Et pourquoi pas ?

Engoncé dans un manteau royal, défraîchi, Alexandre von Sivers marmonne des répliques de Shakespeare, en marchant d’un pas hésitant. Et tout à coup, l’air mortifié, il lance : " Non, ça suffit ! Partez...s’il vous plaît ". Après trente ans de métier, le comédien en ras le bol du public assoupi, des appréciations de ses performances et de l’exploitation des chefs-d’oeuvre intouchables. Il s’apprête à quitter la scène, quand la voix rageuse d’une jeune fille le cloue sur place. Celle-ci singe ses paroles et se révolte contre cette démission capricieuse. Pour pouvoir jouer dans un "beau" théâtre, elle en a bavé. Les castings à la chaîne, les animations commerciales, les figurations humiliantes, elle connaît ! Alors, pas question de déserter !

Avec opiniâtreté, elle va tenter de rendre au comédien déprimé son humour et son envie de jouer. Leurs échanges parfois grinçants sur la vie, les conventions sociales et les thèmes porteurs au théâtre composeront un spectacle éclaté, de plus en plus attachant. Après s’être défoulé en "dansant" une tirade du "Cid" sur un rythme endiablé, Alexandre von Sivers se laisse entraîner dans l’interprétation de séquences, qui révéleront progressivement les liens étroits entre les deux partenaires. Ces ébauches de scènes font remonter à la surface des souvenirs intimes. L’acteur vieillissant revoit la froideur de sa mère, la disparition brutale d’un ami, l’appel de la mort et découvre la fascination, qu’il a exercée sur la jeune comédienne, incarnée avec énergie et ferveur par Cathy Grosjean.

Le naturel manifesté par Alexandre von Sivers est remarquable. Débarrassé de ses oripeaux de théâtre, il ne donne jamais l’impression de représenter la création d’un auteur. Il EST cet acteur tenté de jeter l’éponge, drôle par son sens de la dérision et émouvant par sa pudeur. On le ressent dans les critiques acerbes des réjouissances organisées. Dans les réflexions amères sur son métier. Comme dans la litanie mélancolique des comédiens belges disparus.

Cette présence authentique favorise la complicité et l’implication du spectateur. Il n’écoute pas le récit d’une histoire bien ficelée, mais se sent concerné par la remise en question de cet homme démotivé. Si le comédien retrouve le goût de vivre et le chemin de la scène, c’est grâce à la richesse de rencontres humaines. Leçon à méditer pour jouer les nombreux rôles, que la vie nous propose.

Jean Campion
 

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