Emilie Maréchal

Après des études au Conservatoire d’Art Dramatique de Rennes et un Master à l’université des Arts du Spectacle, Emilie Maréchal s’installe à Bruxelles pour étudier à l’Institut National Supérieur des Arts de la Scène en classe d’Interprétation Dramatique. A sa sortie de l’INSAS, la jeune comédienne joue sous la direction de Robert Lepage, Philippe Sireuil, Vincent Sornaga ou encore Fabien Dariel mais participe également à plusieurs productions cinématographiques. En 2012, Emilie Maréchal se lance dans l’écriture et la mise en scène de sa première création, La Petite Fille, au Théâtre Océan Nord à Bruxelles. Le spectacle est unanimement salué par la critique et laisse présager un avenir prometteur. Actuellement, elle travaille sur sa deuxième création Le Dictateur, qui sera présenté en 2013.


Pouvez-vous nous expliquer comment vous êtes arrivée dans le monde du théâtre et pourquoi votre parcours vous a mené en Belgique ?

J’ai commencé à vraiment faire du théâtre quand j’étais au lycée, en Bretagne. Après mon bac, j’ai fait un conservatoire d’art dramatique à Rennes et j’ai rencontré un professeur de théâtre belge qui m’a dit : « Va en Belgique, tu verras, le théâtre belge te plaira. ». C’est vrai qu’en Bretagne j’ai rencontré beaucoup de comédiens qui sont sortis de l’INSAS et j’avais une image très positive de cette école-là. J’avais fait le tour de toutes les écoles en France, en voyant les spectacles de fin de cursus, et il y avait quelque chose qui se dégageait de ce que je voyais que je n’aimais pas trop. Les acteurs jouaient tous de la même manière et avaient l’air déjà si vieux, alors que les comédiens de l’INSAS que j’avais croisés étaient tous très différents. Et donc j’ai fait le concours. Ça a marché. Je suis sortie de l’INSAS il y a 3 ans. J’ai joué dès que je suis sortie de l’école, mais rapidement je savais que je voulais faire de la mise en scène et de l’écriture.

Comment s’est formé le collectif 6414 ?

C’est un collectif qu’on avait formé à la sortie de l’INSAS. On était 5-6 acteurs de la même promotion et on savait qu’on voulait travailler ensemble. Le début de ce collectif c’était que chacun pouvait proposer des projets. Dans les faits, pour l’instant, il n’y a que moi qui propose des choses donc le terme de collectif n’est peut-être pas très juste. D’ailleurs nous sommes en train de le redéfinir parce qu’ on fonctionne plus comme une compagnie ; j’apporte les projets, une ligne artistique commence à se dessiner, et aussi parce que mes collègues du collectif n’ont pas envie de mettre en scène, mais de continuer à jouer. Je pense qu’on va changer d’appelation. Ce sera plus juste.

Dans La Petite Fille, comment s’est déroulé le processus de création au sein de ce travail collectif ?

Au début, j’avais deux certitudes. Je voulais travailler sur cette notion du rêve et du cauchemar. J’avais vraiment la sensation que ces termes-là étaient une manière d’aborder le plateau. On a construit avec les acteurs une grille d’outils qu’on pouvait utiliser sur le plateau ,comme l’amplification des sons, comme d’avoir une même personne présente avec deux corps sur le plateau, de travailler sur l’illogisme de la narration, sur quelque chose d’un peu chaotique où on passe d’une époque à une autre très rapidement, ou d’un lieu à un autre. Cette grille nous a permis d’entrer sur le plateau. C’est ce qui a donné naissance à la forme. Au niveau des thématiques, je savais que je voulais travailler sur une petite fille et j’ai commencé à écrire comme si c’était une petite fille qui parlait. J’ai su rapidement que je voulais avoir trois générations sur le plateau : une petite fille, sa mère et son grand-père et que je voulais travailler sur la connaissance de notre passé, comment cette connaissance peut nous faire comprendre ce qu’on est aujourd’hui, comment est-ce que les choses se transmettent d’une génération à une autre. Toutes ces choses étaient là au début. Le sujet de la croyance est venu il n’y a pas très longtemps et par hasard. J’avais lu une citation de Job dans la bible qui dit : « L’homme est né pour souffrir comme l’étincelle pour voler. » Quand j’ai lu ça, ça faisait écho à ce qu’on était en train de travailler avec les acteurs à ce moment-là. L’histoire de Job a été l’élément fédérateur de tout ce qu’on était en train de mettre en place. Tout s’est construit avec les acteurs. On a fait beaucoup d’ateliers avant de commencer la période de création. Ces ateliers m’ont permis d’ouvrir mon imaginaire et de commencer à écrire à partir de ça. Le texte n’a été fixé que quand on a commencé à travailler au théâtre Océan Nord en octobre. Je suis arrivée avec une base de texte de 30 pages et au final, il n’en restait que 3.

 ©Michel Boermans Vous avez dû supprimer la majorité des pages de votre texte. Est-ce que cela signifie pour vous que le texte prend moins d’importance dans votre processus de travail ?

Je me suis rendu compte que je trouvais plus intéressant de travailler sur ce moment qui précède la parole, plus que la parole elle-même. Quand on commence à parler, il y a des directions qui sont prises, il y a des choix qui sont faits. Ce que j’aime dans le travail qu’on a commencé dans La Petite Fille, c’est que l’imaginaire est ouvert pour le spectateur parce tout n’est pas nommé, parce tout n’est pas dit. Je cherche à ouvrir l’imaginaire le plus possible. C’est pour cela que j’ai l’impression qu’il ne faut pas trop nommer les choses. Il y a un dosage à étudier entre ce que l’on dit et ce que l’on ne dit pas. Ce moment avant la parole est précieux, car c’est le moment où tout peut être possible, tout est en suspens. C’est une des raisons pour lesquelles le texte a été autant réduit. J’ai plutôt une écriture d’images, de présences et de sensations. Pour La Petite Fille, j’ai écrit des sons par exemple. Je voulais que dans tel tableau, il y ait telle sorte de son, tel type de lumière et puis j’ai essayé de les décrire le plus précisément possible. J’ai essayé d’écrire des tensions entre les personnages et de déterminer ce que les acteurs doivent raconter sans les mots. Dans le spectacle, il y a beaucoup de scènes qui sont muettes.

Est-ce que vous avez envie d’exploiter les thématiques de La Petite Fille dans votre prochain spectacle Le dictateur, ou est-ce que vous voulez vous diriger vers toute autre chose ?

Dans Le dictateur, j’aimerais utiliser cette notion de chute présente dans La Petite Fille. Quelqu’un qui possède des choses et puis qui n’a plus rien. Une dégradation, quelque chose comme l’histoire de Job. La chute d’un homme qui est au pouvoir d’un pays et qui perd tout. Il y a des similitudes dans les thématiques. Sinon, le rapport à la spiritualité m’intéresse beaucoup. Ce que je trouve très beau entre autre, c’est la sensualité qui se dégage de cette spiritualité. Je ne parle pas au sens de la sensualité corporelle et érotique, mais au sens premier de l’éveil des sens. Dans les rituels, tout est stimulé au niveau des sens. Même le corps est énormément présent. Regardez les représentations picturales, la mise en valeur du corps est omniprésente. J’ai voulu amener ce côté charnel et sensuel dans La Petite Fille. J’ai voulu lier la sensualité érotique à la religion. La première partie du spectacle joue d’ailleurs sur une confusion entre un amour divin et un amour charnel.

Pouvez-vous nous présenter ce nouveau projet, Le Dictateur ?

Le Dictateur est un projet qui a été commencé juste avant La Petite Fille, mais qui va se terminer dans les faits l’année prochaine. C’est l’histoire d’un homme au pouvoir d’un pays, un dictateur, et on va assister à sa chute. Je trouverais assez juste d’aller jouer le spectacle dans des écoles, des lycées, et dans des pays qui connaissent encore ce type de gouvernement ou qui en sont voisins. C’est là je pense qu’il serait le plus pertinent. Je ne pense pas que ce soit un spectacle pour une salle de théâtre. Le Dictateur prend une orientation différente de La Petite Fille. Dans l’histoire, le dictateur fait un mauvais choix qui va engendrer une malédiction dans son pays et entraîner sa chute. C’est un spectacle qui interroge sur la responsabilité face à nos actes et nos choix. On a ouvert les répétitions plusieurs fois au public et les retours que nous avons me conforte dans cette volonté de le montrer hors les murs d’une salle de théâtre. Le projet va s’orienter dans cette démarche et débutera en avril prochain. Il y aura des représentations prévues aux Galeries TAG à Bruxelles, où nous travaillons pour le moment.

 © Denis Gysen Vous dites vous-même que vous abordez une écriture de plateau, que vous n’écrivez pas seulement avec des mots, mais avec du son, de la lumière, des présences, de l’image, des tableaux. Et on voit clairement dans La Petite Fille que la forme, l’esthétique, les différentes ambiances nous racontent paradoxalement plus de choses que les mots ou les dialogues. Est-ce que vous voudriez poursuivre cette voie de création dans vos futurs projets ?

Je pense que cet attachement à l’image, au son, à la lumière, va rester. Quand je donne des références à mon équipe, elles ne viennent que du cinéma. J’ai vraiment une culture qui vient de l’image et non pas du texte. Je ne suis pas quelqu’un qui lit beaucoup, qui est attaché aux mots, à la littérature. Mais au cinéma oui. Je passe beaucoup de temps à regarder des films, tous types de films. Je suis attachée à l’image, au pouvoir qu’a une image et à ce qu’elle peut raconter par rapport à ce qui la précède ou la suit. Ce type de langage que je suis en train de créer restera au cœur de projets futurs. Cette forme naît aussi d’envies que j’ai de développer l’image du quotidien. Dans La Petite Fille, on a beaucoup travaillé sur des scènes du quotidien (un repas, dans une chambre, près d’une télévision,…) Ce que je trouve intéressant au théâtre c’est de rendre sublime ce réel, de le rendre beau sur un plateau. Pour embellir le quotidien sur le plateau, on ne travaille pas sur un temps réel, mais on cherche à tout étirer, amplifier, on cherche l’essentiel du geste. Cet attachement à la lumière, au son, vient aussi d’une volonté de retranscrire le rêve ou le cauchemar. Maintenant mon type de langage commence à se dessiner de lui-même.

Est-ce que vous avez déjà des idées en tête pour l’après-Dictateur ?

Oui, ça cogite. J’ai des idées, mais ce n’est pas assez précis pour en parler. Je suis en train de me documenter et de lire, mais je n’ai pas encore commencé à écrire. J’aimerais m’inspirer du discours de Robert Badinter à l’Assemblée Nationale en 1981 sur l’abolition de la peine de mort en France et de cette question qui en découle pour moi « Peut-on disposer de la vie d’autrui ? ». Ce discours et cette interrogation sont le point de départ de mes nouvelles envies.

Laura Bejarano Medina

 

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