Du Cousu main

Le docteur Moulineaux a découché. Il rentre chez lui fourbu et...déçu : Suzanne Aubin, sa maîtresse, n’a pu échapper à la vigilance de son mari, pour se rendre à son rendez-vous galant. Il voudrait souffler un peu mais doit affronter un raseur : monsieur Bassinet, venu lui proposer des appartements à louer. L’importun à peine neutralisé, c’est son épouse Yvonne qui le presse de questions sur sa nuit. Pris de court, il prétend l’avoir passée au chevet d’un ami agonisant. Son nom ?...Bassinet. Cette première tromperie déclenche le ressort de la machine comique qui happe, bouscule et provoque la fuite en avant du héros. Il creuse lui-même sa tombe. De mensonge en mensonge - toujours cohérents dans l’instant- un univers absurde se crée. Les événements obéissent à leur propre logique, même si cette logique nous paraît délirante.

Pour tendre la toile d’araignée d’une intrigue truffée de coïncidences et de retournements imprévus, Feydau a besoin de temps. C’est pourquoi le premier acte s’étire à certains moments. Mais dès que le docteur est pris dans l’engrenage, le mouvement s’accélère et on se laisse emporter par le rythme endiablé de la représentation.

Michel de Warzée mène le jeu tambour battant et donne beaucoup d’impact aux réflexions adressées par Moulineaux au public. Evitant le cliché de la belle-mère antipathique, Patricia Houyoux incarne avec subtilité une madame Aigreville lucide et astucieuse. Elle comprend très vite que son gendre profite de la naïveté de sa fille et lui tient tête avec détermination et malice. Vaguement poète, chanteur remarquable, le valet de chambre Etienne semble planer sur la folie ambiante. La composition de Bernard d’Oultremont est savoureuse. Tout comme celle de Gérard Duquet dans le rôle du casse-pieds cupide, égrillard et radoteur. Sa voix éraillée et surtout sa dégaine font songer à Michel Simon. Echos de la Belle Epoque, des chansons accompagnées par un pianiste dans la salle, comme au temps du cinématographe, ponctuent le spectacle. Les comédiens-chanteurs les défendent avec plus ou moins de bonheur : certaines interprétations sont laborieuses. Mais ces intermèdes musicaux égaient les changements de décor, sollicitent notre complicité et soulignent la solidarité de la troupe.

Evidemment, quand Etienne, le valet, porte la robe de chambre de son maître, parce que celui-ci lui avait demandé de "l’apporter", on peut faire la fine bouche et trouver que l’auteur insiste lourdement sur le malentendu. On peut aussi considérer que cette plaisanterie confirme le goût de Feydau pour l’extravagance et qu’exploitant méthodiquement tous les procédés du genre, le maître du vaudeville nous vaccine contre la morosité.

Jean Campion
 

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