Olivier Blin

Au propre comme au figuré, LA CHARGE DU RHINOCÉROS, ça déménage et à la tête de ce joyeux chambardement : Olivier Blin... de Bruxelles à Haïti en passant par Avignon... A success story !

Comment vous est venue l’idée de créer LA CHARGE DU RHINOCÉROS et pourquoi ce nom ?

C’est un secret… L’idée de créer La Charge du Rhinocéros vient surtout du fait qu’il m’est apparu, suite à série de voyages dans les pays du sud, qu’il convenait d’y établir des liens entre les artistes de là-bas et d’ici. Ce qui m’intéressait, ce sont des pays qui, en matière de coopération artistique étaient encore un peu vierges. Ainsi, La Charge du Rhinocéros est née à partir de la création du Festival des Quatre Chemins en 2003 à Port-au-Prince (Haïti) que nous avons organisé dans une conjoncture politique et socioéconomique très difficile. Derrière cette expérience, on a ouvert des réseaux de coopération qu’il a fallu nourrir. Pour ce faire, on s’est mis à produire des spectacles. Aujourd’hui, La Charge du Rhinocéros est bien un collectif d’artistes, généralement engagés.

Vous êtes très sensible à toutes formes de métissage et tel Benetton votre panel d’acteurs est très "United Colors". C’est un choix délibéré ou c’est venu comme ça par la force des choses ?

La ligne artistique de La Charge du Rhinocéros ne s’est pas imposée tout de suite. Aujourd’hui, elle est plus claire. On produit beaucoup de récits de vie. Ainsi, je suis très fier d’avoir créé les spectacles d’Hamadi, Sam Touzani, Pie Tshibanda, Diogène Ntarindwa, Claude Semal, Ivan Fox ,… Depuis qu’on s’est fait une spécialité de la production de ces récits de vie – et comme cela commence à se savoir – nous recevons plus de propositions que nous n’en générons. [1]

La Charge du Rhinocéros est aussi bien présente en Avignon et cet été vous y présenterez 4 spectacles … Avignon c’est important pour vous ? Où peut-on aller voir les spectacles que vous présentez ? Quelles ont été les retombées après d’autres expériences dans le passé ?

À La Charge du Rhinocéros, on crée 5 spectacles par an et on les fait vivre tant qu’il y a de la demande et autant que les artistes le souhaitent. Cette année, on a tourné la bagatelle de 14 spectacles. En 10 ans, j’ai vu l’évolution des tournées en Communauté française. Les séries sont plus courtes, il y a pléthore de propositions… Aujourd’hui, quand on joue 15 soirs à l’issue de la création, on crie au miracle. Moi, ça me semble peu. Nous avons un devoir d’amortir les coûts élevés des spectacles d’une part et d’ouvrir autant qu’on peut des espaces de rencontres entre les spectacles et les spectateurs. De là l’idée d’être présent sur l’ensemble de la francophonie et ce passage au festival d’Avignon où nous serons cette saison 2009 (du 8 au 28 juillet) avec 4 spectacles : [Carte d’Identité [2]->http://www.chargedurhinoceros.be/in...] de et avec Diogène Ntarindwa , Sans Ailes et Sans Racines de et avec Hamadi et Soufian El Boubsi , Ubu à l’Elysée (ou le Mariage d’Ubu) de et avec Claude Semal et Ivan Fox et DIEU !? de et avec Hamadi (cf AGENDA)

Avignon, c’est un grand jeu ; parfois on perd, parfois on gagne mais la plupart du temps ce sont de petits gains : on arrive à vendre 20-25 représentations en France et à équilibrer à grandes peines les budgets. Pour moi, un déplacement à Avignon n’a donc de sens que dans la récurrence. On y va donc tous les deux ans, souvent avec les mêmes artistes. En déplaçant Ubu à l’Elysée de Semal/Fox, dans la foulée d’Œdipe à la Ferme et Cabaretje des mêmes Fox et Semal, nous espérons vendre 40-50 représentations en tablant sur ce début de notoriété en France crée en Avignon 2007.

Parlez-nous de votre collaboration avec ce collectif d’artistes de Port-au-Prince qui vous tient tant à cœur, et de leur premier festival de théâtre : Quatre Chemins.

En effet, c’est un festival important pour moi, parce qu’en dehors du très beau développement de ses aspects artistiques, il est bel et bien situé dans l’intérêt général. J’ai adoré le premier – et conjoncturellement très difficile – Festival Quatre Chemins que nous avons monté avec la crème des artistes haïtiens, qui tenaient à faire la démonstration qu’on pouvait monter un évènement de très grande qualité, chargé de sens. À l’époque, on était en plein régime du président Aristide. Il a été renversé quelques mois plus tard. Et aux barricades, il y avait ces artistes haïtiens.

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Quatre Chemins, on en a été l’organisateur pendant 3 ans. On a fait des sélections de spectacles, on a organisé des billetteries, fait des relations de presse, créer des spectacles,… Aujourd’hui, tout cela a changé. Une très importante ONG haïtienne en a pris l’organisation, un comité artistique fait des choix et assure l’organisation générale. La Charge du Rhinocéros se déplace aujourd’hui en Haïti pour donner des formations, produire des créations mêlant belges et haïtiens, associer des écoles d’art et notamment le Conservatoire de Liège et le Petit Conservatoire de Port-au-Prince, participer ou mettre en place l’opération “Ewa Ayiti” [3] qui devrait permettre à plus de 100 artistes haïtiens, toutes disciplines confondues, d’être présents en Communauté française de Belgique en septembre 2010. Et ce, avec l’aide du Wallonie-Bruxelles International .

Est-ce vous qui appréhendez les artistes ? peuvent-ils s’adresser à vous ? S’il en est quels sont les critères de sélection ?

Oui, j’appréhende les artistes mais beaucoup viennent à La Charge du Rhinocéros. Cette année ce fut le cas d’Hamadi dont la rencontre et les conversations ont été extrêmement séduisantes. Tellement enthousiasmantes, qu’on a produit 3 de ses créations en 6 mois : Papa est en Voyage, DIEU !? et Sans Ailes et Sans Racines. Pour ce qui concerne les critères de sélections, il n’y en a pas… On est vraiment en pleine subjectivité. Et ce, même si la convention signée avec la Communauté française, stipule que La Charge du Rhinocéros doit accompagner un certain nombre de compagnies ayant reçu au moins une fois leur soutien de l’aide au projet.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes compagnies qui tentent de trouver un lieu co-producteur, ou qui essayent de négocier la vente d’un spectacle directement, en faisant un peu du porte à porte auprès des centres culturels ?

Je conseillerais aux compagnies de se centrer sur quelques lieux qu’elles connaissent. Ça m’arrive encore de recevoir des propos de coproduction pour des textes de Marivaux...

Pour trouver son coproducteur, il faut le connaitre, connaitre sa programmation, ses goûts, se déplacer dans son théâtre, boire un coup avec lui, parler de la vie, oser s’abandonner, ne pas avoir peur de la Leffe de trop.

Pour avoir donné des cours de production au service formation de la Communauté française, à l’IAD et à “Théâtre et Publics” à Liège, il me semble qu’il y a en général une constante : les jeunes artistes ont du mal à passer à l’acte et à sortir des créneaux traditionnels. Je pense qu’on peut quand même arriver à monter des spectacles (au moins des petites formes) sans l’aide de subventionnement aux projets même si – je ne vous fais pas un dessin – c’est plus confortable avec.

Votre avis et en comparant avec d’autres pays, les artistes en Belgique ont-ils de bonnes raisons lorsqu’ils se plaignent de leur statut ?

Oui, bien sûr, l’ONEM restant à Bruxelles le principal employeur, il y a toujours plus de comédiens sur le marché et l’offre d’emploi n’a pas augmenté. La politique culturelle, ces derniers mois, a été à la revalorisation de structures existantes et non à la création de nouvelles structures. Si votre question fait référence au statut des comédiens du sud et particulièrement aux artistes haïtiens, la situation me semble tout à fait incomparable : la notion de profession même n’existe pas, il n y a pas de lieux, pas de débouché, pas de chômage ; mais je le répète, la comparaison me parait un peu douteuse.

Votre pire souvenir depuis les débuts de La Charge du Rhinocéros ?

Un abandon de confiance de la part d’un comédien. Je l’ai mal vécu parce que nous sommes bien, à La Charge du Rhinocéros, dans un fonctionnement de compagnie (on évite les ‘One Shot’, on est très fidèle aux spectacles qui suivront les premières créations, on s’arrange comme on peut quand les financements sont insuffisants…)

Votre meilleur souvenir ?

14 comédiens haïtiens de la troupe du collectif Nous, mis en scène par Guy Régis Junior, mettent le feu au Théâtre National et au Festival de Liège. Dans une forme nouvelle, ils évoquent l’isolement de leur île, les revendications du sud à l’égard du nord, la dictature qu’ils vivent au quotidien. C’est hyper rythmé. Il m’apparaît que ces comédiens sont des guerriers et qu’ils transcendent l’oppression par la fête.

Un souhait pour La Charge du Rhinocéros

La Charge du Rhinocéros déménage. Elle aura ses bureaux à l’Espace Magh [4] dans quelques jours sur l’invitation de son directeur Hamadi. Ce compagnonnage nous ravit dans la mesure où il prend parfaitement en compte notre dimension « cultures du monde ». On est heureux d’avoir une nouvelle maison. Si on avait un peu plus de moyens pour produire un peu plus et pour créer un peu plus d’emplois, on nagerait vraiment dans le bonheur…

Un souhait pour le Théâtre belge

J’ai l’impression que le Théatre est moins « clanique » qu’il y a une dizaine d’années, moins groupé autour de quelques maîtres et de quelques écoles, plus ouvert. Imagine qu’il se fédère mieux, qu’il s’investisse comme un seul homme dans quelques combats sociaux, avec ses comédiens qui ont de la voix, ses auteurs qui ont de la plume, ses régisseurs qui donnent du volume à tout cela. Mon souhait est que le théâtre fasse parfois le choix de descendre du plateau et prenne publiquement position. Sur les régularisations par exemple.

Un souhait pour vous-même

Que ma fille fasse ses nuits et que de temps en temps je puisse retourner boire une mousse ou deux au Poche avec Roland Mahauden [5] ou un petit whisky avec Patrick Colpé [6] à Namur.

AGENDA : Du 3 au 27 juin 2009 au Théâtre Le Public : Ubu à l’Élysée (ou le Mariage d’Ubu)

LA CHARGE DU RHINOCÉROS sera présente au FESTIVAL D’AVIGNON 2009 du 8 au 28 juillet)
- 11:00 Carte d’Identité à La Manufacture
- 13:30 Sans Ailes et Sans Racines au Théâtre des Doms
- 15:45 Ubu à l’Élysée au Théâtre Le Gilgamesh
- 18:50 DIEU !? à La Manufacture

et pour les agendas suivants surfez sur le site

Interview Nadine Pochez – Mai 2009

[1] La Charge du Rhinocéros est elle-même assez …brol (sic). Une tripotée de berbères, un échevin flamand, un milicien démobilisé du FPR, une star de la télé belge, un trublion bruxellois, un catalan pur souche, un italien des Abruzzes dirigeant un comédien sénégalais dans un texte des îles Samoa, un marocain des Marolles, un conteur congolais bien connu… y cohabitent. Sans angélisme. Tous ont quelque chose à hurler, une histoire à raconter, le président d’un état voisin à envoyer dans les cordes, un Dieu à exorciser, une politique d’immigration à conspuer…

[2] CARTE D’IDENTITE a aussi été joué en juillet 2008 à l’Hôtel des Mille Collines de Kigali au Rwanda et en octobre au Festival des Récréâtrales de Ougadougou au Burkina Faso

[3] c’est-à-dire bienvenue ou bonjour Haïti en créole

[4] Site en construction, d’ici-là consultez celui-ci

[5] directeur du Théâtre de Poche

[6] directeur du Théâtre de Namur

 

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