Groupe Toc et Transquinquennal

Double rencontre autour de Capital Confiance, créé au Varia : Bernard Breuse de Transquinquennal et Hervé Piron du Groupe Toc nous présentent leurs collectifs et le fruit de cette collaboration, un spectacle sur un sujet plus que brûlant, la crise.

Transquinquennal et le Groupe Toc ont déjà fait l’objet d’une interview, respectivement à l’occasion de Blind date et des 24h de Tina Pools, mais pouvez-vous présenter chacun votre collectif en quelques mots ?

Hervé Piron (Groupe Toc) : On existe depuis 6 ans. On a fait Mon bras (mobile), Moi, Michèle Mercier, Les 24h de Tina Pools et La fontaine aux sacrifices, quatre spectacles ensemble et on en a sur le feu qui arrive. On est un collectif d’artistes sortis notamment de l’INSAS mais avec également des formations en danse, scénographie, ou encore une auteure avec qui on a souvent travaillé, Marie Henry. On crée des spectacles qui jouent beaucoup avec le rythme et pas spécialement sur le personnage ou l’incarnation, le côté ludique du théâtre. On est assez influencé par ce qu’a pu faire le théâtre flamand, ce côté un peu plus libre, une façon d’aborder le théâtre qui se retrouve chez Transquinquennal, Dito’Dito, tg Stan, etc. Pour nous, ce sont un peu des compagnies « références », une génération au dessus qui nous donnait l’envie de bosser comme eux et surtout l’espoir que ca pouvait marcher...

Bernard Breuse (Transquinquennal) : Quant à nous, le collectif s’est créé en 1989, autour du constat qu’on ne se retrouvait pas dans le théâtre qui se faisait à l’époque en Belgique francophone. De là est née une première cristallisation autour de deux acteurs, Pierre Sartenaer et moi, et d’une volonté d’ouvrir le champ du théâtre, de ne pas reproduire ce qui se faisait déjà, de pousser cette idée de vouloir faire autrement. Comme le Groupe Toc, on avait une interrogation sur ce que faisait le théâtre flamand et cette admiration est devenue une rencontre, c’est-à-dire qu’on a commencé à travailler avec les flamands. 

Comment est né ce projet de Capital Confiance et cette collaboration entre vos deux collectifs ?

BB : Je pense qu’il est né d’une volonté de rencontre... On a lancé le projet et on avait envie de travailler avec le Groupe TOC. On s’est retrouvés sur ce sujet-là car c’est ce dans quoi on baigne en ce moment et qu’on se revendique de travailler sur « l’ici et maintenant » – bien que je déteste ce terme – et donc tout d’un coup ce thème a émergé. Ce dans quoi on est pour l’instant, cette crise, c’est comme le temps : on en constate les effets mais on ne peut pas dire ce que c’est, et ça ça nous intéressait vraiment.

Être à deux collectifs, de deux générations différentes, représente un atout important pour traiter ce sujet ?

BB : C’est sans doute trop tôt pour le dire car le projet mûrit encore... La différence de générations apportent des références culturelles différentes et il y a un échange entre ce qu’on peut leur apprendre et les éléments qu’ils nous amènent...

HP : En tout cas, le fait d’être à deux compagnies permet de se lâcher entièrement. On ose plus, selon moi, et c’est ce qui me plaît vraiment. J’ai l’impression que la voie qu’on empreinte pour l’instant est celle-là, de ne pas y aller avec le dos de la cuillère.

BB : C’est vrai que la multiplication par deux fait qu’on peut aller plus loin, qu’on est encore plus libre, qu’on est moins attendu, qu’on se sent moins attendu et donc qu’on se met moins de contraintes à soi-même...

HP : Et comme on se sent moins responsable – « D’où vient l’idée ? D’un mélange des deux ! » –, on peut exploiter, explorer, pousser certaines choses plus loin.

BB : L’un lance une idée, l’autre la reprend et ainsi de suite, sans notion de jugement artistique, qui fait que souvent on se castre soi-même d’habitude car on pense savoir alors on s’empêche de tenter. Alors que dans une collectivité, cet égo narcissique qui freine les choses est enterré... et avec deux collectifs, ça devient exponentiel !

HP : Quand les idées commencent à s’assembler, on sent une espère de surenchère qui est très jouissive... Surtout que pour cette création, on part de zéro, ce qui nous laisse toutes les liberté possibles.

BB : Voire on part avec un solde négatif...

En parlant de ça, il y a eu, en amont du spectacle, les « Levées de fonds », pouvez-vous nous en parler ?

BB : Ce spectacle, c’est comme envoyer une capsule dans l’espace. Il y a une fusée, avec des étages. Là, il y en a eu six, ils ont été lâchés mais l’idée reste d’envoyer une capsule quelque part... C’étaient des opérations ponctuelles qui vivaient en soi...

HP : Le principe était qu’un expert venait en début de semaine et faisait une conférence sur un aspect de la crise, on travaillait ensemble pendant la semaine et à la fin de la semaine il y avait une représentation artistique.

BB : Comme experts, il y a eu des économistes d’écoles différentes, un psychanalyste, un historien... Le sujet restait la crise, ce qu’ils avaient à en dire, comment ils en abordaient un aspect, etc. Et il y avait à chaque fois une rencontre avec un artiste extérieur, en plus de nos deux collectifs, qui venait d’une discipline différente et nous emmenait encore ailleurs...

HP : Il y avait vraiment cette idée d’ouverture, de ne pas rester avec ces espèces de présupposés qu’on peut avoir sur le monde de la finance ou de l’économie, de plonger dans cet univers et rencontrer des gens qui s’y connaissent.. mais le spectacle ne sera pas du tout un résumé de ces Levées de fonds.

BB : Il n’y avait pas non plus de volonté d’empiler les performances pour en faire un spectacle. C’était plus une matière brute, théorique comme artistique, que chacun d’entre nous s’est approprié pour faire son chemin dans ses idées sur cette question de la crise, sur ce dans quoi on est, sur comment on peut aller ailleurs ou non...

Et comment se présentera le spectacle sur le plateau du Varia ?

BB : C’est difficile à dire car on est dans quelque chose de l’ordre de la fabrication mais on peut dire ce que le spectacle ne sera pas..

HP : Ce ne sera pas une histoire avec des personnages qui font avancer l’action, des riches qui se réunissent ou des pauvres qui se rebellent...

BB : Ce ne sera pas une fiction où l’on raconte l’histoire d’une entreprise en crise, même si j’adore ce que fait Vinaver par exemple... On n’est pas partis d’une fable, c’est pourquoi on a voulu ses Levées de fonds pour partir d’autre chose..

Quelle place sera laissée au texte ? 

BB : Il y a des textes qui ont été écrits mais on ne sait pas encore ce qui va rester exactement...

HP : En outre, ce sera un spectacle visuel, ça c’est sûr, énormément basé sur la surprise donc on ne va pas trop en dévoiler...

BB : Ça va être surprenant comme la crise. En tout cas, on essaie d’être dans ce rapport aux choses, de faire que l’inattendu reste la base de ce qui se passe...

Un inattendu qui se déploiera aussi de représentation en représentation ?

BB : Il est prévu qu’on retravaille tous les jours sur le spectacle. En tous cas, il évoluera, c’est fait pour ça. On veut que ce soit un spectacle « en temps réel » - pour autant que ça veuille dire quelque chose – et non un objet fini à contempler. Je pense que c’est une réflexion fondamentale pour nous, et pour le Groupe Toc, de dire que c’est le spectateur qui fait le spectacle. Le théâtre doit être ce rapport-là et non l’objet esthétique.

Mais face à un sujet pareil, il y a quand même la tentation de vouloir délivrer quelque chose, de tomber dans le didactique ?

HP : Non, nos questions étaient celles qu’on a évoquées, de savoir qu’on est dans une ère pessimiste et de se demander ce qu’on en fait...Que fait-on des chiffres du chômage ? A-t-on le droit d’en faire quelque chose d’ailleurs ? Mais ce n’est pas les réponses, les pistes dégagées qu’on va livrer sur le plateau...

BB : Je pense qu’une monnaie avec un intérêt négatif serait une chose très intéressante, ça ça pourrait être une réponse, mais on ne va pas parler de ça aux gens ! On ne veut pas être didactique justement...

HP : C’est plus poétique... C’est une réponse poétique à la crise...

BB : Voilà. C’est très juste comme formulation !

  On comprend que pour vos deux collectifs, la volonté de faire un théâtre différent et de pousser au plus loin l’expérimentation de la scène est importante. Quel regard posez-vous aujourd’hui sur la création théâtrale et sur la place laissée à l’expérimentation ? 

  BB : Le paysage a changé. À la création de Transquinquennal, c’était l’époque de squat de lieux non-théâtraux, tout un mouvement qui n’existe plus car il y a des structures qui sont mieux identifiées, des choses qui se sont développées par rapport à cela. Avec des lieux comme l’L, il y a un créneau qui s’est dessiné, en se disant que c’est dans la création, dans la recherche, que des choses nouvelles peuvent sortir. Ça peut aussi intéresser un nouveau public que le théâtre, cet art archaïque, n’attire plus, leur affirmer que le théâtre n’est pas que le texte, qu’on peut aller ailleurs, que le champ des possibles est complètement ouvert...

HP : Il reste des gens fascinés par le texte mais je pense que la création intéresse une grande partie du milieu…Ce qui n’est pas encore évident, par contre, c’est le fait que pour faire de la création, des projets plus aventureux, les lieux sont plus réticents. Ils n’achèteront un spectacle efficace qu’une fois créé et ce sera plus difficile de le vendre uniquement sur projet, car cela fait peur. Ça reste un obstacle, alors qu’on se rend compte que les spectacles de création qui marchent sont d’excellentes cartes de visite pour la Communauté française et que les Belges sont attendus à ce niveau-là, plus que dans l’énième revisitation d’un Marivaux…

BB : Il ne faudrait pas que ce qui a commencé avec le subventionnement de l’L s’arrête, que ce soit le seul endroit à avoir des missions liées à la création et à l’expérimentation.

Dans la continuité de ma question, y a-t-il un spectacle de création à venir que vous conseilleriez ?

  BB : Il y a un peu la mère de tout le théâtre flamand, Maatschappij Discordia, qui vient au Kaai fin février. C’est une compagnie hollandaise qui a un peu lancé toute une mouvance, le type de collectif que les flamands eux-mêmes ont imité. Je ne sais pas du tout ce que sera le spectacle, mais j’ai vu qu’ils venaient...

HP : Moi je pensais à Philippe Quesne qui vient à Namur en mars avec La mélancolie des dragons. C’est un spectacle que je conseille vraiment, que tout le monde doit voir, poétique, touchant... pas spécialement d’histoire mais des gens qu’on a envie de rencontrer et puis surtout un déploiement esthétique très surprenant...

Et du côté de vos collectifs ?

  HP : Pour le Groupe Toc, il y a Mon bras (mobile) au National le 13 mars dans le cadre du Festival Écritures avec également la nouvelle pièce de Marie Henry qui est mise en lecture. Et la saison prochaine, il y a la création de Come to me, comme tout le monde en novembre au 210.

BB : Pour Transquinquennal, il y a Convives et Coalition, le spectacle qu’on a fait avec Tristero, qui sont repris à Lille... et sinon, on a des projets pour au moins 20 ans !

Capital Confiance est à découvrir au Théâtre Varia du 23 février au 6 mars 2010 ; les 12 et 13 mars 2010 dans le cadre du Festival Via au Manège.Mons ; du 24 au 27 mars 2010 au Théâtre de Namur ; du 8 au 11 juin 2010 au Théâtre de l’Ancre.

Voir aussi le site du projet Capital Confiance ainsi que la bande-annonce du spectacle.

Interview réalisée le 5 février 2009 par Emmanuelle Lê Thanh.

Crédits Images :
- Visuel spectacle : Aaron Reed.
- Photos extérieur : CAC.
- Photos spectacle : Herman Sorgeloos.

 

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