, on perdrait beaucoup, c’est la saveur locale.

Daniel Hanssens : Mais il y a aussi le regard typiquement bruxellois sur la vie, sur les choses. Le Bruxellois est un être particulier qui est tout droit dehors, qui a cette franchise et en même temps cette mauvaise foi mais qui est bon, à la base. C’est une chose reconnue. Beaucoup d’étrangers viennent voir cette pièce.

David Michels : Et le succès, comme le dit Daniel, réside dans les bons sentiments. Ce sont des gens charmants en fait. Ils s’engueulent pour le football, ils s’engueulent dans leur couple, mais dans le bon sens du terme. C’est bon enfant. Et je crois que les gens ont envie de cela aussi.

La pièce pourrait-elle être adaptée dans un contexte plus moderne ?

David Michels : Oui pourquoi pas ? Il y a toujours des luttes de football mais la pièce aurait sans doute moins de saveur sans le Bruxellois typique des années 40, sans le folklore. Mais la trame pourrait parfaitement fonctionner. Mettez des supporters du Standard face à des supporters d’Anderlecht, c’est pareil.

Daniel Hanssens : Pour raconter une anecdote que David connait : en sortant de Beulemans, des jeunes m’attendaient à la sortie. L’un d’eux ... me dit : « C’est vous qui jouez Beulemans ? Je suis venu voir car mon père m’a dit que cela fait partie de notre tradition ». Alors je réponds : « Mais tu es de quelle origine ? ». « Nous, on est nés ici mais on est originaires du Maroc. Quand il est arrivé, mon père voulait connaître le vrai Bruxellois, le vrai Belge. On lui a dit d’aller voir Beulemans ». Ce qui est formidable, c’est que cela fait partie de leur folklore aussi. C’est une pièce universelle. Je trouve magnifique d’avoir ce mélange, cette richesse. Je ne sais pas si Bossemans passe autant les frontières.

Existe-t-il un répertoire en bruxellois ?

David Michels : Il y a d’autres pièces en bruxellois mais elles n’ont pas les qualités de Beulemans et de Bossemans. Je me limite à celles-là. Je changerai peut-être d’avis un jour... je vais peut-être en découvrir d’autres. Parce que, oui, il y en a… comme Les pralines de Monsieur Tonneklinker. C’est pas mal ! Il y a eu des suites de Beulemans… il ya eu un Bossemans et Coppenolle à Hollyfoot, pièce qui a été jouée il y a quinze ans. Mais elle n’a pas la saveur et l’impact de celle-ci. Et pour Beulemans, on a Beulemans marie sa fille, Mademoiselle Beulemans à Paris, Beulemans réfléchit. Sauf que le génie ne s’est pas reproduit.

Ces pièces ont été écrites en duos, c’est la clef de leur succès ?

David Michels : Une des clefs, c’est qu’ils étaient deux, oui, mais humainement très différents. Van Stalle était un homme rigoureux, il était metteur en scène et savait développer un raisonnement, une idée, une histoire alors que d’Hanswyck était un joyeux drille qui passait plus de temps au café qu’au bureau. Il avait le dialogue facile, brillant, un vrai bruxellois mais avec un vrai sens de la famille aussi. C’est le tandem qui a fait que cela fonctionne, l’un a structuré et l’autre y a mis le comique. Et pour Beulemans, c’est quasi la même chose : Fonson y a mis la rigueur, la trame familiale et le ton bruxellois et Wicheler y apporte la note « marché aux poissons ».

Daniel Hanssens, quel est votre regard sur la pièce aujourd’hui, alors que vous la reprenez après vingt ans ?

Daniel Hanssens : C’est autre chose. L’équipe est différente. C’est donc un nouveau challenge même si on a un acquis. Il y a une maturité par rapport au rôle. J’ai plus l’âge du personnage aussi. Mais surtout, cela reste un vrai plaisir ! J’ai redécouvert la pièce. Je n’ai pas revu les anciennes versions. J’ai préféré démarrer avec la nouvelle équipe. Je vais peut-être retourner y jeter un oeil plus tard car il y a des choses qu’on avait trouvées à l’époque et qui n’ont pas été replacées mais qu’importe ! Je pense qu’on doit venir avec cette nouvelle jeunesse et genèse du spectacle. Cette nouvelle distribution insuffle quelque chose de différent. Robert Roanne avait fort marqué le rôle de Coppenolle à l’époque, tout comme Roels l’avait fait. Anne Carpriau avait aussi mis son empreinte sur le rôle de Madame Coppenolle. Ici, on est très proche de la tradition. Une tradition différente d’il y a vingt ans mais très juste où la relation avec les Coppenolle reste très forte. Comme elle était juste il y a vingt ans d’ailleurs, mais il y a une nécessité à s’adapter.

David Michels : Aujourd’hui, on joue différemment. Et la troupe actuelle apporte une modernité à la pièce. Comme Daniel, je suis très content de la distribution, parce que c’est vrai que la pièce a un style, une époque, mais jouée en 2015 par des gens qui ont une énergie de 2015, qui ont juste l’âge du rôle et pas vingt ans de trop, tout cela donne une vérité au spectacle que j’aime beaucoup. Et je suis comme Daniel sous le charme de Pierre Pigeolet et de Catherine Claeys qui reprennent le couple des Coppenolle. Daniel, de son côté, a dû assumer un nouveau metteur en scène, une nouvelle distribution, de nouveaux costumes mais tout se passe très bien…

Vous mettez en scène pour la première fois avec tout l’acquis de votre expérience des Galeries. Quel genre de challenge cela représente-t-il ?

David Michels : Il y a vingt ans que j’ai repris la direction du théâtre mais il y a trente ans que je suis dans la maison. J’ai eu la chance de connaître deux autres Bossemans. Et j’ai été en tournée avec Stéphane Steeman. J’étais alors régisseur du spectacle et je l’ai toujours en tête. Quand Daniel a joué la pièce pour la première fois, j’étais administrateur mais je connais très bien les deux versions. Je n’ai jamais travaillé comme metteur en scène, c’est la première fois et je ne me prends pas pour un génie, loin s’en faut ! J’essaie de respecter les traditions tout en y apportant un regard contemporain, une énergie dans le rythme, dans la manière de jouer, dans les déplacements, le choix des décors, la scénographie, les costumes. Au niveau du rythme, j’ai opéré plusieurs coupures - invisibles je crois - pour essayer de dynamiser le texte car la pièce est assez longue.

Vous aviez en vous cette envie de mettre en scène, et plus particulièrement de mettre en scène Bossemans ?

David Michels : Plus qu’une envie, c’est un honneur ! Je suis très fier de toucher à ces personnages mythiques et légendaires que sont Bossemans, Coppenolle et Madame Chapeau. En avoir la responsabilité, dans ce théâtre-ci, c’est une pression, un honneur et une fierté ! J’en avais très envie, c’est clair. Je l’ai d’ailleurs dit lors de la première répétition. J’étais excité comme je ne l’ai jamais été à l’idée de retrouver les comédiens, des gens que j’aime bien car c’est important de travailler avec des gens que l’on aime. Et cette pièce, c’est un vrai challenge ! Il y a une telle attente du public ! Quand on sait que des dizaines et des dizaines de milliers de spectateurs vont venir, cela vous booste mais cela met la pression aussi.

Quelle importance accordez-vous au décor, à l’esthétique du spectacle ?

David Michels : L’image est fondamentale ! Cela dépend bien sûr du style de théâtre, de l’endroit où on joue. Il est clair que si je montais Coppenolle avec des tentures noires et des cubes, les gens ne seraient pas heureux. Cela pourrait se faire mais pas dans cette maison-ci. Si je décide de proposer ce répertoire-là, j’estime que je dois soigner la scénographie car le public aime les décors imposants. J’ai apporté un soin particulier aux trois décors de Bossemans, le visuel est très soigné, léché. Quand je parle de beauté, je ne veux pas que ce soit beau pour être beau. Dans le troisième acte, par exemple, on est dans un café populaire en face du stade, il n’est pas question que ce soit un joli café ! C’est un café popu ! Mais c’est un vrai café popu.

Dans ce genre de répertoire, ce qui importe c’est le décor. Il y a une attente par rapport à cela, tout comme pour les costumes. Je monte une pièce d’époque, que je maintiens volontairement en 1938. Le scénographe et le costumier ont effectué des recherches pour être au plus juste. ...

Daniel Hanssens : On aurait pu se dire que de toute façon la pièce fonctionne et qu’il est inutile de se tracasser. Mais au contraire, le théâtre des Galeries a mis les moyens pour être au plus près de la vérité. C’est important pour nous aussi, les comédiens, car l’époque est vraiment présente et cela rend le jeu un peu plus insouciant.

David Michels : Pour les costumes, c’est vrai qu’on aurait pu louer un costume des années 35 pour Daniel. Or, j’ai voulu qu’il soit impeccable, comme l’est Monsieur Bossemans quand il va au stade le dimanche. Il s’habille bien. Il n’est pas habillé comme un dandy parisien : il est Bruxellois ! ...

Le théâtre des Galeries est encore un des rares théâtres qui travaille avec une équipe de comédiens stable...

David Michels : Il n’y a plus de comédien à l’année. C’est fini. Je les engage en fonction des spectacles. Pour le comédien, c’est moins confortable mais d’un autre côté, il peut plus aisément voyager d’un théâtre à l’autre.

Daniel Hanssens : Mais c’est vrai que tu es fidèle à certains acteurs…

David Michels : Je reste fidèle à ceux qui le sont avec moi. Dès que je peux faire travailler ceux avec lesquels on a fait un bout de chemin ensemble, je le fais. Mais en étant très attentif à placer de nouvelles têtes, de nouveaux metteurs en scène, de nouveaux comédiens, à chaque saison, à chaque distribution… pour éviter le côté « on s’enferme entre nous ». Je crois qu’il faut rester ouvert. Mais effectivement, c’est un théâtre qui essaie de mettre en valeur le comédien. La force et la spécificité du théâtre, c’est un comédien sur un plateau, ce n’est ni un film, ni virtuel. Le travail du comédien n’est pas assez valorisé et si je peux fidéliser une partie du public à des noms, à un visage, j’en suis très heureux.

Vous gérez aussi personnellement la revue, est-ce difficile de recruter des comédiens qui aient ce profil music-hall ?

David Michels : Je crois que Daniel est mieux placé que moi pour le dire. Je vous jure, et c’est vrai, le rire est la chose la plus difficile au théâtre. Etre juste, sincère et faire rire, ce n’est pas donné à tout le monde.

Daniel Hanssens : Il n’a jamais voulu que je fasse partie de la revue…

David Michels : Je voulais qu’il fasse Michael Jackson mais c’est lui qui n’a pas voulu…

Daniel Hanssens : Tu t’en souviens…

Combien de temps faut-il pour préparer la revue ?

David Michels : On commence vraiment fin aout, début septembre. C’est un délai assez court mais il faut savoir que les auteurs travaillent bien avant, en amont. On a des habitudes.

Daniel Hanssens : Il faut un projet qui soit d’actualité aussi...

David Michels : Je ne peux pas commencer à écrire en janvier pour décembre de l’année suivante. J’ai la chance d’avoir une équipe qui travaille très vite. Des ateliers de décors, de costumes, de maquillage, de perruques… et des comédiens rompus à cette technique.

Le succès de la Revue s’inscrit-il dans une tradition bruxelloise ?

David Michels : Il y a eu beaucoup de revues à Bruxelles. Il y avait l’Alhambra, la Gaieté, le Vaudeville, la Bourse aussi. C’est la Revue qui attire le plus de monde aux Galeries : des dizaines, des dizaines de milliers de spectateurs. La formule de spectacle que nous proposons est très belge. On ne la retrouve pas à Paris, on la retrouve parfois en Allemagne où les revues sont proches des nôtres mais l’art de mélanger le spectacle chansonnier, l’actualité, la politique avec des numéros visuels proches du music-hall à l’ancienne, c’est une formule très rare, typiquement bruxelloise. En Flandres, ils ont aussi une revue au « Cheval blanc » mais c’est beaucoup plus lourd, la grosse charge. Ce mélange-ci est particulier.

Daniel Hanssens, vous êtes metteur en scène de votre côté, avez-vous des projets ?

Daniel Hanssens : J’ai toujours des projets. Dans le cadre du festival Bruxellons, je mets en scène La comédie du Bonheur, une comédie musicale pour l’été. Et puis l’écriture me titille. Je travaille sur une adaptation d’Elephant Man de David Lynch, un thème qui me touche beaucoup. Un spectacle que je prévois non pas pour la prochaine saison mais celle qui suit.

En tant qu’acteur de répertoire, quels sont les rôles qui vous attirent ?

Daniel Hanssens : J’aime découvrir, parfois redécouvrir, des personnages que j’ai joués il y a longtemps. C’est souvent la lecture, les spectacles que je vais voir qui m’inspirent. Je suis connu pour produire des spectacles populaires. M’aventurer dans des pièces plus difficiles, même si j’ai eu, oh combien, de plaisir à les faire, c’est plus compliqué. Je ne suis pas subsidié, je n’ai pas d’aide et je dois donc choisir des pièces qui attirent un large public tout en gardant une qualité certaine. Avec la Compagnie de Bruxelles, on est parti sur Les palmes de Monsieur Schutz, une pièce que j’ai eu l’occasion de jouer à Paris et dont j’ai pu obtenir les droits. C’est une pièce drôle, touchante, mais avec du rythme et qui en même temps parle de la découverte du radium par Pierre et Marie Curie. Comme le disait David, dès qu’il y a une faille dans le rythme, c’est difficile à récupérer. Et cela doit toucher aussi le plus grand nombre.

Vous avez touché à toutes les disciplines…

Daniel Hanssens : J’ai eu la chance de participer à des numéros de clowns pendant trois années avec le cirque de Moscou. C’est une aventure inoubliable qui m’a énormément servi. J’ai fait du mime aussi, ce qui m’a permis de voyager. Chanter je n’ai pas encore fait mais qui sait…

David Michels : Si, tu as chanté ! Ici…

Daniel Hanssens : Oui, tout à fait… c’était il y a quinze ans ? … une véritable catastrophe, tellement j’avais le trac…

David Michels : Tu as chanté avec orchestre et tout… C’était un concert donné par Marc De Roy, un de nos comédiens habituels. Pour fêter son anniversaire, il avait organisé un concert, en live, dans les décors et il avait invité des guests, dont Daniel qui est venu chanter du Trenet, je crois…

Daniel Hanssens : Que reste-t-il de nos amours…

Propos recueillis par Palmina Di Meo

 

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