"Perfectable" ou... perfectible ?

Sur quatre écrans de télévision qui jonchent le plateau et même sur le sol de la scène s’affiche le tiercé : "Travail - Tripalium - Torture". Association justifiée par l’étymologie ( Troisième sens du mot "travail" : instrument de torture : de tri (trois) et palium (pieu)) et illustrée par le drame de Jean Belle. Accompagné de ses partenaires de bureau, celui-ci va revivre les deux ans passés chez Perfect S.A. (Société d’installation en air climatisé) dans une reconstitution aux frontières du réel et de la fiction.

Cette espèce de thérapie commence par l’accueil de Jean dans "la famille". Les quatre comédiens, vêtus de kimonos : trois blancs et un noir (Patron oblige !) exécutent avec une parfaite synchronisation des mouvements d’arts martiaux. Témoignage de leur force et de leur harmonie qui se termine par l’incantation : "On t’aime, Jean". Pour l’inciter à mériter cet amour, Marie qui en est éprise en secret, Eddy, son patron paternaliste et Sandra, son ancien professeur, numéro 2 de la société, se chargent de son initiation. Il apprend les commandements de Perfect S.A. et découvre la nécessité de la diplomatie. Cette mise sur orbite, truffée de clins d’oeil au public, comme l’utilisation de ballons géants ou la discussion sur l’opportunité d’un entracte, se déroule sur un rythme alerte.

Malheureusement, au fil des scènes, l’humour pâlit, l’histoire piétine et la pièce peine à trouver son second souffle. Mêlant confession autobiographique, fiction et références au "reality-théâtre", l’auteur disperse notre attention. L’intervention, en très gros plan sur écran géant, du père de Jean, qui pousse son fils à travailler, impressionne mais nous laisse perplexes. Le sens de certaines images qui défilent sur les téléviseurs n’est pas évident. On voudrait voir le héros prendre conscience progressivement de son aliénation par le travail. Pourquoi Marie et Sandra se cantonnent-elles dans leur rôle de garde-fous, au lieu de discuter avec Jean, soucieux de retrouver son identité d’homme ? Mieux développés, les rapports entre Eddy et son "protégé" relancent l’intérêt. C’est d’abord en douceur que le patron le dissuade de profiter d’un congé pour se perfectionner. Un "rouage" doit fonctionner sans chercher à progresser ni tenter une boîte rivale. Puis, devant sa fermeté, il le vire. Une discrète allusion à la perte d’un enfant laisse entendre qu’il aurait voulu le considérer comme un fils. Mais les affaires sont les affaires.

Si Thibaut Nève aurait pu mieux canaliser ses nombreuses idées, il s’est montré rigoureux dans la direction d’acteurs. Clément Manuel, héros candide et déterminé, Philippe Rasse, boss sympa mais dominateur et Muriel Legrand, secrétaire zélée, incarnent leur personnage avec aisance et conviction. Et Jessica Gazon, sortant plusieurs fois de son rôle de Sandra, provoque le public avec une drôlerie efficace. "Tripalium" pose des questions graves mais reste avant tout une comédie délurée. Pas une torture des méninges !

Jean Campion
 

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