Rachid Benbouchta

Dans le cadre de ton rôle dans Mélite de Corneille, qui se joue actuellement au Théâtre de la Vie, je voudrais commencer cette interview par une question un peu générale quant au style de théâtre que tu affectionnes, celui que tu pratiques ou celui que tu aimes en tant que spectateur ?

En tant qu’acteur, lorsque je travaille, tout dépend de la matière. Que ce soit du théâtre classique ou du théâtre moderne, elle se doit d’être intéressante.

Mais c’est aussi le metteur en scène, en apportant une lecture à la pièce et en la faisant voir sous un autre angle, qui va donner du plaisir dans la manière qu’il a de travailler avec les acteurs. Et c’est le rapport avec les autres partenaires qui fera qu’on formera, l’espace d’un spectacle, une troupe ou pas.

C’est le rapport entre les métiers du spectacle qui va primer, plutôt que le style de personnage que tu vas incarner ou le message à transmettre ?

C’est ça. C’est important, évidemment, que la pièce soit intéressante, mais ce n’est pas tout.

Te souviens-tu d’un moment précis où tu aurais pris conscience du désir de devenir comédien. En d’autres termes, y a-t-il eu un déclic ?

Quand j’étais en cinquième, j’ai participé à un récital de poésie dans le cadre du cours de français. Cela n’a pas été seulement le moment où je suis monté en scène, mais toutes les répétitions, tout le travail qui, en dehors des heures de cours, a précédé cet instant, dans l’école ou en dehors, avec un des élèves qui lui avait déjà fait du théâtre et nous aidait à travailler… Déjà à ce moment-là cette atmosphère m’a plu. Au moment où je me suis retrouvé sur le plateau, j’ai été porté par une énergie inconnue jusqu’alors. Je n’avais pas véritablement conscience de ce qui se passait, si ce n’est que je faisais ce qui avait été travaillé. Mais cette montée d’énergie a été quelque chose d’important dans ma vie, et ça m’a décidé à faire ce métier.

C’était la première fois que je me trouvais face à des gens, et je ressentais leur présence, le sentiment qu’on est dans le même lieu. L’énergie forte qui se dégageait du public, les sensations que ça m’a provoqué de la lui rendre, cet échange-là était quelque chose de fort, de magique.

Tu as suivi des cours dans trois Conservatoires : celui de Mons, celui de Bruxelles, et celui de Paris. Comment s’est déroulé le passage entre tes études et le premier spectacle auquel tu as participé professionnellement, Renaud et Armide de Cocteau ?

Je suis resté un an à Mons, deux à Bruxelles, ce qui m’a permis de finir le cycle des trois ans, et puis j’ai recommencé un cycle de trois ans à Paris. Pendant la première année à Mons, j’avais fait une audition pour jouer dans Roméo et Juliette qui se montait à Villers-la-Ville. Le metteur en scène, Dominique Haumont m’avait engagé pour jouer Roméo. J’avais entendu parler de cette audition. Et puis Dominique s’est disputé avec le producteur qui a engagé un nouveau metteur en scène, qui a changé la distribution. Heureusement Dominique Haumont ne m’avait pas oublié et l’année suivante, il m’a donné mon premier rôle dans Renaud et Armide qu’il a mis en scène. C’était un travail très intéressant. Nous avons joué à Bruxelles, et puis en plein air dans le cadre du Festival de Théâtre de Spa.

Tu as aussi joué pour le cinéma. Es-ce une volonté ou est-il nécessaire pour un acteur de se diversifier ?

Le cinéma demande une autre manière d’aborder le jeu, qui est également intéressante. De la même manière qu’au théâtre, il serait dommage de ne travailler que dans un même style de jeu. C’est important de se mettre en danger, de découvrir, d’avoir de nouvelles sensations au travers d’autres types de pièces, d’univers, de textes. Et là, la manière d’aborder le jeu face à la caméra est différente de celle du théâtre, donc complémentaire.

Ma question bateau : est-ce que tu aurais un conseil, un tuyau, une manière d’aborder les choses à conseiller à un comédien qui sort des études et désire se lancer ?

La première chose, c’est d’aller voir le plus possible de pièces de théâtre, et d’essayer de voir ce qui nous plaît et ce qui ne nous plaît pas dans le style de pièce et de metteurs en scène, pour suivre un peu les gens qui nous intéressent. Se dire : tiens, j’aime bien voir cet acteur, cette actrice, et essayer le plus possible de voir, voir, voir des pièces ; et si on n’aime pas, se dire qu’il y a toujours, dans chaque spectacle, quelque chose d’intéressant à essayer de trouver. Un autre conseil : s’armer de patience, parce que véritablement, c’est au fur et à mesure des années et des rencontres qu’on aura de plus en plus de possibilités de travail. Il peut arriver que des acteurs commencent directement à travailler beaucoup, mais ce n’est pas la majorité des cas et il ne faut pas s’en inquiéter.

Est-ce que tu as, dans les acteurs que tu connais, des espèces de modèles, de gens dont tu as pu t’inspirer ou, en les voyant, te dire que tu voudrais faire ce qu’ils font ?

Tout le temps ! Dans tous les spectacles auxquels je participe, je trouve toujours qu’il y a des choses formidables chez mes partenaires, et des choses dont j’ai envie de m’inspirer. Essayer de comprendre le mécanisme, la manière dont ils traitent les choses, le sens qu’ils donnent à tel type de pensées, ou par exemple comment ils abordent physiquement la respiration. La manière de travailler de chacun est intéressante.

En ce moment, tu vas jouer dans la première pièce de Corneille, Mélite , dans une mise en scène de Jean-François Politzer avec l’Atelier Corneille. Qu’est-ce que l’Atelier Corneille ?

C’est une compagnie formée il y a un… heu… un certain nombre d’années. (rires.) Elle n’avait rien à voir avec la troupe qu’il y a maintenant. Il y a Jean-François Politzer, le metteur en scène, qui en a toujours été l’ossature, et des successions de comédiens. Cela fait quelques années qu’on est un groupe assez large qui varie en fonction des distributions. Mais on forme quand même un bon noyau d’une dizaine de comédiens. On essaie de faire les spectacles de l’Atelier Corneille ensemble. Certains spectacles nécessitent moins de monde, d‘autres plus, et évidemment, chacun de nous peut aussi travailler ailleurs. Le choix de représenter une pièce des débuts de Corneille, est-ce une volonté de vouloir mélanger les styles classiques et modernes, et de remettre au goût du jour des pièces dont on pourrait croire, à priori, qu’elles sont désuètes ?

L’une des choses importantes de la mise en scène de Jean-François Politzer, c’est le rapport au public. Dans quelle relation au public, il inscrit cette pièce-là. Les spectateurs sont en carré autour de l’espace de jeu et ça crée une relation plus intime, moins distante avec le spectateur. Les grands auteurs classiques comme Corneille, Racine, Shakespeare, s’ils sont si reconnus, c’est qu’ils ont véritablement une conscience et un talent pour utiliser les spécificités du théâtre, et leurs pièces offrent des possibilités de jeu et d’interprétations dramaturgiques très riches. Le défi, c’est évidemment de rendre ça attractif pour le public d’aujourd’hui.

Peux-tu me parler un peu de ton personnage, Tircis ?

Un des aspects de la pièce est l’argent. Tous les personnages présents sur scène sont de conditions différentes. Tircis, au début de la pièce, est quelqu’un qui ne croit pas en l’amour, mais croit en l’argent. Autant le jeu amoureux est une distraction agréable, autant pour ce qui est du mariage, il s’agit surtout de privilégier l’argent. Il rencontre Mélite, celle dont son meilleur ami est épris, et là, il y a un flash, une rencontre mutuelle qui va lui faire considérer la vie sous un autre angle.

Après ce spectacle, est-ce que tu as déjà d’autres projets ? D’autres personnages à incarner ou la concrétisation de ta pièce, Sur le Babel, prévue dans le courant de cette année ?

Non, on ne va pas la jouer cette année. C’est un texte sur lequel on a fait un travail ici, au Théâtre de la Vie, il y a maintenant deux saisons. Jean-François a proposé à tous les membres de l’Atelier Corneille d’imaginer des dramaturgies particulières à partir du texte. Plusieurs projets ont été travaillés : une version oratorio, et une version théâtrale. La première partie du spectacle, je disais le texte en entier, ensuite le public voyait les deux versions différentes.

Comptes-tu te lancer dans la mise en scène ?

C’est quelque chose qui me tente, oui ; l’écriture me tente aussi. Là, j’ai écris un court-métrage mais j’aimerais bien aussi mettre en scène. C’est une chose à laquelle j’ai souvent pensé mais jamais de manière suffisamment forte pour me mettre à l’ouvrage.

Quant aux spectacles ?

En avril, je jouerai dans une reprise du Paradis sur terre de Tennessee Williams, à l’Atelier 210.

Interview : Fredéric Vinclair au Théâtre de la Vie (5/1/2006)

 

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