Jean-Claude Frison

Avec Le Diable Rouge [1], sa dernière pièce en tant que "comédien à l’année" au Théâtre Royal du Parc, Jean-Claude Frison part à la retraite, mais n’ayez crainte, tel Mazarin – son dernier rôle – il nous reviendra ...

Pouvez-vous nous parler de cette pièce : Le Diable Rouge ?

C’est une pièce d’un auteur français contemporain : Antoine Rault qui a été créée à Paris au Théâtre Montparnasse en 2008 avec Claude Rich dans le rôle titre. Antoine Rault est d’ailleurs venu assister à des répétitions ici pour la création en Belgique. C’est une comédie politique sur Mazarin à la fin de sa vie. Le cardinal achève l’éducation du jeune roi Louis XIV qui tombe amoureux de Marie Mancini, la nièce de Mazarin. C’est une pièce sur le pouvoir, sur le comportement des oligarchies comme on en trouve dans le monde, dans les industries, dans les banques.

Et vous serez Mazarin ?

Oui, je joue le rôle de Mazarin avec un accent italien puisque Mazarin avait un accent italien épouvantable : il n’arrivait pas à dire les U, c’étaient des OU. Il avait d’ailleurs un problème de communication au Parlement et avec tout le monde, puisqu’à un moment il a quand même dû fuir, mais comme il était très malin, par je ne sais quelles entourloupes, il revenait toujours aux commandes du navire, qui était la France à cette époque.

Avec Le Diable Rouge, c’est le rideau rouge qui va s’abaisser pour vous, puisque votre contrat "à l’année" avec Le Parc se termine à la fin de cette saison.

Oui, après tant d’années, il faut bien qu’on s’en aille un jour. C’est la retraite comme on dit... Pas pour le métier parce que ça va, j’ai des engagements un peu partout, mais je ne serai plus lié à l’année au Parc comme je l’avais aussi été précédemment au Théâtre National. Ce sont les deux seuls théâtres où j’ai exercé ma profession avec un contrat à l’année.

C’est un avantage ou un désavantage ?

En Belgique c’est un avantage ...

Vous êtes le dernier dinosaure à profiter de cela ?

Oui, je suppose qu’un jour on me mettra dans un musée de l’art dramatique ☺

Serait-il souhaitable qu’on y revienne ?

Ce qui était bien, par exemple quand on avait la troupe du Théâtre National, c’est qu’on était une vingtaine de comédiens "à l’année". C’était le cas aussi pour le Parc et les Galeries, mais petit à petit ils ont dû abandonner ce système... faute d’argent sans doute. Je ne sais pas, c’est un mystère. Ça ne sert à rien de demander des explications puisqu’on n’y comprend jamais rien... Ce sont les directeurs qui décident ou alors les gens qui s’occupent de distribuer le fric... à leurs amis... hé hé .. mais la profession peut en pâtir, et c’est d’ailleurs toujours ce qui se passe.

Est-ce que le fait que vous arrêtiez en même temps qu’Yves Larec – qui cède la direction du Théâtre du Parc à Thierry Debroux – va changer beaucoup dans l’organisation, le choix des pièces etc. ?

Je ne sais pas, je ne suis pas dans la cuisine. Je n’ai jamais posé ma candidature pour quoi que ce soit et je ne m’en mêle pas. Je laisse aux directeurs le soin d’en discuter parce que ce sont eux qui doivent gouverner leur navire ; alors on accepte ou on n’accepte pas leurs visions. Moi je pense que je les toujours acceptées À l’époque où j’étais au Théâtre National, j’étais très proche de Jacques Huisman. On est devenu amis, et puis après, j’ai suivi Yves Larec au Parc et on est toujours bons amis... et si on s’en va au même moment, c’est parce qu’on est tous les deux retraités. Mais je ne me suis jamais mêlé de quoi que ce soit en ce qui concerne la direction. Je n’ai de conseil à donner à personne, je fais mon métier d’acteur... il est vrai en râlant souvent, parce que c’est un pays tout de même où la profession... On ne peut pas parler vraiment de culture dans ce pays qui n’en a pas... Je veux dire, qu’étant déjà divisé en 2 avec Flamands et Wallons, on ne sait pas très bien ce qu’on entend par "culture belge". Dans le théâtre c’est pareil, on est un peu attiré par le théâtre anglais, un peu par le théâtre allemand, puis esclave du théâtre français et forcément, il y a des centres culturels qui accueillent tout le temps des Français, et même rarement des Belges. Mis à part quelques uns, les théâtres ne font plus de tournées, tout cela est bloqué. C’est une marche arrière par rapport au moment où j’avais débuté dans le métier. Mais déjà j’avais peur de tout cela. C’est pour ça que je suis bien resté "à l’année" dans un théâtre, parce qu’on peut avoir des surprises dans ce pays.

Il y a quand même des théâtres qui font des tournées, il y en a même ; comme René Bizac qui partent directement en tournée ...

Je ne dis pas qu’il n’y a plus de tournées. Il y en a même qui ne font que cela, mais je pense que les grands théâtres, enfin ceux qui ramassent le fric de l’État, comme le Parc, le National, ou les Galeries ont arrêté les tournées... Bon ils en font de temps en temps, ils ont des semaines de fête,. En fin de compte, je pense que nous, dans les soi-disant grandes maisons, on a laissé tomber beaucoup de choses... Je me demande ce qu’on fout avec le fric, parce que ou bien on n’en donne pas assez aux théâtres pour pouvoir subvenir à leurs besoins, ou bien alors il y a un manquement culturel qui est dû probablement à l’argent.

Quels sont votre meilleur et votre pire souvenirs ?

Mon meilleur souvenir ? Mais c’est toutes les pièces que j’ai jouées. Les mauvais souvenirs ce sont toujours les pièces qui sont ratées ; où on se dit : Merde, là c’est loupé ! Que ce soit par la faute du metteur en scène ou par la faute d’un acteur, c’est une mayonnaise qui n’a pas pris, ou alors une pièce qui ne plaît pas au public.

Un fait particulier ?

Non, il n’y a pas de fait particulier. Mais des bons souvenirs j’en ai. Dès qu’une pièce est agréable à jouer. Les mauvais souvenirs c’est quand il y a beaucoup de choses qui se suivent et qu’il faut sauter d’une pièce à l’autre. Bien sûr cela fait partie de la profession, mais c’est fatiguant. Les mauvais souvenirs sont souvent liés à une sorte de fatigue.

Quel effet cela vous fait de devoir partir à la retraite ?

C’est de se dire qu’on a 30 ans et puis tout à coup qu’on en a 60. On s’y fait ... tout en ne s’y faisant pas.

Est-ce c’est un peu comme Tchang qui disait à la fin du Lotus Bleu qu’il avait un arc-en-ciel dans son cœur ?

Oui, absolument. Je ne suis pas triste, parce que je ne quitte pas la profession, mais je quitte un théâtre... et j’y reviens d’ailleurs, mais plus comme comédien "à l’année" cette fois...

Ah, vous jouerez encore au Théâtre du Parc ?

Oui la saison prochaine.

On peut en savoir un peu plus ?

C’est une pièce que Thierry Debroux, le nouveau directeur, a écrite pour Michel de Warzée, Larec et moi ... les vieux cabots (rires)

Et ça s’appellera Les Vieux Cabots ?

Non, il l’a appelée Les Cabots Magnifiques [2]

Et qu’avez-vous comme autres projets de théâtre ?

J’ai d’abord un projet aux Galeries [3] et puis un autre projet chez Léonil McCormick à La Valette [4], ce qui fait déjà 3 pièces et cela me suffit amplement.

Ce sera un peu moins fatiguant alors ?

Trois ou quatre pièces c’est ce que j’ai d’habitude, mais c’est beaucoup parce que c’est quand même à peu près 2 mois de représentations et 2 mois de répétitions, donc ça remplit toute l’année

Et avez-vous d’autres projets, mais de vie cette fois ?

Je souhaiterais aller habiter dans le Sud de la France, dont mes parents sont issus. Dans la Drôme ou plutôt dans l’Aude et regarder là-bas les choses pousser, ne plus rester enfermé entre 4 murs et des "planches" ... et respirer.

Vous êtes Français ?

Ma mère est française, mon père est belge.

Si vous pouviez formuler des souhaits pour le théâtre en Belgique ?

Eh bien il faudrait d’abord que les politiciens chargés de la culture le fassent convenablement. Il y a eu un ou deux ministres qui étaient parfaits, comme Pierre Hazette par exemple, mais malheureusement personne ne reste jamais longtemps en poste. C’était un très bon Ministre. Le problème en Belgique c’est que personne ne s’intéresse vraiment au théâtre. On vient voir ici des titres de pièces, mais on ne vient pas voir des acteurs comme par exemple en France. On n’a pas beaucoup de considération pour les acteurs parce qu’on ne sait pas qui ils sont, et je crois que c’est un peu dommage. Il n’y a pas ce culte de l’acteur. On va voir Cyrano, on va voir Calligula, où on va voir L’Avare, mais on ne va pas voir des acteurs. Tandis que les Français ou même les Belges vont voir des acteurs français et quelque fois belges aussi "vus à la télé", comme on dit . Et alos là ils sont passionnés parce que – même si c’est mauvais – ils l’ont vu à la télé, et alors, ils veulent le voir en réalité.

Je ne suis pas d’accord parce que de mon expérience, il y a beaucoup de Belges qui vont voir des acteurs belges qu’ils ont aimés

Moi, c’est mon opinion en tout cas. C’est possible, mais je n’ai pas cette impression

Est-ce que vous n’êtes pas biaisé par le public – souvent des abonnés – du Théâtre du Parc ?

Non, parce que le public c’est le public. Peut-être est-ce le cas quand j’ai un rôle chez mon vieil ami à La Valette, où je vais jouer de temps en temps...

Parce que même quand vous étiez engagé "à l’année" il vous était permis de jouer ailleurs ?

Bien sûr ! Mon cachet est réparti sur toute l’année

Donc même quand vous ne jouez pas en été vous étiez payé ?

Ah oui, parce qu’on "appartient" à la Maison...

Et alors, qu’est-ce qui arrive lorsque vous jouez à La Valette ?

On me paye aussi à La Valette et je cumule (rires) mais je paye des impôts comme n’importe quel ministre qui cumule une autre fonction...

Je vois dans votre loge pas mal de livres, vous lisez beaucoup ?

Oui, surtout quand j’ai le temps ! Et même quand je n’ai pas le temps ☺ !

Et vos préférences vont vers quelle littérature ?

Oh toutes les littératures. Aussi des livres d’histoire par exemple

Vous avez approfondi vos connaissances sur Mazarin et son époque ?

Oui, il y a pas mal de bouquins sur le sujet que je suis en train de lire pour le moment

Vous vous en imprégnez ?

Pas trop quand même ☺

Vous allez devoir quitter cette loge N°5 avec tous ses souvenirs et on vous souhaite le meilleur avec ce nouveau tournant de votre carrière. Et peut-être finirez-vous par me donner raison, si dorénavant on se déplace pour aller voir Frison ☺ !

Merci pour cette interview Monsieur Frison !

Interview : Nadine Pochez 2 février 2011

[1] Du 24 février au 2 avril 2011 – Réservations : 02 505 30 30

[2] « Les Cabots Magnifiques » de Thierry Debroux – Mise en scène : Georges Lini – Avec : Yves Larec, Michel de Warzee, Jean-Claude Frison, Marie-Paule Kumps, Françoise Oriane… – Représentations du 19 avril au 19 mai 2012.

[3] Le Vicaire (Amen) de Rolf Hochhuth au Théâtre Royal des Galeries du 26 octobre au 20 novembre 2011

[4] Voyages avec ma Tante, d’après le livre de Graham Greene – avec Jean-Claude Frison, Bruno Georis, Leonil McCormick et Bernard d’Oultremont. Pour les fêtes de fin d’année - dates à préciser

 

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