Plus grise la vie !

L’ambiance de la première séquence est glaciale. Hélène n’interrompt la lecture de son journal que pour aller se vautrer dans son fauteuil électrique ou lancer des sarcasmes à sa soeur. Comme celle-ci est tout aussi caustique, le souper tourne court, mais la soirée se termine sur une image plus apaisée : les deux frangines blotties sur le canapé devant la télé.

On souhaite découvrir la complexité des liens qui les unissent et malheureusement ce désir n’est que partiellement satisfait. Certes, on se rend vite compte que Sylvia est une fille peu farouche, qui rêve de la grande ville, mais aussi qui s’efforce de retrouver son père et de soutenir sa soeur en pleine déprime. De même on constate que, sortie de sa dépression, Hélène est une femme responsable, dépositaire de secrets concernant sa mère et sa soeur, attachée à son terroir et désireuse de fonder une famille. Mais la personnalité profonde des héroïnes nous échappe et certains changements de comportement semblent excessifs, car nous pénétrons peu dans leur intimité et ne partageons que rarement leurs émotions.

L’auteur se montre plus habile en évoquant la vie quotidienne dans un bled de la Wallonie profonde. Si une fille comme Sylvia y étouffe, d’autres s’y sentent bien. C’est le cas de madame Gaillard, qui rachète des terres aux "étrangers", car elle veut renforcer ses racines ou de son fils Luc, qui va "construire grand" et élever des chevaux. Il se réjouit de partager avec la femme qu’il aime cette vie simple et méprise ceux qui croient l’insulter en le traitant de bouseux. Cependant la vie bucolique n’est pas idéalisée. On sent la menace des ragots, l’inconfort d’une bicoque qui vieillit mal, la platitude des conversations autour de multiples bons petits cafés et surtout la nécessité de s’évader par la télé. But du Standard...Quel défoulement devant le poste ! Luc entame une danse du scalp, stimulé par les cris hystériques de...Sylvia. Elle qui se morfondait, depuis l’irruption de Luc dans la maison, ressuscite devant l’exploit des "rouches". Manifestement, la priorité est accordée au folklore.

Le mobilier terne et vieillot témoigne du délabrement de la maison. Quant à l’étalement des trois pièces du rez-de-chaussée, sur la scène cinémascopique des Riches-Claires, il permet aux comédiens d’utiliser l’espace très efficacement et d’y défendre leur rôle avec conviction. Mention spéciale à Jean-François Rossion, dont la présence est rayonnante.

En commentant sa pièce, Sophie Landresse écrit : "Ce texte est un prétexte, prétexte à jeu, prétexte à connivence, jeu de cache-cache dans l’obscurité des sentiments." La formule est séduisante, mais peut-on obliger le spectateur à jouer à colin-maillard ?

Jean Campion
 

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