Lorette Goosse

À la fois drôle et tragique, Lorette Goosse brille dans son quatrième seule-en-scène à La Samaritaine. VOUS VOUS TROMPEZ : 12 textes inédits de 12 auteurs belges [1], interprétés avec dynamisme, justesse et optimisme ! À voir absolument !

- Comment présenter VOUS VOUS TROMPEZ ?

En comparaison avec mes précédents spectacles (NDLR : Oups sur les professions et Black & White sur le veuvage), Vous vous trompez est un titre plus fourre-tout. Avec ces textes, je voudrais montrer les faux-pas, les dérapages incontrôlés, les difficultés de la vie, la somme des faiblesses,… parce que si l’erreur est humaine, le rire est divin ! Je souhaiterais que les spectateurs réfléchissent à notre condition. Dans un monde aujourd’hui où l’on s’inscrit dans la performance, les hommes veulent à tout prix éviter l’échec. J’ai envie d’apporter de la bonne humeur et de faire rire à propos d’une réflexion qui est peut-être difficile au départ. Redonner de l’espoir lorsqu’une situation est bouchée.

Pourquoi ce titre ?

Au moment où je rêvais à un nouveau spectacle, il m’est arrivé ceci : j’étais dans un train bondé à une heure de pointe — cinq heures de l’après-midi — en direction de Charleroi. Nous étions serrés comme des sardines, dans un wagon normalement destiné aux vélos. Face à moi, il y avait un petit monsieur avec un attaché-case, vêtu d’un costume gris. Je me disais qu’il dénotait avec le reste des personnes présentes dans le wagon, toutes plus “j’en foutre” … Personne ne pipait mot. Le bruit du train. Soudain une sonnerie tonitruante de GSM éclate dans ce silence. Une femme répond : « Allô ! Allô ! Vous vous trompez ! Vous vous trompez ! » Elle raccroche et se penche vers son voisin : « C’est une erreur ! ». Tout ça avec un accent truculent… Bref, j’ai trouvé cette situation terriblement amusante et intéressante parce que j’avais justement envie de travailler sur les apparences.

Ce spectacle, tout comme Black & White et Oups, rassemble une dizaine d’auteurs belges (1). Comment échangez-vous ?

Je choisis le thème, un personnage et une situation. Ensuite, je demande à un auteur — en fonction de son univers — de faire un portrait qui sera intégré au spectacle. Le cadre est bien prédéfini et chaque auteur exploite différemment le thème tout en restant dans une logique d’homogénéité. À travers un portrait simple, je veux toucher le public, que chacun puisse se reconnaître. Les différentes formes d’écriture de ces auteurs renforcent également ce sens : certains spectateurs seront plus sensibles aux vers de Bernard Tirtiaux, d’autres à la langue tarabiscotée de Véronique Stas… J’ai envie de partager. Je vais vers les autres. Ça m’enrichit énormément de pouvoir dire la plume de plusieurs auteurs et j’ai toujours aimé les textes que l’on me proposait. En Belgique, c’est notre force : les artistes se côtoient et il n’existe pas de clivage entre les professions.

Comment sont rémunérés les auteurs ?

Par les droits d’auteur. C’est la SACD qui s’occupe de ça. Chacun des auteurs reçoit un pourcentage de la recette en fonction du minutage du texte.

D’où vous viennent toutes ces idées ?

Ça vient d’un ressenti, de ce que j’ai envie de dire, d’une réflexion,… L’acteur est toujours entrain de travailler et de décoder les situations qu’il observe. Parfois, j’assiste à des scènes de vie grotesques mais tellement vraies. Lorsqu’un sujet me titille, je ressens le besoin de l’exprimer. Je le théâtralise tout en essayant de rester plausible.

Quel est votre parcours ?

En sortant de l’I.A.D, j’ai joué des spectacles classiques (Molière, Marivaux, Shakespeare, Tchekhov,…) dans des grandes maisons. Parallèlement, je travaillais avec la cie Lazzi Cette compagnie rassemble un groupe d’amis qui s’était formé à l’I.A.D. On a eu envie d’écrire et To Be or Not fut notre première création collective dans laquelle nous retracions l’histoire du théâtre depuis Adam et Ève. Stéphane Stubbé (NDLR : que nous vous proposerons bientôt en interview) m’avait écrit un texte que je jouais pendant l’entracte. Ce monologue présentait une comédienne professionnelle qui dénigrait tous ses partenaires un à un. Finalement, on s’apercevait qu’elle était l’ouvreuse du théâtre ! J’avais une douzaine de minutes en solo et cela m’a vraiment grisée ! À la fois, j’avais très peur. Après, j’ai eu l’envie d’à nouveau monter seule sur le plateau, tout en sachant que je ne voulais pas que l’on me catégorise : je suis d’abord une interprète et j’ai aussi envie de partager la scène.

La période est donc idéale pour vous, puisque en plus de Vous vous trompez, vous serez sur scène dans Alessandro et Maria de Giorgio Gaber [2], au Festival de Spa cet été, et en novembre 2011 à l’Atelier Théâtre Jean Vilar. Vous jouerez également Une Époque Formidable avec la cie Lazzi en mars.

Oui, c’est idéal. Sauf, que c’est risqué car les employeurs peuvent t’oublier rapidement. Je pousse beaucoup les portes en communiquant mon envie de travailler aussi en groupe. Une autre réalité est mon physique de blonde légère, complètement dans l’apparence et qui n’a pas l’air très futée : on n’imagine pas me confier des rôles dramatiques. En travaillant seule, je m’autorise tous les genres. Avec Vous vous trompez, je souhaiterais montrer que je ne suis pas que blonde et sosotte.

Ce n’est pas évident de tenir, seule, un spectacle pendant 1h35’.

C’est vrai que tu portes tout sur les épaules, quelque soit ton état physique. Tu ne peux pas compter sur un partenaire pour te réconforter. Il faut être son propre moteur. Il n’y a que le travail qui te permette de vaincre ces difficultés : je répète énormément. Pour être armée, je dois connaître mon texte sur le bout des doigts. Quand je suis sur scène, mes sens sont aiguisés. L’échange se fait avec le public. Il entre en scène avec moi ; et même dans le noir complet, je perçois toutes les réactions : toux, rires, pleurs,…

Vous dégagez une grande énergie sur scène. Quels sont vos conseils pour garder la forme ?

Une vie saine ! Je mange à heures régulières, bois beaucoup d’eau et fais de la natation deux fois par semaine. Je me couche tôt et j’essaye, quand c’est possible, de faire une sieste de vingt minutes. En hiver, j’aime bien aller au sauna… Je dois ménager ma machine physique pour le travail, mais, également pour mes enfants.

Dans Vous vous trompez, vous chantez et dansez un peu.

Je “danseke” ! J’ai fait un peu de danse classique quand j’étais petite. Disons que je n’ai pas trop de mal à bouger et que je suis encore assez souple. J’aime chanter mais je ne suis pas une chanteuse professionnelle. J’essaye de ne pas chanter faux. On me dit que j’ai un joli timbre de voix…

C’est vrai.

Tant mieux ! Mais, je ne me destine pas à une carrière de chanteuse. Le public sait qu’il vient voir une comédienne et non un concert ou un ballet.

Vous êtes partie en tournée en France, en Suisse, en Polynésie Française et à Montréal avec Black & White. Comment fait-on pour vendre un spectacle ?

Avant tout, il faut y croire parce que cela est difficile. Il faut travailler beaucoup : je passe plus de temps dans mon bureau à faire de la promotion que sur le plateau. J’essaye de profiter de tout ce qui nous est offert aujourd’hui en matière de subsides. Cela permet de couvrir les frais de déplacements. Appeler les employeurs, les inviter, s’assurer qu’ils viennent sinon les rappeler,… Veiller à ce qu’ils aient reçu l’exemplaire du dossier qui avait pourtant déjà été envoyé… Les acheteurs sont très sollicités... C’est une quête sans fin. Il faut savoir se vendre. J’aimerais avoir un imprésario mais il y en a peu en Belgique. C’est dommage car je trouve que nous avons beaucoup d’artistes talentueux. À Montréal, par exemple, il y a trois émissions spécialisées diffusées tous les jours sur les ondes ! Alors qu’ils sont douze millions de francophones, comme nous ! Quelle force de porter leurs artistes ainsi ! Nous, les belges, sommes dans l’auto-dérision. C’est un phénomène culturel. C’est génial ! J’adore ça ! Mais, nous n’avons pas souvent une très bonne opinion de notre travail. Notre grand esprit critique nous oblige à la remise en question, à la recherche des difficultés. C’est ce qui fait que nos spectacles sont si bons ! À l’étranger, on soulève spécialement la richesse de nos auteurs, la qualité de nos interprètes et notre maîtrise technique.

La reine Fabiola est un personnage récurent dans vos spectacles. Pourquoi ?

Parce qu’elle est espagnole ! (NDLR : Dans cet extrait du spectacle, le personnage remplace tous les lettres B par des V et vice et versa.) L’une de mes grandes amies, espagnole, parle comme ça ! Nous nous sommes rencontrées sur un tournage et je me rappelle, qu’un jour, elle avait dit : « Je bou ai apporté des vonvons, comme disait Jacques Vrel » ! J’aime les jeux de langage et le public aussi. Par contre, à Montréal, le référent espagnol fonctionne moins bien. Fabiola est un personnage prétexte pour le jeu de langage. À Paris notamment, pour Black & White, un critique avait mentionné cette veuve espagnole sans même reconnaître qu’il s’agissait d’une personnalité royale !

Quelles sont vos envies ? Que peut-on vous souhaiter ?

J’ai envie de faire du cinéma, de jouer des films comme ceux d’Elisabeth Taylor. Giant par exemple ou Qui a peur de Virginia Woolf ?,… Faire du cinéma moins technique qu’aujourd’hui. Interpréter un rôle dramatique comme Coluche dans Tchao Pantin ou Meryl Streep dans Kramer contre Kramer. J’aimerais trouver un producteur qui financerait mes spectacles à Paris. Conserver ma santé et mes envies.

Merci Lorette, tous nos bons vœux pour 2011 (c’est de saison !)

- Interview : France Pinson - 12 janvier 2011
- Photos : Jacques Marsa


Où et quand retrouver Lorette Goosse :

- Émission Sans Chichis  : Vendredi 21 janvier sur la RTBF-La Deux à 17h00
-  Vous vous trompez  : Du 25 janvier au 5 février à La Samaritaine (sauf dimanche et lundi) Le 04 mars à Nivelles et le 18 mars à Durbuy
-  Une Époque Formidable  : Le 31 janvier à 20:30 au Cercle Sportif et Culturel Pôle Nord, 208 Chée d’Anvers à 1000 Bruxelles
-  Alessandro et Maria au Festival de Spa en août 2011 Reprise à l’Atelier Théâtre Jean Vilar en novembre 2011

[1] Dominique Bréda, Patrick Chaboud, Bernard Cogniaux, Christian Dalimier, Lorette Goosse, Marie-Paule Kumps, Jean-Louis Leclercq, Layla Nabulsi, Evelyne Rambeaux, Véronique Stas, Bernard Tirtiaux

[2] avec Angelo Bison dans une traduction et mise en scène de Pietro Pizzuti

 

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