Mélanie Zucconi et Hervé Piron

Entrons dans les coulisses du Groupe TOC et découvrons leur nouveau spectacle : Les 24 Heures de Tina Pools à la Recherche de son Bonheur avec deux membres de ce collectif déjà mythique : Mélanie Zucconi et Hervé Piron.

Hervé Piron : Après l’INSAS que j’ai terminé un an avant Mélanie en 2001, j’ai travaillé au National dans Froid de Lars Norén et dans Boxe de Jean-Marie Piemme, mis en scène par Virginie Thirion et j’ai fait aussi d’autres choses, mais sinon j’ai un spectacle qui me tient fort à cœur et que j’ai fait avec Eno Krojanker. Ça s’appelle Petit Déjeuner orageux un Soir de Carnaval et on va le présenter aux Doms cet été au Festival d’Avignon. C’est très personnel parce que c’est un spectacle que nous avons écrit ensemble, joué et mis en scène nous-mêmes.

À quelle heure ?

H : 23 heures

C’est une bonne heure. A-t-on aussi la possibilité de le voir à Bruxelles ?

H : Oui, par exemple le samedi 7 juin au Centre Culturel d’Anderlecht

M : Ils l’ont joué à l’L en février dernier et c’est super !

Mélanie Zucconi : Je viens de France à la base. Je me suis inscrite à l’INSAS et j’en suis sortie en 2002 et puis je suis restée en Belgique parce que j’aimais bien. J’ai un peu travaillé en France, mais je n’ai pas travaillé avec beaucoup de metteurs en scène en Belgique : une fois avec Armel Roussel. Et en dehors du Collectif TOC auquel je collabore pas mal, j’ai un projet qui court avec la Clinic Orgasm Society. Ce projet est une création collective qui sera présentée en mars 2009 au Festival Via à Mons. La Clinic a fait un dossier, on a des pistes et maintenant on doit répéter… Je ne peux pas vous en dire beaucoup plus.

Vous avez donc chacun des activités en dehors des projets du Groupe TOC et, à l’inverse, je vois que vous faites parfois appel à des comédiens qui n’en font pas partie. C’est aujourd’hui le cas pour vos amis de la Clinic : Ludovic Barth et Mathylde Demarez puisqu’ils font partie de la distribution [1] du nouveau spectacle de votre collectif : Les 24 Heures de Tina Pools à la Recherche de son Bonheur. Leur participation me fait supposer que la musique y aura sa place… Pouvez-vous nous parler de ce spectacle ?

M : On avait déjà présenté au public une première partie de ce spectacle, dans le cadre de la 5ème édition des Giboulées, au Théâtre de l’L en mars 2006.

H : C’était en quelque sorte une ébauche. On l’avait répété 15 jours et on l’a joué 5 fois.

M : Ça a bien marché donc on s’est dit qu’on allait le monter. En janvier 2008, on a fait une autre étape de travail au Prato à Lille et maintenant on travaille depuis un mois pour finaliser ce projet qui sera créé et joué 6 fois à Bruxelles au Théâtre Marni les 8,9,10 et 15,16,17 mai. Comme ce spectacle est co-produit par le Festival Émulation du Théâtre de la Place à Liège, et par le Théâtre de l’Ancre à Charleroi, il est déjà programmé à Liège du 16 au 25 octobre et à Charleroi du 4 au 15 novembre 2008.

Qu’est-ce que ça raconte ?

H : L’histoire – c’est toujours la même chose avec les textes de Marie (Henry) – ce n’est pas le centre de son écriture, mais il y a une histoire aussi, même si la forme est importante dans sa façon d’écrire. Et là, on va dire que c’est une fille – Tina Pools – dont on ne connaît pas l’âge, mais en tout cas, on sait qu’elle travaille dans une banque, qu’elle ne va pas bien et qu’elle va essayer d’aller mieux…

M : Elle va essayer d’aller mieux et elle a une collègue qui a un livre. Un de ces livres comme on en vend, qui peuvent vous amener au bonheur en un an si vous en suivez les conseils jour après jour. Il y a une phrase par jour ou une bonne action par jour. Donc Tina Pools achète le livre, se met à le lire, mais elle décide de tout faire en 24 heures car elle veut être heureuse maintenant et pas dans un an ! Et c’est le début du marathon des bonnes actions, trouver un mec, se faire belle, devenir plus féminine…

H : se réconcilier avec sa famille…

M : Elle fait donc tout trop vite et ça finit assez mal. Donc c’est un peu une métaphore de la société d’aujourd’hui : cette recherche permanente de bonheur, de bien être, manger bio, d’être parfaite, d’être une vraie femme, d’être mince...

H : d’être en harmonie…

Qu’est ce que vous diriez pour inciter les gens à venir vous voir ?

M : Je trouve que, dans ce spectacle, on a exploré vraiment quelque chose de très particulier au niveau de la mise en place des codes du théâtre, de la manière dont on se sert du son, de la lumière et du décor parce que tout cela vit avec les acteurs. Et les acteurs sont à la fois acteurs et techniciens, donc tout est fait à vue : les lumières, la musique en live et aussi le décor… un décor qui participe à la compréhension car il change tout le temps. Au niveau de la construction du spectacle, je ne sais pas comment dire …

H : On disait l’autre jour, un peu en rigolant, c’est un “son & lumières” !

Vous avez eu un tel succès avec Moi Michèle Mercier, 52 ans morte qui a d’ailleurs été présentée aux Doms l’été dernier, qu’il y a beaucoup de gens qui attendent de pouvoir voir Tina Pools. Y a-t-il des différences flagrantes entre ces 2 spectacles ?

M : C’est pas du tout le même univers car ce n’est pas la même personne qui a mis en scène et c’est ça qui fait la richesse du groupe toc, des univers différents qui s’enrichissent les uns les autres ; Anne (Thuot) et moi avons une esthétique différente je pense. Après il y a des choses qui se retrouvent parce que depuis le temps qu’on travaille sur l’écriture de Marie, on a une façon de dire ses textes, de les travailler de les prendre en charge… ça je pense que ça se retrouve dans nos spectacles ; c’est surtout l’univers sonore et visuel qui est différent.

Et ça c’est ton travail ?

M : Oui mais on l’a construit ensemble avec Raphaël Noël qui fait les lumières, Ludovic Barth qui fait le son. Moi j’ai apporté l’idée de base et les directions de mise en scène et ils ont travaillé dessus et puis les acteurs apportent leurs propres propositions sur le plateau, c’est un travail qui s’est fait ensemble petit à petit.

Est-ce que Marie, qui fait partie intégrante de votre collectif joue aussi ?

M : Non. Peut-être qu’elle jouera un jour, mais jusqu’ici non

Pour ce que j’en sais, l’écriture de Marie est assez particulière…

M : D’abord on regarde le texte sur la page. On voit que là il y a un bloc et puis là il y a un trou, puis là un autre bloc avec presque pas de ponctuation, puis un autre trou. Donc ça, ça va déjà vachement déterminer le rythme. Après il y a la ponctuation qu’on respecte. Quand quelque chose est entre parenthèses, on se demande : On le dit ou on le fait ? Quand c’est en italiques, on se dit, il faut traiter l’italique. Donc pour tel ou tel spectacle, on se dit qu’on va choisir tel code pour les italiques : par exemple on va le crier et alors, toutes les italiques de tout le texte vont être criées. Et dans la 2ème partie de Tina Pools, il n’y a pas beaucoup de points, mais il y en a quelques-uns, et l’on s’est dit : eh bien, à chaque point on fait 3 secondes de silence. Ce sont des codes qui sont complètement arbitraires, mais qui mettent en avant, qui soulignent la structure du texte et sa rythmique.

H : Elle est très sensible à la musique du texte. C’est-à-dire que, parfois elle participe aux répétitions – en tout cas dans les phases d’élaboration – et elle reconsidère son texte comme étant une partition musicale. Il y a le rythme et aussi la musique que cela donne.

Elle fait des changements ?

H : Oui, tout à fait. Cela lui arrive. En cours de route, il y a des choses qui peuvent varier, mais en général ce ne sont que des détails : des points, des mots qu’elle enlève… et parfois on se demande même pourquoi tel ou tel mot doit être enlevé ? Mais pour elle, cela a de l’importance du point de vue rythmique et musical.

Oui forcément avec ces 24 heures qui passent…

H : Oui et au fur et à mesure, il y a un rythme très saccadé qui s’accélère de plus en plus surtout dans les dernières minutes des 24 heures dont on parle…

Comme le Boléro de Ravel ?

H : Oui, il y a un truc comme cela, ça tournoie …

M : En fait, c’est le rythme de l’écriture qui mène à la sensation. C’est une écriture physique. C’est vraiment organique. Et quand on est acteur, et qu’on dit des trucs comme ça, il n’y a pas besoin de faire grand chose parce que, au bout d’un moment, le texte amène le corps à jouer ce qu’il doit jouer. Y a pas à s’inventer de psychologie de personnage, de logique interne.

Comment définiriez-vous le Groupe TOC et comment ce groupe conçoit-il ses propres spectacles ? M : Nous formons un groupe d’acteurs, metteurs en scènes, auteurs, éclairagistes travaillant dans une direction artistique commune. Notre collectif se réunit autour de projets visant à expérimenter de nouvelles façons d’aborder le spectacle vivant. Chaque projet du groupe, même s’il est porté et dirigé par une seule personne, se réalise de façon collective. L’éclairage, le jeu des acteurs, l’écriture, ne sont pas dictés par la mise en scène, chacun assume le rôle qu’il s’est choisi au départ du projet en injectant dans le spectacle son propre point de vue à travers une créativité personnelle et autonome. Nous travaillons à partir de la matière concrète du plateau (texte, sons, corps, lumière) et explorons de nouvelles formes théâtrales par le biais de codes de jeux atypiques et singuliers. C’est de la forme que surgit le sens, non l’inverse, dans un rapport ludique, immédiat et intime avec les spectateurs.

J’ai vu que le Groupe TOC a encore d’autres projets en chantier : Come to me, comme tout le monde et La Caque sent toujours le Hareng.

M : Voilà, pour ces 2 spectacles, c’est pareil car ils ont été présentés à l’L, en mars 2006 en même temps que Tina Pools. Come to me, comme tout le monde est mis en scène par Cali Kroonen – elle va remettre un dossier à la CAP – et normalement cela va être monté en 2009. Et pour La Caque sent toujours le Hareng, mis en scène par Anne Thuot rien n’est encore décidé, mais c’est une grande pièce en chantier permanent. Elle n’est pas encore prête à être montée, mais elle le sera par la suite. C’est particulièrement expérimental. Je crois – car j’en ai entendu parler et que je ne suis pas dessus – que cette pièce est écrite aussi pendant les répétitions …

Vous allez reprendre Moi Michèle Mercier, 52 ans morte ?

M : Oui on a 3 dates à Charleroi dans le cadre du Festival bis_ARTS à Charleroi du 30 octobre au 1er novembre 2008.

Et Mon Bras (mobile) ?

M : On va voir s’il y a un moyen de le tourner, mais ce ne sera pas à Bruxelles, je pense.

Une dernière question : Avec-vous un T.O.C. [2] ?

H : Oui j’ai un T.O.C. : je me frotte le nez , je ne sais pas à quelle occasion, mais c’est souvent quand je suis embêté. Et puis, je fais aussi des fois semblant de mâcher du chewing gum en société pour me donner une contenance quand je ne sais pas quoi faire d’autre.

M : Moi, je compte les pavés sur les trottoirs quand je marche et les marches d’escalier quand je monte pour que ça passe plus vite.

Merci. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de trouver le bonheur avec Tina Pools en plus de 24 heures ☺ – une saison ou deux peut-être ? – et aussi avec vos projets plus personnels.

Propos recueillis par Nadine Pochez le 28 avril 2008. >

Crédits photo : Logo : Nadine Pochez - Visuel/Affiche : Ria Paquée - Spectacle : Anne Thuot. >

Pour plus d’infos sur le spectacle Tina Pools je suggère à nos lecteurs de télécharger et de consulter le dossier ad hoc en cliquant sur l’icône ci-après

PDF - 99.4 ko

[1] Ludovic Barth (jeu/musique), Benjamin Dandoy (son), Mathylde Demarez (jeu), Marie Henry (texte/regard), Cédric Lenoir (accessoires/regard), Raphaël Noël (jeu/lumière), Thomas Noël (décor), Hervé Piron (jeu), Anne Thuot (photo) et Mélanie Zucconi (mise en scène/jeu)

[2] Trouble Obsessionnel Compulsif

 

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