Nathalie Uffner - Alex Vizorek

Ca va être dur de ne pas rire au TTO

Voilà 15 ans que Nathalie Uffner est à la tête du TTO, un théâtre totalement dédié au rire et à la comédie. Comment travaille-t-elle ? Comment choisit-elle ses spectacles ? Et qui est ce curieux personnage qui joue actuellement ? Enquête sur le terrain !

NATHALIE UFFNER

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Pouvez-nous nous rappeler quelle est la ligne de conduite du Théâtre de la Toison d’or ?

En fait, les spectacles sont axés essentiellement sur le divertissement mais le divertissement au sens large. Donc, il faut que ça puisse me plaire mais que ça plaise à d’autres gens. Bon, il est clair que, comme je suis la directrice artistique, ça passe évidemment par mes goûts personnels mais ils sont assez larges. Mes goûts ne sont pas limités qu’à Sébastien Ministru !

Pensez-vous avoir créé une vraie niche au niveau théâtral ?

En tout cas, je crois qu’on a créé, que j’ai créé, un théâtre avec une identité. C’était difficile au début quand on l’a créé il y a quinze ans, on s’est dit : « Quelle identité lui donner ? » et comme moi, à l’époque, j’étais plutôt axée sur la comédie, c’est ça que j’avais envie de faire et je me suis dit « Ok, on y va et on fonce ». Et puis, je me suis entourée de gens pour qui j’avais de l’estime ou de l’admiration ou dont j’aimais le travail et maintenant, ce qui est génial, c’est que je découvre de nouveaux artistes qui correspondent à mes goûts humoristiques et théâtraux et qui, en plus, me correspondent intellectuellement parce que l’humour est toujours lié à du contenu et ne doit pas être creux et sans intérêt.

En quoi la programmation de la saison 2011-2012 diffère-t-elle de celle des années précédentes ?

Le début de la saison commence fort parce qu’on accueille deux spectacles avec deux jeunes nouveaux humoristes. Que ce soit Walter ou Alex Vizorek, ils n’avaient jamais beaucoup joué. Ils ont commencé, il y a un an, un an et demi, mais, pour moi, ce sont deux jeunes humoristes et je trouve ça assez excitant de se dire que ce sont deux jeunes nouveaux mais que ça marche. J’ai évidemment beaucoup de demandes mais, instinctivement, je me dit : « Lui, oui. Lui, non »… Mes goûts sont très subjectifs, en fait… Donc cette saison se caractérise vraiment par ça, parce que je prends des risques, j’accueille deux nouveaux. Par la suite il y a pas mal de reprises comme « Cendrillon, ce macho ! » ou « Antoine Guillaume assume » mais à partir de décembre la saison redémarre avec des choses nouvelles.

Pouvez-vous nous présenter rapidement les comédiens à l’honneur cette année ?

Il y a donc Walter et Alex, les nouveaux. Il y a Antoine Guillaume, qui est vraiment une figure habituée du TTO puisqu’il a joué dans quasi toutes les pièces de Sébastien Ministru. Puis j’ai beaucoup travaillé avec lui, on a joué ensemble, il fait vraiment partie du noyau dur du TTO. Il y a Laurence Bibot, Sébastien Ministru, il y a Olivier Massart, qui est un ami pour lequel j’ai beaucoup d’estime (et pour son travail de comédien et comme metteur en scène) qui met en scène une pièce avec plein de jeunes acteurs qui n’ont jamais joué au TTO. Et puis il y a Dominique Bréda, qui avait déjà écrit « Emma » et « Purgatoire », qui crée une nouvelle pièce, « Do Eat », dans laquelle joue Julie Duroizin qui est aussi une personnalité marquante du TTO. Jean-François Breuer qui est aussi une figure marquante de la Toison d’Or et puis on accueille Claude Semal, qui n’a jamais joué au TTO, qui a souvent joué au Théâtre Le Public et qui avait créé son propre café-théâtre il y a des années. Enfin, on rempile avec « Les monologues du vagin » mais dans une version différente puisqu’elle est axée plutôt sur les femmes africaines.

Comment choisissez-vous les créations mises en scène au TTO ? Allez-vous chercher les artistes et les auteurs ou sont-ce eux qui vous proposent spontanément des projets ?

C’est un mélange des deux. Ça peut aller de quelqu’un qui propose quelque chose et je vais accepter, une pièce que je vais voir – par exemple, il y a une pièce que j’ai été voir il n’y a pas longtemps, « la vie c’est comme un arbre », c’est une troupe de comédiens marocains qui ont fait un spectacle sur l’immigration de la première génération à la deuxième génération ici en Belgique, et j’ai vraiment craqué – du coup, je les prends l’année prochaine, même s’ils n’ont pas beaucoup joué. Je fais appel à mon instinct et puis alors, par ailleurs, je suscite des projets. J’ai dit à Dominique Bréda : « T’as pas envie d’écrire une pièce sur le rapport qu’on a avec la nourriture ? » et le sujet l’a inspiré, du coup, il a écrit une pièce. Donc ça va entre moi qui suggère ou qui vais voir des pièces et qui décide de les faire venir. À chaque fois c’est un risque et je ne sais pas ce que ça va donner, mais pour l’instant, je touche du bois, ça donne bien !

Est-ce que le Belge se vend bien en général, ici, en Belgique ?

Oui. C’est culturel. Ça l’a toujours été. Il y a toujours eu des artistes qui revendiquait leur belgitude et je crois que le folklore, c’est quelque chose qui plait !

Vous étiez un théâtre privé et vous recevez maintenant des subsides, cela a-t-il une incidence sur votre choix de spectacles ?

Non parce qu’on garde une certaine liberté, on n’a pas un contrat-programme qui nous limiterait beaucoup plus. Là, nous avons une convention, c’est une aide mais on reste, par ailleurs, privé. Ça ne couvre pas nos frais et ça ne couvre pas les salaires des comédiens donc c’est normal de se revendiquer encore privé mais c’est déjà formidable, par rapport à là d’où on vient !

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ALEX VIZOREK

J’ai lu dans le programme que vous aviez eu peur de vous lancer dans la comédie dès vos 18 ans mais… Comment en êtes-vous arrivé à faire Solvay exactement ? 

Disons que, à 18 ans, j’étais quand même assez gamin, comme les garçons le sont d’ailleurs à 18 ans – les filles savent parfois plus ce qu’elles veulent – et donc, je m’étais dit que j’allais choisir un truc compliqué, comme ça, si je ratais, c’était normal puisque c’était l’Unif et je choisirais un truc moins compliqué… C’est difficile de faire dans l’autre sens. Donc les trucs compliqués, ce sont Médecine, Solvay, Droit et Polytech. Polytech, trop de chiffres ; Droit, trop de lettres ; Médecine, il faut une vocation donc Solvay, un peu par défaut. Et très vite, j’avais envie de revenir dans tout ce qui est com’, images et tout ça, donc quand j’ai fini mes candi, j’ai été en journalisme. J’ai cumulé les deux, je réussissais une année et demie par an, j’avais toujours une seconde sess’… Ce sont des supers années que je ne regrette pas. À ce moment-là, ça m’était un peu sorti de la tête, enfin, jamais vraiment sorti mais, je ne savais pas ce que j’allais faire en fait… Quand j’ai fini mes études, ma mère m’a dit : « t’as pas très envie d’être banquier ou journaliste, est-ce que t’as oublié le théâtre ? » et j’ai répondu : « non mais est-ce que tu vas m’aider ? » et comme je n’avais jamais raté, elle m’a soutenu et j’ai été à Paris. C’était spécial car tous mes copains « solvaysiens » commençaient à bosser alors que moi je devais gérer mon budget, assez serré. Puis à Florent, en dernière année, j’ai rencontré Stéphanie Bataille qui donnait cours de One Man Show. Je sentais bien qu’en tant que comédien, j’étais ni meilleur ni moins bon que les autres, j’étais toujours dans les moyens et malheureusement, dans ce métier, c’est dur d’être moyen. J’ai compris au cours de One Man Show que la plus-value viendrait de l’écrit. J’ai commencé à travailler et jouer à Paris en scène ouverte. C’est très utile pour les jeunes humoristes : t’écris cinq minutes, tu vas, tu joues et si c’est pas bon, les gens te flinguent puisqu’ils ne viennent pas pour toi, donc tu rentres, tu travailles ton texte et tu reviens le lendemain. Tu peux vraiment beaucoup plus travailler en tant qu’humoriste que si tu rêves de jouer Tchekhov (chose que personnellement j’aimerais faire un jour) mais c’est difficile d’étudier Oncle Vania avec des potes en attendant qu’on te dise qu’on va te produire. En plus, j’avais pas la vocation de compagnie, j’ai déjà beaucoup de problèmes avec mes problèmes alors les problèmes des autres… Et voilà !

Vous parlez d’art mais n’évoquez pas forcément des figures connues de tous. Pensez-vous que ce soit pertinent de potentiellement aliéner certains spectateurs comme vous l’avez vous-même relevé ?

Aliéner ? Je le dis mais je ne le pense pas ! C’est pour ça que je tiens beaucoup à ma projection. Quand je parle de l’achrome, je veux qu’il soit derrière moi. Il y en a qui connaissent Manzoni, d’autres pas, certains croient que je l’invente, c’est gros, c’est rare mais ça arrive ! Et ceux qui ne le connaissent pas l’ont en arrière-plan donc, t’apprends qu’il y a un mec qui a fait un tableau blanc, moi, derrière, je fais une blague… Si tu le savais déjà, tu riras d’autant plus. Mais tu es bien obligé d’aller chercher dans un truc qui surprend les gens donc… la Joconde, oui, si on apprend un truc marrant sur la Joconde. Il y a des gens qui connaissent le lièvre mort, ce n’est pas une généralité mais c’est toujours marrant de le mettre… En fait, ouais, en fait, t’as raison, je cite pas trop des gens très connus… Ouais je fais Mahler, quand même… Mais, même Mahler ce n’est pas très connu donc c’est vrai, je ne fais pas des gens très connus mais ce n’est pas une volonté d’exclure, c’est simplement mon univers à moi, des trucs que j’ai découverts, qui m’ont intrigué, interpellé et donc, j’avais envie de voir ça avec le public. Après, c’est sûr que je les tourne tous un peu en dérision mais je ne juge pas. Je l’ai pas dit aujourd’hui mais « Mort à Venise » c’est un film que j’adore ! Ca n’empêche qu’en le voyant, je me suis dit : « Merde, ce type va quand même un jour parler ? ».

En un mot, quel était le but de votre spectacle ? Que vouliez-vous créer, exprimer ?

D’abord un moment de rire. Je sais bien qu’en tant qu’artiste, il faut avoir une vraie vocation, une volonté, un point d’accroche… Moi, je veux que mon point d’accroche, parce que je me suis choisi humoriste, ce soit l’humour. Ensuite, la finalité du spectacle, c’est désacraliser l’art. C’est vrai que Carré noir sur fond blanc c’était un véritable coup de pied dans la fourmilière à l’époque mais je peux quand même dire que tout le monde peut le faire, c’est pas grave. Il y a pas mal de sketchs sur l’art contemporain mais jamais avec les vraies œuvres. Ici on parle des vrais tableaux ! D’ailleurs, j’aime un peu me comparer à Lucchini car je l’adore et il part de quelque chose d’intelligent et il fait rire, moi je veux partir de faire rire et éventuellement, derrière, avoir un truc intelligent mais je n’ai pas la carrure, la connaissance ou la prétention d’expliquer. En revanche, si les gens veulent aller voir « Mort à Venise » dimanche, je serais très content !

Pourquoi le TTO ? L’initiative vient-elle de vous ou d’eux ?

Un peu des deux. Moi j’ai joué à la Vénerie, au Petit Chapeau Rouge et on a invité Nathalie qui a passé une bonne soirée et quelques mois après, elle m’a appelé pour savoir si elle pouvait reprogrammer le spectacle. Moi j’étais ravi parce que je crois que le public un petit peu « bobo » du TTO correspond assez bien à l’humour que je défends. En revanche, je n’aime pas exclure qui que ce soit, j’ai joué dans les cafés-théâtres et j’y prends autant de plaisir !

Êtes-vous content de vous produire en Belgique ? Pensez-vous que le public belge est différent des autres ?

Je suis ravi et puis le public belge commence à me connaître un petit peu donc j’ai plus de légitimité. Quand vous n’êtes personne, on se demande si vous allez être drôle, quand on est Dubosc ou Gad Elmaleh, on est content parce que vous êtes là ! Maintenant, je suis un peu considéré avec Walter comme les nouveaux talents. La seule nuance c’est Paris/Province. À Paris, ils peuvent voir deux One Man Show par jour s’ils veulent donc ils sont très exigeants. C’est bien parce que tout le monde peut jouer mais comme il y a beaucoup de mauvais, le public parisien n’est pas évident. 

Que peuvent faire les pauvres spectateurs qui vous auront raté au TTO ?

Je vais avoir une tournée de Centres Culturels assez importante, je vais jouer dans une péniche, j’ai oublié le nom d’ailleurs, je vais jouer à l’Os à Moelle et puis j’aurai encore quelques dates… Tout ça se retrouve sur www.kingsofcomedy.be ou sur notre ami Facebook !

Interview réalisée le 12 octobre 2011 par Carole Glaude.

Retrouvez toutes les chroniques de Carole Glaude sur Culture et Compagnie.

Alex Vizorek est une oeuvre d’art - du 05 octobre 2011 au 29 octobre 2011 du mercredi au samedi à 20h30. Plus d’informations sur le site du TTO.
 

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