Janine Godinas

Sublime Mimi dans Mort de Chien, qui dirait que Janine Godinas fut rejetée lors de son passage au Conservatoire de Bruxelles ? Avec pas moins de deux Èves, elle continue à briller sur les scènes belges et françaises !

J’ai assisté au Rideau de Bruxelles, à cette Première de MORT DE CHIEN de Hugo Claus où pendant toute la pièce, Mimi – cette femme pathétique que tu incarnes – se promène en traînant Puma, son chien mort…. C’est un drame et pourtant on rit beaucoup.

As-tu eu l’occasion de rencontrer Hugo Claus ?

Je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer Hugo Claus. Je trouve que c’est un poète important pour nous. Et pour moi, il reste quand même l’homme qui a aimé la Belgique, qui l’a détestée, qu’il a fui et qui lui est revenu. Je trouve que dans Mort de Chien, il donne une jolie métaphore de la Belgique… qui se situe dans un bordel (rires), mais dans une maison de passe qui renferme de la pureté. Parce que je crois que pour Hugo Claus, toute sa vie tourne autour de la pureté. C’est un homme qui aimait beaucoup les belles femmes et qu’il ait introduit cette pureté dans cette maison close …“Claus” ! ça m’a passionné.

Quel est ton regard sur la mise en scène de Philippe Sireuil ?

Je trouve que Philippe a fait un beau travail, proche de Lynch, proche de la peinture, proche du Désir et de la Mort. Le titre d’ailleurs est éloquent : la Mort est omniprésente, mais aussi le Désir et la Pureté… et tout au long, moi je véhicule ce chien mort comme un bébé son doudou… J’ai aimé cette pièce d’emblée. Et j’aime aussi mon personnage parce que Philippe n’en a pas fait une tenancière de bordel caricaturale et folklorique mais bien une femme qui n’a pas eu la vie qu’elle aurait voulu, une femme qui s’est retrouvée là par la force des choses. Même si elle fait rire, je crois que c’est une femme très blessée

Ce qui fait rire, ce ne sont pas les personnages en tant que tels, c’est le texte de Hugo Claus, ses sarcasmes, son esprit cynique dans les répliques.

Oui c’est une défense. Tous les personnages sont profondément blessés, écorchés par la vie. Par le fait de se retrouver là où ils n’ont pas envie d’être avec cette Mort qui plane encore depuis l’assassinat de cette autre femme du bar voisin. Bien que ce ne soit pas clair à la lecture de la pièce, bien que la mort de cette Janine reste un mystère qui ne sera pas élucidé, Philippe n’a aucun doute sur l’identité de l’assassin (mais laissons le public le découvrir)

C’est aussi la Belgique, lorsque Claus dénonce le mensonge, la corruption, l’hypocrisie des nantis, et une injustice à la fin de la pièce ?

C’est dans la métaphore. C’est comme cela que Claus, l’anarchiste, fustige le Pouvoir et la Religion. Ici c’est le pouvoir du policier, un policier qui cite Ezéquiel. Tout au long des répétitions, Philippe nous a nourri d’éléments divers, et puis comme il dit : “maintenant, chacun prend son panier et fait son jardin”. Finalement, à chacun, sa propre interprétation. La pièce a été écrite en 1982 et elle a été jouée au National en 1987-88 dans une version tout à fait naturaliste de Robert Cordier. Dans l’interprétation que nous donnons, il y a cette distanciation qui souligne la métaphore … Philippe ne voulait absolument pas du folklore des prostituées, et il a fait quelque chose de très dessiné où il n’ y a plus que le langage et l’émotion qui comptent.

Il faut dire qu’aujourd’hui, on pose un regard différent sur la prostitution

Oui, ce qu’on voit dans cette pièce n’est évidemment pas ce qu’on y voyait, il y a 30 ans.

Je crois que tu travailles depuis longtemps avec Philippe Sireuil

Oui, j’ai travaillé pratiquement dès qu’il est sorti de l’INSAS. Il avait d’abord monté un premier spectacle qui s’appelait Virage, et puis il a monté Haute-Autriche de Franz-Xaver Kroetz dont j’ai fait partie ainsi que mon mari Gil Lagay. C’était donc aux tout débuts du Théâtre du Crépuscule qu’il avait créé. Nous avons joué dans plusieurs pièces avec cette compagnie dont L’Entraînement du Champion Avant la Course de Michel Deutsch qui a eu un succès immense. On peut dire que cette pièce a vraiment lancé Philippe Sireuil comme metteur en scène. Puis toujours dans le cadre du Théâtre du Crépuscule, il y eut : Une Conversation chez les Stein sur Monsieur Goethe Absent, mais ça c’est mon mari qui l’avait mis en scène…

Et c’est ça qui t’a valu une première Ève du théâtre en 1981 !

C’est à cette époque-là que je m’étais dit que j’allais arrêter le théâtre parce que j’en avais un peu assez, mais je te passe les détails… Et, chose invraisemblable, j’avais un ami à Paris qui était comptable pour Gildas Bourdet, lequel venait de créer une compagnie – le Théâtre de La Salamandre – et cherchait des comédiens pour en faire partie. Cet ami lui a proposé de prendre contact avec moi, disant que j’étais une comédienne belge qu’il appréciait … C’est ainsi qu’après nous être rencontrés et avoir parlé ensemble pendant une heure, Gildas Bourdet m’a appelée pour me dire qu’il m’engageait avec un contrat à durée indéterminée si j’acceptais de venir habiter à Lille avec ma famille : faire des allers-retours eut été impensable parce qu’il y avait beaucoup de travail (et il engagerait aussi mon mari avec des contrats à durée déterminée). Nous sommes donc allés vivre à Lille, et en effet, on travaillait énormément. Gildas Bourdet était quelqu’un qui écrivait pour ses comédiens. C’est comme cela que j’ai joué dans plusieurs des pièces qu’il avait écrites notamment dans Le Saperleau (qui a tourné pendant 4 ans et qui a été joué à l’Atelier Sainte-Anne [1] et puis d’autres pièces qu’il a écrites également pour ses comédiens comme : Une Station-Service, Les Crachats de la Lune… Et puis Gildas a dû arrêter sa troupe à Lille pour aller sur Paris, où nous l’avons suivi. Mais je n’aimais pas Paris et finalement, nous n’y sommes restés que quelques mois… Bien plus tard, en 1997 Gildas Bourdet – nommé entre temps à La Criée / Théâtre National à Marseille – m’a encore rappelée pour me demander de jouer Adam et Ève de Jean-Claude Grumberg dont il assurait mettre en scène.

Lorsque nous sommes revenus en Belgique, j’ai directement pu retravailler avec Sireuil. Pour moi, il est non seulement un ami, mais aussi un des meilleurs metteurs en scène qu’on ait ici, parce que c’est quelqu’un de rigoureux, qui projette les choses, qui a une vision de ce qui m’intéresse. J’aime beaucoup cet homme et j’aime beaucoup ce qu’il fait.

Et en 1998 pour l’interprétation du Café des Patriotes de Jean-Marie Piemme dans une mise en scène par Ph. Sireuil au Varia, tu recevais ton second Prix du Théâtre … Chapeau !

À côté de cela tu as aussi signé plusieurs belles mises en scène !

Word - 35.5 ko

Oui, mais je ne suis pas du tout une faiseuse d’images. Tout a commencé parce que je devais faire une lecture des Yeux Inutiles de Jean-Marie Piemme avec mes élèves de l’IAD. Et je me suis dit que faire une lecture de pièce ça ne leur servirait pas à grand chose, que les pièces qui passent en lecture sont rarement montées ensuite, et qu’il valait peut-être mieux carrément la jouer. C’est comme cela que j’ai décidé de monter Les Yeux Inutiles qui a finalement été jouée au Varia. Or dans cette pièce, il y a un dialogue qui m’a passionné entre Goethe et Kleist… alors je me suis plongée dans l’étude de ce dramaturge romantique qu’est Heinrich von Kleist … Voilà comment, de fil en aiguille, j’ai monté La Cruche Cassée… au Varia [2]. Quelques années plus tard [3], je suis tombée sur Tatouage, une pièce de Dea Loher qui traitait de l’inceste. Et comme ce sujet me passionnait, je l’ai également montée au Varia avec entre autres Alexandre Trocki qui a eu le Prix du meilleur comédien année-là [4] Alors c’est vrai, j’ai fait quelques mises en scène sur des sujets qui me plaisent et que j’aime bien traiter ou alors pour des gens que j’aime bien, mais je ne me considère pas comme metteur en scène pour autant…. J’ai encore mis en scène Cosmétique de l’Ennemi d’Amélie Nothomb, Marrakech de Paul Pourveur et maintenant je travaille sur un texte de Geneviève DamasSTIB – bien connue pour ses « Molly »

Je te trouve bien modeste au sujet de tes mises en scène, quand on sait que presque toutes les pièces que tu as montées ont fait l’objet d’une tournée et aussi d’une ou plusieurs reprises la saison suivante … Mais parlons plutôt de cette nouvelle mise en scène à laquelle tu t’attaques !

Word - 27.5 ko

STIB (Suite de Trajets Infrahumains Balisés) sera créé lors du 50ème Festival de Spa au mois d’août, avec pour interprètes l’auteure – Geneviève Damas – et Isabelle Defossé. Ensuite, la pièce sera jouée au Blocry à Louvain-la-Neuve et puis pour les Fêtes de fin d’année au Public. (voir document en annexe).

Encore d’autres projets ?

En janvier 2010, j’enchaîne comme comédienne au National dans Le Cid dans une mise en scène de Philippe Sireuil. Et enfin, je vais sans doute faire partie d’un spectacle de René Georges qui va monter le Barbe-Bleue de Dea Loher pour le Théâtre de Namur avec Denis Lavant, un comédien français qui fait pas mal de cinéma…

Eh bien justement, parlons de cinéma puisque tu as aussi joué dans des films...

Oui mais très très peu et je n’aime pas ça ! Il y a une grande différence entre théâtre et cinéma : ce n’est pas du tout le même métier. D’abord au théâtre on répète beaucoup, on travaille dans la continuité d’un rôle, ça demande un tout autre type de précision dans le jeu et je pense que vocalement ce n’est pas non plus la même chose. Au cinéma, il arrive que les comédiens marmonnent et parlent entre leurs dents. Si tu fais cela au théâtre, on ne te comprend pas. Inversement, il paraît que si tu es habitué à bien articuler pour le théâtre, ça ne passe pas bien dans les images d’un film, surtout les gros plans … Ceci dit, faut-il des cours d’interprétation spécifiques pour le cinéma ? Personnellement, je ne le crois pas. Je crois qu’il faut que le comédien comprenne bien ce que le cinéma est : pas question de faire des mouvements de mâchoires, tout se passe dans le visage.. Non, il ne faut presque rien faire au cinéma. Tandis qu’au théâtre tu as la distance, tu as la salle et toute une infrastructure qui fait que ce n’est pas di tout le même métier. Moi je n’aime pas le cinéma. Je n’en ai pas fait lorsque j’étais jeune parce que je n’avais pas le physique adéquat et puis plus tard, surtout lorsque j’étais en France, et comme j’avais un agent, j’ai eu de petits rôles, mais ça ne m’amusait pas… je trouvais qu’on perdait son temps… on attendait 6 heures pour tourner 5 minutes ! Par contre, je crois que quand on a commencé jeune à faire du cinéma, on doit pouvoir aimer ça.

Il est une question récurrente parmi les gens que j’interviewe et qui comme toi sont dans l’enseignement : il semble qu’il y ait un vrai problème en Belgique, à savoir qu’il y a un trop grand nombre de nouveaux diplômés en théâtre chaque année par rapport aux possibilités limitées offertes sur nos « planches ». Est-ce que le cinéma (en Belgique ou en France) peut leur offrir … une « planche de salut » ?

Bien sûr qu’il y en a trop. Il y a entre 80 et 100 nouveaux diplômés toutes écoles confondues et sur ces 100, il y en a peut-être 10 qui vont avoir du travail

Quelle serait la solution ?

Je ne sais pas, parce que pour moi – c’est mon analyse, et qui n’est pas forcément la bonne - je crois qu’on vit une période économique difficile, que avec le cinéma beaucoup de jeunes croient que c’est facile, qu’on peut devenir star avec une bonne gueule… c’est un peu le phénomène Star Academy… ils se ruent tous là dedans… Moi j’ai eu des gamins à qui je posais la question : Mais qu’est-ce que tu viens faire ici ? et qui me répondaient qu’ils avaient été recalés en agronomie. Alors je leur explique que faire du théâtre c’est un choix de métier, que ce n’est pas pour aller faire le rigolo sur les plateaux ou au cinéma. Que c’est un vrai métier et un métier très dur… et qu’en plus il faut une santé de fer…

En effet, difficile de se porter malade dans ce métier-là quand on doit jouer tous les soirs.

Oui et pas seulement physiquement ! psychiquement aussi c’est dur.

Donc, d’une part il y a un grand nombre de mômes qui s’inscrivent, et d’autre part les écoles qui les acceptent. Je trouve que les écoles ne devraient pas en prendre tant… On dit que ce n’est pas vrai, mais si on y réfléchit bien il y a aussi une question d’argent… Les élèves paient un minerval, dans le meilleur cas l’Etat supplée par élève … mais ça fait toute la différence si tu dois payer les profs et l’école avec le minerval de 10 plutôt que de 20 étudiants ! Ce n’est qu’un des aspects, mais un aspect important… Je crois qu’on devrait être beaucoup plus sévères parce que, en fin de cursus, on laisse beaucoup de gens sur le trottoir. C’est d’ailleurs le cas aujourd’hui dans beaucoup d’autres branches.

Tu as donc été professeur d’interprétation à l’IAD, mais aussi à l’École Nationale de Théâtre de Strasbourg

van Kessel et Sireuil donnaient également cours là-bas, mais moi je n’y suis restée que 3 mois car du point de vue des distances c’était ingérable.

L’enseignement, au départ je n’y croyais pas, et pourtant je suis restée pendant 20 ans à l’IAD ! Ça s’est passé comme cela : Armand Delcampe est venu me trouver alors que j’habitais encore à Paris, et il me dit qu’il aimerait bien avoir une femme pour enseigner, parce qu’il n’y avait pas encore de femme à l’IAD à ce moment-là : “Tu vois, une femme c’est autre chose… j’aime bien ce que tu fais, j’aime bien le jeu que tu produis , et est-ce que tu pourrais venir enseigner à Louvain-la-Neuve ?” Et je lui ai répondu que je voulais bien essayer, mais que c’était tellement loin de moi … je n’ai rien à leur apprendre … (!!!) Donc je fais ma première année à l’IAD et ils m’ont directement donné un exercice de 4ème, c’est-à-dire qu’il me fallait préparer avec eux l’examen de fin d’études, alors j’ai fait L’Échange de Paul Claudel, et ça a magnifiquement bien marché. Le contact avec les élèves a été formidable et ça m’a plu… donc du coup j’ai continué pendant 20 ans. Et je te dirais même que l’enseignement m’a passionnée parce que c’était un échange. Je n’avais pas grand chose à leur apprendre, à leur transmettre, sauf l’amour que j’ai de ce métier que j’ai en moi depuis que je balbutie. Et à côté de la technique évidemment, c’est surtout ça que j’ai voulu partager avec les jeunes. Pour moi le théâtre, c’est l’art des émotions. Comment les faire passer dans un texte, sans sentimentalisme, avec intelligence et don de soi… et voilà, ça m’a passionné de faire cette route-là avec eux. Et eux, parfois ils me faisaient des choses, que je me disais : Comment font-ils ? Ils me faisaient des choses parfois tellement justes… comme ça, instinctivement. C’était un bon mélange pour moi, déjà depuis longtemps dans ce métier de retrouver une sorte de pureté. Les contacts avec les élèves étaient excellents ; j’ai eu des élèves qui sont vraiment bien aujourd’hui comme par exemple Itsik Elbaz, qui est un comédien absolument fabuleux. Alors là, tu vois, quand tu as eu un élève comme ça, avec une telle emprise l’un sur l’autre, là c’est magnifique. C’est un garçon qui était déjà formidable à l’école : intelligent, sensible et puis il aime ce métier pour le métier que c’est, et pas pour la gloriole. Pour moi l’humilité est une des grandes qualités qu’il faut pour faire du théâtre…

Tu parles de justesse dans le jeu, et précisément, en préparant cette interview et en lisant des avis de critiques professionnels, je me suis rendu compte que – au delà des superlatifs qualifiant ton jeu – on se plaisait très souvent à souligner le Ton Juste de ton jeu. Comme si le rôle avait été écrit justement pour toi et qu’on ne pouvait imaginer une autre vision du jeu, Comment réagis-tu à cela ?

Ça me fait évidemment plaisir ! C’est peut-être dû à la manière de travailler. C’est-à-dire que ce métier-là demande beaucoup de travail. Comment dire ? C’est une sorte d’alchimie… entre ce que tu sens et ce qu’on va te demander de faire. Prenons par exemple Gildas Bourdet qui est un metteur en scène sévère et rigoureux ; quand tu fais quelque chose très facilement, il te dit : ça tu sais très très bien le faire, donc je ne veux pas le voir, vas chercher autre chose… Ça c’est ce que j’appelle un BON metteur en scène, quelqu’un qui t’oblige à travailler, à te dépasser… Quand tu reçois ton texte, tu as déjà une idée de ton personnage et puis tu tombes sur un metteur en scène qui te dit : Ah non, moi je ne le vois pas du tout comme cela. Alors mon travail c’est de faire ce qu’il me demande de faire ET faire ce que je veux faire… ce qui fait que je travaille énormément. J’arrive texte su – au rasoir ! – avec mes idées que je propose… quand on les rejette et qu’on m’en donne une autre, je trafique la nuit en rentrant chez moi. Je n’ai pas de personnage au début, je travaille uniquement sur le texte, c’est le texte qui me guide à être. Voilà je travaille comme cela, mais je le répète, je travaille é-nor-mé-ment… Voilà, on est mardi, je vais jouer ce soir et je vais redire mon texte peut-être 10 fois encore. Pour ne plus devoir penser du tout à ce que je dis. En fait, j’aime bien être dans des physiques très différents. Quand tu joues L’Échange de Claudel, ce n’est pas la même chose que le Café des Patriotes, Kermesse, ou Mort de Chien : chaque personnage a sa façon de parler : est-ce que c’est rapide, est-ce que c’est lent. Et voilà c’est cette alchimie-là que j’aime.

Tu sais, moi du théâtre, j’ai voulu en faire depuis que je suis petite. Tu vois sur cette photo, la petite fille au milieu ? c’est moi. Et je suis Barbe-Bleue là justement. J’avais décidé de « monter » Barbe-Bleue et je jouais Barbe-Bleue avec mes femmes (rires). Voilà, le théâtre c’est ma vie, pourtant mes parents ne faisaient pas cela du tout, mon père était comptable et ma mère cuisinière dans un resto, parfois cuisinière, parfois femme de ménage… donc je viens d’une famille modeste vivant au bord de la Meuse et à 1000 lieues de cela. Et tout ce que je peux dire c’est que pour arriver, il faut beaucoup travailler !

En fait tu as fait tes études au Conservatoire…

… de Bruxelles. Lorsque j’avais 14-15 ans j’étais au Conservatoire de Namur et puis je suis venue à Bruxelles… Mais au Conservatoire de Bruxelles ils m’ont jetée … ils n’ont pas voulu que je continue en me disant que je n’étais pas faite pour le théâtre et que je n’avais pas un bon physique… donc je n’ai même pas de diplôme …

Ah bon ? (rires) Ils t’ont jetée, toi !

Oui, et en revanche, j’ai continué les cours de déclamation avec Georges Génicot, et c’est lui qui m’a tout appris en fait… en tout cas il m’a appris beaucoup de choses. Lui et aussi un metteur en scène italien qui s’appelait Orazio Costa, fondateur de la Methodo Mimico. J’ai fait une rencontre avec lui, tout à fait exceptionnelle : je jouais Titania dans Le Songe d’une Nuit d’Été au Rideau de Bruxelles [5]. C’est lui qui m’a appris – comment dire ? – qu’il fallait que les mots passent par le corps. Ce qu’il nous faisait faire était tout à fait remarquable. D’ailleurs, j’ai pris beaucoup de sa technique moi-même pour l’école… Écoute les mots comme ils sont beaux. Quand tu dis AMOUR, c’est beau, c’est rond, tu dis SOLEIL et ça devient éclatant. Les mots sont passés par ton corps.

Word - 32 ko

À ce propos, il y a un très beau livre du philosophe Trân Duc Thao : Recherches sur L’Origine du Langage et de La Conscience. Ce livre m’a littéralement fascinée, lorsque j’avais une vingtaine d’années, et il m’a aussi influencée par la suite. En beaucoup de pages, il nous explique comment et pourquoi le premier mot que l’homme a sans doute dû prononcer c’est REGARDE. Le mot d’un chasseur à un autre pour désigner la chose-cible. Et ce mot vient de l’instinct et il suit le geste du corps. C’est peut-être de là que vient la justesse. Mais ce qui est sûr, c’est que si je dois dire quelque chose et que je n’ai pas le corps, ça ne va pas.

Ta plus grosse difficulté au théâtre c’est quoi ?

Tout est difficile pour moi. À partir du moment où tu ne te contentes pas de dire le texte, tout est difficile. J’ai fait beaucoup de choses, j’ai même joué au Vaudeville dans des pièces complètement folles…

Et tu fais aussi partie de Kermesse qui continue à tourner et cartonner avec cette joyeuse bande de rigolos [6]

Ah oui, j’adore... et c’est drôle… On le reprend d’ailleurs en juin à Namur !

Tu as un souhait, un vœu ?

Garder une bonne santé pour pouvoir jouer encore très longtemps…

… pour notre plaisir, à nous tes spectateurs. Merci Janine, pour l’interview mais aussi pour le plaisir que tu nous offres à si bien nous divertir.

Interview et photo-logo : Nadine Pochez 28 avril 2009
- Crédits photo "Mort de Chien" : Daniel Lokus

On peut aller applaudir Janine Godinas, entre autres …

du 25 avril jusqu’au 27 mai 2009.au Théâtre du Rideau de Bruxelles dans MORT DE CHIEN de Hugo Claus

du 9 au 14 juin 2009 dans la Cour de l’Institut Notre-Dame de Namur dans KERMESSE avec la Cie Victor B,

du 7 au 24 janvier 2010 au Théâtre National dans LE CID de Corneille m.e.s de Philippe Sireuil

etc…

Et pour sa mise en scène de S.T.I.B. de Geneviève Damas (voir détails dans document annexé) (du 20 au 22 août à 18 heures au Festival de Spa – Salon Gris (du 8 au 23 octobre au Théâtre Jean Vilar - Blocry (du 11 novembre au 311 décembre au Public – Salle des Voûtes

[1] actuellement Les Tanneurs

[2] 1996

[3] 2001-2002

[4] 2002

[5] 1969-1970

[6] Mise en scène de Jean-Michel Frère avec en plus de Janine Godinas : Philippe Vauchel, Nicolas Buysse, Pierre Lafleur, Ingrid Heiderscheidt, Chazam, et Anne Sylvain

 

Me connecter

Pas encore membre ?
INSCRIVEZ-VOUS


Recherche rapide


Plus de critères »

A découvrir

SQL: SELECT * FROM t_banners WHERE circuit = 'home' AND emplacement = '1'ORDER BY position
SQL: SELECT * FROM t_banners WHERE circuit = 'home' AND emplacement = '2'ORDER BY position

Newsletter

Pour être tenu au courant de nos activités, laissez-nous votre email !