Marcha Van Boven

Quel a été ton parcours en tant que comédienne ? (c) N. Jacquinet Après avoir entrepris une deuxième rhéto au Canada. J’ai passé l’examen d’entrée à l’IAD. J’y ai dévoré une masse de nourriture incroyable ! J’y ai fait des rencontres humaines merveilleuses. C’est vraiment là que l’aventure a commencé. Je m’étais inscrite à l’envie et ça s’est spécifié au fur et à mesure. Mais une fois mes études terminées, j’étais un peu comme un petit poussin lâché en pleine nature. Terrifiée. J’ai fait quelques projets via le CAS (Centre des Arts scéniques). J’avais vraiment envie de concrétiser mes projets. Mais il me semblait évident qu’il ne fallait pas manger qu’à un seul râtelier. J’ai donc refait des études de Gestion Culturelle ! J’ai également touché un peu à la radio, au court-métrage... Je me suis notamment entourée d’une équipe de professionnels pour créer le Tomalfro Collectif, au sein duquel j’ai expérimenté différentes formes sous l’égide du principe : « Don’t think to much. ACT ». Entre autres choses, nous avons tourné le petit court-métrage « Bloody Days » qui a fait pas mal de bruit. Je m’intéresse également à l’idée du transmédia : créer différentes formes artistiques à partir d’un même thème ou d’une même idée. Comme par exemple le teaser de la pièce Album ou les chevaliers c’est une autre histoire. Il s’agit d’une histoire parallèle à celle racontée dans la pièce de théâtre. Outre cela, j’ai poursuivi ma voie dans le doublage. Ensuite, après mes études de Gestion Culturelle, je suis partie 3 mois à New-York pour y suivre un stage dans la production. Le premier mois et demi a été horrible, je me suis retrouvée « gratte-papier » et coursier mais la suite s’est avérée beaucoup plus passionnante. En effet, je me suis dit « Ça suffit, ce n’est pas ce que je veux faire ! Moi, j’ai envie de jouer, d’écrire » et donc, je me suis retrouvée au Susan Batson Studio. Susan Batson, c’est une sorte de Yoda sans âge qui coache les acteurs avec beaucoup de respect. La théorie et le bagage qu’elle t’apporte, en tant que comédien, sont vraiment incroyables ! Désormais, j’y retourne chaque année et ça me booste vraiment. Ça me donne l’énergie de créer, de recommencer l’année...

"Happy Valley Goose Bay" : un petit court-métrage transmédia. from Tomalfro Collectif on Vimeo.

Tu as étudié plusieurs méthodes d’interprétation comme, par exemple, l’Actor’s Studio ou Meisner. Qu’est-ce que cela t’apporte ? Une de ces méthodes a-t-elle ta préférence ?

Ces méthodes sont tout à fait différentes et, selon moi, l’idéal serait de trouver une sorte de lien entre elles. Dans la méthode du Susan Batson Studio, j’ai déjà assisté à des scènes où le réalisme va trop loin. Je préfère quand ce n’est pas vraiment la vie, quand on raconte la vie. Comme Blier par exemple, il ne vous sert pas une soupe que vous allez digérer et regarder comme des voyeurs, il raconte une fable qui raconte l’humanité. Dans la pièce « Donc on mettra nos masques », il y a une part de ce réalisme, dans le sens où l’on a commencé à écrire l’histoire à partir de notre propre vécu. Après, on en a fait des Super-Héroïnes, ce mythe a servi à installer la distance. Je cherche donc à lier ces différentes techniques et voir quand ça fonctionne, quand ça ne fonctionne pas. Il faut encore un peu gratter !

Y a-t-il un événement qui a marqué un tournant dans ta carrière professionnelle ?

Oui, et je l’ai déjà beaucoup raconté ! C’était avec Susan Batson. Une comédienne était venue travailler sur « La Mouette » de Tchekhov et elle pleurait, on y croyait... un peu... mais ce n’était pas excessivement convaincant. Elle bougeait beaucoup, preuve qu’elle n’était pas à 100% dans ce qu’elle faisait, qu’elle n’avait pas d’ancrage. Susan la briefe alors durant une petite demi-heure sur l’histoire que vit le personnage de la jeune fille. En possession de toutes ces informations, la comédienne revient la semaine suivante. Elle explique que durant cette semaine, à l’instar de son personnage, elle s’est trouvée elle-même physiquement angoissée. Sous les encouragements de Susan Batson, elle finit par faire sa scène. Au paroxysme du monologue, elle dit : « I’m the seagel, I’m the seagel ! ». Elle était tellement dans un « trip » corporel angoissant que c’en est devenu hilarant et tout le monde s’est mis à rire dans le public ! C’est là que je me suis vraiment dit « c’est drôle Tchekhov, c’est vraiment de la comédie ». Au moment où nous avons commencé à rire, l’actrice s’est arrêtée et ce regard qu’elle a lancé... c’était génial ! En fait, elle s’était vraiment laissée prendre à son propre jeu et ne comprenait vraiment pas pourquoi nous riions de sa tragédie ! Une magie s’était installée du fait qu’elle avait vraiment été chercher la sincérité. Ça m’a vraiment bouleversée. Elle était un peu comme le clown, d’une sincérité crasse ! C’est là que j’ai compris dans quelle direction j’avais envie d’aller. Pour moi, le comédien doit-être hyper sincère, c’est le reste qui met la distance (le texte, le script, le cadrage,...)

Qu’y a-t-il de particulier au métier de doubleur ?

Ce qu’il y a de particulier, c’est que c’est un jeu de mimétisme. Tu dois essayer de trouver en toi l’énergie du personnage à interpréter, tenter de trouver son rythme. Si tu essaies de l’interpréter avec ta façon d’être et de bouger, ça ne fonctionnera pas. Donc si les acteurs jouent bien, c’est merveilleux ! Ça me permet aussi d’interpréter plein de rôles et de travailler régulièrement. Ce qui est une grande chance. Un grand Bonheur.

Avec « Donc on mettra nos masques », on est clairement dans le registre comique. Mais y a-t-il un répertoire que tu affectionnes particulièrement, que tu aimes davantage jouer ?

(c) Kim Leleux

J’adore voir de la tragédie dans la comédie et de la comédie dans la tragédie, j’adore sortir de ces espèces de catégories. Donc, j’aime jouer un peu des deux, surtout un mélange des deux car après tout, c’est ça la vie !

D’ailleurs, on a eu une chouette critique à la radio où la journaliste insistait sur les phénomènes de société, ce qui m’a bien plu car j’ai souvent peur que la pièce ne soit lue qu’en surface. Mais elle raconte tellement d’autres choses, toutes nos angoisses, nos aigreurs, nos questions en tant que femme... Je n’aimerais pas qu’on en dise que c’est une histoire facile. Au départ, on n’était pas là pour faire rire, on était là pour se raconter et ce n’était pas drôle !

« Donc on mettra nos masques », ce n’est pas commun comme titre...

Le titre a fait polémique, il était considéré comme bizarre. En fait, ce n’était pas laissé au hasard. Dom (Dominique Pattuelli) et moi voulions que ça s’adresse au public, que l’on soit proches du public, proches de ceux à qui on a envie de parler. Nous voulions également faire passer ça dans le titre : un désir de s’adresser directement au spectateur.

D’où vous est venue l’idée de « Donc on mettra nos masques » ? (c) Kim Leleux Il s’agit d’abord d’une rencontre avec Dom à la Ligue d’Impro. On avait nos amours, nos emmerdes... enfin, c’était l’horreur. Ce sont donc avant tout deux copines qui se rencontrent et se parlent de tout. Et puis, ce qu’il y a aussi de très drôle, c’est que Dom et moi avons un drôle de rythme commun : rien qu’à entendre nos conversations, les gens rient ! On a donc écrit ce spectacle comme un assemblage de ces « mini-sketchs ». On y est allées à l’envie ! On a assemblé tout ce qu’on avait écrit sur des fiches et à la fin, on en avait à peu près une centaine que l’on a « remises dans l’ordre ». Après, on a cherché à mettre une distance pour que tout le monde puisse se reconnaître. Les Super-Héros, c’est un mythe universel qui parle à tout le monde. C’est comme cela que ça a démarré. C’était très gai car Dom est vraiment une belle personne. J’ai été heureuse de la retrouver sur ce projet.

Vous vous étiez rencontrées à la Ligue d’Impro, ça ne vous a pas aidées dans l’écriture de la pièce ?

Si, bien sûr ! L’impro, ça aide à écrire ! On se lâche en impro, on se laisse guider par ses intuitions et son imagination.

Tu avais joué dans « Bloody Days », un court-métrage qui a fait pas mal de bruit. Dans cette optique de défense de l’art, penses-tu que le théâtre a un rôle à jouer dans la société ?

J’irai plus loin encore et je parlerai de la culture en général. Ma pensée s’exprime assez bien dans le court-métrage, ça rejoint la question de l’utilité du théâtre dans la société. J’en ai la conviction profonde, tout comme l’éducation. Je n’ai pas envie de parler uniquement du théâtre mais aussi du cinéma, et de toutes les autres formes d’Art, de tout ce qui fait la culture. Pour moi, une société qui n’a plus de culture est une société qui est en train de crever, qui est malade et qui s’efforce de survivre. Il y a beaucoup de gens qui disent de ne pas s’inquiéter, qu’il y aura toujours de la culture car on est nés comme ça, on a dessiné dans les grottes et on n’était pas payés pour ! (rire) Mais quelle culture ?! Dans une société qui prospère, assez idéaliste, il y a partout des éléments culturels qui peuvent te parler, les avancées scientifiques sont considérables et tout le monde a l’occasion de s’instruire. Pour moi, ça c’est riche. J’ai vraiment une croyance en cela.

Ce qui est particulier au théâtre, c’est qu’on est face à quelqu’un et c’est vraiment rare ! Quels que soient les médias que j’utiliserai, je reviendrai toujours au théâtre car c’est vivant, c’est dans le « ici et maintenant ». A mon sens, cela a tendance à disparaître. Chacun reste chez soi, avec sa télé et son ordinateur. Il est de plus en plus difficile de rencontrer des gens. C’est comme si ce n’était plus dans notre culture de le faire. Dans la représentation théâtrale, dans cet « ici et maintenant », tu peux te permettre quelque chose de vrai. Moi, j’ai envie de parler au public ! Lorsque, par exemple, des jeunes viennent assister à une représentation avec leur classe et que j’entends « Mais c’est chouette le théâtre, en fait », ça fait ma journée !

Bloody Days from Thomas Wilski on Vimeo.

Une dernière question... As-tu d’autres projets en vue ?

Oui ! Dom et moi allons nous remettre à écrire en février. D’ici là, il est bien possible que je fasse du théâtre de rue avec Zoé asbl et La Compagnie Lune et L’Autre. Je voudrais également tourner un ou même deux court-métrages avec le Tomalfro Collectif et continuer à faire du doublage bien entendu. Pour le reste, je laisse la Vie en décider.

Crédit photo : Kim Leleux et N. Jacquinet.

Propos recueillis par Jasmine Lesuisse

 

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