Histoire d’oublier la mort

Une bande sonore nous invite à retrouver le plaisir d’écouter et de raconter des histoires : celui éprouvé par les enfants qui se laissent emporter dans le monde des rêves. Un bruit assourdissant...Et nous voilà face à une jeune fille et à un jeune homme prisonniers de leur îlot. Seuls rescapés du naufrage, ils sont condamnés à se parler à distance, car ils ne savent pas nager. Sauvée par sa ceinture de sauvetage, Pomme est persuadée qu’ils seront très vite secourus. Elle a lu de nombreux souvenirs de navigateurs et est foncièrement optimiste. Il faut dire que jusqu’ici la vie l’a gâtée. Ce n’est pas le cas de Jimmy. Mécanicien en activité dans la salle des machines, il a eu les yeux brûlés par l’explosion.

Après une exposition étirée, chacun racontant la manière dont il a vécu la catastrophe, le dialogue devient beaucoup plus intéressant. Isolés par la mer, Pomme et Jimmy sont également séparés par leur classe sociale, leur caractère et leur culture. Mais unis dans le malheur, ils souhaitent se découvrir et éprouvent des sentiments de plus en plus tendres. Epuisé, Jimmy s’endort, pendant que Pomme scrute l’horizon. Au lieu du bateau espéré, elle voit apparaître un jardinier bizarre, qui cueille des pissenlits, marche sur l’eau et l’invite à "y croire".

L’histoire, qui ne brillait pas par sa vraisemblance, décolle franchement dans l’irréel. A travers des scènes symboliques, teintées d’humour, la pièce confronte foi et incrédulité, espoir et mort. Sans le moindre didactisme, Eric Westphal, fils de pasteur, nous renvoie avec délicatesse et respect à nos choix de vie. La scène finale nous plonge dans une réalité inattendue : nous réalisons encore mieux que ces réflexions n’ont pas été gratuites.

On ne peut qu’applaudir la prestation des deux comédiens principaux. Exploitant avec justesse les différentes facettes de son personnage, Mathilde Mazabrard incarne une Pomme naïve et cultivée, coquette et sérieuse, étourdie et sensible. Geoffrey Magbag se montre aussi nuancé. Son Jimmy affiche lucidité, défaitisme et incrédulité, mais ne peut résister à l’amour ni à l’espoir de retrouver la vue. La première apparition de Pierre Colet manque de légèreté. Il est plus à l’aise, quand il se lamente sur les déboires d’un ange de troisième catégorie.

Ce spectacle plaira à ceux qui acceptent de jouer le jeu, mais est à déconseiller aux esprits trop rationnels. Ils auraient la sensation... d’être menés en bateau.

Jean Campion
 

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