Itsik Elbaz

Rencontre avec Itsik Elbaz, professionnel rigoureux et perfectionniste, passionné par le texte. Sa saison sera variée : deux spectacles à l’Atelier 210 et deux aux Martyrs pour dire Racine, Claudel, Lagarce et Feydeau.

Tu débutes la saison de l’Atelier 210 avec le rôle titre de Britannicus. Avec bonheur ! Les alexandrins dans cette pièce sont vraiment sublimes ! Bande annonce You Tube !

Peut-on dire que dans la pièce de Racine c’est un personnage secondaire ? Dans l’intrigue non, mais sur le plateau oui, c’est un rôle plus discret, parce que l’action est plus centrée sur la naissance du tyran Néron [1]. Je pense que Racine a choisi ce titre comme symbole du sacrifice de ce jeune homme. En tout cas Georges [2] a travaillé sur ce symbole, sur les thèmes d’une jeunesse sacrifiée politiquement, ainsi que sur l’ambition : « Le pouvoir corrompt , le pouvoir absolu corrompt absolument. » Jeu de massacre politique, non-dits, prise de pouvoir et sauvagerie au centre d’un monde qui se prétend civilisé. C’est malheureusement très contemporain.

Qu’y a-t-il de novateur dans ce que Georges Lini propose ? Le point de départ. J’ai vu Britannicus de nombreuses fois et souvent fort bien joué, mais toujours avec ce même point de vue : d’un côté les bourreaux et de l’autre les victimes. Georges a mis en exergue le fait que tout le monde est dangereux pour tout le monde et que les « victimes » ne sont pas de agneaux sensibles, mièvres et amoureux, attendant en geignant la mort annoncée. Ils ont beaucoup de violence, de colère et de révolte. Le texte de Racine est clair : Britannicus est un adversaire politique. Il a des appuis politiques, il est capable de se battre et de se défendre, il est méfiant, virulent, souffrant, en colère et également prêt à tuer… et s’il finit par mourir, c’est parce qu’un court instant, il aura baissé sa garde. Le fait qu’au moment où la pièce démarre , tous les adversaires soient sur un pied d’égalité et que le chaos soit généralisé rend le développement des 5 actes très vivant et intéressant. Te sens-tu aussi bien dans une tragédie que dans une comédie ou as-tu une préférence pour certains emplois ? Plus on me pose cette question et moins j’ai de réponse. Je ne suis pas à l’aise dans tout, non, mais en tout cas, je n’ai aucun a priori sur quoi que ce soit, comme projet ou comme gens avec qui travailler. Je suis toujours curieux, un peu naïvement. Je me dis toujours qu’il y a peut-être possibilité de rencontres passionnantes autour d’un projet très humain. Je dirais presque que peu m’importe le style. Le style est le plus. Bien sûr, j’éprouve des émotions différentes selon les pièces car elles ont toutes des identités très différentes et moi je défends des identités, des points de vue personnels. J’aime me mettre au service de la vision d’un metteur en scène.

C’est dur d’apprendre des alexandrins ? Je trouve cela simple, parce qu’il y a une extraordinaire logique et encore plus chez Racine que chez Molière. Chez Racine il y a l’évidence de la perfection, on ressent une grande émotion à son contact et c’est très intimidant pour un acteur. En abordant Racine, on se prépare à escalader une immense montagne. Je pense que si, en tant qu’acteur, on arrive à dire Racine correctement, à trouver le souffle, on va ressentir des émotions proches de celles que la musique classique peut nous donner. En espérant que les publics soient disponibles à cette écoute exigeante. Mais de toutes façons, fédérer autour d’un spectacle de Racine est à mon sens une utopie. Fédérer tout court d’ailleurs...

Comment travailles-tu ? Je suis un acteur de texte. J’ai été éduqué à cela à l’IAD. Je n’ai pas de formation corporelle poussée, je ne suis ni danseur ni musicien... Dans mon rapport au texte, j’essaye au final de m’en tenir à une seule règle : le texte et moi sommes des matières vivantes et nous devons apprendre à nous connaître et à nous domestiquer. Je veux bien sûr le respecter, mais aussi qu’il existe un rapport sensuel entre lui et moi. Je souhaite que nous devenions proches, que nous provoquions des échos l’un chez l’autre, que sans malaise, nous puissions apprécier nos silences respectifs. Mais avant de réussir à créer cette intimité, il faut maîtriser le texte, en long, en large et en travers. Je voudrais que lorsqu’on me dit une syllabe de ce texte, je puisse donner sans hésitation la suite. Comme cela, je me sens libre sur le plateau.

Parlons de ta saison, de tes projets Je jouerai dans deux spectacles à l’Atelier 210 [3] et deux au Théâtre des Martyrs [4]. À côté de cela, suite à notre passage en Avignon au Théâtre des Doms, je pars en tournée en France, mais aussi en Belgique [5] avec L’Héroïsme au Temps de la Grippe Aviaire de Thomas Gunzig.

Sorti de l’école, j’ai eu beaucoup de travail ; engagé dans des théâtres très différents, j’ai joué partout avec énormément de plaisir. Mais aujourd’hui, je crois être arrivé au bout de ma logique de curiosité extrême continue vis-à-vis du Texte. J’ai envie de me frotter à d’autres disciplines, faire des spectacles qui mélangent les genres, qui ne prennent pas le texte comme support premier. J’ai une amie danseuse – Bérengère Bodin – avec laquelle j’avais travaillé sur K.O.D. Kiss of Death et nous avons envie de faire un spectacle ensemble. C’est une danseuse prodigieuse et j’aime la façon dont elle aborde la danse et l’art en général. J’ai envie de me confronter au mouvement (dans les faibles limites de mon corps) et elle est très curieuse du texte. Nous nous influencerons sur le plateau je l’espère. Mais, je crois qu’elle est bien meilleure actrice que moi danseur... Et puis la manipulation de marionnettes aussi, et tant d’autres choses. J’ai envie de me reformer, de voir comment aborder la scène sous d’autres angles.

Cela veut dire faire des stages, des ateliers, suivre des formations ? Oui, j‘ai toujours envie de nouveauté, et besoin d’être déstabilisé. La chose que je redoute le plus est de devenir un faiseur...

À bientôt Itsik, nous aussi nous sommes curieux :-)

Interview : Nadine Pochez - 10 septembre 2010 Photo logo : S.Piraux

[1] Distribution : Néron = Didier Colfs (voir son interview), Agrippine = Valérie Lemaître, Junie = Anne-Pascale Clairembourg et enfin Burrhus = Luc Van Grunderbeeck, Narcisse = Benoît Van Dorslaer et Albine = Marie Simonet

[2] Georges Lini, metteur en scène

[3] Britannicus de Jean Racine du 12 au 30 octobre et La Dame de chez Maxim de Georges Feydeau (m.e.s. de Miriam Youssef) du 7 au 30 juin 2011

[4] L’Échange de Paul Claudel (m.e.s. de Elvire Brison) du 12 novembre au 11 décembre) et Juste la Fin du Monde de Jean-Luc Lagarce (m.e.s. de Philippe Sireuil) du 27 avril au 28 mai 2011

[5] En février 2011 à Nivelles (le 22 à 20 h), Mouscron, Saint-Denis etc

 

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