Rajni Shah (Glorious)



Rajni Shah est une artiste performeuse britannique qui se joue des disciplines et des cultures. Ses performances visent à créer des espaces de rencontre et d’échange où le murmure du changement peut être entendu. En mai, elle était à Mons dans le cadre du festival « Un pas de trop », où elle a présenté « Glorious », un projet-résidence qui associe l’équipe de Rajni Shah Projects, un ensemble de musiciens locaux, et une dizaine de citoyens locaux.





Demandez Le Programme : Rajni Shah, Glorious, c’était hier soir. Comment vous sentez-vous au lendemain de cette performance ?

Rajni Shah : Fatiguée ! (Rires). Mais heureuse ! Je me suis réveillée ce matin vers six heures, la tête remplie des chansons du spectacle, en me demandant ce qu’était du « waterzooï ».

DLP : Waterzooï ???

RS : Oui, parce que c’était dans le monologue d’une des participantes, Edith. J’ai compris que c’était un plat typique belge, mais je n’en sais pas plus…Bref, je me suis réveillée heureuse et encore pleine de la performance d’hier.

DLP : C’est la première fois que le spectacle Glorious est monté hors du Royaume-Uni. Qu’avez-vous ressenti de différent ?

RS : Je pense qu’avant tout, nous, l’équipe, étions différents. A chaque édition de Glorious, nous nous retrouvons dans un lieu que nous ne connaissons pas, nous sommes des visiteurs. Mais ici, dans un autre pays, cet aspect-là était encore plus présent. Nous étions vraiment dépendants des gens d’ici, de leur aide, et ça a changé notre façon d’être. Ça nous a rendu plus vulnérables, mais en bien. Glorious est conçu comme un voyage vers l’inconnu, et ce concept a trouvé sa pleine mesure ici. Nous n’avions jamais travaillé avec la Maison Folie, nous ne connaissions pas le lieu, et nous avons collaboré avec des acteurs locaux que nous n’avions jamais rencontré avant, comme Christophe (Christophe Canu, assistant à la réalisation) ou Gaelle (Gaelle Soufflet, styliste). C’était un gros risque. Heureusement, tous ont vraiment saisi l’essence du projet, peut-être même plus que les équipes précédentes. Et grâce à l’accueil chaleureux de la Maison Folie et au soutien que nous avons reçu, tout ce petit groupe d’inconnus s’est vite mué en une communauté.

DLP : Pour ceux qui n’ont pas vu Glorious, de quoi parle le spectacle ?

RS : C’est une question difficile. C’est un show participatif. Il est constitué d’une base fixe de six chansons et six monologues, qui sont répétés et revisités tout au long du spectacle. Le tout est articulé autour de l’idée de rencontre, entre les participants, mais aussi entre les acteurs et le public. On se rencontre, on se dit bonjour, on partage quelque chose et puis on se dit au revoir.

DLP : Comment trouvez-vous vos participants ?

RS : Sur le plan de la musique, on travaille à chaque fois avec des musiciens locaux, tous styles confondus. Sous la houlette de Suzie Shrubb, notre directrice musicale, ils travaillent les morceaux de base du spectacle et sont invités ensuite à les réinterpréter à leur façon. Ensuite, environ un mois avant le spectacle, nous prenons nos quartiers dans un lieu public, une place de marché ou un centre commercial. Nous installons une table, des chaises et nous invitons les passants à s’arrêter un instant pour écrire une lettre à un inconnu, et à emporter une autre lettre en échange. Cela nous permet d’entrer en contact avec les habitants et de rencontrer plein de gens différents. Nous leur expliquons à tous que nous sommes en train de créer un spectacle participatif et que nous organisons des ateliers d’écriture ouverts à tous. Ainsi, les personnes intéressées peuvent nous rejoindre, et nous continuons à travailler avec elles à ce qui deviendra le monologue qu’elles liront le soir du spectacle.

DLP : Le spectacle est donc différent à chaque fois ?

RS : Oui et non, car la structure de base est toujours présente. Nous voulons permettre à tout le monde de participer, peu importe le temps qu’il a à nous consacrer. Monter un spectacle complètement différent prendrait trop de temps.

DLP : Quels sont les points positifs et négatifs quand on travaille avec des non-professionnels du spectacle ?

RS : Le seul vrai problème reste encore de gérer les agendas. Chacun a une vie et des obligations propres, on ne sait jamais s’ils seront là à l’heure, ou s’ils seront là tout court, et il faut composer avec cela. Ce n’est pas toujours facile. C’est pourquoi nous avons choisi d’avoir cette « base » à la fois fixe et flexible, pour pouvoir continuer à travailler sans écarter personne. A part ça, ce n’est quasiment que du bonheur. C’est un privilège de rencontrer des gens différents, travailler avec eux et les voir découvrir leur potentiel créatif. De plus, en tant que performeuse, c’est quelque chose de très intéressant à voir, car c’est très proche de ce qu’un performeur professionnel essaie d’atteindre. Ces personnes n’essaient pas de « faire » quelque chose ou d’adopter un style. Elles sont simplement là, avec un texte à dire, devant un public inconnu. Elles prennent un risque et ont un peu peur. C’est très émouvant.

DLP : Pour cette édition de Glorious, il y avait un défi supplémentaire : le français…

RS : C’était en effet un défi, car il me faut beaucoup de temps pour apprendre des paroles de chanson, même si je les ai écrites moi-même. Nous avons fait traduire les chansons en français, c’était essentiel pour qu’il y ait dialogue avec le public. Mais même si c’était un défi, c’était magnifique, car j’avais l’impression de travailler de toutes nouvelles chansons. Pour le reste, je parle un peu français, et heureusement, car sans cela je n’aurais pas pu avoir le même rapport avec l’équipe.

DLP : Vous répèteriez l’expérience dans un autre pays ?

RS : Pourquoi pas ! Mais il faudrait sans doute alors beaucoup plus de temps pour maîtriser la langue. Mais cela nous a permis de repousser nos limites, à tous. Il est bon de se mettre soi-même au défi et de ne pas faire des choses trop faciles, trop confortables.

DLP : Quels sont vos projets pour la suite ?

RS  : Il y a encore quelques représentations de Glorious qui doivent se monter au Royaume-Uni. Parallèlement, nous sommes en train de repenser le concept de notre compagnie. Jusqu’ici, elle s’appelait le « Rajni Shah Project » et se nourrissait principalement de ma production artistique. J’aimerais aujourd’hui me consacrer davantage à la production, et nous souhaitons construire sur tout ce que Glorious nous a apporté en termes d’expérience et de rencontres pour nous muer en un collectif et soutenir des performances ou des spectacles qui visent à créer des espaces de réflexion et de rencontre.

DLP : Vous rentrez en Angleterre aujourd’hui. Quelle image emportez-vous de votre séjour en Belgique ?

RS : Une seule image ? J’en ai plein ! Mais, vu que nous sommes sur la Grand-Place de Mons, je dirais le petit singe. Je sais, ça fait cliché de touriste, mais en quinze jours, j’ai vu des gens qui, sur leur trajet quotidien, s’arrêtaient pour le caresser. C’est le genre de petit geste qui en dit long sur un lieu, sa culture et ses habitants. J’adore ça.

Interview et traduction par Cindya Izzarelli (www.capitaleminuscule.com)

Le reportage par TéléMB : Cliquez ici
 

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