Olivier Coyette

Le talentueux Olivier Coyette sera au Festival de Spa cet été ! Et vous ??! Auteur, comédien et metteur en scène, il s’explique ici notamment sur l’écriture, l’inspiration, le théâtre à l’école…

Que raconte "L’Arbre de Joie" [1]qui sera créé à Spa et quelle est la genèse de ce projet ?

"L’Arbre de Joie" parle de l’histoire d’un médecin qui veut essayer un traitement contre le cancer sur une patiente en phase terminale. Le hic étant qu’il n’en connaît pas les effets secondaires (qui peuvent être dévastateurs, voire mortels). Au-delà de ce thème difficile, traité avec sensibilité et délicatesse par l’auteur, Louis-Michel Colla - qui s’est adjoint, pour la véracité des faits scientifiques énoncés, les services du cancérologue Michel Khayat - il y a une pièce qui s’écrit sur le mode de la comédie, avec des personnages aux caractères bien trempés, des rebondissements dans leurs relations (amour, rivalité, ambitions...), et un sens du rythme et de la réplique qui emmènent le spectateur dans une ronde allègre et très tonique. Au fil de la pièce sont égrenées des questions éthiques, sociétales, philosophiques, notamment à travers le personnage de Marie, dont le courage, la lucidité et la volonté forcent l’admiration du corps médical qui a charge de la soigner. De façon plus générale encore, la pièce nous interpelle face à notre propre mort, et surtout face à celle de nos proches. La genèse du projet : L’Atelier Théâtre Jean Vilar, représenté par Cécile Van Snick et Armand Delcampe, a reçu cette pièce de l’agent littéraire Suzanne Sarquier (à Paris), et a donc décidé de créer le spectacle en Belgique.

Après le festival de Spa, cette pièce est programmée à l’Atelier Théâtre Jean Vilar à partir de la mi-septembre. Le site du théâtre recommande "L’Arbre de Joie" pour son intérêt pédagogique. Que pensez-vous du théâtre à l’école ?

En effet, la pièce sera reprise au Jean Vilar à partir de la mi-septembre. Son intérêt pédagogique est évident, s’il s’agit d’aborder en classe des questions éthiques, telles que : la mission de la médecine de préserver la vie (parfois contre la volonté du patient ?) ; le libre-arbitre du patient (peut-on choisir de mourir, et, dans le cas d’une maladie grave, en a-t-on encore la force ?) ; les limites éthiques des pratiques médicales (peut-on utiliser ses patients comme cobayes ?) ; mais aussi des thèmes plus politiques et contemporains, comme : la nécessité pour les travailleurs immigrés de trouver des papiers (dans la pièce, c’est le cas de Haïdé, médecin vacataire à titre étranger), corollaire : des citoyens de première et deuxième catégorie ? etc. La pièce est riche en ceci qu’elle pose, disséminées tout au long de l’action, de nombreuses questions sociétales à portée philosophique.

L’utilité du théâtre à l’école : de manière générale, le théâtre a une mission thérapeutique auprès de ceux qui ne le pratiquent pas de façon professionnelle. La prise de parole, la connaissance de son corps, l’ouverture aux richesses et aux joies de l’imaginaire sont autant de bénéfices que l’on peut retirer de sa pratique. Mais également une aisance affermie, une meilleure connaissance de soi, des autres, et, allais-je dire, du monde. Nous vivons dans ce monde où les outils de communication surabondent, mais où la confiance en la parole a disparu. Le théâtre vient (re)mettre la parole au cœur du monde et des échanges.

Vous avez déjà eu l’occasion de mettre en scène vos écrits, notamment "Les Contes héroico-urbains" au Théâtre de Poche en 2007. Avez-vous apprécié cette expérience ? Lorsque vous écrivez, vous imaginez-vous une mise en scène ? Si oui, êtes-vous surpris d’un traitement différent de la part d’un autre metteur en scène ? De manière générale, je pense que lorsqu’un texte est écrit, il n’appartient plus à l’auteur. Il a sa vie propre. Rien n’empêche cependant l’auteur de se muer en metteur en scène- c’est nécessité pour lui alors d’aborder le texte d’un autre point de vue. J’ai écrit certains textes en pensant que j’allais les mettre en scène, et cela influence certainement l’écriture. Les "Contes héroïco-urbains" au Théâtre de Poche résultaient d’une commande dans un cadre précis : adopter la forme du conte, et situer l’action à Bruxelles - sachant que ces formes brèves seraient jouées en période de fêtes de fin d’année, donc l’humour et la légèreté étaient les bienvenus. Ces conditions ont circonscrit l’écriture du texte, et la mise en scène a été minimale, étant donné le temps et les conditions de répétitions.

La question que vous posez élargit cependant le spectre de la réflexion : peut-on écrire et mettre en scène ses pièces ? Je connais beaucoup de personnes, professionnelles ou non, qui auront à ce sujet un avis négatif. Pour ma part, je trouve naturel qu’un auteur mette en scène ses pièces, la mise en scène se constituant ainsi en prolongement de l’écriture. Voyez Molière, Brecht, Shakespeare ; et, plus proches de nous, Gabily, Py, Lagarce, Pommerat Le fait d’écrire et de mettre en scène ses pièces réhabilite le statut d’"homme de théâtre/femme de théâtre", que la division et la spécialisation des tâches ont voulu faire disparaître. Un bon metteur en scène s’intéresse à la scénographie, connaît les lumières, sait parler aux acteurs, Nos métiers d’artistes sont toujours pluriels et métissés.

Quand un autre metteur en scène s’empare d’un texte que j’ai écrit, je suis surpris, oui, mais c’est tant mieux : si quelqu’un a pu projeter son imaginaire dans un texte que j’ai écrit de manière spécifique, c’est que le texte est suffisamment fort pour vivre en autonomie. C’est la preuve, si vous voulez, de sa validité littéraire/théâtrale.

Quel est votre processus d’écriture ? Qu’est-ce qui vous inspire ?

L’écriture est d’abord pratique quotidienne. L’écriture est ascèse, et aussi thérapie. Beaucoup de choses s’évacuent par l’écriture. L’écriture est un filtre. L’écriture est ma compagne depuis que j’ai quinze ans. Elle ne me quitte pas, elle est indispensable à ma vie, elle en est l’assise fondamentale, la pierre de touche, la clé. L’écriture est une façon d’être au monde. Quand j’écris pour le théâtre, c’est souvent pour des acteurs. Je pense à des acteurs. Parfois je sais quel comédien jouera dans la pièce, parfois non. Mais la plupart du temps, quand j’écris, je me mets à la place de l’acteur qui aura telle réplique à dire, et je me demande si cette réplique va de soi, coule de source... Mon but est de servir les acteurs.

Le théâtre doit dire le monde, avec ses moyens : des corps vivants sur le plateau, qui parlent à d’autres vivants, dans la salle. C’est ce qui fait sa beauté, sa nécessité, sa force depuis les siècles des siècles.

J’ai lu quelque part que vous aviez également écrit des poèmes [2] Envisagez-vous d’autres formes comme le scénario ou le roman ?

Scénario et roman sont prévus, oui, bien sûr. J’adore le cinéma et la littérature. Ma vie de comédien-sur-les-routes m’empêche souvent de m’arrêter le temps nécessaire pour écrire un projet de longue haleine. Il faut donc "écrire mon livre en marchant"...

La saison théâtrale belge s’est achevée. Qu’est-ce qui a retenu votre attention ?

La Belgique théâtrale francophone est à la traîne. On maintient les artistes dans des pratiques semi-amateurs. Beaucoup d’artistes, pour "exister", acceptent de travailler gratuitement. C’est inacceptable. Or nous l’avons tous fait. Il y a un désintérêt profond pour la culture au niveau politique, ce qui n’est pas le cas en Flandre. Nous avons eu un temps un pharmacien au ministère de la culture. Accepterait-on un historien au ministère de la santé ? Outre cette question politique, il y a la question des générations. En Belgique, on est un "jeune artiste" jusqu’à quarante ans, voire plus ! Cela suffit. Les artistes doivent refuser ce statut de dépendance. Trop de directeurs vieillissants s’accrochent à leur pouvoir, et considèrent les théâtres dont ils ont la charge comme leur propriété. Ils sont en cela aidés par le statut d’A.S.B.L. qu’ont les théâtres, ce qui bloque tout. J’ajoute, pour finir, que la critique théâtrale est, dans cette partie du pays, d’un niveau d’analyse consternant.

Si vous deviez absolument écrire sur un sujet d’actualité quel serait-il et pourquoi ?

J’écrirais sur la Belgique, dont j’ai le blues. C’est un peu absurde, ce qui se passe en ce moment. Ce pays qui se délite, se déchire, se délave, va à vau-l’eau, comme une toile de Magritte ou de Delvaux. C’est d’une grande tristesse.

Quels sont vos projets artistiques ?

Après "L’Arbre de Joie", je participerai comme comédien à une création en Bretagne, "Sous les visages" mise en scène par Julie Bérès. Un spectacle sur la précarité. Je collaborerai en tant qu’auteur avec René Georges sur un projet africain : recueil de témoignages de volontaires à l’exil, pour trouver du travail. "Le rêve blanc" sera créé au Poche en 2009-2010. Je vais continuer cette année à faire entendre les jeunes auteurs au Théâtre de la Balsamine [3] à Bruxelles, dans le cadre des "Lectures de la Balsa". Je mettrai en scène "Lettre ouverte aux fanatiques" Raphaël-Karim Djavani, au Théâtre de Poche en février 2009, et "Les Anciens" pièce que j’ai écrite pour Christian Crahay et Anne-Marie Loop, au Théâtre de la Place des Martyrs, en mai 2009

[1] « L’Arbre de Joie » de Louis-Michel Colla 08 et 09 août au Petit Théâtre Jacques Huysmans- 20h45 Avec : Myriem Akheddiou, Serge Demoulin, Stéphane Excoffier et Alexandre von Sivers

[2] "Chiizuo Ku Dasai", est disponible aux éditions Caractères, à Paris

[3] Théâtre de la Balsamine : avenue Félix Marchal, 1-1030 Bruxelles

 

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