Pierre-Olivier Rollin

Pierre- Olivier Rollin, qui êtes-vous et que faites-vous ?

Je suis le responsable du B.P.S. 22 ; ma tâche est, d’une part, de définir la programmation des expositions et , d’autre part, de définir la politique d’acquisition des œuvres pour la Province de Hainaut. Mon travail consiste aussi à déterminer la ligne du chantier du futur musée de la province de Hainaut, car le B.P.S. 22 connaîtra dès 2011 des transformations qui en feront un musée ouvert en permanence.

JPEG - 54.1 ko
Le B.P.S. 22

« B.P.S. 22 », un nom un peu énigmatique : quelle est l’histoire qui se cache derrière cette appellation ?

C’est l’abréviation de « Bâtiment Provincial Solvay n° 22 ». Dans les années 1980, la province de Hainaut décide de se constituer une collection par le biais d’une politique d’acquisition cohérente et renforcée. On s’est alors très vite posé la question de la finalité : qu’allait-on faire de toutes ces oeuvres ? Il a donc fallu réfléchir à la création d’un musée de la province de Hainaut. Différents lieux dans différentes villes hainuyères ont été explorés, et en 1999, la Province opte pour ce bâtiment-ci, afin d’y organiser une première exposition et d’y créer, à terme, le musée. La première communication diffusée sur ce choix parlait du « Bâtiment Solvay », qui désigne en réalité un autre bâtiment, juste derrière celui-ci, ce qui prêtait à confusion ! On nous a alors demandé de changer le nom tout en conservant l’appellation d’origine, c’est comme ça qu’est né le nom de B.P.S. 22, le 22 étant tiré de l’adresse du bâtiment.

Est-ce qu’on peut voir dans ce choix d’implantation un pied-de-nez à l’idée répandue que Charleroi est une « zone sinistrée » ?

Je ne pense pas, c’était l’opportunité pour la Province de trouver des bâtiments disponibles et qui lui appartenaient déjà ; on était en 2000, le pouvoir politique n’était pas celui d’aujourd’hui et à l’époque il y avait encore une omerta qui nous interdisait de dire que Charleroi était une région sinistrée. Dès lors, il s’agissait plutôt d’un choix pratique : s’implanter là où il existait déjà des bâtiments disponibles.

Quels sont les concepts développés et défendus au B.P.S. 22 depuis le début de l’aventure en 2000 ?

Quand la province a décidé de s’implanter ici en 1999, l’objectif était de tenter d’obtenir des fonds du FEDER (Fonds Européen de Développement Régional) ; malheureusement le projet a été refusé. On tenait malgré tout à rester ici, et dans la mesure où on ne disposait pas de suffisamment de fonds d’investissements et de transformation, j’ai proposé de s’inspirer du modèle des friches culturelles telles qu’on peut en trouver en France, en Allemagne ou en Angleterre. Il s’agit d’occuper un lieu progressivement et d’étaler les aménagements sur plusieurs années. C’est ainsi que, petit à petit, on a aménagé l’endroit : nouveau système de chauffage, nouveau revêtement de sol, système d’alarme,...Le tout en gardant à l’esprit un cap, un objectif final, même s’il fallait faire quelques détours pour l’atteindre.

Le B.P.S. 22, par son architecture et ses proportions exceptionnelles, permet des applications hors du commun...

JPEG - 47.1 ko
Inside...

Effectivement, il s’agit d’une volumétrie exceptionnelle, clairement inspirée par la basilique classique avec une nef centrale et deux collatéraux. C’est une architecture typique de la production industrielle de la fin du 19e siècle, construite sur la base d’un transfert de sacralité de l’église vers l’usine, et on a voulu garder cet esprit. Ce bâtiment a été construit pour l’exposition industrielle de 1911 ; il a accueilli pendant 6 mois l’exposition et ses visiteurs mais aussi une grande exposition d’art wallon, voulue par Jules Destrée en réaction à l’émergence d’un art flamand. Il a ensuite été affecté à l’Université du Travail, pour être progressivement abandonné à la fin des années 1990. Le bâtiment portant des stigmates de son histoire, on a voulu les lui conserver en gardant son aspect brut et sa volumétrie. On a voulu s’inspirer non pas tant du musée mais plutôt du monde de la danse, avec un plateau-scène flexible et modulable à volonté. On a donc mis en place un système de cimaises démontables, afin de pouvoir recréer complètement un espace et une ambiance différents pour chaque événement, un peu comme au théâtre, où le décor est différent à chaque spectacle, bien que le lieu soit le même.

Que peut-on voir au B.P.S. 22 actuellement ?

Tous les quatre ans, nous tentons de présenter de façon originale les acquisitions récentes de la collection de la province de Hainaut. Cette fois-ci, pour des raisons à la fois budgétaires et d’opportunité, il fallait inventer une nouvelle manière de présenter les oeuvres de la collection. Pour conserver l’effet de surprise, je ne voulais pas révéler ce que va être le musée qui ouvrira dans trois ans. Nous nous sommes inspirés du jeu vidéo Tetris, en concevant une exposition où les pièces se répondent les unes aux autres et où l’espace se construit à partir des pièces posées. Nous avons donc travaillé a contrario de la méthode traditionnelle, qui veut que l’on sélectionne d’abord les oeuvres pour ensuite leur attribuer une place. Deux autres prestigieuses collections, celle du M HKA (Musée des Arts contemporains d’Anvers) et celle du Mudam (Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean de Luxembourg), ont contribué à l’enrichissement de la sélection d’oeuvres présentées, et les trois équipes ont ainsi travaillé (ou plutôt joué) ensemble pour agencer cette exposition. Cela m’a permis aussi de poursuivre une réflexion sur la forme exposition et ses modes de fonctionnement et de construction, une réflexion qui nous tient à coeur depuis le début. Au final, cela donne "T-TRIS", une très belle expo, très bien agencée et « qui se tient » en termes d’homogénéité et de cohérence, même si j’ai eu un peu peur à certains moments de l’élaboration ! (rires). On obtient un maillage de connexions entre les pièces présentées, même si elles peuvent être très différentes les unes des autres.

Ces expositions « spéciales » vont-elles se prolonger au-delà de l’ouverture du musée en 2012 ou s’arrêteront-elles naturellement une fois l’objectif atteint ?

Non, elles ne vont pas s’arrêter : si on veut attirer le public, il faut renouveler régulièrement son offre. La société d’aujourd’hui fonctionne plus sur l’évènement que sur le permanent. La collection sera donc montrée de façon « évènementielle » et fera l’objet d’une relecture constante, que ce soit par mon équipe ou par d’autres curateurs. Les partenariats nationaux et internationaux qui se sont tissés au fil des ans nous offrent plein de pistes à exploiter...

"T-Tris" est visible jusqu’au 29 novembre 2009 et accueillera en marge "Charleroi/Danse". Quid de la suite ?

En 2010, nous présenterons une grande exposition sur le football et l’art contemporain qui débutera fin mars et se terminera en même temps que la Coupe du Monde, fin juillet. Il s’agira d’une sorte de grande fête avant les travaux d’aménagement du musée. L’objectif est aussi de lier une préoccupation très populaire, le football (qui sera d’autant plus incontournable pendant cette période-là) à toutes les expressions artistiques inspirée de ce sujet. Beaucoup de très bons artistes ont travaillé à partir de ce substrat-là, et la volonté sera -outre le fait de présenter des oeuvres de qualité- de traiter le football comme métaphore du monde. Il ne s’agira donc pas de critiquer le foot ou d’en faire l’apologie mais simplement de montrer comment ce sport cristallise les tensions et les enjeux du monde contemporain.

Le point fort d’un thème aussi populaire, c’est qu’il permet aussi de toucher plus de gens et d’interpeller un public qui en d’autres temps ne se sentirait pas forcément concerné par une expo d’art moderne,non ?

JPEG - 61.3 ko
J-L Moerman

Tout à fait, c’est un thème plus « grand public » que « T-TRIS », qui est une expo assez pointue. On a d’ailleurs déjà fait d’autres expositions plus populaires, comme celle de Jean-Luc Moerman, qui utilise un langage qui parle aux jeunes. Mais même dans l’emploi d’un thème populaire, on veille à garder une programmation exigeante ; je pense que ponctuellement, on peut se permettre un thème tout public, mais pas tout le temps, au risque de devenir inévitablement racoleur et de perdre en intensité.

Dernière question : pourquoi faut-il venir au B.P.S. 22 ?

Parce que c’est surprenant !

B.P.S. 22, Boulevard Solvay n°...22

6000 Charleroi

A vos agendas !

"T-TRIS" est encore visible jusqu’au 29 novembre 2009

"Biennale de Charleroi/Danse : From Inside", du 11 au 29 novembre 2009

"We all love football", de mars à juillet 2010.

Interview réalisée le 31 octobre 2009 par Cindya Izzarelli

 

Me connecter

Pas encore membre ?
INSCRIVEZ-VOUS


Recherche rapide


Plus de critères »

A découvrir

SQL: SELECT * FROM t_banners WHERE circuit = 'home' AND emplacement = '1'ORDER BY position
SQL: SELECT * FROM t_banners WHERE circuit = 'home' AND emplacement = '2'ORDER BY position

Newsletter

Pour être tenu au courant de nos activités, laissez-nous votre email !