Eric De Staercke & Caroline Lambert

- Vous voici triplement dans l’actualité, puisque vous allez tous les deux jouer chacun un monologue écrit par Eric au Petit Théâtre Mercelis [1] et puis qu’Eric met en scène la dernière création [2] du Panach’ Club à l’Atelier 210.

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- Pour toi, Eric, ce sera BONJOUR COCO PARACHUTE [3] qui sera jouée du 18 mars au 9 avril au Petit Théâtre Mercelis. C’est une création ? Eric : En effet, même moi je ne l’ai pas encore vue ☺

- Et que peux tu nous dévoiler de cette pièce que tu t’es écrite ?

Eric : Cette histoire m’a été inspirée par un personnage hors normes qui a vraiment existé et qu’on appelait Coco Parachute. C’était un homme tout à fait particulier – plus ou moins 60 ans – qui attendait les enfants sortant en rang de l’école. Et quand il les voyait arriver, il courait vers eux en disant : "Bonjour les cocos. Alors ça va ? Vous avez mis vos parachutes ?" En fait il vérifiait les cartables portés sur nos dos... et il nous distribuait des bonbons. Puis il regardait le ciel... et puis hop il revenait et parlait avec ses cocos. Par la suite, j’ai appris que son fils, pendant la guerre, avait sauté en parachute, lequel ne s’était jamais ouvert... Voilà pourquoi il continuait à fixer le ciel en attendant que son fils arrive. Et quand je sortais de l’école, la première chose qui m’excitait était de chercher où il était. Quand allait-il arriver ? Les adultes disaient qu’il était fou mais pour moi, c’était plutôt un clown. C’était un type génial. Il nous racontait des histoires toutes simples, il n’y avait aucune agressivité, mais au contraire une espèce de bonté incroyable. C’était un bonheur de le rencontrer. Puis il accompagnait le rang. Il nous aidait à traverser. Ce n’était que positif et la fin de l’école se terminait toujours avec Coco Parachute. Pour moi, le théâtre c’est ça ! Quelque chose qui sort de la norme, quelque chose dont on n’a absolument pas besoin pour vivre normalement... Et finalement c’est ça aussi qui m’excite et que j’ai envie de raconter. La pièce Coco Parachute traque le surgissement, non pas de la folie, mais de la vie.
- Tu as aussi écrit pour Caroline L’HOMME, LE MEILLEUR AMI DE LA FEMME qui sera reprise également au Petit Théâtre Mercelis ... sur la même période, mais à d’autres dates ! [4] Qu’est-ce qui t’a inspiré ce seule-en-scène ? Eric : C’est Macha : une petite nouvelle de Tchekhov – une page environ – qui date de la période ou il écrivait des comédies courtes comme La Demande en Mariage, et c’est très drôle. On a tendance à cataloguer Tchékhov parmi les auteurs de pièces tristes à mourir, en fait ce qui est génial c’est qu’il fait une peinture sociale, c’est-à-dire qu’il va gratter l’être humain pour aller chercher l’âme des gens. Et ce qui est drôle, c’est de voir comment il fonctionne, de mettre le doigt sur cette logique. Son personnage de Macha est une veuve – qu’on imagine tout de noir vêtue – qui parle de son défunt mari qui était metteur en scène "Et c’était génial parce que je l’accompagnais en tournée, il était venu chez mes parents et j’étais tombée amoureuse de lui..." mais elle parle très peu d’amour mais de tout ce qu’elle a appris de lui : comment écrire un texte, comment monter un décor ... "et puis il est mort..." On a l’impression que c’est fini ... et puis elle dit : "Le médecin qui l’accompagnait était un homme merveilleux... et la médecine, c’est quelque chose qui m’a toujours passionnée"... puis elle a épousé le médecin et c’était merveilleux car elle l’accompagnait... "puis il a attrapé une maladie et en est mort... Il y avait un vétérinaire qui partageait son cabinet, c’était un homme merveilleux qui s’attachait aux chevaux... oh les chevaux..." etc. Un jour, j’ai proposé à Caroline de jouer cette nouvelle, mais c’était très court. J’aimais beaucoup, cette dynamique d’une femme qui évolue au contact des hommes. C’est évidemment ça la satyre de Tchekhov et il est rare de trouver autant de force pour un personnage féminin surtout à son époque. Partant de cette idée, j’ai écrit une pièce qui n’a rien à voir avec Macha, mais cela a été le déclencheur. Donc c’est une femme qui vit et qui a évolué au cours de ses contacts avec les hommes, comme si elle s’en servait. En fait, c’est le contraire du machisme.

- Et tu as participé à l’écriture d’Eric ?

Caroline : Je l’ai inspiré (rires)... Non, il a tout écrit et m’a fait lire au fur et à mesure et puis on en discutait. D’ailleurs la pièce aussi a évolué depuis sa création. Il y a eu de petites améliorations dans le texte, le décor et mon costume ne sont plus ce qu’on a pu voir lors de la création en 2007.

- Peut-on faire abstraction du fait qu’on est mis en scène par son mari ? Caroline : Oui, parce qu’on travaillait ensemble déjà bien avant. Pour d’autres pièces j’ai travaillé avec d’autres comédiens, donc automatiquement, quand je suis dans un groupe, on oublie cette relation-là qui n’a rien à voir avec le travail.

Eric : On n’est pas non plus dans un rapport antique où le metteur en scène a tous les savoirs. On est plutôt dans la recherche commune. C’est la même chose avec le Panach’ Club que je mets actuellement en scène pour leur nouveau spectacle : On fait une recherche ensemble, on est plutôt dans un rapport de communauté et donc on communique beaucoup.

- Eh bien parlons-en justement du Panach’ Club. Depuis notre interview de Mano Hébrant et Aïssatou Diop en 2007 on sait que tu as été l’instigateur de cette classe de comédiens déjantés et que tu les suis dans toutes leurs productions. Comment cela se passe pour ce NOTHING – RIEN – NIKS – NADA ? Eric : À leur sortie de l’IAD, ils ont débuté avec une pièce – À la Recherche du Sens de la Vie Perdu basée sur l’écriture des Monty Pythons. N’en ayant pas obtenu les droits, ils sont passés à l’écriture et ils ont trouvé leur propre style basé sur un rythme assez proche de celui des Monty Pythons. C’est-à-dire une rythmique de sketches s’emboitant les uns dans les autres ou pas du tout, et qui se répondent mutuellement... Ensuite, il y eut L’Illusion Chronique qui est plutôt un feuilleton avec des personnages qu’on va suivre à travers toute une histoire... Et puis ils ont écrit In Bed with the Panach’ qui racontait toutes des nuits. Où en était-on aujourd’hui ? En fait c’est une quête de troupe et c’est ça qui est très gai. Ce n’est pas l’écriture qui précède, c’est l’écriture qui suit l’évolution du groupe. Et on en est arrivé à la conclusion que l’idéal serait de travailler sur le corps... Quoique – finalement – on travaille toujours sur la même chose : on est à l’affut de l’absurdité de la vie ! Pourquoi on est là et pourquoi continue-t-on à vivre comme ça. Dans Nothing – Rien – Niks – Nada, on ne parle de rien, il n’y a pas de parole. Les personnages ne parlent pas. Ils ont accès à la parole. Ils sont dans une salle d’attente et jusqu’à preuve du contraire les gens dans une salle d’attente communiquent très peu et puis comme l’attente dure, eh bien forcément ils doivent vivre cette attente ensemble… Ce sont 9 personnages qui arrivent d’univers complètement différents. Évidemment on essaye de montrer une métaphore de la vie à travers cette salle d’attente. Chacun attend quelque chose de différent mais le public ne sait pas quoi. Même moi, parfois je ne sais plus pourquoi ils sont là… Et si on a travaillé sur 9 types d’attentes différentes, on va tous dans la même direction.

- Mais là tu ne participes pas à l’écriture ?

Eric : L’écriture est collective. On travaille beaucoup en impro

- Avec toi ?

Eric : Oui, mais je ne joue pas

- Revenons-en à votre couple. En quoi êtes-vous complémentaires dans le travail ?

Caroline : Il est très patient, moi je suis impatiente, il prend le temps de faire les choses. Il me connaît bien et sait toujours comment faire…

Eric : Si elle propose quelque chose, moi je vois par où elle peut aller et donc je la pousse. Ou alors elle me dit : je voudrais aller par là, mais je ne sais pas comment démarrer et je lui suggère un point de démarrage. En fait on travaille un peu tous de la même façon parce qu’on vient de la même école où le mélange entre l’impro et le jeu est omniprésent. Et le rire n’est pas le but mais le moyen d’expression. On se sert du rire, ou de l’absurde pour exprimer le fond du propos. Notre complémentarité est évidente : si par exemple elle fait une action concrète, moi je vais la pousser pour qu’elle devienne absurde. Si je propose quelque chose de concret, elle le rendra absurde par l’action. Je pense que la complémentarité vient plus de ce répondant là. Et on pousse les choses le plus loin possible. Elle propose, je pousse, elle demande et j’initie.

- Tu es d’accord ?

Caroline : Oui et parfois je propose des choses à l’instinct car je suis assez impulsive, mais c’est vrai qu’après, il va m’aider à les retrouver, parce qu’ensuite il peut arriver que je rame. Alors Eric va me donner les codes pour m’aider à retrouver tout cela.

- Et toi, Caroline, que lui apportes-tu ?

Eric : Le café, le thé ☺

Caroline : Parfois il me fait part de ses doutes et puis si je vois le spectacle eh bien je peux lui faire de petits retours. On se comprend assez bien et souvent le lendemain il revient en me disant : ah j’ai essayé et ça a marché.

Eric : Dans un travail comme celui-ci, ce qu’on s’apporte mutuellement c’est qu’on sait qu’on peut aller au maximum.… Je sais que je peux lui demander des choses que je ne pourrais pas demander à un(e) autre comédien(ne). Il y a une vraie complicité entre nous. Que ce soit avec Caroline ou d’ailleurs avec le Panach’ Club, on parle peu de ce qui nous lie parce que c’est trop évident … mais on doit parfois se le rappeler pour être bien sûr de ne pas s’égarer.

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- Question pour Caroline : qu’est-ce que le Cours Florent t’apporte de nouveau et de différent par rapport à ta formation à l’IAD ?

Caroline : Rien ! (rires) Non, si le cours Florent ne m’a rien apporté au niveau technique, par contre, j’ai appris à avoir plus confiance en moi, à pouvoir plus me débrouiller seule, à oser des choses, à foncer… parce que le Cours Florent c’est une grosse entreprise. Ce n’est pas comme à l’IAD où on est 12 dans une classe et où on prend le temps de travailler avec toi. Si tu n’as rien à proposer et qu’on ne te remarque pas, il ne se passera rien, on ne s’intéresse pas du tout à toi. Si on a envie de travailler avec le metteur en scène, il faut y aller…

Eric : Il faut quand même rappeler que le Cours Florent c’est plus de 1000 élèves et il y a des journées entières où elle ne passe pas sa scène.

Caroline : Et puis ils prennent moins des pincettes que dans nos écoles ici. Donc on pourrait s’effondrer tout le temps parce qu’on ne fait pas attention à toi et puis ils sont aussi un peu dans le star système et aussi euh…

Eric : de la séduction

Caroline : Oui de la séduction. Rien à voir avec ici où on est plus dans le travail, dans ce qu’on a envie de faire, de la pièce qu’on va monter etc…

Eric : Là, ils reprennent par exemple la production du prochain Festival du Film Policier de Liège avec un fameux concours pour les comédiens. Et le comédien qui gagne a un Cours Florent offert etc. Comme c’est une école privée, le prix des cours est extrêmement cher.

Caroline : Moi j’étais dans la classe libre, donc je n’ai pas payé [5]. J’étais dans une classe à part. Heureusement d’ailleurs parce que dans ces classes-là on était beaucoup moins nombreux et on avait un peu plus de privilèges que ceux qui payent, donc c’est un peu n’importe quoi. Mais en même temps, j’ai fait de supers rencontres avec des comédiens ou avec certains metteurs en scène, avec certains profs, donc ça c’était très chouette aussi.

- Est-ce que ça ouvre des portes en France ?

Caroline : C’est sûr que pour trouver un agent ou pour avoir accès à des castings en France si j’ai suivi des cours en classe libre au Cours Florent les gens vont s’intéresser un peu plus à moi vu que je suis belge et que je ne suis pas spécialement connue en France. Si je n’avais pas eu ça sur mon CV, je sais que je n’aurais pas eu accès à plein de castings que j’ai faits.

- Tu as envie de faire du cinéma ?

Caroline : Oui j’ai envie d’essayer le cinéma et puis de voir, et c’est d’ailleurs pour cela que j’avais été à Paris, mais j’adore le théâtre, je ne pourrais pas m’en passer. Je n’arrêterai jamais le théâtre.

- Ce que tu dis sur les études à Paris est intéressant pour nos lecteurs comédiens qui y voient parfois un Eldorado.

Eric : En effet, il faut les mettre en garde par rapport au Cours Florent... Pour la classe libre qui est gratuite il n’y a aucun problème, mais si c’est pour payer là-bas des prix exorbitants, les écoles sont beaucoup mieux ici, ou alors au Conservatoire de Paris.

Caroline : Il faut savoir que quand tu payes, tu te retrouves parfois dans une classe de 60 personnes

Eric : Et ce n’est pas parce que tu suis des cours à Paris que les Directeurs de théâtres parisiens vont faire appel à toi.

- Et le Conservatoire de Paris alors ?

Eric : Ah, le Conservatoire de Paris c’est très bien…

Caroline : Beaucoup de comédiens du Cours Florent qui veulent faire carrière au théâtre y répètent pour passer le concours d’entrée au Conservatoire. C’est le but pour la plupart d’entre eux.

- Et c’est aussi moins cher ?

Caroline : Oui, mais c’est aussi une grosse sélection

- VOS PROJETS ?

Caroline : Pour le moment, je viens de tourner une petite série en 11 épisodes humoristiques pour un programme court qui sera diffusé fin mars sur MTV. Ça s’appellera Le Kot [6]. Et je suis en attente sur Paris parce que j’avais tourné des pilotes également pour un programme court de style Un Gars, Une Fille

Eric : On va créer au 52ème Festival de Spa la dernière pièce de Jean-Claude GrumbergMoi Je Crois Pas produite par le Théâtre Jean Vilar avec Patricia Houyoux et mise en scène par Vincent Dujardin. Et on y reprendra aussi l’autre pièce du même auteur : Les Gens Bien n’osent plus Sortir le Soir qui tourne en ce moment… Et puis on va faire des dossiers pour les Ministères. On a beaucoup créé et maintenant il faut qu’on se calme un peu.

- Des dossiers pour les Ministères ?

Eric :Il faut que les jeunes comédiens le sachent : pour un comédien, c’est avant tout 6 mois de dossiers pour 6 mois de travail !

- Je vous propose maintenant un petit exercice : Pouvez-vous vous définir l’un l’autre avec 3 adjectifs et puis 3 substantifs ?

Eric : Impatiente – impulsive – Perfectionniste >>> Humour – Amour - Vive Caroline : Burlesque – Fantasque – Bavard >>> Confiance - Clown - Rêveur

- Eric, ta définition de l’Amour ?

Eric : Une bonne partie de plaisir

- Caroline, ta définition de l’Humour ?

Caroline : Sans queue ni tête

Eric : On peut inverser les deux ☺

Merci à tous les deux. Je vous souhaite donc une bonne partie de plaisir, mais je n’oserai pas ajouter sans queue ni tête ☺

- En savoir plus sur Eric & Caroline
- Pour leurs CV respectifs : voir documents attachés !

- Interview Nadine Pochez samedi 5 mars 2011
- Crédit photos Panach’ Club : Danielle Pierre

[1] Coproduction Théâtre Loyal du Trac et Argan42

[2] NOTHING – RIEN – NIKS – NADA : du 11 mars au 2 avril 2011 à l’Atelier 210. Réservations : 02 732 25 98 ou en ligne : http://www.atelier210.be/tickets_pa...

[3] BONJOUR COCO PARACHUTE les 18-19-22-23-24 mars et 1-2-6-7-8 et 9 avril au Petit Théâtre Mercelis – Réservations ARGAN42 : 02 523 37 70 ou en ligne : http://billetterie.argan42.be/

[4] L’HOMME, LE MEILLEUR AMI DE LA FEMME les15-16-17-25-26-29-30-31 mars et 5 avril au Petit Théâtre Mercelis – Réservations ARGAN42 : 02 523 37 70 ou en ligne : http://billetterie.argan42.be

[5] NDLR : La sélection est dure : sur 1700 candidats, seulement 20 sont retenus !

[6] Aux dernières nouvelles on pourrait voir LE KOT fin mars sur le site MTV et par la suite sur la chaîne MTV.

 

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