Georges Lini

Porté par un public grandissant, reconnu par les medias, Georges Lini - fondateur du ZUT - se bat encore contre l’establishment pour conserver cette belle vitrine pour la jeune création.

On fait un petit saut en arrière ?

J’ai commencé par enseigner le français pendant 4 ans et puis, un peu par hasard, je me suis inscrit à l’Académie de Molenbeek, en pensant que cela pourrait me servir pour mes cours. Et là, je suis tombé sur Christian Lombard, un prof qui, en 3 ans, m’a vraiment transmis sa passion, au point qu’il devenait invivable pour moi de ne pas faire de théâtre... Et voilà comment à 30 ans, pour ne pas être aigri et être en paix avec moi-même, j’ai passé l’examen d’entrée au Conservatoire de Bruxelles. J’ai arrêté de bosser comme prof et je suis redevenu étudiant ! Ce furent les 3 plus belles années de ma vie : Mon fils est né pendant cette période. Je bossais comme un fou au Conservatoire et puis, quand j’avais fini, j’allais bosser comme étudiant pour un Journal, parce qu’étant marié, il fallait bien que je gagne ma vie. J’écrivais des articles de sport – de foot ! – pour La Lanterne [1], et comme j’étais indépendant, je pouvais taper mes articles le soir. Je devais faire 5 à 6 articles par semaine et je pouvais organiser cela comme je le voulais. Au Conservatoire, j’ai travaillé pendant 3 ans avec Michel de Warzée, mais aussi avec Dominique Serron et Daniel Hanssens. C’était vraiment passionnant : j’arrivais là à 9 heures et j’en sortais à 18 en n’ayant pas arrêté. J’avais soif de rattraper le temps perdu. Quand je me levais le matin, c’était le bonheur absolu ! Et puis, quand j’étais en 2e année, j’ai été engagé par le Théâtre de Poche pour jouer Bent [2] et dès que je suis sorti du Conservatoire, ils m’ont à nouveau engagé pour jouer Trainspotting [3] que j’ai joué à peu près 150 fois en 2 ans. Je leur dois beaucoup. C’est eux qui m’ont vraiment apprismon métier, qui m’ont donné la soif de défendre des textes. C’est au Poche que j’ai joué le plus de pièces, 6 ou 7, mais j’ai très vite eu envie de devenir indépendant. Déjà en 2e année au Conservatoire, j’avais créé ma propre compagnie Belle de Nuit. Très vite, je me suis rendu compte que mon métier était de défendre les textes que j’avais envie de défendre et que pour cela je devais être libre de mes choix. Belle de Nuit est ma propre Compagnie. Il n’y a personne qui y est fixe, ce qui évite le copinage. Je suis vraiment indépendant de monter ce que je veux avec qui je veux. Par ailleurs, mon métier – et cela se confirme – c’est d’être un meneur de troupe, parce que je crois que c’est ce que je fais de mieux. J’ai l’énergie et l’enthousiasme. Je crois que je les partage avec les gens que je côtoie, parce que j’aime partager des idées. C’est pour cela qu’il y a eu le ZUT. Les choses sont bien claires, le ZUT est à la disposition de la dizaine de personnes qui y travaillent. En 6 mois, j’ai trouvé le lieu – une âtrerie désaffectée – et j’ai rapidement eu un coup de foudre, pour sa localisation, pour ce qu’il propose… Je ne voulais pas d’un théâtre qui réponde aux mêmes critères que ceux qui existent déjà. Je voulais quelque chose de plus intime, de plus proche, de brut, de malléable…

Je crois que tout le monde s’accorde à dire que, artistiquement, on fait bien notre métier. En très peu de temps, on est arrivé à avoir du crédit et à donner une identité au ZUT. On a notre particularité, une ligne dramatique propre à notre lieu, on ne ressemble en rien aux autres, on se dit vitrine de la jeune création, et en 4 ans, plusieurs de nos spectacles ont été rachetés. Ce n’est quand même pas mal ! Donc on a permis à des gens de travailler et de gagner de l’argent.

Qu’entends-tu par jeune création ?

La jeune création, ce sont tous ces jeunes qui ont des choses à dire mais qui n’ont pas l’occasion de s’exprimer.

L’Histoire du ZUT est la suivante : dès que je suis sorti du Conservatoire, j’ai voulu proposer mes spectacles à des théâtres et pendant 3 ans, ça a été la galère : j’ai été de plan foireux en plan foireux : on ne m’écoutait pas, je me sentais parfois humilié par le peu de crédit qu’on m’accordait. J’en arrivais à me demander si c’était moi qui ne suscitais pas assez de désir ou si je n’avais pas suffisamment de talent. Et le comble, c’est que la plupart des spectacles présentés par le ZUT ont fait l’objet d’une demande préalable dans d’autres théâtre avec un “NIET” pour seule réponse. Ainsi, je me suis rendu compte que je n’étais pas le seul dans le cas et que la plupart des jeunes compagnies qui ont l’impression de bien fonctionner et qui jouent dans des théâtres subventionnés connaissent des galères monumentales : on ne gagne pas d’argent, on en perd… Bref, on pourrait écrire un livre sur les conditions de travail des jeunes compagnies. Alors à un moment on se dit : Est-ce qu’on va continuer à galérer, est-ce qu’on va jeter l’éponge, ou est-ce qu’on frappe un grand coup et on crée le ZUT ? Et justement, pour que de jeunes compagnies puissent avoir un lieu d’ancrage, nous avons créé le ZUT ! Les gens ne veulent pas de nos spectacles quand on vient chez eux avec des dossiers ? Eh bien, mettons-les sur pied et disons leur : Vous ne voulez pas des dossiers ? Venez plutôt voir le spectacle !

Comment sélectionnez-vous les pièces ? Il semble que tu apprécies beaucoup les auteurs contemporains. Je dirais que, pour le choix des pièces, vous vous situez un peu entre le Poche et le Rideau.

On a souvent entendu qu’on était le “Poche du Pauvre” ou le “Rideau du Pauvre” et effectivement, je crois qu’il y a une certaine filiation entre le Poche et nous, parce que je suis de cette école-là. Je ne choisis pas les pièces en fonction d’une appartenance quelconque. Je lis énormément et je fonctionne au coup de cœur.

Tu sélectionnes à la lecture uniquement ?

On ne travaille pas qu’à la lecture. Il y a des gens qui viennent avec des projets et justement, au coup de cœur, on accepte ou l’on accueille si c’est dans la ligne de notre dramaturgie. Au ZUT, chaque metteur en scène est le porteur du projet. Donc il faut être sacrément costaud pour supporter les conditions actuelles de travail. Si je prends en charge la mise en scène, c’est parce que je supporte toutes les difficultés plus facilement que quelqu’un d’extérieur au ZUT. Par exemple, c’est une autre compagnie qui m’a demandé de mettre en scène Juliette à la Foire

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Tu viens de jouer au ZUT un rôle haut en couleurs dans L’Enfant Froid, et pendant ce temps-là tu as mis en scène Beautiful Thing qui débute au Théâtre de Poche ces jours-ci [4]. Te sens-tu plus comédien ou metteur en scène ?

Je me sens plus metteur en scène parce que le plaisir de la mise en scène est décuplé. Quand on est comédien – en tout cas en ce qui me concerne, c’est un plaisir plus narcissique, on essaye déjà de s’en sortir personnellement et l’on est content quand le spectacle est bon, mais mettre en scène c’est comme une paternité, c’est veiller à ce que tout se passe bien et puis on met au monde un enfant. Donc c’est beaucoup plus fort. J’ai accepté de jouer encore cette saison-ci, mais je crois que je vais remettre de plus en plus en question mon rôle d’acteur parce que je suis de plus en plus passionné par la mise en scène. Et au fur et à mesure que le temps passe, je me rends compte qu’on ne peut pas tout faire et que pour être à 100% à la mise en scène, il faut que je fasse des choix.

Ce projet-ci, c’est ton initiative ?

Non c’est une commande du Poche . C’est Roland Mahauden qui m’a proposé de monter cette pièce. Je ne la connaissais pas.

Tu as un goût tout particulier pour les pièces anglo-saxonnes.

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Oui ça tombe bien. J’ai été très touché par cette proposition parce que d’abord c’est un texte anglo-saxon – évidemment je raffole de ce genre de texte : les auteurs anglo-saxons n’ont pas leur pareil pour confondre comédie et drame dans une même pièce. Et ici, on a un texte tout en finesses. Un texte qui n’est ni revendicateur, ni moralisateur, ni choquant ou rentre dedans comme on peut en voir de temps en temps lorsqu’il s’agit d’homosexualité. C’est Xavier Mailleux - qui m’assiste aussi pour la mise en scène - qui en a fait une traduction, remarquable en tous points. Le fait de me proposer un texte, tout en nuances comme celui-ci, c’est quand même me faire confiance. C’eût été plus facile de me proposer un texte plus efficace comme La Cuisine d’Elvis. Donc c’est un vrai travail de direction d’acteur. C’est très touchant. C’est d’ailleurs la première fois qu’on me propose une mise en scène dans un grand théâtre. C’est la première commande qu’on me passe.

Il y a eu aussi un projet du Nouveau Théâtre du Méridien pour cet été, mais qui a foiré

Ce n’était pas une commande. Catherine Brutout m’avait donné carte blanche et c’est moi qui suis venu avec un texte. Donc ici c’est la première fois qu’on me demande de mettre un texte en scène et c’est en plein dans le mille parce que c’est diriger les acteurs et c’est ce que j’aime faire. Je ne suis pas un faiseur de grand spectacle, je ne fais pas des images, j’essaye de diriger les comédiens. J’aime beaucoup la direction d’acteurs et j’aime beaucoup les comédiens, donc ça tombe bien. C’est toi qui a fait le casting ?

Oui, j’ai choisi les 2 adultes : Pascale Vyvère et Toni D’Antonio parce que je connais leur générosité et qu’il faut des personnages hauts en couleurs mais très humains, très pudiques aussi. J’ai fait mes études avec Toni et j’ai eu la chance de faire la connaissance de Pascale lorsque nous avons joué dans Un Conte d’Hiver de Shakespeare adapté et mis en scène par Dominique Serron. Les 3 autres, je ne les connaissais pas et, pour la première fois, j’ai dû faire un casting parce qu’il me fallait de très jeunes acteurs et que je n’en connaissais pas. Dès que je les ai vus, ça a été évident. Gauthier de Fauconval , Elsa Poisot , Térence Rion & Grégory Praet (en alternance) complètent la distribution. Je crois que c’est un bon casting et si le spectacle n’est pas bon, j’en serai le seul responsable. Je crois que c’est ce que je fais de mieux dans mon travail de mise en scène, c’est d’avoir de bons castings. C’est important. Je dirais que c’est 50 à 60% du travail. Pour moi c’est indispensable. Il n’y a jamais de copinage. J’essaye toujours d’être très rigoureux à ce niveau-là. Les pièces montées au ZUT ont souvent cartonné, beaucoup ont fait l’objet de nominations pour les Prix du Théâtre, plusieurs ont été primées [5] . Ce succès a même inspiré le National pour monter son “propre” Incendies. Tu as été voir ?

Non et je ne voulais pas y aller. C’est trop difficile. Ce n’est ni par jalousie, ni par médiocrité. C’est tellement lié à l’émotion que ça aurait fait bizarre de se sentir dépossédé de ce qu’on croyait être nôtre.

Justement votre Incendies sera repris au Public la saison prochaine

Oui, on continue notre rôle de vitrine puisque chaque année, il y a des spectacles qui nous sont rachetés [6] et par exemple, La Société des Loisirs sera reprise à la Toison d’Or et en tournée Notre salle est toujours bien remplie. L’enfant Froid a fait salle comble dès le premier jour jusqu’à la fin. Je ne sais pas ce qu’on peut faire de plus. Si là, on n’a pas d’aide, il faudra mettre la clé sous le paillasson car ce sera bien la preuve qu’on laisse tout le monde indifférent, quoi qu’on fasse. D’ici fin février, on devrait en savoir plus, puisque j’ai rendez-vous avec la Ministre. Normalement, on devrait aussi avoir des nouvelles du Théâtre des Doms, parce que par deux fois, ils nous ont fortement sollicités pour qu’on leur remette notre dossier sur La Cuisine d’Elvis et je ne vois pas la nécessité de nous le demander deux fois s’ils ne sont pas intéressés. Mais, d’autre part, je sais de bonne source qu’il y a des gens haut placés qui disent qu’on les em… et qui nous mettent des bâtons dans les roues. Des gens qui voient d’un mauvais œil le succès, la reconnaissance qu’on a auprès de la presse, auprès du public. Moi si j’étais à leur place, je me poserais la question de savoir comment il se fait qu’avec les budgets, les moyens qu’ils ont, leur travail passe inaperçu.

Peut-on dès lors parler de concurrence ?

NON ! Ce serait vraiment débile de parler de concurrence parce que nous ne sommes concurrents de rien. On a une petite salle de 60 places, on ne fait concurrence à personne. Vraiment personne. Je ne comprends pas ces gens qui essayent de nous mettre des bâtons dans les roues. Ils ne réagissent que quand ils se sentent en danger, c’est-à-dire quand l’opinion publique ou la presse intervient. Mais si les médias n’étaient pas derrière nous, ils s’en foutraient complètement

Et quand tu parles de gens haut placés tu vises le milieu théâtral ?

Oui, politique et théâtral. Mais c’est souvent lié. J’apprends depuis peu que tout est très politisé, et c’est effarant. Y a de tout, sauf de l’artistique. C’est marrant parce que notre seule force –, – on n’a aucun appui – notre seule force, c’est l’artistique… et ça ne sert à rien. C’est l’indifférence totale. On n’en a rien à foutre de la qualité de ce qu’on propose

Ça doit être une terrible frustration.

Bien sûr. C’est aussi une réalité écrasante. Oui, c’est horrible

Mais est-ce que cette rage n’est pas non plus un moteur ?

Ah oui, évidemment. Plus on en prend dans la gueule, plus on devient coriace. Mais, en même temps, la colère, ça provoque des ulcères… Je n’ai pas d’ulcère ☺

C’est aussi une force de ton caractère

Oui, ça c’est moi, mais il y a un moment où cela ne va plus. Un moment où l’on a envie de jeter l’éponge. Maintenant, je commence à en avoir marre, parce que faire plus que ce que j’ai fait jusqu’ici, être connu plus que je ne suis connu, et moi et le ZUT, il n’y aura pas moyen ! J’ai eu le prix de la mise en scène, puis j’ai eu le prix du meilleur spectacle, ça fait 2-3 ans qu’on est le théâtre qui est le plus représenté aux prix du théâtre avec des nominations. On a été joué au Poche, au Public. Que faire de plus ? C’est le pot de terre contre le pot de fer ! S’il n’y a pas une personne puissante qui se dit un jour qu’on doit nous aider et qu’il faut nous soutenir, alors on va mourir dans l’indifférence générale des hauts placés. C’est terrible de se dire ça.

Est-ce qu’on peut faire ce métier sans être passionné ?

On ne peut pas faire ce métier sans être passionné. C’est ce que je dis toujours à mes élèves. Je leur dis qu’il ne faut faire ce métier que si on ne peut pas faire autrement. C’est la seule manière pour surmonter tous les obstacles. La vie est une lutte, et pour cela il faut avoir confiance en soi, il faut être passionné. Si on fait ce métier uniquement par orgueil ou pour devenir une vedette, ça ne sert à rien. Il faut se lever le matin et penser théâtre, prendre sa douche en pensant théâtre, rouler en voiture, manger, en pensant théâtre. Moi, ma vie était plus simple quand j’étais prof de français, je n’étais pas plus heureux, loin de là. Avoir la rage, ça donne du punch, mais ça peut avoir de mauvaises conséquences sur l’équilibre dans la vie de tous les jours parce que tout est lié. On ne peut pas faire la coupure comme des gens qui rentrent du boulot.

Maintenant tu vis plus intensément ? Par rapport à ta vie privée comment tu fais ?

Oui, c’est la folie, je vis à 100 à l’heure. Il faut que je gère ma famille, mon stress, mes angoisses, mon découragement, mais en même temps c’est une vie passionnante et je sais pourquoi je vis. Par exemple aujourd’hui, je donne cours le matin de 8 à 11, puis je répète ici de 13 à 18 et à 20 heures je joue. Mais ça ne durera pas parce que ça fait un an que je néglige ma famille et que je ferai en sorte ce ne soit plus le cas… Donc l’année prochaine ça va changer. Dans une lettre à la Ministre, je lui demandais simplement le soutien d’un employeur pour lequel je me dévoue corps et âme : ça fait 4 ans que je fais ce métier, que je suis reconnu et je n’ai pas encore eu un salaire pour ni pour mon travail au ZUT, ni pour ma compagnie Belle de Nuit. Je ne me bats pas pour une « augmentation » ! Je lui demande juste s’il n’y a pas moyen de payer les employés qui œuvrent à valoriser la Communauté Française, parce que comme on fait de bons spectacles, on participe à la vitrine culturelle de Bruxelles. Enfin je trouve ! On ne nous a rien demandé, mais en même temps on est là ! Je trouve qu’on ne fait pas tache dans le paysage culturel bruxellois ou belge. Est-ce que c’était vraiment exagéré de demander 75.000 € pour les frais de base ? Avec ça on n’a même pas un salaire, mais même ces 75.000 €, on ne les a pas eus… ce n’est même pas le prix d’une scénographie dans les grands théâtres… Comparaison n’est pas raison, mais quand on voit où passe l’argent parfois … c’est effarant

Tes cours de théâtre ?

Cela fait 4 ans que j’enseigne le théâtre en humanités à l’Athénée Royal d’Auderghem, ce qui me fait 22 heures de cours/semaine. J’y prépare les élèves pour les examens d’entrée dans les Conservatoires. J’adore ! J’adore enseigner, j’adore transmettre cette folie, cette passion. Il y a quelques-uns de mes élèves auxquels je crois la transmettre, et quand leurs parents viennent me trouver me disant que leur gosse a changé, c’est magnifique ! L’année passée j’avais 12 élèves et ils ont tous été pris. Donc c’est 100% de réussite. Et la nouveauté c’est que depuis cette année, en plus de ces cours préparatoires, j’ai eu 3 mois comme chargé de cours chez Frédéric Dussenne au Conservatoire de Mons.

INSAS mis à part, on ne peut pas étudier la mise en scène en Belgique. Est-ce qu’enseigner la mise en scène et la direction d’acteurs te plairait ?

Non. J’adore enseigner, mais je n’enseigne pas ça. J’enseigne le jeu, l’art dramatique. Mais je crois que la mise en scène – fondamentalement – ne peut passer que par une pratique du plateau en tant qu’acteur et par l’amour des comédiens. Je crois qu’il faut d’abord savoir ce qu’est un comédien sur un plateau, avoir été à sa place avec toutes ses peurs, toutes ses craintes, tout son narcissisme, pour après pouvoir comprendre tout ce mécanisme. Si on n’a pas été sur un plateau devant 200 personnes avec la trouille, le stress d’avant le spectacle –, – je me trompe sans doute – mais je crois qu’humainement il faut être passé par là pour y être sensible.

J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de très jeunes comédiens et comédiennes qui se lancent un peu vite dans la mise en scène, sans y être suffisamment préparés

Je crois que la mise en scène est un besoin. Moi j’ai tout de suite connu ça quand j’étais à l’Académie, dès la première année. Quand j’étais au Conservatoire la 2e année, j’ai monté des textes. C’est un besoin. Ce n’est pas une envie comme ça. C’est ma vie, quoi. Ce n’est ni un caprice ni un fantasme. C’est une nécessité et la mise en scène m’est tombée dessus, plus que le reste… Je crois qu’on ne s’improvise pas metteur en scène

Justement, est-ce qu’il n’y en a pas qui mettent en scène pour simplement voir leur projet aboutir…

Peut-être, je ne sais pas …

… pour avoir du travail.

Pour avoir du boulot, oui. Comme je te l’ai dit, c’est parce que j’ai beaucoup galéré, parce que j’avais présenté des textes comme par La Cuisine d’Elvis, L’Ouest Solitaire ou Incendies à la plupart des théâtres bruxellois qui les ont tous refusés, que finalement, pour pouvoir m’exprimer j’ai ouvert le ZUT. Ça a l’air d’être simple, mais s’il n’y avait pas eu de ZUT, je serais un illustre anonyme. Enfin, je le suis encore, mais je le serais encore plus ☺ ! Donc, effectivement, peut-être que je serais resté dans ma cuisine à faire de la mise en scène… Voilà, le ZUT est né comme ça ! Maintenant il y a beaucoup de lieux qui se sont ouverts depuis et la jeune création est à la mode, il y en a en veux-tu en voilà, mais quand j’ai ouvert le ZUT, il n’y avait rien de semblable.

Peux-tu nous parler de tes projets, tes aspirations ?

Individuellement ? Dans 2 mois, je jouerai encore dans Littoral [7] de Wajdi Mouawad au ZUT. C’est le 2ème volet de notre trilogie consacrée à cet écrivain, puisqu’il y a eu Incendies l’année dernière, mais cette fois, c’est de Yasmina (Douieb), qui en assure la mise en scène. J’aime beaucoup le théâtre québécois. Cela tourne toujours autour de la famille et puis les Québécois ont beaucoup de cet humour propre au théâtre anglo-saxon.

C’est une pièce qui t’a plu comme Incendies ?

Oui, parce qu’à mon sens, Wajdi Mouawad est le dramaturge le plus important de notre époque. Je crois que c’est comme Shakespeare. Je crois que si on devait laisser une trace pour les siècles à venir, les gens pourraient y voir ce que l’on vit de la petite histoire et de la Grande Histoire aujourd’hui. Je crois que c’est un reflet avec toute la cruauté de notre époque. Donc c’est normal qu’on programme cet auteur-là. Ce sont des textes tellement forts, tellement beaux qu’ils nous permettent de continuer et qu’ils donnent tout leur sens à notre combat au ZUT. C’est l’humanité à fleur de peau, c’est une poésie tellement formidable, d’une tendresse, d’une cruauté… enfin c’est tout ! Et encore une fois, si on tient le coup, c’est parce qu’on monte des textes qui nous passionnent.

Et le 3ème volet de la trilogie, c’est Forêt ?

Oui, mais ce n’est pas une suite, on n’y retrouve pas les mêmes personnages. Il a d’abord écrit Littoral et ensuite, Incendies et Forêt...

Quant à mes aspirations, mes projets, j’en ai plein… Même de très concrets : l’année prochaine j’ai 2 mises en scène… on m’a aussi proposé un rôle

Des mises en scène où ça ?

Mais, c’est en fonction de l’avenir du ZUT… Et pour l’instant, je n’en sais pas plus. Comme je l’ai dit, je dois encore rencontrer la Ministre Fadila Laanan pour essayer de trouver une nouvelle solution. Je l’avais rencontrée fin juin de l’année dernière, et il y a eu un gros malentendu au sujet du Marni qu’on nous avait proposé comme délocalisation. En septembre, ceci s’est avéré être une vaste blague puisqu’il n’était plus question que de l‘accueil d’un spectacle ou deux…

On croise nos doigts >

Propos recueillis par Nadine Pochez et Véronique Perrault au Théâtre de Poche, le 1er février 2008 > Photos Stéphanie Jassogne, Pierre Bodson (Incendies) Nadine Pochez (photos de répétition et groupe comédiens)

[1] devenue La Capitale du groupe Sud-Presse

[2] de Martin Sherman, mise en scène de Derek Goldby

[3] de Irvine Welsh, mise en scène de Derek Goldby

[4] Beautiful Thing : Au Théâtre de Poche, du 26 février au 29 mars 2008

[5] Prix de la mise en scène 2005/2006 : La Cuisine d’ Elvis de Lee Hall - Prix du meilleur spectacle 2006/2007 : Incendies de Wajdi Mouawad (qui sera repris au Public en juin 2009)

[6] Au Poche : L’Ouest Solitaire et La Cuisine d’Elvis. Au Public : La Princesse Maleine et Incendies, au TTO : La Société des Loisirs

[7] Littoral : Au ZUT du 1 au 31 mai 2008

 

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