Marie-Line Lefebvre

Avec 5 autres acteurs, elle joue dans la création mondiale en langue française de « Mon Petit Soldat » de Polly Stenham ! Tout en essayant de garder une capacité d’étonnement et d’émerveillement, ce qui l’aide beaucoup dans les moments plus difficiles, elle continue d’aller voir jouer les grands acteurs pour apprendre encore et encore… Nous sommes fiers de vous présenter Marie-Line Lefebvre. - Racontez-nous votre parcours qui a commencé au Théâtre Royal des Galeries en 1977.

Vous êtes bien renseignée ! J’ai fait le conservatoire de Mons et je n’ai pas eu de travail tout de suite, je n’avais pas encore 20 ans et me suis donc inscrite aux concours supérieurs, comme cela s’appelait à l’époque, des Conservatoires Royaux de Mons et de Bruxelles. Dans le jury, il y avait un acteur du Théâtre des Galeries, Jean-Pierre Loriot, c’est grâce à lui que j’ai décroché mon premier contrat professionnel. J’ai donc débuté dans « le théâtre de Boulevard ». A l’époque, ce n’était pas très bien vu par « les professionnels de la profession ». C’est facile de coller des étiquettes ! Cependant, on est acteur ou on ne l’est pas et quand on est jeune acteur, il faut s’éprouver à tous les styles… C’est plus enrichissant. Un acteur va là où on l’appelle, où on a besoin de lui.

- J’ai lu un titre d’article du Vif l’express (09/10/1998 ) « Débuts difficiles, petits rôles expédiés : tout cela fait partie du passé pour Marie-Line Lefebvre. A 44 ans, une nouvelle vie théâtrale s’ouvre à elle. ». Pouvez-vous nous dire ce qui s’est passé car malheureusement, l’article n’est plus dans les archives.

Je ne vais pas cracher dans la soupe, du travail j’en ai eu ! Au moment où l’article est paru, il y avait déjà quelques années que je travaillais ici, à l’Atelier théâtre Jean Vilar qui s’appelait à l’époque l’Atelier Théâtral de Louvain-la-Neuve. Ici, j’ai pu aborder un répertoire classique et contemporain qui respecte la tradition de l’art de l’acteur : un travail plus profond d’analyse littéraire qui m’a permis d’avancer, de me remettre en question. Jusque là, je me sentais un peu perdue, insatisfaite de mon travail personnel et de l’image de « petit physique de petite minette » (si, si, je l’ai entendu, je le jure) que certain(e)s m’ avaient attribuée ! Vous voyez, il y a parfois intérêt à vieillir…

Je veux croire que les mentalités ont évolué, les jeunes qui sortent des écoles de théâtre à présent me semblent mieux préparés et mieux aidés à affronter le métier. C’est tenir, tenir, tenir qui compte dans ce métier.

Persister ? Résister ! Au moment de la parution de l’article, l’occasion m’avait été donnée de faire une adaptation du Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau. C’était mon premier seul en scène. Ce texte a compté dans mon parcours théâtral : ce grand texte de la littérature française m’a permis d’aborder le drame, la comédie, l’imitation de certains personnages. Avec Jean-Marie Pétiniot qui interprétait des contes d’ Octave Mirbeau en deuxième partie du spectacle, nous avons donné 200 représentations de ce merveilleux auteur.

- Depuis quelques années, on vous retrouve chaque saison à l’Atelier Théâtre Jean Vilar.

J’ai joué ici à l’Atelier pour la première fois il y a dix-neuf ans. A l’invitation d’Yves Larec, je suis parfois retournée au Théâtre Royal du Parc. J’ai aussi participé au spectacle du quarantième anniversaire du Théâtre Expérimental de Belgique.

- Que vous apporte cette collaboration depuis toutes ces années avec le Théâtre Jean Vilar ?

Un mari (Armand Delcampe) ! des rôles. J’ai beaucoup joué avec lui, au fil du temps c’est devenu facile : on se connait, on sait comment on travaille, cela permet d’aller plus loin… C’est une rencontre qui m’a apporté beaucoup, je lui fais une confiance absolue. C’était le théâtre dans lequel je rêvais de jouer. Armand parlait la langue de théâtre que j’avais envie d’entendre depuis longtemps.

- Avez-vous aussi tourné dans des films ?

Non, ma filmographie est nulle ! J’adore le cinéma, j’y vais tout le temps, je loue souvent des DVD. Hélas, le Brabant Wallon où je vis a vu se fermer le cinéma de Louvain-la-Neuve ! J’y étais abonnée et il nous arrivait, à ma fille et moi d’assister à 3 projections d’affilée !

- On vous retrouve régulièrement au Festival de Théâtre de Spa.

Bien sûr, puisque le Jean Vilar et le Festival de Spa ont les mêmes directeurs. Donc quand une pièce est créée au Jean Vilar, on me retrouve aussi au Festival si elle y est programmée.

- C’est comme ça qu’a été créé Mon Petit Soldat.

Oui, Tanya Lopert (actrice, professeur et metteuse en scène) a découvert la pièce dans la presse. Elle a lu des critiques dithyrambiques, le sujet l’a intéressée et elle l’a faite traduire immédiatement. J’avais eu l’occasion de travailler avec elle, il y a 3 ans environ, lors d’un stage qu’elle organisait sur le travail d’acteur au cinéma. Je suis folle de joie qu’elle ait pensé à moi pour interpréter le rôle de Martha.

- Parlons un peu de la pièce. Le sujet est actuel.

C’ est l’histoire d’une famille déchirée. La mère et les 2 adolescents habitent Londres, le père, trader, les a quittés pour vivre à Hong Kong avec sa nouvelle femme .

Martha, alcoolique, est incapable de se construire une nouvelle vie et vampirise son fils, Henri avec qui elle vit et qui a, en quelque sorte, pris la place de son père. Il a abandonné ses études et sa sœur, plus jeune, est placée en internat car elle ne s’entend pas avec sa mère qui ne supporte pas le point de vue critique de sa fille. La pièce débute lors ‘une nuit de bizutage d’une petite pensionnaire auquel participe Mia et qui va mal tourner. Cette nuit-là, donc, l’internat va tenter de joindre la mère par téléphone ; ivre elle leur raccroche au nez, ils se tournent donc vers le père qui, pour tenter de tout régler, va débarquer de Hong Kong Henri va essayer de convaincre Mia de rendre visite à sa petite copine torturée et persuader sa mère de partie se faire soigner avant que son père ne s’en mêle. C’est une pièce étonnante, écrite par Polly Stenham alors qu’elle n’avait que dix-neuf ans. Les coups de théâtre, les dialogues, sonnent tellement juste. Le public assiste au drame et le vit avec nous. Il y a une grande tension qui se dégage et même parfois des rires. Ce texte est empreint d’ une authentique culture théâtrale, dégage une grande poésie et beaucoup d’humanité. Noire, bouleversante et drôle, l’œuvre soulève des sujets douloureux auxquels notre société est confrontée : la séparation des parents, le sentiment d’abandon, l’absence de repères solides des adolescents qui perdent toute conscience des valeurs de base, la disparition de la frontière si fragile entre le bien et le mal, l’alcoolisme, la dépendance, l’infantilisme et le chantage affectif de parents abusifs, etc…

- Votre rôle, celui de la mère n’est pas facile.

Il demande beaucoup de concentration : impossible d’entrer sur le plateau sans préparation, cela demande une plongée dans l’état de souffrance du personnage, l’aisance n’est pas de mise… Mon collègue Frédéric Lepers qui interprète le rôle du père et moi-même sommes touchés de découvrir tous les soirs la sincérité, la charge d’émotion que Laurent Micheli apporte dans le rôle du fils Henri, comment Anaël Snoek apporte son lot de souffrances dans celui de la jeune sœur, la façon dont Emilie Hermans exprime toute la douleur d’une adolescente victime de ses consœurs et la personnalité sulfureuse, drôle et sensible de Deborah Amsens.

- Dans la vie, au quotidien, dans la rue… croisez-vous ou reconnaissez-vous ces profils décrits dans la pièce ?

Cette mère abusive, je l’ai rencontrée souvent. Elle ne vit pas spécialement dans un milieu misérable, d’ailleurs, Martha n’est pas issue d’un milieu prolétaire. De même, quasi tous les jours, il est question de violence chez les jeunes. L’internat est censé être un milieu cadré mais, la nuit, quand les surveillants dorment, on bascule dans un autre monde, avec d’autres règles imposées par les aînés, qui jouent le rôle des chefs, reproduisant ce qu’ils ont connu eux-mêmes. Des microcosmes, des familles se recréent dans ces milieux fermés.

Ces thèmes sont universels et ne se limitent pas à la violence des enfants. Il existe une hiérarchie dans les prisons ou chez les otages et on en a découvert dans les camps de concentration.

- Avez-vous l’occasion de parler avec les gens qui voient la pièce ?

Le public semble touché, bouleversé. L’œuvre pose beaucoup de questions, elle ne donne pas de solution mais suscite des sentiments, des révoltes. L’impression qui se dégage c’est que ce texte prend le public aux tripes !

- Le public de la pièce est-il jeune ? Si oui, se retrouve-t-il dans la pièce, dans les personnages ? C’est un spectacle de famille. On vient avec ses parents, avec l’école. Dans la salle, les jeunes démarrent au quart de tour, ils se reconnaissent dans cette histoire. Quant aux adultes, l’auteure leur tend un miroir des erreurs qu’ils ont commises ou qu’ils risquent peut-être de commettre. Polly Stenham est venue nous voir à Spa lors de la création : c’est la première fois qu’une jeune femme de vingt et un ans m’impressionne autant. J’étais plus impressionnée que si elle en avait eu cinquante ! Posséder un tel recul, une telle capacité d’analyse sur le comportement des êtres humains et de leurs relations, cela témoigne d’un certain génie !

- Mettons que sur la route pour venir ici, vous avez rencontré un génie qui vous propose d’exaucer trois vœux. Un pour vous, un pour le théâtre en Belgique, un pour l’avenir.

Pour l’avenir : un monde de paix et d’écologie. Pour le théâtre en Belgique : Que l’on permette aux auteurs et acteurs belges qui font et feront le théâtre d’aujourd’hui et de demain de rencontrer de grandes personnalités, de grands penseurs du monde littéraire et théâtral, hommes ou femmes, venus du monde entier afin de travailler et sauvegarder cet artisanat de l’art de l’acteur. Pour moi : la santé pour ma famille et tous mes proches.

- Votre actualité… J’ai encore des projets ici pour la saison prochaine… Apparemment ils ne se sont pas encore lassés de moi !

- Être une femme, comédienne, en Belgique : est-ce dur aujourd’hui ? Je travaille dans un théâtre où les salaires des femmes sont pareils à celui des hommes. Il manquera toujours de travail pour les femmes, elles sortent plus nombreuses des écoles et le nombre des rôles féminins à distribuer est plus faible…

Et de chance ? La chance ? Non. Moi j’estime que je me suis battue, j’ai beaucoup travaillé pour me faire une petite place. Par exemple, je passais des auditions en vue de rôles pour lesquels je n’étais pas du tout faite, me disant que c’était un moyen de me faire connaître. Pendant des années je suis allée voir des spectacles, j’ai fréquenté des théâtres où je n’ai jamais travaillé ! C’est comme ça ! De ce point de vue, c’est un métier difficile.

Trop d’élèves sortent des 5 écoles de théâtre de la partie francophone du pays : une centaine par an. On se plaignait déjà dans les années septante de n’avoir pas assez de travail, l’année où j’ai terminé mes études artistiques, nous n’étions que trois ! Evidemment, aujourd’hui, quand un metteur en scène fait passer une audition pour un rôle, il a le choix !

-Donc vous vous le vivez bien d’être une femme comédienne en Belgique aujourd’hui !

La question ne se limite pas au théâtre en Belgique ! Est-ce que nous, les femmes, nous vivons bien d’être des femmes dans ce monde ? That is the question !

- Vous voulez ajouter autre chose ? Cela suffira comme ça, je suis très bavarde…

- Il me reste à vous souhaiter encore de beaux projets.

Mon Petit Soldat (That Face) Une production de l’Atelier Théâtre Jean Vilar et du Festival de Théâtre de Spa. Avec la participation du Centre des Arts Scéniques. La pièce That Face est représentée dans les pays de langue française par l’agence Drama - Suzanne Sarquier en accord avec l’agence Alan Brodie Representation (ABR) à Londres.

Lieu : Théâtre Blocry Dates : Du 17 mars au 3 avril et du 21 au 24 avril 2009 (10 supplémentaires !) Du 18 janvier au 12 février 2010 au théâtre Blocry. Et probablement en tournée du 11 au 17 janvier.

Laurent Micheli sera aussi dans Les Trublions de Marion Aubert du 21 au 24 mai à Namur en Mai : Les Trublions - individus faisant délibérément de l’agitation pour inviter au désordre, semer le trouble quelque part - est un conte parodique ou encore l’espace mental d’un enfant gâté, à l’âge où l’on ne croit plus aux "Il était une fois..."

 

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