Manifestation de soutien au Magic Land (reportage video)

Créée en 1975, la troupe itinérante du Magic Land pose ses valises en Belgique en 1978. Depuis 35 ans, le Magic Land Théâtre jongle avec les genres pour faire rire et rêver sur plusieurs générations. Ce théâtre est aujourd’hui en "état de catastrophe naturelle" et lutte pour sa survie.

Manif de soutien au Magic Land theatre - Bruxelles, le 8 Mai 2010 from wikube on Vimeo.

Les comédiens menaient samedi après midi, en plein cœur de Bruxelles, une action de revendication symbolique pour obtenir plus de subsides de la part des pouvoirs publics. Les passants enthousiastes ont pu prendre part a une vente aux enchères ludique organisées sur la place de la Monnaie dans un esprit populaire et festif .

Entretien avec Patrick Chaboud, le directeur et fondateur du Magic Land.

Parlez-nous du Magic Land Théâtre, comment se situe-t-il dans le paysage du monde du spectacle ?

Le MLT est un théâtre résolument populaire, qui en 35 ans a abordé toutes les facettes du genre : théâtre de rue, marionnettes, comédie musicale, événements, etc. Cela fait de nous une compagnie assez originale, mais paradoxalement, cela nous a aussi pénalisé.

Le Magic Land Théâtre (photo : Bart Grietens) Pourquoi ?

Parce que nous sommes dans un espace culturel où on aime cataloguer : théâtre contemporain, théâtre pour enfants, répertoire, etc. Chacun sa « famille », chacun son terrain. Or, nous, on fait un peu office de « grande surface culturelle » : on brasse tous les genres et on s’adresse à tous les publics. Cela a l’air d’effrayer, ou du moins de déranger. Cela fait qu’on est toujours un peu restés en marge : les pouvoirs publics et les instances décisionnelles ont sur nous un regard qui est, au mieux, sympathique, au pire, dédaigneux, mais on ne nous prend pas forcément en considération.

Le MLT a pourtant joui d’une certaine notoriété médiatique dans les années 1980 [1]...

Oui, il y a eu aussi la télévision, mais cela n’a pas aidé non plus : le « vrai » comédien n’est pas censé faire le guignol dans une émission pour enfants. « On ne mélange pas les torchons et les serviettes », c’est l’esprit.

Vous êtes pourtant lié à des souvenirs affectifs forts de toute une génération, maintenant adulte...

Oui, et ce public, lui, nous suit fidèlement depuis longtemps ; mais le cercle restreint des décideurs culturels fonctionne encore selon des principes d’avant-guerre. Le théâtre de rue, par exemple, s’il est aujourd’hui tout à fait reconnu en France, est encore mal considéré en Belgique. On sait que ça existe, mais on y relègue les saltimbanques et les marginaux. Il existe une véritable dichotomie entre les responsables culturels et le public.

Pourquoi ce cri d’alarme après 35 ans d’existence ?

Parce que, croyant bien faire, on s’est débrouillés seuls pendant 35 ans, on trouvait ça plus intelligent que de mendier systématiquement les deniers publics. La manne apportée par le public ne suffisait pas pour faire fonctionner la compagnie toute l’année, et au vu des maigres subventions annuelles qu’on nous accorde (75.000€), sans possibilité d’augmentation à cause de notre caractère marginal, nous nous sommes diversifiés et tournés vers l’évènementiel. Ce sont ces commandes d’évènements (théâtre de rue, spectacles vivants, etc.) qui nous ont permis de tenir. On n’a donc rien demandé à personne pendant longtemps, mais avec la crise, ces commandes se sont raréfiées, et nous accusons aujourd’hui une baisse du chiffre d’affaires de presque 40%. C’est quasiment catastrophique : il n’y a plus que deux personnes employées ici, nous avons dû mettre tous les autres au chômage technique.

Ce n’est qu’à partir de là que nous avons commencé à faire des recherches et à nous intéresser à ce que recevaient les autres théâtres : on a ainsi découvert que certains théâtres reçoivent jusqu’à plus d’un million d’euros ! Sans remettre en question le travail de qui que ce soit, je ne comprends pas le mode de distribution de ces subventions. Pourquoi certains ont tant alors que nous, en comparaison, recevons si peu ?

Sur quels critères se basent l’allocation de ces subventions ?

On ne le sait pas, ou du moins ce n’est pas clair ; en tout cas pas sur la fréquentation du théâtre, car on m’a répondu qu’avoir du public n’était pas un gage de qualité car « RTL aussi a un large public (sic) ». Alors quoi, il vaut mieux subventionner des spectacles joués devant des salles vides ? On m’a dit aussi que nos activités étaient trop hétéroclites et ne pouvaient pas être prises en compte pour une augmentation de subventions ; je crois que ce qui se cache derrière tout cela, c’est un dédain non avoué du théâtre populaire. Cette même commission qui nous a refusé une augmentation a accordé à plusieurs compagnies des augmentations de subventions allant jusqu’à 300.000€ par an !

Aujourd’hui, qu’est-ce que vous réclamez ?

On ne peut pas passer sans transition de « presque rien » à « presque tout ». Nous avons été reçus par la ministre Fadila Laanan qui va nous octroyer une aide exceptionnelle ; c’est tout ce qu’elle peut faire pour le moment. Mais cela ne résoudra pas le problème à long terme. Aussi, nous avons décidé de passer en force pour être entendus et nous avons exigé un entretien avec les membres de la commission du Conseil des arts de la scène de la Communauté française. Nous avons obtenu un rendez-vous exceptionnel en comité restreint pour cet après-midi. Je ne sais pas encore ce qui va ressortir de cet entretien : une chose est sûre, c’est que le battage médiatique autour de notre dossier les agace profondément. Dans le pire des cas, ils nous envoient sur les roses, dans le meilleur, ils donnent leur aval pour avoir la paix et renvoient notre dossier chez la ministre. [2]

Vous avez prévu une manifestation le 8 mai prochain ; est-ce que l’issue de cette réunion en remettrait en question l’organisation ?

Absolument pas, car même s’ils acceptent sur le principe de nous aider, il faudra encore de longs mois avant que les choses ne se débloquent concrètement, et il n’est pas question de relâcher la pression.

Comment va se passer cette manifestation ?

On a décidé de lui donner un côté festif : on a demandé que les participants soient déguisés. On a prévu plusieurs cérémonies symboliques : une vente aux enchères de nos comédiens, un enterrement de la culture populaire, etc. Il y aura un point presse, et une caméra pour permettre aux personnalités qui seront présentes, mais aussi et surtout au public, de témoigner. J’espère que d’ici-là nous aurons une bonne nouvelle à répercuter. Mais au-delà de notre cas, j’ai décidé de ne pas m’arrêter là car il faut que tout le secteur continue de faire pression pour remettre en question la stratégie culturelle de ce pays. On continue à faire sortir des écoles des artistes, des comédiens qui seront au chômage demain si rien ne change. A quoi ça sert d’entretenir un leurre ? On laisse mourir les petits théâtres et les projets indépendants au profit des grosses structures, et on est en droit de se demander si toutes les subventions allouées à ces grosses structures sont justifiées et servent le propos : qu’une petite compagnie qui débute ait des difficultés à se lancer, c’est compréhensible, mais quand un grand théâtre entretenu à coup de millions peine à remplir ses salles au bout de vingt ans, il est temps de se poser des questions.

Vous avez reçu des marques de soutien de la part d’autres théâtres ?

Oui, mais de façon éparse... Je crois encore une fois que c’est dû à notre caractère marginal. C’est d’ordre culturel, c’est typique de la Belgique francophone et de la France : l’art et le « commercial » ne doivent pas se mélanger. Les comédiens néerlandophones, eux, n’ont aucun complexe à faire de l’évènementiel pour pouvoir vivre entre deux projets ! Cela fait partie du métier pour eux, point. Les francophones ont une tendance puriste où il faut mourir de son art, ou en vivre on ne sait comment, mais surtout ne pas se corrompre à faire « autre chose ». Or, chez nous, il y a vraiment cette volonté de faire « autre chose », d’aller à la rencontre du public, de l’emmener avec nous, de faire tomber cette barrière entre la scène et la salle. Et le public le ressent très fort : il a développé un vrai lien d’affection vis-à-vis du Magic Land. Cela s’est vu avec la pétition [3] que nous avons lancée sur internet : nous sommes déjà à presque 5.000 signatures, sans avoir fait de publicité sur notre situation, et les commentaires que les signataires laissent sont vraiment touchants. Les gens sont attachés à "leur" théâtre ; on espère qu’ils seront au rendez-vous dimanche prochain aussi.

Un théâtre qui descend dans la rue avec son public, ce n’est pas courant... C’est même une première mondiale. Mais on est décidés à se défendre, et à ne pas mourir en silence.

Cindya Izzarelli www.capitaleminuscule.com Aurélien Merceron

[1] Patrick Chaboud est le papa de Malvira, la marionnette star de "Lollipop", émission pour enfants diffusée par la RTBF de 1979 à 1985

[2] Suite à cet entretien, il s’est avéré que rien ne peut encore être fait à ce stade. Le dossier est renvoyé chez la ministre Fadila Laanan, la seule à pouvoir débloquer expressément des subventions pour le Magic Land.

[3] Pour signer la pétition, cliquez ICI

 

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