Souleymane Diamanka

Souleymane Diamanka était de passage à la Maison folie de Mons en février pour un atelier d’écriture. Rencontre avec un des plus fervents amoureux de la langue française.

Qui es-tu, Souleymane ?
Je m’appelle Souleymane Diamanka, je suis né à Dakar, j’ai grandi à Bordeaux. Je suis tombé amoureux de la langue française à l’école primaire ; j’ai alors commencé à écrire des poèmes, encouragé par mon instituteur de l’époque, avec qui je suis toujours en contact. Après, j’ai rencontré le rap, je me suis mis à écrire beaucoup de textes et à mettre mes poèmes en musique. Puis, j’ai participé à un projet de spoken word avec les Nubians. C’est grâce à ce projet que j’ai rencontré John Banzaï, avec qui j’ai coécrit "J’écris en français dans une langue étrangère", qui a donné naissance au spectacle "le meilleur ami des mots". Et depuis, ça continue. J’ai la passion de l’écriture depuis que je suis petit, et c’est devenu mon métier ; j’en suis très heureux.

Comment définis-tu ton art, ta démarche ?
Je suis poète. Ce n’est pas facile à dire, cette phrase, mais les peintres disent bien qu’ils sont peintres... Moi je suis tombé amoureux de la poésie, j’aime en écrire, donc voilà, je suis poète. J’ai rencontré le slam, cette tribune de libre expression, et ça m’a plu à plein d’égards : le respect, l’écoute, le fait de pouvoir partager des textes, le côté a capella, l’espace de liberté…Mais je ne suis pas un activiste du slam. J’ai rencontré le mouvement, comme j’ai rencontré le rap, sans être un rappeur. Ma démarche, c’est l’échange. Quand je donne un atelier, comme aujourd’hui, je viens transmettre une passion, pas un savoir. Souvent, les profs qui assistent à mes ateliers sont étonnés de voir les jeunes entrer directement dans l’exercice, de les voir disciplinés. C’est parce que je ne viens pas avec un savoir de prof, je viens pour partager ce que j’aime faire. J’aime partager les techniques d’écriture que j’ai aiguisées au fil du temps, et inviter chaque participant à partager les siennes. La poésie prend toutes les formes, chacun a la sienne.

Une anecdote d’atelier ?
J’ai un jour animé un atelier dans un centre social, et une petite avait écrit : "J’aimerais te donner un baiser pour que tu te taises." C’est ça la poésie, c’est une fulgurance qui vient. En discutant avec elle, après, en lui posant des questions sur son rapport à l’écriture, on s’est rendu compte que malgré son jeune âge, elle écrivait depuis toujours, et qu’elle avait un vrai style. Cet épisode m’a marqué, ça m’a rappelé des choses chez moi, des mots que j’ai écrits en primaire ou en étant ado, et que je dis maintenant sur scène. Elle m’a rappelé qu’il n’y a pas d’expérience à avoir, la poésie, c’est une fulgurance. Tous les jours, les gens (surtout ceux qui ne se disent pas poètes) disent des phrases magnifiques, par amour, par déception. La poésie elle est partout. J’appelle ca ramasser des phrases par terre, il suffit d’écouter les gens. Chez moi, il n’y avait pas de bibiliothèque : mes parents sont arrivés en France sans savoir lire ni écrire, mon père a appris à lire tout seul ; j’ai grandi sans livres, juste en écoutant les gens. Je découvre la littérature sur le tard, parce que ce serait dommage de passer à coté de Victor Hugo (rires). Mais jusqu’ici j’ai surtout écouté les gens parler.

On serait donc tous un peu poètes ?
Pas "un peu" : on est tous poètes. Après, il y a ceux qui décident d’en faire un métier. Etre artiste, c’est souvent juste une question de temps. C’est comme ma sœur, qui est l’artiste de la famille : elle peint, elle danse, mais elle n’a pas pris le temps d’en faire son métier, parce que ce n’est pas un chemin facile. Elle est une artiste, mais personne ne le saura jamais si elle ne montre pas ce qu’elle fait. Je pense qu’on est tous comme ça. On a tous en nous des chef-d’œuvres potentiels. On est tous des chefs-d’œuvres : la vie est un chef- d’œuvre, un concentré de poésie, et le simple fait d’être en vie fait de nous des oeuvres d’art.

Toi qui joue avec les mots, comment tu vois l’avenir de la langue française, qu’on dit souvent en voie d’extinction ?
Je ne pense pas que la langue française soit en voie d’extinction : elle évolue, elle s’enrichit. Tous les mots qui existaient jusque maintenant existent toujours, on ne fait qu’y rajouter les mots d’aujourd’hui. La langue française est tout ce qu’elle a été jusqu’aujourd’hui, plus tout ce que les jeunes en font et en feront encore, dans la rue et dans l’art. La langue française, elle est extraordinaire. Je ne suis pas inquiet pour elle.

Cindya Izzarelli

www.souleymanediamanka.com

www.maisonfolie.be

 

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