Pas de bon Feydau sans cruauté !

Jouant le maître de céans, Bernard Gahide suscite notre complicité et nous met en appétit par le récit absurde du pseudo-décès de sa belle-mère, qui s’interrompt pour laisser la place à "Mais ne t’ promène donc pas toute nue". Soucieux de sa respectabilité, un député reproche à son épouse les tenues légères qu’elle exhibe devant n’importe qui. Celle-ci plaide non coupable mais se voit obligée de confier sa fesse, piquée par une guêpe, aux bons soins d’un adversaire politique, puis d’un valet de chambre et enfin d’un journaliste, pris pour un médecin. C’est au nom d’une logique rigoureuse qu’elle adopte ces poses équivoques. Pour les éviter, son mari, fou de rage, aurait dû simplement lui rendre ce petit service. Une fois encore, la mécanique bien huilée de Feydau entraîne les personnages dans un mouvement irrésistible et autorise démesure et extravagance. Les metteurs en scène en profitent pour remplacer Clémenceau par Leterme et surfer sur la crise politique belge. Face à cet époux complètement dépassé, que Laurent Tisseyre rend pitoyable, Delphine Bertrand incarne subtilement une femme d’une innocence ambiguë.

Avant un nouvel affrontement conjugal, nous avons droit à un dialogue entre "Les Fiancés en herbe" (oeuvre écrite en 1886 par un Feydau presque débutant). Ces préadolescents discutent naïvement de leur avenir sentimental. Leurs propos ingénus font un peu sourire mais deviennent vite lassants. Pourtant les comédiens se décarcassent pour nous amuser. Ils utilisent un gadget qui rétrécit leur corps d’adulte, adoptent une voix faussement enfantine, mais leurs efforts n’arrivent pas à masquer la fadeur du texte. Et l’on se réjouit de retrouver le comique violent dans "Feu la Mère de Madame" (1908).

Madame est au lit. Elle attend son mari qui est allé bambocher au bal des Quat’-z’Arts, sous prétexte qu’il "peint". Déguisé en Roi-Soleil, il rentre à quatre heures du matin et subit la fureur de son épouse frustrée. Elle ne supporte plus cet homme égoïste qui la délaisse, préférant s’intéresser aux jolis modèles. Il ose même prétendre qu’elle a les seins en portemanteau ! A travers ces échanges cruellement drôles , Feydau montre qu’il est devenu un peintre caustique de cette société bourgeoise, hypocrite, obsédée par le paraître et foncièrement machiste. Il comptait publier cette pièce associée à trois autres (dont "Ne t’promène donc pas toute nue") sous le titre "Du mariage au divorce". Dommage que le "Théâtre en liberté" n’ait pas tenu compte de cette intention dans le choix des pièces. Un spectacle plus homogène aurait gagné en densité. Cependant la lucidité impitoyable de l’auteur et le rythme nerveux de la représentation nous assurent une très bonne soirée. Les prestations musicales du pianiste sont limitées mais sa situation au coeur de l’action est intéressante. Son regard moqueur nous incite à observer les personnages avec une certaine distance et à nous rappeler que le théâtre est un miroir. Depuis Feydau, les moeurs ont changé, mais nos comportements ont-ils évolué ?

Jean Campion
 

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