Giacomo Lariccia

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Giacomo Lariccia

Débarqué en Belgique à 27 ans pour étudier le jazz au Conservatoire Royal, Giacomo Lariccia vit, aime et crée à Bruxelles depuis dix ans. Après "Spellbound", un premier album jazz remarqué, voici "Colpo di sole", un projet plus personnel.

Pourquoi Bruxelles ?Quand j’ai décidé de me tourner définitivement vers la musique, il y a dix ans, les conservatoires de jazz n’existaient pas encore en Italie : il fallait donc que j’aille voir ailleurs. Et ce fut Bruxelles, parce que j’en suis tombé amoureux. C’est une ville intéressée par la nouveauté, ouverte, ce qui est presque inexistant en Italie, où la culture est assez fermée, finalement.

Avec ce deuxième album, tu t’éloignes résolument de ta formation jazz…

C’est vrai. Je suis déjà passé par là avec mon premier disque ; après cette belle aventure qui a été bien accueillie par la presse belge, je me suis tourné vers la chanson italienne, j’ai participé à des concerts-hommages à de grands auteurs-interprètes italiens comme Fabrizio de André ou Giorgio Gaber. Ces concerts ont rencontré un énorme succès en Belgique et au Luxembourg. J’ai alors constaté avec quelle facilité je parvenais à m’exprimer au travers de la chanson italienne. J’ai commencé à écrire, timidement, et un de mes textes a été inscrit à mon insu à un concours en Italie, au Biella Festival. Je m’y suis rendu comme guitariste, j’en suis ressorti chanteur et lauréat du concours. Ça m’a encouragé à persister dans cette voie, même si j’étais conscient que c’est difficile de percer. C’est un milieu où on est vraiment seul, les "talent scouts" n’existent plus, on est entrés dans l’ère du do-it-yourself.

Les sites participatifs, comme Akamusic, ont une vocation d’aide au lancement des jeunes artistes… Ca ne te tentait pas ?

C’aurait peut-être été plus facile, mais plusieurs choses ne me plaisaient pas dans leur façon de faire : le fait qu’ils gardent l’argent jusqu’à ce que le seuil débloquant soit atteint, par exemple. Nous, nous voulions travailler au fur et à mesure que l’argent arrivait. De plus, Akamusic promet des revenus aux investisseurs, et d’après moi c’est malhonnête car on sait que de nos jours, on vend très peu de disques et que les revenus engendrés seront donc infimes ; enfin, nous voulions rester indépendants et libres, on a donc décidé de tout faire nous-mêmes. J’ai eu la chance de rencontrer celui qui est devenu mon coproducteur, et, ensemble, on a lancé un projet participatif, un appel à contributions. On a réussi à réunir une centaine de personnes, qui ont participé à toutes les étapes de conception du CD (écoute, choix du single, clip,...). Ce projet, qu’on a appelé « un avventura in musica », s’est avéré être une aventure humaine forte et très intense, riche de rencontres. Si le disque a pu partir au pressage cette semaine, c’est grâce à toutes ces personnes.

Cet album, tu nous en parles ?

C’est un album de chansons en italien ; certaines, comme le single "Scendo pedalando" parlent de périodes historiques qui m’ont touché ; mon grand-père me racontait souvent comment, à la fin de la 2e guerre mondiale, il a déserté en compagnie d’un autre soldat, calabrais ; déguisés en paysans, ils ont réussi à fuir et à rejoindre Rome. Le compagnon de route de mon grand-père, qui ne cessait de parler de sa région et de celle qui l’y attendait, a fini par lui voler son vélo et s’enfuir pour rejoindre la Calabre. Cette histoire m’a marqué par son romantisme : un homme qui décide de parcourir 500 km à vélo en temps de guerre pour retrouver ceux qui lui sont chers... L’histoire s’arrête là, mais dans une de mes chansons, j’essaie d’imaginer la suite. J’ai voulu rendre plus doux le retour à la maison de ce déserteur... D’autres chansons critiquent notre société et son mode de partage absurde. L’ambiance générale est un peu rétro, mais la musique est moderne.

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Un concert chez moi

La chanson italienne trouve-t-elle son public en Belgique ?

C’est ce qu’on se demande avec Marco, mon coproducteur. Jusqu’ici, on a beaucoup tourné en Italie, mais tout le soutien reçu pour la création de ce deuxième album vient de Bruxelles et de Flandre. Un intérêt est né pour notre projet. On l’a particulièrement vu lors de la tournée "Un concert chez moi". On voulait toucher le public le plus vite possible. On a eu l’idée d’organiser des concerts à domicile, sur demande. On en a fait une trentaine, en Belgique et au Luxembourg, et ce furent des moments très forts et très intimes, on joue ça à 2 ou 3 maximum, devant un tout petit public. Ça m’a permis d’expliquer mon parcours et mon projet ; je pense qu’on va continuer avec ce concept même pendant la promotion du CD car ce sont les concerts dont je garde les meilleurs souvenirs. Cet engouement me pousse à y croire. Il faut dire qu’en Italie, on est environ 10.000 auteurs-compositeurs dans mon genre. Ici, on est forcément beaucoup moins ! Quand on voit les carrières qu’ont pu faire Rocco Granata ou Salvatore Adamo, je pense qu’il y a un public et un espace pour la chanson italienne ici, dans le Nord.

Toi qui transites entre ton pays d’origine et ton pays d’accueil, quelle vision as-tu de la situation en Belgique et en Italie ?

Pour un Italien, c’est incroyable de constater qu’un pays puisse fonctionner sans gouvernement (rires). D’un côté, je trouve toute cette crise politique exagérée, car je ne la vis pas dans ma chair, mais je pense qu’on devrait pouvoir trouver une solution sans en arriver à la scission, qui serait de toute façon un drame pour les deux moitiés du pays. Pour ce qui est de l’Italie, je pense qu’on traverse une période assez noire, et que le populisme diffusé par certains partis rappelle dangereusement certains épisodes de l’Histoire. De plus, le peuple italien est par nature très individualiste. Cette tendance naturelle a été exacerbée par l’économie et la politique de ces dernières décennies, et là, on en récolte les fruits : on se retrouve avec pour Premier ministre un ex-homme d’affaires qui continue à faire ses affaires, et qui encourage chez le peuple ce penchant naturel à la protection des intérêts propres. Le pays souffre car il est bloqué, le gouvernement ne fonctionne plus vu qu’il s’occupe à temps plein de la défense des intérêts de M. Berlusconi. Il a encore une énorme influence sur la presse et la télévision, mais les événements récents en Afrique du Nord nous ont montré le pouvoir des autres grands médias comme internet, qui ne peuvent pas être totalement censurés. J’espère que le pays va bientôt relever la tête et se secouer.

La situation politique italienne a-t-elle un impact sur les milieux culturels ?

Bonne question. Dans le milieu intellectuel et artistique, personne n’a jamais soutenu Berlusconi. Mais l’Italie, c’est 60 millions de personnes, dont 5 millions d’intellectuels, ce qui est dérisoire. On a eu une influence sur le niveau moyen de qualité des « divertissements », comme les programmes télévisés, qui ont longtemps été les pires d’Europe à tous les niveaux. C’est déjà pas mal. La télé italienne a longtemps promu une fiction élevée au rang de réalité, des canons de beauté et de réussite faussés, contre lesquels on s’est battu. On voit à présent que tout le monde en a marre, et plus seulement les artistes et les intellectuels. L’Italien moyen commence aussi à se conscientiser et à en avoir ras-le-bol de cette classe politique qui ne pense qu’à elle.

Dernière question : pourquoi faut-il écouter Giacomo Lariccia ?

Parce que c’est une musique qui transmet de l’énergie et du soleil [1] , et Dieu sait si on a besoin de soleil en Belgique ! (rires)

Album

Entre une tournée française et une autre italienne, Giacomo Lariccia présentera son nouvel album "Colpo di sole" le samedi 14 mai à la salle L’Alliance, Rue Voot 28, 1200 Bruxelles. Plus d’infos sur www.giacomolariccia.com

Cindya Izzarelli www.capitaleminuscule.com

[1] (l’album s’appelle « colpo di sole », "coup de soleil" en italien)

 

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