Naïma Ostrowski et ses sœurs

Trois sœurs, et ce n’est pas du Tchékhov ! Les 3 sœurs Ostrowski montent Le Rêve d’un Homme Ridicule d’un autre grand écrivain russe : Dostoïevski. Rencontre avec 3 personnalités multidisciplinaires très attachantes.

Peut-être pourriez-vous commencer par vous présenter à nos lecteurs ?

Naïma : Je suis la plus jeune des 4 sœurs Ostrowski, mais on n’est que 3 à travailler sur Le Rêve d’un Homme Ridicule de Dostoïevski, car Leila vient de nous donner une petite nièce et dans ce spectacle-ci, je suis la comédienne. J’ai fait l’INSAS et puis après, il y a eu la période de transition duCAS que les jeunes comédiens sortant des écoles reconnues connaissent. Cela a été pour moi une période assez gratifiante, j’ai rencontré des gens intéressants. Il y a eu des projets sur ce parcours-là. J’ai aussi préparé physiquement des gens à l’escrime, par exemple pour le spectacle Juliette et Roméo de Delphine Bougard , même si je n’ai pas créé les combats : c’est un maître d’armes français qui s’en est chargé. Et puis il y a eu différents projets, par exemple l’été dernier Le Songe d’une Nuit d’Été aux Grottes de Han avec le Théâtre de Nulle Part et plein de jeunes comédiens, donc c’était très gai, et puis il y a Le Rêve d’une Homme Ridicule qu’on va jouer maintenant à l’Espace Senghor et qui est mis en scène par Heidi.

Heidi : Je suis la seconde sœur et, au départ, j’ai une formation en journalisme à l’ULB. Et puis j’ai fait un 3e cycle en théâtre, je suis partie en Erasmus à Paris et j’ai pu commencer la mise en scène là-bas, et puis, à Avignon en 2003-2004, j’ai été l’assistante de Serge Poncelet sur Crime et Châtiment, également de Dostoïevski. Nous avons beaucoup travaillé le masque, entre autres le masque balinais. Serge Poncelet a aussi travaillé pendant 8 ans avec Ariane Mnouchkine, et comme plus jeune j’avais fait pas mal de danse et qu’il avait un travail du corps assez approfondi, cela m’intéressait de pouvoir travailler avec lui. Or, pour Le Rêve, avec Naïma, cela m’aide beaucoup parce que comme on n’a pas de décor, ce travail-là est essentiel. Et puis il y a Marielle, l’aînée…




Marielle : Oui je suis également comédienne, mais dans ce projet-ci je n’interviens pas en tant que comédienne, juste en tant que maquilleuse. Dans mon parcours, j’ai commencé le théâtre très très jeune. On a toutes commencé à peu près à l’âge de 5 ou 6 ans à l’Académie de Mons, en commençant par la danse, la musique et puis le théâtre et pour l’art de la parole en ce qui me concerne. Et puis je suis partie à Paris à l’âge de 18 ans et j’ai fait l’école de variétés Studios Alice Donna. C’était principalement axé sur le chant, la technique vocale, l’écriture musicale, la danse un peu tout… Après cela, j’ai suivi les Cours Florent et puis aussi l’Actor’s Studio de Jack Waltzer (cinéma et théâtre).

Il y en a une autre qui a fait l’Actor’s Studio

Heidi : Oui c’est moi, mais j’en ai fait un peu moins que Marielle : je trouvais intéressant de faire l’Actor’s Studio, plus en tant que metteur en scène pour avoir une vision de tous les métiers du théâtre, parce que je crois que pour être un bon metteur en scène et avoir une bonne vision globale, il faut pouvoir se mettre à la place de tous les corps de métier .

Marielle : Je crois qu’on a toutes les trois fait de tout. Moi j’ai été habilleuse, j’ai été à la régie, j’ai été scripte, j’ai fait beaucoup de choses comme cela, même sur des cours métrages pour essayer d’apprendre et d’avoir une vue d’ensemble.

Et toutes les 3 ont fait du cinéma ? M. : Oui, des cours métrages et des petites choses comme cela, oui…

H. : Non, pour ma part, pas encore, mais je pense que j’y viendrai par la suite. Je m’y suis toujours intéressée, notamment dans mes études : après le journalisme, j’ai aussi fait un deuxième cycle en écriture de scénarios à l’ULB (section ELICIT).

N. : Oui, par exemple, j’ai eu un petit rôle dans COWBOY de Benoît Mariage qui va sortir ces jours-ci et c’est vrai que j’aimerais bien faire un petit peu plus de cinéma, mais voilà : un pas après l’autre…

Et toi, Marielle, crées-tu les maquillages pour d’autres spectacles ?

M. : Non j’ai eu des cours dans le cadre de mes études de théâtre, et je me suis toujours intéressée à cela, j’adore… et puis mes sœurs m’ont demandé de faire des essais pour trouver un peu le personnage et finalement elles m’ont demandé de le faire sur le spectacle directement, et c’est comme cela que je m’y colle, mais c’est vraiment accidentel … disons que c’est un accident heureux, un travail de recherche… Mais c’est principalement un prétexte pour travailler avec elles parce qu’on avait envie de faire des choses toutes les 3 ensemble. Ce qui va certainement se reproduire dans le futur, mais alors sur scène directement. On a déjà un projet de chant ensemble.

Donc vous faites toutes les 3 du chant, de la danse, et en plus, il y en a 2 qui font aussi des arts martiaux !

N. : Moi c’est Taekwondo H. : Et moi c’est Karaté Shotokaï

Tout cela me ramène au fait que - si j’ai bien lu votre dossier - vous compensez l’absence de décor à la fois par une sorte de chorégraphie où chaque mouvement du corps a son importance, par de subtils jeux de lumière et enfin par un travail important sur le son et la musique.

H. : Oui, on a un décor sonore dont s’occupe Ludovic Romain. C’est une recherche sonore assez complexe : la voix de Naïma est captée en direct continuellement et Ludovic déforme… certains mots, le souffle… En plus il y a toute une création sonore

… et lumineuse

H. : Pour cela je fais confiance à Mike (Michaël Bridoux), parce que, au départ, ce que je maîtrise le moins c’est la lumière et ici on a essayé de l’utiliser au mieux.

N. : C’est elle qui mettra en valeur plutôt les yeux à un moment, ou telle autre partie du corps et qui va vraiment animer les espaces aussi.

H. : On a beaucoup axé notre travail sur les ombres aussi, ce qui permet à Naïma de les utiliser en quelque sorte comme partenaire de jeu. Nous avons exploré le thème du double, de l’individu contre lui-même. C’est un thème cher à Dostoïevski, notamment dans son roman « Le Double ».

Et c’est l’histoire d’un être humain plutôt que d’un homme au sens masculin du terme, puisque tu as choisi de faire jouer le rôle par ta sœur…

H. : Oui c’est important. J’avais découvert ce texte en Avignon en 2004 : il était joué deux fois cette année-là et j’avais beaucoup apprécié la mise en scène très sobre d’un des deux spectacles, celui du Théâtre du Troisème Œil. Le comédien, Régis Royer était vraiment admirable… Et j’avais été époustouflée par le texte dans la traduction d’André Markowicz, que j’ai d’ailleurs reprise ici… et tout de suite j’ai eu envie de travailler sur ce texte, mais de l’aborder différemment, parce qu’immédiatement ça m’avait donné d’autres idées de mise en scène. Et tout est parti de là : apparemment j’avais quelque chose avec Dostoïevski, ce que je ne pensais pas, parce qu’avant de travailler sur Crime et Châtiment je ne connaissais pas l’auteur, et puis là, c’est la 2e fois : je pense qu’il y quelque chose de fort avec Dostoïevski.

Et tu as pensé à ta sœur pour être cet homme ridicule ?

H. : Oui, il me fallait quelqu’un de très généreux et j’avais pensé à une femme parce que dans le texte, il n’y a que deux passages où il fait allusion au fait qu’il s’agit d’un homme, mais ce n’est jamais dit très clairement. Et en faisant jouer le texte par une femme, je trouvais que c’était une manière intéressante de rééquilibrer les forces masculines et féminines de l’humanité. Et puis Naïma a un parcours corporel riche, c’est une personne très généreuse dans la vie, et pour ce travail, il me fallait ces 2 éléments réunis.

N. : Au tout début il y avait la peur de travailler en famille. H. : On a toujours peur de travailler ensemble, c’est vrai. N. : Est-ce qu’on allait pouvoir gérer cela ? M. : On a essayé et puis maintenant, on est bien contentes. N. : Oui, c’est un grand plaisir, et en fait c’est plus simple parce que quand on a envie de se dire quelque chose, on se le dit franco. Et si on s’énerve, ça pète et puis c’est lavé, on peut continuer sur de meilleures bases.

Des projets ? Avec la quatrième sœur cette fois ?

M. : Oui, certainement… C’est déjà Leila qui a créé le logo de notre asbl Eudaimon mais elle va certainement faire nos affiches etc. H : Il y aura peut-être d’autres projets avec elle par la suite, en chant ou en théâtre notamment, mais rien de concret encore…

Votre dossier fait mention du CECN à Mons... Une explication ?

H. : J’ai commencé à suivre des formations au CECN Le Centre des Écritures Contemporaines et Numériques en 2003. Au départ, il y a la structure TechnocITé qui a été créée à Hornu dans la région de Mons-Borinage : on y donne des formations pour tout ce qui touche à l’informatique en général. Et puis, ils ont créé l’ I.S.N., une section spéciale Image et Son Numérique), à Mons dans le Carré des Arts, là où il y a les bureaux centraux du Manège et de la Maison-Folie. L’ISN donne une formation en logiciels de montage, de son etc. Voilà. Le CECN, quant à lui, utilise le même type de logiciels et de technologies numériques que l’ISN, mais avec des applications dans les arts de la scène. Généralement il y a 8 participants par formation. Cela dure une semaine, voire 2 semaines. Ils font des appels à candidature dans tous les métiers du spectacle. Donc on peut avoir des comédiens, des ingénieurs-son et cela rend le travail très intéressant. . Avec Ludovic (Romain) j’ai rencontré la Compagnie Mossoux-Bonté et, nous avons travaillé avec eux sur une de leurs nouvelles créations et c’est ainsi qu’on a fait leur vidéo de Khoom par exemple. Donc pour tous les artistes, il est vraiment intéressant de pouvoir faire de telles rencontres, de pouvoir se former sur un même type de logiciel et de voir durant cette semaine, les diverses applications que veulent en faire par exemple un danseur, un monteur, un metteur en scène ou technicien du spectacle.

Qu’entend-on au juste par « écritures numériques » ?

H. : Il faut prendre Écriture dans son sens le plus large. Par exemple, il y avait une formation de Capture de Mouvements. On place des capteurs sur plusieurs parties charnières du corps , et c’est cette écriture du mouvement captée et transformée numériquement qu’on peut réutiliser, soit en vidéo, soit autrement, par exemple en direct. Il y a des possibilités d’écrire avec de la lumière ou des choses comme ça. Il y a de la 3D aussi. Donc ce n’est pas seulement de la vidéo, mais plusieurs types de média, et plus particulièrement les nouveaux médias. Il y a aussi des capteurs qu’on peut mettre dans les mains ou les bras des comédiens et ça peut faire varier l’amplitude d’un son, une lumière. En fait c’est une sorte de laboratoire : Ils élaborent ça, ils essayent d’expérimenter cela à travers des formations.

On souhaite bien sûr que ces 4 soirées au Senghor vous ouvriront les portes d’autres institutions théâtrales, je crois d’ailleurs savoir que vous avez déjà des contacts possibles à Mons, Tournai, et même dans le Nord de la France, mais à part cela, d’autres projets pour cette saison ?

N. : Pour le moment, il y a « Le Rêve » qui prend la plupart de mon temps, mais il y a aussi le projet de l’Atelier-Théâtre du Resto du Cœur à Charleroi qui reprendra cet hiver. Là, j’assiste Emmanuelle Bonheur et Frédéric Ruymen qui, l’an dernier, dans le cadre du Centre des Arts Scéniques, avaient fait des auditions pour trouver une assistante. J’ai commencé à travailler avec eux et l’on va continuer à travailler ensemble cette année. Le CAS intervient encore pour 10 séances et puis, on va voir si on peut continuer ce parcours du point de vue pécuniaire… On fait des ateliers avec les gens des Restos du Cœur, et avec les fluctuations du temps, des énergies, des dépressions, du fait qu’il y en a qui retournent à la drogue, il y a des personnes qui vont qui viennent… petit à petit, un petit groupe de mordus s’est constitué. Ainsi, l’année passée, on a pu monter tout un spectacle : QUI EST LÀ ? d’après Hamlet, et donner une représentation à l’Eden au mois de juin. Et puis cette année on reprend. Maintenant comme il y a des complications avec tout ce qui se passe à Charleroi pour l’instant, on répète dans un lieu à l’Eden, mais c’est toujours avec les Restos du Cœur.

C’est donc un projet théâtral avec des gens qui vont manger aux Restos du Cœur ?

N. : Voilà. C’est un public marginalisé d’une façon ou d’une autre. C’est une autre façon d’utiliser le théâtre, mais sans qu’il y ait du tout de psychologie. Donc par exemple, tu vas jouer la femme qui a perdu son enfant… On ne joue pas torturé, on prend des grands thèmes très vastes. C’est pour ça qu’Emmanuelle aime bien travailler avec Shakespeare. Frédéric et Emmanuelle sont des personnes qui me touchent beaucoup parce qu’ils font vraiment bien leur métier d’animation théâtrale : ils considèrent toutes les personnes avec le même respect. Il n’y a pas ce rapport hiérarchisé qu’on rencontre parfois avec certains professeurs dans les parcours classiques. Voilà je trouve que c’est un beau projet et c’est aussi une autre facette de notre métier : le théâtre est fait principalement pour parler aux gens, pour créer des émotions. Et dans Hamlet on pouvait voir sur leurs visages qu’ils étaient plus en forme, plus simples, plus motivés et puis aussi on les écoutait. C’est important ! Et pour nous c’était très gratifiant. Et puis cet hiver, il y aura aussi l’improvisation, parce que je fais partie de la Ligue d’Impro Belge. Je vais enfin pouvoir aller plus régulièrement aux entraînements car la saison 2008 débute mi-janvier. Et à côté de cela, il y a - bien entendu - l’heure d’escrime qui me permet de continuer à me perfectionner sous la direction de Jacques Cappelle. C’est une de mes passions ! Comme j’ai eu l’occasion de toucher un peu à la formation de combat dramatique, j’envisage sérieusement de suivre une formation pour devenir Maître d’armes… Donc c’est encore un autre axe et aussi une envie, mais qui demande une concentration un peu particulière.

Et tu irais au Canada comme Mathieu Moreau ?

N. : Oui. J’aurais aimé faire cela déjà l’année dernière, malheureusement je n’en avais pas les moyens. Mais j’espère qu’il y aura peut-être plus de rentrées d’argent avec « Le Rêve. » et que cela me permettra d’aller cet été à Toronto ou alors à Banff pour le stage de Noël.

Banff ?

N. : C’est un stage qui se passe tous les 2 ans, au Canada (Alberta) et là c’est un stage qui se concentre autour de toutes les formes de combat. C’est un stage international et il y a des gens de partout…. Jacques Cappelle l’a fait le Noël passé avec Mathieu Moreau et ils ont pu rencontrer des formateurs qui ont participé aux combats du Seigneur des Anneaux. Et le 3 décembre, je fais un tout petit passage de 3 minutes sur scène avec Jacques Cappelle pour le Gala des 80 ans de l’Union des Artistes au Théâtre Royal du Parc : ce sera ma première fois sur scène avec une arme ! Voilà pour l’hiver après ça, je suis ouverte et je verrai ce qui va arriver. Et s’il y a moins de choses au niveau théâtre à ce moment-là cela me laissera du temps pour…

M. : Tu pourras peut-être écrire un peu pour nous trois ! N. : Voilà ! Et aussi faire des démarches pour le cinéma. C’est jamais fini et il y a toujours à faire ! H. : Oui, on est toujours en mouvement

Conclusion : Le Rêve d’un Homme Ridicule est à vendre : Avis aux amateurs !

Merci à vous 3 et puis M… !

Le Rêve d’un Homme Ridicule à l’Espace Senghor du 27 au 30 novembre 2007

Photos du spectacle : © Thomas Delvaux ; Portraits © N.Pochez

Propos recueillis par Nadine Pochez le 19 novembre 2007 à l’Espace Senghor.

 

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