Ingrid Heiderscheidt

Bonjour Ingrid. Ca y est, l’album des Vedettes sort dans les jours qui viennent !

Oui, le 3 novembre !

Katerine a écrit l’album mais aviez-vous l’envie d’y mettre des choses particulières, des choses qui vous étaient propres ?

Katerine a très bien cerné l’univers des Vedettes. Katerine a un univers qui lui est propre, et les Vedettes ont aussi un univers bien à elles. Nous sommes toutes des individualités mais ensemble on a vraiment…

Quelque chose qui se rencontre…

Oui. Et ces deux univers là se sont vraiment super bien rencontrés. Quand on a reçu les chansons de Katerine, il y a plein de choses sur lesquelles on a flashé : on avait l’impression qu’il s’était caché dans la camionnette pendant nos innombrables trajets en France.

Il a perçu des choses très fines…

Oui, super fort. Katerine nous a donné les chansons, et puis nous avons retravaillé en petits groupes, puis toutes ensemble sur les morceaux. Sur certains rien n’a changé, ou peut-être un mot, et un des textes a été un peu plus modifié. Les thématiques étaient déjà très proches mais là, c’était une manière de rentrer encore autrement dans les chansons. On ne voulait pas juste chanter les textes que Katerine nous avait écrits.

Katerine peut composer dans des univers musicaux très différents, c’est le cas sur l’album des Vedettes ?

Oui, il y a des univers très différents : du punk, du pop rock, un slow, une balade, et un morceau limite disco.

Vous avez aussi collaboré avec Arno...

Oui mais avec Arno, c’était le travail d’une journée pour son clip. Katerine, c’est une collaboration beaucoup plus intense puisque c’est lui qui a écrit l’album et c’est lui qui nous a dirigées vocalement

Tu étais dès le départ avec les Vedettes ?

Oui, je suis avec elles depuis le départ. En juillet 2008, ça a fait trois ans.

Comment le projet est-il né ?

Agathe Cornez et Jill Wertz ont décidé de faire un groupe de majorettes avec une quinzaine d’artistes bruxelloises mais pas que des comédiennes, ce sont elles qui ont rassemblé les filles. Moi, je ne les connaissais pas. Agathe m’a appelée à un moment où j’avais pas de boulot en me disant voilà on voudrait faire un groupe de majorettes décalées, est-ce que ça pourrait t’intéresser ? Moi j’éclate de rire au téléphone. Et l’entraînement a commencé deux fois par semaine avec les vraies majorettes des Marolles : les Mignonnettes ! Je ne savais pas du tout pourquoi elles m’avaient choisie, donc, un jour, j’ai demandé : mais comment ça se fait que je me retrouve ici moi ?

En fait, Agathe et Jill m’avaient vue, des années avant, dans une revue de Charlie Degotte au Poche. Et au moment de créer l’équipe des majorettes, elles se sont souvenues de mon personnage dans la revue qui disait : Bonjour, je m’appelle Brigitte, j’ai des règles douloureuses mais ça ne se voit pas. Et voilà ! C’est à cause de Brigitte que je me retrouve dans les Majorettes.

Kermesse reviendra en Belgique en mai. Comment le spectacle s’est-il construit ?

Le projet de Kermesse est parti de discussions entre Jean-Michel Frère le metteur en scène et Nicolas Buysse.

Jean-Michel a rassemblé une équipe de quatre comédiens. Au début c’était des journées de brainstorming et, le projet s’est élaboré petit à petit. Pour Kermesse, nous sommes partis de rien. Il y avait cette idée… je ne sais même pas si il y avait cette idée… de kermesse… mais on ne savait pas que c’était la fête des fleurs, on ne savait pas que ce serait un quartier, on ne savait rien ; il n’y avait rien.

Depuis quand êtes-vous sur le projet ?

On a joué Kermesse l’année passée pour la première fois, en mai 2007. Et on avait travaillé dessus deux ans.

Comment avez-vous abordé les personnages ?

Tout ça a été extrêmement bien dirigé par Jean-Michel. Il avait une idée du personnage de chacun et nous donnait une carte de départ. Par exemple, il m’avait dit : Sylvie, c’est la chaude du groupe ! Nicolas Buysse allait être le fils à sa maman, Janine Godinas allait être sa maman, Philippe Vauchel un notable du village… Après, chaque comédien a fantasmé sur la biographie de son personnage, et Jean-Michel nous a vus séparément : on lui a parlé de notre personnage, on a chargé ceux des autres, et Jean-Michel a fait la sélection de ce qu’il voulait garder. Il y a eu aussi tout le travail physique avec Edith Depaule qui est chorégraphe, c’était génial, et j’ai eu la chance d’avoir pu travailler beaucoup avec elle sur mon personnage.

Peux-tu nous parler de ce personnage ?

Mademoiselle Sylvie, c’est donc la chaude du groupe, dixit Jean-Michel Frère ! Elle est très loquace, super bien dans son corps et ne reste pas une seconde en place. Elle aime le contact physique et elle est très à l’aise !

Kermesse, c’est aussi toute une infrastructure technique.

Oui, c’est énorme, il y a quatre jours de montage. Le public rentre dans la kermesse même, sous un rideau de fleurs. Il y a un chapiteau, un grand podium principal et différents stands. C’est un spectacle très interactif : à leur arrivée, les spectateurs sont accueillis personnellement par les membres du comité de quartier.

Tu as dans ton parcours interprété des choses très différentes, tu passes d’une infirmière …

J’ai eu une période où je ne faisais que des infirmières !!! Je me suis dit : « Je fais fantasmer les hommes en infirmière, c’est pas possible ! » Je ne faisais que des castings pour des infirmières, je ne jouais que des infirmières, films, téléfilms et même courts-métrages !

Mais tu as fait d’autres choses, très différentes…

Oui, par exemple dans Pulsions de Franz-Xaver Kroetz, qui avait été mis en scène par René Georges, ce n’était pas du tout moi.

Le personnage était une frustrée totale, très introvertie de 38 ans qui n’avait certainement jamais rien connu de sexuel. Je ne sais même pas si j’avais déjà trente ans à l’époque, bon, après on s’en fout de l’âge, il fallait parvenir à jouer cette introversion. Le spectacle a été joué quinze jours à Namur et un mois au Poche mais il n’a pas été acheté. J’ai été déçue de ne pas l’avoir plus joué.

C’est le personnage qui t’a le plus marquée dans ce que tu as interprété ?

Ce n’est pas le personnage qui m’a le plus touchée mais ça a été assez dur, et après j’ai eu un plaisir extrême à le jouer. J’adorais ce spectacle : le texte, ce qui a été fait au niveau du décor, la relation entre les personnages, la relation entre les comédiens. J’ai eu énormément de plaisir à le jouer et à agir sur les spectateurs : puisque, dans notre métier, on essaie de susciter des émotions, des réactions au public. Avec ce type de théâtre allemand, on est dans de la tragi-comédie, en même temps c’est horrible, et à certains moments on suscite le rire comme décompression, comme soupape. Je sais que j’arrivais à la fois à rendre le malaise et à faire rire les gens. Le travail du corps était super important, là aussi. Parfois il y avait très peu de mots échangés mais les didascalies étaient énormes. Il y avait quelque chose de très cinéma, tout était découpé en séquences. On a dû rendre ça sur un plateau de théâtre, avec une scénographie de malade, c’était génial !

Je me souviens de toi dans le très joli rôle de Sylvine de la Maisonfort dans Saint-Cyr, de Patricia Mazuy. Comment avais-tu été choisie ? Quelqu’un t’avais vue dans un classique au Conservatoire ? :

Non, pour Saint-Cyr c’était un truc hallucinant : premier casting de ma vie que je passe, je sortais de l’unif où j’avais fait mon mémoire sur un auteur du XVIIe siècle français, et je me suis retrouvée là. Il y avait un extrait des Oraisons Funèbres de Bossuet à lire, et je pense que ça se voyait que je comprenais ce que je disais. Il y a eu aussi d’autres textes du XVIIe à lire, des questions sur l’époque, … Et cette période je la connaissais tellement bien que j’étais en connection avec la réalisatrice.

Tu as une préférence pour le théâtre ou le cinéma ?

C’est tout à fait différent mais pour l’instant, je suis frustrée en cinéma, je n’ai plus que des minis rôles et… ça me frustre total. Mais j’ai réalisé mon premier court-métrage : Au clair de la lune. Un ami l’a écrit, François Ers, puis on l’a réalisé à deux. Je joue le personnage principal, avec mon petit neveu Gaspard qui avait quatre mois à l’époque et qui a super bien tourné, et je collabore avec mon cousin, Jérôme Heiderscheidt qui est mon partenaire idéal en montage et en son, un excellent technicien totalement à l’écoute. Au clair de la lune est passé, entre autres, au Festival Le court en dit long à Paris, au Festival International d’Amiens, à un festival au Canada, et au Festival Images et Santé de Liège. En ce qui concerne ce dernier festival, il s’agit de santé mentale : le film traite d’infanticide. Et d’ailleurs, on dirait qu’il va avoir une seconde vie dans le milieu associatif : il a été projeté dans une journée colloque sur les maltraitance de l’enfance, des gens paraissent intéressés et le film a maintenant un distributeur. Avant ça, dans un tout autre style, j’avais déjà co-réalisé Miss Record, des petites séquences destinées à la télé. On avait tout fait à deux avec François Coorens qui est peintre et grand ami : on avait écrit, réalisé, et je jouais Miss Record. J’adore toutes les étapes de la réalisation d’un film : de l’écriture à la préparation du tournage, le montage, et passer des heures en studio. On a essayé de vendre Miss Record avec nos petits bras, et toute notre énergie. Les gens nous disaient que c’était formidable, formidable, formidable mais, bon, genre on était chaque fois au mauvais endroit au mauvais moment. J’aime bien ce personnage de Miss Record mais, à un moment, dégoûtée de toutes ces innombrables démarches infructueuses, je n’ai plus pu en parler. Maintenant, j’en reparle, parce que je suis fière de l’avoir fait.

Tu as le projet d’aller plus loin dans la réalisation de films ?

Moi j’ai envie de ça, oui.

Et la mise en scène de théâtre ?

Non, mon but c’est de jouer. J’ai déjà écrit des scénarii de court-métrage mais à chaque fois, le rôle principal, c’est pour moi. Si je commence à écrire, c’est pour pouvoir jouer. Miss Record, comme on peut s’en douter, est absurde, décalé, et censé être drôle, très bédéesque. C’était un gros délire, fait de manière pro, mais quand même bien délirant. Par contre, pour Au clair de la lune qui est très tragique, il fallait que je sois critique, et que j’aie un regard sur mon jeu dans quelque chose de véritable. Pour moi, c’était un test aussi : est-ce que je peux avoir un œil sur mon jeu ? Est-ce que je peux me diriger ? Je pense que ça s’est bien passé et que donc maintenant, j’aurais envie de diriger d’autres comédiens.

Si tu devais retracer ton parcours en tant que comédienne, le caractériser ?

Pour mes parents, le théâtre devait rester un hobby, il fallait que j’aie un vrai travail. Ils m’ont laissé rentrer au Conservatoire, parce que j’avais réussi ma première candi en Histoire mais ça ne voulait pas dire que je pouvais laisser tomber l’Unif’ ! Donc, j’ai fait ma seconde candi en Histoire et ma première année de Conservatoire en même temps ! Puis, pendant deux ans, j’ai arrêté le Conservatoire pour faire ma licence en Histoire, et ensuite j’ai refait le Conservatoire. Mes parents ont cru qu’avec un diplôme en main, je serais toute contente de travailler et de gagner de l’argent, et ça a fait tout le contraire, je pense que ça m’a encore plus renforcée dans l’envie et la nécessité de jouer. Je crois même que si je n’avais pas fait l’unif, je ne serais pas aussi acharnée.

Et après le Conservatoire ?

La deuxième chose qui intervient dans mon parcours, c’est qu’en venant de la classe d’Alain-Guy Jacob, au Conservatoire de Liège, personne à Bruxelles ne savait que j’existais. Je n’ai jamais eu d’entrée dans un théâtre. Et donc, le chemin sur lequel je suis, quelque part je ne l’ai pas choisi, on est venu me chercher : par le biais des personnes que j’ai rencontrées, je me suis retrouvée sur un chemin de théâtre totalement contemporain. A l’école, je n’avais travaillé qu’avec des auteurs morts, et depuis que je suis sortie, je n’ai travaillé qu’avec des auteurs vivants avec qui je vais boire des coups ! Par exemple, avec Christine Delmotte que j’avais croisée au conservatoire, on a fait ensemble notre premier projet professionnel qui était Les Tricheuses. On était quatre comédiennes : Manu Happart, Karin Clercq, Anne-Sophie Wilkin et moi, sortant de la même classe. On a demandé à quatre auteurs féminins, Layla Nabulsi, Pascale Tison, Laurence Vielle et Marie-Paule Kumps d’écrire chaque fois vingt minutes de texte pour quatre comédiennes, et Christine nous a mises en scène. Après, j’ai beaucoup retravaillé avec Christine. René Georges, lui, m’avait connue dans un projet amateur et m’a réengagée après. Jean-Michel Frère, je l’avais également croisé au Conservatoire et je travaille beaucoup avec lui. J’ai travaillé aussi avec Martine Godard qui était une de mes amies-collègues au Conservatoire et qui a sa compagnie Arts et couleurs . Tout ça n’est que création. Le chemin qui s’est dessiné, je ne savais même pas en sortant de l’école qu’il existait. On m’y a emmenée et je suis très contente d’être là. Personne ne me connaissait quand j’ai débarqué.

Tu aurais voulu être plus reconnue à ce niveau là ?

Non, moi ce qui me fait super plaisir, c’est que de toute cette bande passée dans la classe d’Alain-Guy Jacob, non seulement on travaille quasiment tous mais on s’entend encore super bien.

Comment te sens-tu par rapport aux difficultés que peut avoir ce métier ?

Théâtralement, pour moi, ce qu’il y a c’est que tout tombe tout le temps en même temps. Pour mai 2007, j’ai eu quatre propositions de projets, je devenais dingue. La quatrième c’était quelqu’un qui m’avait vue jouer et que je ne connaissais pas, pour un théâtre où je n’avais jamais joué. C’était une chance, une nouvelle expérience, et j’ai dû dire non.

As-tu l’impression d’avoir eu de la chance dans ton parcours ? Es-tu une comédienne heureuse ?

Le temps va trop vite, tout avance trop vite, je n’ai jamais le temps. Je voudrais encore faire tant de choses… Mais je suis heureuse dans les projets que je fais, de travailler avec les personnes avec qui je travaille. Je vais travailler pour la première fois avec Valérie Lemaître, je suis super contente. La première pièce qui m’avait complètement flashée quand je suis arrivée à Bruxelles, c’était Kontainer Kats qu’elle avait écrite, mise en scène, et elle jouait dedans. Je m’étais dit : C’est ça que je veux faire ! Elle est magnifique en tant que comédienne, en tant qu’auteur, c’est une artiste complète.

Et ce travail que tu as entamé avec elle ?

Il s’agit d’un texte qu’elle a écrit, il y a plusieurs années. Il a fallu le temps que ça se mette en place financièrement. Elle est maintenant résidente au Public, donc c’est au Public que ça va se faire. Le titre est Mister Bates. Ça se passe dans le bureau d’un haut patron de multi nationale… chez Dieu quoi, le dieu de la finance. Quand elle a écrit ce texte elle avait des comédiens en vue, donc très vite j’ai été mêlée au projet en tant que comédienne, ce qui fait toujours plaisir. Je connais le texte puisqu’on a déjà fait plusieurs lectures mais c’est en juin qu’on attaque.

Combien serez-vous sur le projet ?

Cinq. Il y a Claire Bodson, Monia Douïeb, Michelangelo Marchese et David Pion.

Sais-tu déjà quand vous jouerez ?

En septembre 2009.

Tu as d’autres projets ?

Oui, Animals qu’on a commencé en décembre 2007 avec Nicolas Buysse, Fabrice Murgia, Sylvie Landuyt, Thomas Israël comme vidéaste et Thierry qui est ingénieur du son. On a fait des ateliers d’expérimentations, des micro-trottoirs, on lit des articles sur les animaux. Les animaux, c’est évidemment très large. On a travaillé avec des musiciens, on a cherché des choses en déformant le son pris par les micros, avec des images prises par la caméra. On est en recherche, toujours dirigés, orientés par Jean-Michel Frère. Mais on ne sait pas encore vraiment la forme théâtrale que ça aura. Ce que l’on sait et que l’on recherche, c’est une relation particulière avec le public. Et ce sera pour janvier 2010.

Merci Ingrid, et tout plein de bonnes choses à toi.

Les Vedettes, le CD - Disque N°1- à partir du 3 novembre 2008.

Kermesse : Du 8 au 10 mai 2009 - Bis-ARTS 2hors - Charleroi Du 9 au 14 juin 2009 - Grand Manège - Namur

Interview de Véronique Perrault et Geneviève Baerten, octobre 2008.

 

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