France Bastoen

Actuellement sur les planches du Théâtre Molière dans « No Body Else », un seul en scène de Dominique Serron, France Bastoen revient sur son parcours et sur ce rôle de Marylin Monroe taillé pour elle.

Comment cette idée de seul en scène avec Marylin, icône de la féminité, s’est-elle imposée ? C’est Dominique qui m’a proposé un seul en scène. Un tel honneur, surtout venant d’une excellente metteure en scène et amie, était impossible à refuser ! Elle voulait que l’on parte d’une figure féminine artistique, et après avoir hésité entre Frida Kahlo l’engagée, dont j’admire le parcours et l’œuvre, et Marilyn Monroe l’ange brisé, le choix s’est porté sur la cette dernière. Outre le fait qu’en tant qu’actrice mes doutes et désirs flirtent avec les siens, Marilyn possède un répertoire musical qui m’a toujours séduite (adolescente, j’avais la cassette avant d’acheter le CD). Et sans plus trop me poser de questions, l’idée de laisser chanter en moi ce symbole de la féminité et de la sensualité, m’a séduite…

En quoi a consisté le travail de préparation de « No Body Else » ? C’est assez curieux, mais la première session de travail a consisté en une séance de photos ; en effet, Marilyn adorait se faire photographier, surtout quand elle allait mal. Pour me plonger dans le personnage, il n’y avait donc rien de mieux ! J’ai joué le jeu avec beaucoup de plaisir... Ensuite, nous nous sommes documentées, nous avons plongé dans les livres, les films, l’atmosphère… et notre salle de répétition où j’ai passé d’intenses moments d’improvisation sous le regard aiguisé de Dominique.

Vous avez ensuite voyagé jusqu’à Los Angeles pour vous imprégner du personnage... Oui, nous sommes effectivement allées sur les traces de Marilyn, à Los Angeles où nous avons pu nous retrouver toutes les deux au cœur de notre projet, et la rencontrer elle à travers ses demeures, les rues de sa ville, l’océan de son enfance et les gens qui véhiculent sa mémoire… En sortira un film d’ailleurs ! Il y a eu Greg, responsable du fan-club officiel et véritable « gardien du temple » de cette icône des années 50. Celui-ci nous a ouvert grand les portes du mythe, en nous montrant par exemple des objets non exposés, de véritables trésors ayant appartenu à Marilyn. Il y a d’ailleurs eu un grand moment d’émotion, quand il m’a fait essayer un manteau ayant appartenu à l’actrice. Et puis, surtout, il m’a donné sa permission de raconter leur Marilyn…

En parlant de métamorphose, vous vous êtes teint les cheveux en blond platine ! Oui, cette teinture a pris neuf heures ! (rires) J’ai d’ailleurs une petite anecdote au sujet de mes cheveux blonds : à Los Angeles, nous avons rencontré l’ancienne coiffeuse de Marilyn, Sylvia, qui s’occupait de ses teintures. Elle est très âgée et ne parle plus beaucoup mais, quand elle m’a vue, elle a dit : « Tes chaussures sont belles mais tes cheveux sont brûlés ! »

Au retour de Los Angeles, la phase de création et d’écriture a donc commencé ? Oui, quand nous sommes rentrées, Dominique a commencé à écrire. Nous avons beaucoup discuté du projet, et elle s’est nourrie de toutes nos conversations. On a même fait une liste des points communs entre Dominique, Marilyn et moi ! (rires)

« No Body Else » parle donc un peu de vous aussi... Effectivement, au fur et à mesure qu’on avançait dans le processus de création, je me suis rendu compte à quel point ce texte parlait de toutes les femmes au travers d’une seule. Et donc, forcément, de moi aussi. Et puis je crois que c’est inévitable et aussi profitable, quand on est seule en scène, de se raconter soi-même !

Et justement, être seule en scène, ça vous fait peur ? Oui, surtout que c’est la première fois ! Mais les répétitions se sont très bien passées, et surtout, je suis entourée d’une équipe formidable qui me bichonne... Par exemple, avant même la création des décors, l’équipe m’a aménagé un petit coin à moi, peint en rouge, pour que je puisse me sentir chez moi. Donc même si j’ai l’impression de faire un grand saut dans le vide, et j’adore ça, je sais qu’il y aura des gens pour me rattraper ! (rires)

Vous chantez également sur scène ! En effet, je vais interpréter quelques chansons de Marilyn arrangées par le compositeur et créateur de la bande son, Jean-Luc Fafchamps. Dominique m’a également écrit une chanson, « Cheveux d’ange » dont Jean-Luc a composé la musique. J’aime beaucoup chanter, j’ai d’ailleurs pris des cours aux Ateliers de la Chanson ! Et, dans « No Body Else », l’univers sonore est le tapis mental dans lequel Marilyn voyage aux derniers moments de sa vie. La chanson représente son état émotif, ses souvenirs de comédies musicales, qui se mêlent aux aboiements de chien ou aux sonneries de téléphone comme accrochages d’un réel qui s’enfuit. Elle agonise, elle se souvient et se projette. Oui, c’est aussi un spectacle sur la mort et la vie qui brûle le seul corps qu’on ait, même si on joue à être autre…

Le thème de la mémoire, abordé dans « No Body Else », vous touche particulièrement ? J’ai effectivement vécu avec émotion cette plongée dans la mémoire d’une femme. Tout d’abord, d’un point de vue terre-à-terre, parce que même en tant que comédienne, je n’ai pas une facilité particulière à retenir des textes. D’un autre côté, j’ai pris conscience il y a peu que j’avais tourné quelques pages de ma vie un peu trop rapidement. Replonger ainsi dans la mémoire de la vie, des rencontres, des blessures et même de l’art est, je crois, nécessaire, surtout quand on traverse des périodes difficiles.

Rêvons un peu... Si vous pouviez choisir un personnage, un metteur en scène, un partenaire et un réalisateur, qui choisiriez-vous ? J’adorerais jouer avec Olivier Gourmet, je l’admire beaucoup. Je choisirais Cléopâtre comme personnage, uniquement pour me teindre les cheveux en noir jais après le blond platine ! (rires) J’aimerais beaucoup travailler avec Vincent Goethals comme metteur en scène. Et niveau réalisateurs...si on peut rêver, disons David Lynch ou Pedro Almodovar !

Si vous n’avez pas encore joué sous la direction d’Almodovar, vous avez quand même eu la chance de participer au film « La Face cachée » de Bernard Campan ! Effectivement, et c’est un excellent souvenir ! La rencontre avec Bernard Campan a été très enrichissante, tourner sous sa direction fut un véritable plaisir. J’ai aussi été très impressionnée par le professionnalisme de Karine Viard qui, quelques minutes avant la prise, finit sa grille de sudoku, avant de se plonger dans son personnage avec une facilité déroutante.

Un petit coup d’oeil dans le rétroviseur : votre envie de monter sur les planches remonte-t-elle à loin ? Oh oui ! Déjà petite, je terrorisais ma soeur en l’obligeant à me donner la réplique ! (rires) On montait de véritables spectacles, avec cartons d’invitation et programme... Je me souviens qu’un jour mon père a tenu un tuyau d’arrosage au-dessus de moi pour figurer la pluie dans « I’m singing in the rain », c’est dire à quel point on ne faisait pas les choses à moitié ! (rires)

Malgré cette passion depuis l’enfance, vous avez fait des études de philologie romane à Louvain-la-Neuve... Mes parents souhaitaient que j’aie un diplôme universitaire, et j’ai vraiment adoré mes études à Louvain. J’ai fait plein de théâtre étudiant, et j’ai rencontré des gens comme Karin Clercq, avec qui j’ai monté une adaptation des « Bonnes » de Genet que nous avons pu présenter àla Balsamine lors du festival des Moissons. Et qui en était le regard extérieur ? Patrick Brüll , qui est aujourd’hui à l’Infini Théâtre tout comme Laurent Capelluto et Luc Van Grunderbeeck. Bref, merci Christian…On n’oublie jamais les gens qui nous offrent notre première scène !

Ensuite, vous avez poursuivi vos études au Conservatoire de Bruxelles, où vous avez été l’élève de Dominique Serron. Avant d’être une interprète et puis son amie, j’ai été élève et assistante de Dominique Serron. Elle donnait cours au Conservatoire de Bruxelles dans la classe de Michel de Warzée qui était mon prof et qui avait aussi à ses côtés Daniel Hanssens et Patricia Houyoux . Et puis c’est là que j’ai noué de belles amitiés artistiques, ceux avec qui je travaille toujours aujourd’hui comme Jasmina Douieb , Georges Lini et Stéphane Fenocchi , qui étaient dans ma classe, et qui ont fait le ZUT.

Vous continuez d’ailleurs à travailler avec le ZUT en parallèle de votre implication dans l’Infini Théâtre ? Oui ce sont mes familles, et puis j’aime jouer dans différents théâtres et y revenir ; j’aime beaucoup avoir ces relations qui ne se brisent pas, même si les collaborations ont parfois lieu de loin en loin. Le ZUT a rapproché des gens, lancé des talents, fait découvrir des textes grandioses, mais sans subventions c’est invivable. Après la ‘punk attitude’ des débuts et la mise en scène de spectacles forts auxquels j’ai eu le bonheur de participer, comme « Incendies » de Wajdi Mouawad, primé par la critique ou « L’Enfant froid » de Laurent Capelluto, on aurait pu croire à davantage de soutien des pouvoirs publics… Pas facile la conversion !

Revenons à « No Body Else »... Qu’avez-vous envie de dire au public pour le convaincre qu’il faut venir assister au spectacle ? Je crois qu’une phrase de Marilyn fera l’affaire : « Vous allez voir ce que c’est de passer une soirée avec la pire actrice du monde ! » (rires)

Tout un programme !

« No Body Else », à voir jusqu’au 16 janvier au Théâtre Molière à Bruxelles et les 9 et 10 février prochains à la Maison de la Culture de Tournai. Détails et réservations : " www.infinitheatre.be

Crédits photos "Nobody else" : Lydia Nesvadba

Crédits photo France : Jean-Louis Mettz

Interview réalisée le 2 janvier 2010 par Solange De Mesmaeker.

 

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