Pierre Dherte

Entre un essayage de masque pour son rôle de magicien dans “L’Illusion Comique” de Corneille au Varia, le tournage de “Rondo” de Olivier Van Malderghem et la sortie de “Diamant 13” avec Gérard Depardieu, nous rencontrons Pierre Dherte autour d’un tajine…

Vous êtes actuellement à l’affiche de “L’Illusion Comique” au Théâtre Varia ?

Il s’agit d’une pièce de Corneille, une tragi-comédie, mise en scène par Marcel Delval avec qui j’ai déjà travaillé sur trois spectacles et pour qui je suis ici également assistant à la mise en scène. C’est l’histoire d’un père assez sévère, dont le fils a quitté la maison. Pour le retrouver il consulte divers mages et magiciens et finit par tomber sur Alcandre, le personnage que j’interprète. Celui-ci retrace la vie du fils depuis qu’il a quitté la maison. Corneille invente avec cette pièce le théâtre dans le théâtre dans le théâtre, avec trois niveaux s’emboîtant les uns dans les autres, un peu à la manière de poupées russes, une interposition de plans et de flash-backs. La pièce traite du "mécanisme" du théâtre, mais aussi de l’âme humaine avec des miroirs déformants qui font que l’on ne sait plus vraiment ce qui l’emporte, l’illusion ou la réalité. On y verra aussi le fils en train de jouer une pièce de théâtre dans le théâtre, on est donc face à une mise en abyme parfois vertigineuse... Le magicien que j’interpète a un masque intemporel auquel est intégrée une caméra dont les images seront diffusées dans des éléments de la scènographie ; on pourrait se demander qui sont ceux qui lisent dans la pensée contemporaine ? Qui sont les mages d’aujourd’hui ? Les présentateurs télé ? Les personnalités politiques ? Il s’agit d’une pièce écrite en 1635 mais qui fait sensiblement écho au monde actuel…

Vous avez récemment tourné dans “Rondo” de Olivier Van Malderghem ?

Effectivement. Nous avions déjà travaillé ensemble sur son troisième court-métrage, “Noir d’encre” et j’avais beaucoup apprécié sa manière de travailler. Dans “Rondo”, je joue le fils de Jean-Pierre Marielle ; il s’agit de l’histoire d’une famille qui échappe à la persécution des nazis. Le film est actuellement en montage.

Vous êtes également à l’affiche de “Diamant 13” ?

Oui, mais je ne l’ai pas encore vu ! Il paraît que j’ai une chouette scène… Mon rôle n’est pas vraiment essentiel au film, mais ce qu m’intéressait c’était de rencontrer Depardieu, qui est quand même un monstre du cinéma français.

La pièce “Art” de Yasmina Reza a été reprise au Théâtre du Vaudeville fin 2008…

On avait joué cette pièce il y a dix ans déjà, on l’avait reprise quelques années après et on a décidé de la remonter cette année, avec le même metteur en scène, Adrian Brine, mais une scénographie totalement différente. C’est très intéressant de reprendre ainsi une pièce car nous avons tous changé, acquis en maturité et ça enrichit notre jeu. Nous la reprendrons encore la saison prochaine.

On vous connaît aussi un talent d’illusionniste. Avez-vous des projets dans ce domaine ?

J’ai un projet en pourparlers au Théâtre Varia ; il s’agit d’une pièce dont le thème ferait encore une fois résonance avec le monde de la magie et de l’illusion : magie blanche mais aussi magie de l’esprit, manipulation, détournements d’attention en tous genres. C’est un projet qui m’interpelle beaucoup car je crois qu’il est important de pouvoir décoder les discours - souvent manipulateurs - de celles ou ceux qui pensent détenir la vérité et nous entraînent souvent dans de terribles ... mensonges !

Vous avez également tourné un petit film contre la torture dans le cadre de la campagne européenne de lutte contre la torture dans le monde ?

Effectivement, nous avons tourné ce spot peu après l’approbation par George Bush d’une loi cautionnant certaines formes de tortures aux Etats-Unis. Bien sûr que la publicité est un moyen facile de se faire de l’argent, mais je préfère m’engager pour des bonnes causes, surtout pour des pubs télé comme celle-ci diffusée dans 9 pays européens, car les gens vous associent très rapidement à un produit ou une marque.

Vous prêtez souvent votre voix à des pubs radio ?

Oui, et j’aime beaucoup ça, car cela demande une efficacité qui parfois manque dans le théâtre ! La pub recentre les choses, on a trente secondes pour faire passer une ambiance, un message. La publicité m’a appris que l’efficacité et le rythme pouvaient aussi être utiles pour le théâtre !

Vous êtes également vice-président de l’Union des Artistes du Spectacle ?

Oui, ça fait effectivement un petit temps que je m’occupe de certaines choses dans le milieu associatif culturel, je suis membre du Comité de Concertation des Arts de la Scène et aussi de celui de l’Audiovisuel et du Cinéma à la Communauté française, j’ai été membre de la Commission de Sélection des Films, c’était un travail très intéressant, pour un mandat de 3 ans que j’ai maintenant achevé. Au niveau de l’Union des Artistes, nous avons récemment entamé un partenariat avec comédien.be car il nous semblait, à Xavier Campion et moi-même, que nous pouvions chacun y trouver notre compte. En effet, l’UAS et comedien.be ont chacun dans leur giron des familles d’artistes différentes, et il nous a paru intéressant de les regrouper. Avec l’UAS, j’essaie d’avoir chaque année un projet ou un “chantier”. En 2006, le but était d’obtenir l’agréation de la Ministre de la Culture, pour que l’UAS soit reconnue comme Organisation Représentative d’Utilisateurs Agréé (ORUA). Aujourd’hui, nous pouvons donc représenter officiellement les artistes du spectacle dans les instances d’avis ou de concertation concernées. Ensuite, j’ai souhaité remettre sur pied le fameux Gala de l’Union des Artistes qui n’avait plus existé depuis plus de vingt ans. Et cette année, nous avons mené à terme ce partenariat avec comedien.be ! Cette fonction à l’UAS m’apporte beaucoup, j’y fais de très belles rencontres !

Phillipe Reynaert, président de Wallimage a dit lors d’une interview en 2004 que « Le cas de "De Zaak Alzheimer" est remarquable. Il est clair que nombre de spectateurs s’y sont rendus pour voir sur grand écran les héros de leur série préférée. Le jour où on pourra amener des propositions de ce type à des Pierre Dherte, à des Sabrina Leurquin, je pense qu’on aura fait un grand pas ». Êtes-vous de son avis ?

Depuis que Philippe a dit ça, les choses ont un petit peu changé, la Belgique francophone s’est enfin décidée à produire des séries belges, en créant par exemple “Melting-pot café” mais il faut rappeler que cela faisait plus de 25 ans que la RTBF n’avait plus produit de série télé 100% belge ! En Flandre les téléspectateurs s’identifient depuis longtemps aux acteurs des séries télé, ce qui n’est pas encore le cas en Wallonie ou à Bruxelles. Nous avons beaucoup de retard en la matière et ... beaucoup de pain sur la planche ! Mais les choses progressent doucement. Je n’ai aucun problème avec ce genre là, bien au contraire. Les artistes qui passent des séries télé au cinéma ou au théâtre, c’est un peu comme si un plasticien passait d’une sculpture à une installation vidéo ou à un dessin au fusain ! Il change de support, pas de métier !

Cette envie de monter sur les planches remonte-t-elle à votre enfance ?

Oui ! Il y a une phrase de Thomas Bernhard que j’adore : “Dans le ventre de ma mère, l’idée m’est déjà venue avant de concevoir l’idée”. J’ai d’abord voulu faire de la magie, mais mes parents ont voulu que je fasse quelque chose de plus sérieux, alors j’ai fait du théâtre ! La magie est revenue après mes études à l’INSAS, où on me demandait souvent de faire des tours.

Y a-t-il des textes ou des auteurs que vous avez particulièrement envie d’aborder ?

Pour moi un projet est avant tout une rencontre humaine, quelqu’un qui vous fait exprimer des choses qui vous dépassent, qui fait aussi qu’on ne fonctionne pas dans ses idées reçues. Ici en Belgique, on passe souvent plus de temps à répéter une pièce qu’à la jouer car nous avons un public potentiel assez réduit. Mais c’est le travail en amont qui me plaît, j’aime participer à un travail de recherche sur un projet quelqu’il soit. Je voudrais donc devenir davantage partie prenante aux projets, et un petit peu moins uniquement acteur-interprète ...

N’avez-vous pas envie de vous lancer dans une carrière à Paris ?

Il se fait que j’ai un peu vécu une expérience à l’envers : quand j’avais 23 ans, je suis parti jouer dans “Macbeth” à Paris, et j’y ai donc vécu près d’un an ! Mais Bruxelles m’a beaucoup manqué… C’est dans le film “Macbeth” à Paris, et j’y ai donc vécu ! Mais Bruxelles m’a beaucoup manqué… C’est dans le film “L’Oeuvre au Noir” d’André Delvaux que j’ai été repéré. J’avais à peine vingt-trois ans et je montais les marches à Cannes pour ce film qui était en sélection officielle ! Mais il faut dire qu’à l’époque, il n’était pas aussi bien vu en France d’être Belge. On nous servait encore des lieux communs sur les frites, alors qu’aujourd’hui il est presque plus facile d’être un comédien belge à Paris qu’un comédien parisien ! Mais ça ne m’excite plus trop tout ça, j’aime autant travailler sur des projets intéressants ici que faire la course aux castings foireux à Paris. Je préfère aussi la mentalité et l’humilité des artistes belges qui à mon sens privilégient davantage l’intérêt génréral d’une oeuvre sans trop se préocuuper de leur égo, souvent si important pour certains artistes français. Pas tous, fort heureusement ... Et puis Paris n’est pas la France, je veux dire artistiquement. Il y a aussi Marseille, Lille, ...

Vous intéressez-vous au théâtre flamand ?

Oui, et j’ai d’ailleurs beaucoup apprécié “Toernee General”, l’initiative du KVS et du Théâtre National, qui proposaient simultanément des spectacles en français au KVS et en néerlandais au National. Mais c’est très difficile de traverser la frontière culturelle, les publics francophones et flamands sont vraiment scindés ! Je n’ai personnellement que quatre ou cinq collègues flamands, pas plus ! C’est un peu plus facile en danse car il n’y a pas la barrière de la langue mais ça reste très compliqué.

Vous appréciez beaucoup Albert Camus, dont vous avez déjà monté “L’Étranger” ?

J’adore Camus, son écriture brute, épurée et efficace, sa façon de parler des grandes révoltes de l’être humain. J’aime bien défendre des causes ; c’est un combat parfois vain, mais j’aime bien ces combats-là. J’aimerais beaucoup monter un projet à partir de “L’Homme Révolté”. La révolte est un droit. La révolte nait de la perte de patience. Elle est un mouvement et se situe donc dans l’agir. Je crois que c’est important de parler de ce genre de choses, surtout à l’heure actuelle où il semble clair que le contre-pouvoir se fait incidieusement et doucement étouffer. Le théâtre est aussi là pour réveiller les consciences, non ?

Que pensez-vous de la répartition des subventions en Communauté française ?

Bien sûr que je pourrais dire “Il faut donner plus à tout le monde !” mais malheureusement ce n’est pas possible… Je ne suis pas d’accord avec le système qui voulait que les théâtres recevaient plus quand ils faisaient plus d’entrées, car il faut donner la possibilité aux gens de se tromper, de tester des choses. Alors bien sûr que c’est très compliqué pour les jeunes compagnies, mais peut-être devraient-elles se regrouper davantage, comme l’ont fait différents metteurs en scène pour la création du Théâtre Varia, par exemple. Je trouve que le ZUT fait un travail génial et de qualité, mais il est très difficile de choisir de donner à certains et pas à d’autres… Selon quels critères ? Il y a de plus en plus d’artistes qui se lancent seuls dans l’aventure, qui hypothèquent leur maison ou créent une salle de spectacle dans leur garage en se mettant parfois eux-même dans des situations très précaires. Si ça fonctionne, ils demandent très vite des subventions. Si ils ne les obtiennent pas, ils avertissent très vite les pouvoirs publics ou la presse de l’imminence du chômage qui attendra les nombreux artistes qu’ils auraient pu employer s’ils en avaient eu les moyens, etc. Tout ça est très bien mais il y a peut-être dix compagnies derrière qui méritent peut-être tout autant d’être aidées… Alors que faire si on ne peut pas donner à tout le monde ? Personnellement, je pense qu’il vaudrait mieux intégrer les jeunes compagnies dans les infrastructures existantes de nos opérateurs phares et de nos centres dramatiques. Je pense au Théâtre National, au Rideau, à Mons, au théâtre de la Place, au Varia, ... C’est là qu’il faudrait leur garantir encore d’avantage de place et de moyens pour créer ... dans de meilleurs conditions ! Mais je pense surtout qu’il faut imaginer des financements alternatifs pour les arts de la scène.

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Concrètement, il faudra très vite permettre l’ouverture de la loi Tax Shelter pour les arts de la scène car cette loi a permis le doublement des subventions pour le secteur audiovisuel et du cinéma ! Vous vous imaginez ? Pourquoi ne pourrions-nous pas en profiter nous aussi ?

Vous n’avez jamais eu envie d’enseigner ? Si ! On m’a proposé de donner un stage au Conservatoire mais j’étais malheureusement en répétition. Ce projet d’enseigner ne s’est jamais concrétisé, mais ça me plairait ! J’attends vos propositions via comedien.be... OK ?

Merci Pierre, à bientôt sur les planches et sur toutes les toiles...

Interview : Solange De Mesmaeker 11 février 2009

- Pour voir Pierre Dherte dans son rôle d’Alcandre (L’Illusion Comique de Corneille), rendez-vous au Théâtre Varia (Grand Varia.) 78, rue du Sceptre, 1050 Bruxelles

- Représentations : du 10 au 28 mars 2009. du mardi au samedi à 20h30 et les mercredis à 19h30.
- Réservations : 02 640 82 58 ou par e-mail

 

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