Patrick Ridremont

Pour les fêtes de fin d’année, retrouvez Patrick Ridremont, ex-star de l’impro, ex-présentateur télé, ex-people (?) sur les planches de l’Atelier Théâtre Jean Vilar  [1] avec un premier seul en scène, bientôt sur grand écran avec un premier film et enfin 6 heures de rire pour ses fans avec un premier double DVD. Trois grandes premières !

Tu montes sur les planches de l’Atelier Théâtre Jean Vilar, mais ce sera pour nous montrer quoi ?

Mon premier seul en scène ! Écrit à l’âge de 40 ans. L’âge de la raison, paraît-il. J’ai souvent eu envie d’aller sur scène tout seul, mais je ne savais pas quoi raconter. Si c’est pour faire des blagues, c’est mieux de le faire avec des amis. C’est un spectacle où je ne joue pas différents personnages, je ne me grime pas, sauf à la fin… C’est vraiment moi qui parle au public.

Qui parle ou qui joue ? C’est une conférence ?

Non, ce n’est pas une conférence ? Ce serait plus un “stand up” à l’américaine : un homme en noir, face au public, qui leur parle et qui les fait rire… En fait, pour faire la différence entre le stand up et une succession de sketches, je dirais que ce ne sera, ni comme Marc Herman avec son Stuuût, ni comme François Pirette, qui fait une kyrielle de personnages différents dans ses spectacles. C’est vraiment Patrick Ridremont qui vient causer – personne d’autre que moi – pas de personnages, pas de masques.

C’est le premier seul en scène pour toi, mais tu en avais déjà écrit un pour Virginie Hocq.

Effectivement. C’était Qui a dit Faible ? Une succession de 10 ou 11 sketches, qui mettaient en scène chaque fois des personnages différents, contrairement à ce spectacle-ci qui est avant tout un travail de littérature. J’ai pris énormément de plaisir d’abord à l’écrire, à le relire, et à le dire… Même si en définitive cela a été assez vite, il y a eu un vrai travail d’écriture… ensuite, il a fallu passer du papier à la scène.

Depuis combien de temps travailles-tu sur ce projet ?

Ce spectacle a été créé au Festival de Spa en août 2008. Au départ, je ne savais pas très bien quoi faire ni vers où j’allais aller. À dire vrai, le projet murissait depuis longtemps, genre 6 mois environ, mais je savais déjà que lorsque je me mettrais devant l’ordinateur tout irait assez vite. Et puis la petite chose qui a fait que tout s’est déclenché, que la machine s’est mise en route, cela a été de prendre conscience que ce dont j’avais envie de parler c’était le public… Ce public qui est quand même, dans tous les spectacles que je fais, mon partenaire privilégié. Et une fois que j’ai eu ça en tête, c’était parti : j’ai su que je voulais faire ça aussi POUR le public,.. Un peu comme une déclaration d’amour, jusqu’à quel point je l’aime bien, à quel point je le déteste. Et là, j’ai bouclé cela en trois semaines d’écriture…

Nous jouons à cache-cache : en évitant de donner le titre de ton spectacle, tu as habilement contourné le piège de ma première question… On l’aura compris, tu ne le montreras pas, tu n’en parleras même pas… Alors pourquoi Mon Cul ?

Lorsque Armand Delcampe m’a invité à le jouer à Spa, il m’a demandé un titre pour faire les affiches, j’ai dit Mon Cul, un titre à la fois provoc et accrocheur... C’est sans doute une petite déformation professionnelle de ce que je fais en publicité. Donc voilà : j’ai préféré appeler ce spectacle Mon Cul plutôt que “Patrick Ridremont vous parle“. Je n’avais pas envie d’un titre comme “Carte Blanche à“ ou “Seul en Scène“, “Enfin Seul“… Et puis, comme je l’explique dans le spectacle c’est assez facile de prendre son téléphone et de réserver trois places pour aller voir le Cirque du Soleil, on ne fait pas une bien grande démarche ! Mais prendre son téléphone pour dire : “Je voudrais trois places pour voir mon cul“, c’est déjà plus actif car avant même d’être assis dans la salle, le spectacle a déjà commencé. Au bureau de location, on m’explique que les gens rigolent, d’autres sont gênés et n’osent même pas prononcer le titre du spectacle, comme si ce mot était tabou. Je voudrais des places pour eu… le… , vous savez bien D’une part, j’aime bien la provoc, d’autre part, j’ai aussi voulu ça comme une sorte de répulsif pour les personnes qui trouveront qu’avec un tel titre Mon Cul est LE spectacle qu’il ne faut absolument pas aller voir. Je fais un tri à la base ! ☺ ☺ ☺ Si on n’aime pas le titre, il y a peu de chance qu’on aime le spectacle… C’est clair. Et en effet, je ne parle absolument pas de mon cul…

Par contre plusieurs milliers de spectateurs on déjà pu voir ton cul sur You Tube, même s’ils sont dix fois moins nombreux que ceux qui vont voir la version féminine et flamande du même clip !

Ah oui, c’est vrai, j’ai montré mon cul dans une publicité pour MacDonald.

Une pub sur le thème « On n ‘a rien à cacher » au sujet de la qualité de la viande...

Effectivement on m’avait demandé de faire ça. Ben, ça m’a bien plu (rires gras) Oui c’est ça mais on ne me voit pas vraiment entièrement nu. On m’avait dit pas de hot dog au pays du burger ! C’est une bête blague… Ça m’a amusé.

Voilà l’enchaînement parfait pour parler de tes activités publicitaires, un débouché possible, et sans doute rémunérateur, pour des comédiens qui – on me le rappelle à chaque interview – sortent en très/trop grand nombre chaque année de nos écoles de théâtre en Belgique.

Moi je suis indépendant, la publicité c’est 80% de mon chiffre d’affaires et j’aime bien ce métier-là.

Un métier que tu prends très au sérieux, puisqu’il paraît que c’est pour ménager ta voix, que tu as arrêté de fumer.

Oui, j’ai arrêté de fumer. Mais je ne crache pas sur un bon cigare ! ☺ Et c’est vrai que j’adore faire des voix, prendre des accents et des timbres différents. J’adore faire des pubs radio ou télé... Plus radio que télé d’ailleurs. Ça m’a permis d’accepter des projets moins bien payés mais qui me plaisaient plus artistiquement.

Comme par exemple ?

Lorsqu’on a monté le Two Men Show avec Olivier Leborgne, on ne savait pas vers quoi on allait. Pierre-André Itin l’avait coproduit et on avait pris de sérieux risques, même si finalement on a plutôt bien gagné notre vie sur ce spectacle … Ça me permet aussi de ne pas travailler sur des scènes de théâtre, comme je le fais pour cette saison 2009-2010, pour me consacrer entièrement à l’écriture du scénario de mon film. Ça me permet d’écrire un one man show dont je ne sais même pas s’il va fonctionner. Voilà, ça me donne une garantie financière qui me permet d’être léger et d’aborder d’autres spectacles vraiment par amour, plus que par obligation de le faire.

Alors, parlons-en de ce film...

Le titre est Dead Man Talking. C’est l’histoire d’un condamné à mort qui profite d’un vide juridique. – On n’est pas en Amérique, on est dans un pays qui s’appelle le Cinéma – Un vide juridique car rien ne précise la longueur des dernières paroles d’un condamné. Il se met donc à parler, il s’accroche à la dernière bouée qui lui reste : la parole. Car tant qu’il parle, on ne peut pas l’exécuter. C’est un peu Shéhérazade qui raconte des histoires pour sauver sa vie.

Et il y aura combien de personnages ?

Il y a huit personnages principaux : le condamné à mort, le Directeur de Prison, la fille du Directeur, le Gouverneur, ses deux collaborateurs, un producteur télé et un garde.

Et tu joueras également ?

Je jouerai et je réaliserai. Donc, pour le coup, je me prends un peu pour Orson Welles. Et comme je suis musicien, et que je ferai peut-être la musique, ce sera plutôt pour Charlie Chaplin...

Tu es musicien ?

Oui je suis musicien !

Et tu joues quoi ?

Du piano. Dix années d’études de piano en académie à Wavre. J’avais même composé un morceau pour l’Orchestre National de Belgique qui a été dirigé par Yuri Simonov à la Salle Henri le Bœuf. Je peux dire que cela a été un de mes grands moments de fierté. Je me suis retrouvé aux Beaux-Arts, dans ma loge avec mes parents, ma première fille, la mère de ma fille, … et on m’écoutait ! … C’était un grand moment de bonheur. Voilà, j’aime ça, la musique. Quand j’écris, je travaille en musique.

Pour introduire ma question suivante, je ne sais si je peux te parler de ton dernier gag surprise sur un plateau de télévision.

Oui, pas de problème.

Cela se passe sur le plateau de Panique dans l’Oreillette, où tu surprends ta femme Virginie Efira, dont tu es séparé, en lui apportant... les papiers du divorce à signer.

Oui c’était un gag. C’étaient les vrais papiers et Virginie les a signés… On les a déchirés par la suite.

En fait, on peut dire que tu es un comédien plutôt people. Est-ce voulu ? Est-ce qu’il y a parfois des effets boomerang ?

Il y a eu une époque où je l’ai recherché. J’étais un petit con. J’ouvrais ma boîte aux lettres pour savoir à quelle soirée j’allais être invité. Et quand il se passait deux semaines sans invitation, on commençait à se demander pourquoi on n’était pas invités. Ça c’est le revers de la médaille people : des sirènes ridicules qui chantent à mes ridicules oreilles. Le mauvais côté de cette “pipelisation” c’est qu’on devient médiocre. Et à force de vouloir être trop vu, de me montrer plus qu’il ne le fallait, à un moment donné je suis devenu médiocre… Heureusement qu’à l’époque, il y avait Virginie pour me ramener sur le plancher des vaches, pour me dire que j’étais une grande gueule. Heureusement qu’il y avait Olivier Leborgne pour me dire que je déconnais et que je ferais bien de la ramener. Et puis le moment est arrivé où j’ai arrêté de faire de la télévision… et ça, c’est moi qui l’ai voulu.

Je suis devenu le people pour ce que je veux. Les gens ne me voient pas dans les magazines, donc ils ne se disent pas : Ah il est intéressant. Ils voient que je fais des choses intéressantes et me jugent plus sur cela que sur l’image reflétée par les médias. Voilà, maintenant on me reconnaît pour ce dont j’avais réellement envie… Je suis vraiment content de cela.

Tu as été l’une des vedettes de la Ligue d’Improvisation Belge, (tu avais remporté la Coupe du Monde au Québec avec ton équipe en 1999), alors en plus épouser la très médiatisée Virginie Efira… c’était bien parti pour ta “pipelisation” ! [2]

Oui, bien sûr, épouser une vedette de la télé ça vous oblige à accepter d’être dans les magazines. Oui, je l’avoue, tout ça m’a plu à un moment donné… Et ça m’a encore plus plu de ne plus y être ! … J’étais devenu quelqu’un d’autre que je n’aimais pas et avec le recul, je peux dire que je n’ai pas non plus aimé cette période-là.

Mais maintenant, ce qui me fait réellement plaisir – et ça, c’est inouï comme reconnaissance – c’est que depuis cette année, ils m’ont engagé comme professeur à l’IHECS. Pas professeur d’art dramatique …

… ce n’est pas non plus une école de théâtre…

Voilà c’est une école de communication ! C’est un petit cours de formation vocale au cours ☺ duquel je leur apprend la technique son et la technique radio. [3] C’est à dire qu’on écrit des nouvelles qu’on met en ondes… on fait des fictions, on fait des reportages, des micros-trottoirs… C’est vraiment tous ces métiers de la radio et c’est vraiment un truc passionnant. Il faut être passionné pour être professeur, parce que quand il faut être là à 8:30 du matin, qu’ils sont encore plus fatigués que vous (rires) il faut être motivé ! Et pour en revenir à la “pipelisation”, un cadeau comme ça, ne me serait jamais arrivé. De mon côté, je n’en avais rien à foutre à cette époque là.

Tu as vraiment touché à toutes sortes de disciplines : depuis la comédie musicale (La Fugue du Petit Poucet) jusqu’aux jeux télévisés. Ex-présentateur TV, tu es aussi un ex-jouteur d’improvisation notoire. Ton passage par la LIB [4] a-t-il déteint sur ta carrière ?

Ah oui, l’improvisation est quelque chose que j’aime faire, parce que même pour les spots que je fais en télé, j’utilise cette technique.

Tu veux parler de Ring-Ring cet enfant cathodique né du croisement entre une caméra cachée et un canular téléphonique où sous divers déguisements et autant de voix différentes tu pièges de pauvres victimes ?

Oui, les cent canulars filmés des saisons 1 et 2 ont été diffusés sur beTV l’année dernière et on les reprend maintenant sur PLUG-TV. D’ailleurs je peux t’annoncer qu’un double DVD qui contient l’intégrale de ces canulars filmés sort maintenant en décembre. Mon premier DVD ! À côté de ces ex- dont tu parlais, il y a tous les premiers : mon premier DVD, mon premier one man show, mon premier film, et ma première année comme prof à l’IHECS. Je suis en train de perdre plein de virginité cette année… C’est formidable !

Et dès le 1er janvier 2010, tu te consacres pleinement à ton film ?

Oui, j’avais annoncé à Armand Delcampe que je ne serais pas libre pour la saison parce que j’avais pensé que le film serait tourné cet été et que maintenant je devrais être en période de post production, mais tout ça a été différé d’un an, donc je me retrouve avec une année quasi sabbatique…

Avec les cours, les spots radio et le film, tu n’en seras pas inactif pour autant ! Faut-il aussi parler de ce restaurant « Un des Sens » que tu as repris il y a 3 ans ?

Oui, on peut en parler. Pour résumer et, sans être une erreur, ce sont des choses qui me détournent de l’essentiel. Et j’ai appris que je ne dois pas faire ça. Je n’aurais pas dû le faire… J’y prends beaucoup de plaisir, mais c’est beaucoup de responsabilités. “Il n’y a de vent favorable que pour ceux qui savent où ils vont…” C’est de Virgile, je crois. Et mon embarcation va dans trop de directions différentes …

On dirait que tu te connais bien !

Oui, il faut que j’arrive à tracer et à aller droit au but, sans butiner. Je suis un peu trop volage… Pour le même prix, la semaine prochaine je vais me mettre à écrire un roman ou un essai, puis je vais avoir envie de faire de la musique … Non à un moment donné il faut se centrer sur LA chose qu’on a envie de faire, celle qui est essentielle. Maintenant ma priorité théâtrale c’est jouer ce spectacle et puis après cela, c’est réaliser mon film sans que rien ne vienne me distraire.

Eh bien c’est super. Je peux te souhaiter bon courage et bonne chance !

J’en ai besoin ! Ce film va coûter 1. 500,000 euros et devoir, moi, gérer 60 millions de francs belges... Il va falloir en faire des entrées ! C’est le genre de pression que j’aime bien. Mais parfois, quand j’y pense, j’ai des sueurs froides.

Je suis sûre que cela ira ! Dernière question : ton pote Olivier jouera-t-il dans ton film ?

(Rires) Ah, mais évidemment ! Ce serait un film rien qu’avec des femmes, je lui mettrais une perruque pour qu’il joue. Évidemment qu’il va jouer dedans !


Interview Nadine Pochez 4 décembre 2009


[1] - Lieu : Théâtre Jean Vilar
- Dates : du 15 au 22 décembre et du 29 au 31 décembre 2009
- Durée : 1h35 sans entracte
- soirée de réveillon aux prix habituels !
- Réservations : 080025325

[2] Juillet 1999, la LIB remporte le 2ème Mondial d’Impro Juste Pour Rire diffusé en direct sur Radio Québec et TV5 Canada. Six cents spectateurs québécois choisissent de donner leurs votes à Gudule, Olivier Leborgne, Jean-Marc Cuvelier, Valérie D’Hondt et Patrick Ridremont.

[3] Voir l’intéressant reportage : émission SANS CHICHIS pour en savoir plus : http://www.rtbf.be/sanschichis/au-b...

[4] Ligue d’Improvisation Belge

 

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